Nous publions ci-dessous la première partie d'un article sur l'évolution des mouvements communistes en
Thailande et aux Philippines. Par le rôle qui est le leur dans l'organisation des luttes populaires, ces deux partis portent une responsabilité objective considérable quant à l'avenir des combats de classe dans leurs pays respectifs.
Paul PETITJEAN
A Talande et les Philippine
• sont aujourd'hui les deux par d'Asie du Sud-Est où les luttes de masses anti-impérialistes connaissent le plus grand développement. L'importance de ces combats pour le mouvement ouvrier international et les luttes de libération ne doit pas être ignorée et estompée par l'ouverture de la crise sino-indochinoise, bien au contraire : l'affirmation d'un mouvement de masse révolutionnaire vivace dans l'ASEAN (1) briserait l'étau qui enserre les révolutions indochinoises. Plus généralement, ce sont les possibilités d'une nouvelle extension de la révolution en Asie orientale, prolongeant les victoires rempor tees en Chine (1949) et en Indochine
(1954-1975) qui se jouent là comme en Corée du Sud.
Pourtant, la situation en Thaïlande
Philippines reste mal et aux connue et les activités de solidarité ne sont généralement le fait que de petits cercles militants. Mais il faut préparer au mieux l'élargissement du mouvement international de soutien.
Les luttes aux Philippines et en Thailande sont, en effet, arrivées à une étape charnière de leur histoire. Elles ont commencé à connaître
- ou peuvent connaître dans la période à ve-
- un développement qualitatif.
nir
En même temps, elles se trouvent largement isolée sur le plan régional, tributaires des contradictions et ten-sions nées des conflits sino-indochinois, soumises à la pression des impérialismes nord-américain et japonais, confrontées à des régimes dictatoriaux qui n'hésitent pas à faire donner la police et l'armée.
Les luttes révolutionnaires en
Asie du Sud-Est mériteraient de bénéficier de l'appui d'un vaste mouthai et philippin vement de solidarité international du fait à la fois des possibilités et des difficultés auxquelles elles sont confrontées. Mais l'élargissement de la solidarité ne peut être, dans les conditions actuelles, que très progressif. Et encore faut-il, pour que cet élargissement se produise, que les problèmes de fond posés aux mouvements révolutionnaires de la région, comme au mouvement de solidarité, soient compris et discutés, car problème il y a, on le verra.
C'est dans cette perspective que cet article est écrit. Il cherche à donner des informations et des éléments d'analyse sur l'évolution présente des mouvements révolutionnaires thaï et philippin, à fonder plus avant la nécessité de renforcer aujourd'hui les activités de solidarité, à ouvrir le débat sur certaines questions politiques clefs pour l'avenir des luttes dans la région et pour le renforcement du soutien.
UNE REGION CLEF
L'importance L'importance géo-politique de l'Asie du Sud-Est n'est plus à démontrer. C'est un zone charnière qui contrôle les communications entre l'océan Indien et le Pacifique. C'est une région riche en matières premières, assez ample et le lieu d'implantation économiques croissants de la part des USA, du Japon et d'autres puissances impérialistes. C'est, aussi, une région équivalent ailleurs sur une si longue période, des confrontations entre révolution et contre-révolution qui ont dominé l'histoire de l'Asie orientale depuis le début du siècle. C'est, aujourd'hui encore, le lieu d'un très important affrontement de classe régional et international. C'est probablement la région du Tiers-Monde où le rôle du mouvement communiste a été (et reste) le plus considérable, où le nombre de révolutions socialistes
Asie du Sud-Est Or, ils se trouvent aujourd'hui confrontés à des problèmes d'orientation nationale et internationale nouveaux et difficiles. Nous voulons engager un indispensable travail d'analyse et de discussion, ainsi qu'aider au développement de la solidarité, avec cet article dont la suite paraîtra dans le prochain numéro d'Inprecor. victorieuses a été le plus grand, où les conséquences du conflit sino-soviétique et des conflits sino-indochinois sont les plus directes.
Depuis la victoire des révolutions indochinoises en 1975, le centre de gravité régional des luttes anti-impérialistes de masse s'est déplacé vers la Thailande d'une part et les Philippines de l'autre; deux pays dont la population approche les 50 millions d'habitants. L'écrasement sanglant du PKI —le Parti communiste indonésien qui fut l'un des plus grands partis communistes du monde (compte non tenu, évidemment, des Etats ouvriers) - en 1965, a eu des conséquences dramatiques et durables. En Indonésie, pays le plus important de la région en termes de population et de richesses économiques, le mouvement communiste, pour autant que l'on puisse le savoir, n'existe, aux mieux, qu'embryonnairement SouS forme organisée. Quant aux restes du PKI, ils se trouvent avant tout en exil, divisés entre Moscou et Pékin. Par contrecoup, le Fretilin et les masses de l'île de Timor oriental - située aux confins de l'archipel indonésien, au large de l'Australie - se sont retrouvées quand l'armée de Suharto a envahie cette ancienne colonie portugaise. La résistance à l'occupation se poursuit, mais dans des conditions extrêmement difficiles. Il est impossible d'évaluer l'ampleur de l'implantation du Parti communiste malais et la portée des deux scissions qui l'ont frappé au début et au milieu des années soixante-dix, mais le gros ses forces de guérilla se trouve du côté thailandais de la frontière septentrionale du pays et ni en Malaisie, ni à Singapour, des luttes sociales n'ont réussi à s'imposer durablement face à la répression dans la dernière période. Quant à la Birmanie, elle connaît de très importants (1) «ASEAN» : Sigle anglais de l'Association des nations du Sud-Est asiatique comprenant les régimes thailandais, malais, singapourien, indonésien et philippin.
mouvements de résistance nationale, mais en l'absence de luttes de classes étendues, malgré de possibles progrès des forces du Parti communiste dans des zones frontalières.
Par contre, en Thailande et aux Philippines, les luttes de classes connurent un développement sans précédent durant la décennie des années soixante-dix. Ce fut l'explosion grèves et de mobilisations paysannes et ouvrières en Thailande après la chute de la dictature militaire de Thanom-Paprass, sous la pression de vastes manifestations étudiantes et populaires quasi insurrectionnelles, puis le renforcement qualitatif et quantitatif des guérillas aprés le sanglant coup d'Etat d'octobre 1976. Ce fut, aux Philippines, la rapide radicalisation du mouvement étudiant à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix, puis la progressive extension de région en région et d'île en ile de mobilisations sociales et de foyers de guérilla, parallèlement à une considérable poussée de la résistance armée du peuple moro, les musulmans du sud de l'archipel.
A l'exception des régions musulmanes, en Thailande comme aux Philippines, ce sont des partis communistes d'orientation maoïste qui se sont imposés comme les seules organisations révolutionnaires à même d'intervenir à l'échelle nationale. La structure des forces d'extrême gauche dans ces pays est, aujourd'hui, exceptionnelle. Pendant longtemps l'Asie du Sud-Est fut la dernière région du monde où des partis issus directement (ou quasi directement comme le PCT) de la Troisième Internationale n'avaient pas remporté la victoire (comme en Yougoslavie en Chine), n'étaient pas devenus réformistes ou n'avaient pas été détruits par la répression, mais continuaient à être engagés dans des combats révolutionnaires. La faillite politique du PKI - qui s'est affirmé réformiste avant d'être écrasé sans pouvoir résister - puis la victoire des révolutions indochinoises ont comà modifier cette situation. Mais, l'histoire particulière du mouSud-Est et l'influence de la révolution restent des facteurs indispensables à la compréhension des mouvements de lutte en Thailande et aux Philippines.
C'est vrai pour le PC thailandais qui garde une certaine continuité avec le mouvement communsite de l'époque de la Seconde Guerre mondiale et avant, mais c'est aussi vrai du PC philippin, bien qu'il soit de constitution récente, dans la mesure où l'ensemble du mouvement révolutionnaire régional a été plus ou moins marqué par l'histoire originale du communisme en Asie du Sud-Est.
DES PARTIS COMMUNISTES
A LA CROISEE DES CHEMINS
Les origines des partis communistes thai et philippin sont différentes. Elles remontent, en ce qui concerne le PCT à 1930; sa date officielde fondation, après que le Parti communiste du Siam ait été largedétruit par la répression, 1942. Le Parti communiste des Philippines, lui, n'a été fondé qu'en 1968, en rupture avec l'ancien parti communiste pro-Moscou. longtemps, le Parti communiste thaïlandais n'a connu qu'une croissance marquée d'importants revers (2). Il s'implantera avant tout, une fois chassé des villes par la répression, dans les zones de minorités ethniques (au Nord) et dans des régions périphériques (au Nord-Est Sud). Par contre, le Parti communiste des Philippines se développera rapidement si l'on tient compte de ce que ce n'était qu'une petite militants qui, il y a moins de douze ans, fondait le nouveau parti avec,
75 sympathisants. Nouvelle Armée du peuple (la guérilla du PCP connue sous son sigle anglais NPA) verra le jour l'année suivante avec 60 militants et 35 armes de qualité plus que médiocre.
Actuellement, le PCP et la NPA seraient chacun fort de quelques milliers de membres (plus de la moitié des membres de la NPA étant membres du PCP). 26 «fronts de guérilla» ont été constitués dans 11 rétrouve la capitale (3). Surtout, l'influence politique et la participation directe de membres du PCP se fait sentir dans de nombreuses luttes de masse engagées par des paysans et des ouvriers agricoles, des travailleurs industriels et des habitants des zones de bidonvilles, des tribus montagnardes, les étudiants... Bien qu'elle soit velles
On trouvera une analyse de l'histoire du PCT dans le livre de Sylvia et Jean Cattori, «L'enjeu thailandais», paru Editions L'Harmattan en 1979. Il s'agit de l'un des meilleurs ouvrages sur ce pays et l'un des plus actuels. On trouvera la traduction d'un historique du PCT dans l'une publications militante») (Paris), numéro 15 de février 1978.
aussi «Thailande : Roots of Andrew Turton, Jonathan Fast et Malcolm Caldwell, paru chez Spokesman en 1978.
«Inprecor» a publié un article de Paul Petitjean sur le PCT dans son numéro du toujours inégale suivant les régions, il est clair que le PCP a acquis une véritable base de masse aux Philippines.
Il en va de même pour le PCT durant les années 1973-1976. Il bénéficiait déjà d'une implantation de masse dans des régions comme le Nord-Est ou le Sud non musulman. La chute de la dictature militaire et trois années consécutives de semi-démocratie et de luttes sociales intenses lui ont permis de gagner une base nouvelle dans un certain nombre d'usines de la région de Bangkok, dans le mouvement étudiant et parmi les paysans de la plaine du Nord. Ces gains ont été partiellement remis en cause par la répression qui a suivi le coup d'Etat du 6 octobre 1976 :
de militants ouvriers étudiants ont fui la capitale pour se réfugier dans les zones de guérilla et les organisations paysannes légales comme la Fédération des fermiers de Thailande ont été décimées. Mais parallèlement, l'Armée populaire de de la Thailande (APLT) a vu ses effectifs gonfler rapidement (ils auraient dépassé alors les 10000) et l'élargissement antérieur social, géographique de base du PCT n'aurait pas disparu (4).
Le développement de l'influence du PCT et du PCP s'inscrit dans un double contexte : d'une part, le murissement de nouvelles contradictions sociales dans ces pays où les centres urbains se gonflent rapidement (Bangkok compte de 4 à 5 millions d'habitants et Manille de 6 à 8 suivant les estimations), où la jeunesse scolarisée se heurte à la crise des débouchés professionnels, où s'opère une relative industrialisation, où la paysannerie connaît un processus de paupérisation et de différentiation lié notamment à l'extension des rapports marchands à la campagne; et d'autre part, l'entrée en crise du dispositif de domination impérialiste dans toute la région avec la défaite infligée aux américaines par les révoluLe PCT et le PCP ont réussi à capter l'aile la plus radicale des nougénérations révolutionnaires (3) Chiffres tirés de la « Déclaration sur le
11e anniversaire de la Nouvelle Armée du peuple», publiée par la Commission militaire du Comité central du PCP (Voir «Ang Bayan», numéro spécial du 29 mars 1980) (4) Cet élargissement social, politique et géographique de la résistance thailandaise s'était soldé par la formation en 1977 du Comité de coordination des forces démocratiques et patriotiques(CCFDP). Voir à ce sujet le dossier publié dans le «Bulletin thai d'informations» (Paris) numéro 6 de décembre 1977.
qui se sont affirmées lors des luttes des années soixante-dix. Ils ont par là renforcé (en Thailande) ou gagné (aux Philippines) une place centrale, largement incontestée, si ce n'est par des courants réformistes, dans l'extrême gauche militante. Mais ils se voient aujourd'hui confrontés à des difficultés importantes à la fois en ce qui concerne la consolidation des acquis de la période précédente et en ce qui concerne les réorientations politiques exigées par l'évolution rapide de la situation nationale et internationale.
C'est en Thailande que ces difficultés sont apparues avec le plus d'acuité. De nombreux étudiants qui avaient rejoint la guérilla après le coup d'Etat de 1976 sont revenus à Bangkok. Certains des principaux dirigeants du Parti socialiste et du Front socialiste unifié qui étaient entrés dans la lutte armée en 1976 et qui avec le PCT, en 1977, le Comité de coordination des forces démocratiques et patriotiques, ont quitté à partir de 1979 le front uni et se sont réfugiés au Laos, ou sont, eux aussi, retournés dans la capitale. Un certain nombre de soldats de l'APLT, dont un ancien dirigeant syndicaliste de premier plan, Therdpoom Jaidi, ont quitté de même la jungle pour traverser le Mékong...
Ces scissions et ces départs n'ont pas brisé l'ossature organisationnelle du PCT ni sensiblement réduit son implantation nationale et ce n'est pas la première fois que ce parti connaît de petites ruptures (elles furent même apparemment plus importantes dans le passé, puisqu'elles concernèrent notamment des membres dirigeants de l'appareil, dont un membre du Bureau politique). Par ailleurs, si de nouveaux courants marxistes, opposés à la ligne du PCT, se sont dessinés à l'occasion de cette crise de la résistance, aucune organisation politique concurrente n'a vu le jour (ni à Bangkok, ni au Laos), du moins publiquement, et il est douteux que les militantes de telles organisations existent à l'heure actuelle. Mais tout cela ne suffit pas pour juger de l'importance politique réelle de ces derniers développements. Les problèmes de fond, soulevés ces deux dernières années, dans la résistance thailandaise dépassent, en effet, de beaucoup par leur portée ce qu'une analyse «quantitative» des scisssions laisserait entrevoir.
La plupart des étudiants qui ont quitté les zones de guérilla n'ont pas autant rompu politiquement avec le parti. Bien souvent, leurs départs s'expliquent par les difficultés rencontrées par de jeunes citadins se retrouvant brusquement camps au milieu de la jungle, alors que rien n'avait été vraiment préparé pour accueillir cet afflux brutal de nouvelles recrues, poussées en masse dans les zones contrôlées par le PCT peur de la répression. Souvent aussi, les départs ont été accélérés par les frictions nées entre étudiants et cadres locaux des camps de guérilla, d'extraction paysanne. Mais, derrière ces départs, on trouve un certain nombre de questions fondamentales : fonctionnement démocratique et vie politico-idéologique de l'appareil du PCT lui-même; intégration à un cadre constitué dans les années cinquante et soixante, de nouvelles générations formées dans les années soixante-dix et dont l'expérience ment en matière de travail de masse) est très différente de celles des générations précédentes...
Par ailleurs, un certain nombre de ruptures se sont opérées à partir d'une critique politique construite de la ligne développée par le PCT et qui, si elle ne s'accompagne pas nécessaialternative positive, touche directement à toute une série de vrais problèmes : analyse de la structure sociale en Thailande, équilibre stratégique du travail rural et du travail urbain, à mener un travail de masse, fonctionnement du front uni, nature des rapports noués entre l'appareil du PCT et Pékin, alignement politique de la direction du PCT sur le concerne notamment la question indochinoise, sont les conséquences Thailande de l'aggravation brutale de la crise sino-indochinoise, en 1979, qui expliquent que les départs politiques se soient produits à ce moment : la rupture intervenue entre la direction du Parti communiste thailandais et les directions vietnamienne et laotienne a été perçue par une frange de militants, déjà critiques, comme le signe d'un alignement irréversible du PCT sur Pékin dont ils condamnaient l'orientation internationale. Mais le débat politique ouvert à cette occasion a porté au moins autant sur la stratégie du mouvement révolutionnaire national que sur les questions régionales. Il révélait l'existence de toute une série de désaccords plus anciens qui continuent à nourrir, au sein même du PCT et parmi les sympathisants de ce parti, une série de discussions plus ou moins informelles : ils sont en effet apparamment assez nombreux, les militants et les sympathisants du PCT qui partagent certaines des critiques avancées contre leur direction par les «scissionnistes» - voire qui partagent l'essentiel de ces critiques - mais qui pensent qu'il n'y a pas d'alternative viable au PCT et que c'est en son sein et avec lui que le débat doit se poursuivre.
Il n'y a pas de crise comparable aux Philippines ou le mouvement continue à s'étendre alors que la progression de la résistance thailandaise semble, pour le moment, suspendue. Les rapports de l'appareil du PCP à Pékin diffèrent notamment de ceux du PCT, et il est aussi nettement plus jeune. Les Philippines n'ont, par ailavec l'Indochine et le PCP ne subit pas aussi directement que le PCT le sier comprenant un premier exposé assez s'étaient faits jour, début 1979, au sein de la résistance thailandaise.
contrecoup des conflits sino-indochi-
Néanmoins, orientations politiques, on peut discerner un certain nombre de problèmes communs à ceux qui se sont brutalement manifestés lors de la crise de la résistance thailandaise.
LA BUREAUCRATIE CHINOISE,
INTERNATIONALISTE? L'une des principales contradictions à laquelle les partis communistes thailandais et philippin se voient confrontés renvoit à leur politique par rapport au PCC : comment des formations engagées dans des luttes révolutionnaires prolongées dans leurs propres pays, peuvent-elles continuer à défendre la politique internationale de Pékin, à l'heure où la bureaucratie chinoise déploie cyniquement et ourévolutionnaire dans l'ensemble de
Il ne s'agit certes pas de défendre ici la politique de la bureaucratie soviétique. Elle porte à son actif la trade bien des révolutions. Elle porte de même la responsabilité historique de la rupture sino-soviétique, sanctionnée en 1960 par le sabotage du développement économique chinois, l'isolement international de Pékin pour prix des accords MoscouWashington passés à Camp David, le transfert progressif d'un tiers de l'armée russe sur les frontières chinoises. Mais il s'agit de souligner la nécessité de soumettre la politique du PCC à la même analyse critique que celle du
Pendant longtemps, les militants maoïstes du Sud-Est asiatique ont tenté d'expliquer les contradictions qui pouvaient naître entre leur combat et la diplomatie chinoise en distinguant les «rapports de gouvernement à gouvernement» (domaine de la diplomatie chinoise) des «rapports de parti à parti» (à travers lesquels Pékin était censé continuer de soutenir leur lutte de libération). Mais il est maintenant impossible d'espéces termes-là l'orientation
Il peut certes arriver qu'à un moment donné, la politique d'un gourévolutionnaire (forcé établir des relations diplomatiques et commerciales avec un gouvernement réactionnaire) ne coïncide pas et ne se déploie pas sur le même plan que celle du parti, instrument privilégié d'une orientation internationaliste. Mais la politique du gouvernement et celle du parti ne peuvent pas être contradictoires.
Qui pourrait en effet croire que le parti chinois soutient les luttes révolutionnaires dans des pays comme la Thailande et les Philippines au moment même où le gouvernement cherche à s'allier aussi étroitement que possible avec les régimes de l'ASEAN ? Ou que le parti chinois appelle le prolétariat japonais à combattre le réarmement de l'impérialisme nippon au moment où le gouvernement déclare, clair et net, qu'il espère bien que le potentiel militaire de Tokyo sera rapidement renforcé ? Ou que le parti chinois donne son appui à la lutte des peuples du Sud- asiatique contre les impérialisnippo-américains, alors que gouvernement enjoint les USA de ne pas se retirer du Pacifique ? Sur des questions aussi essentielles, l'orientation fondamentale du parti gouvernement ne peut qu'être identique; et il ne fait pas de doute que cette orientation est contre-révolutionnaire : elle cherche, au nom de la lutte contre «l'ennemi («social-impérialisme») à stabiliser la situation régionale (c'est-à-dire à sauvegarder les régimes néo-coloniaux d'une possible extension de la révolution) tout en isolant et affaiblissant les régimes indochinois (là où justement l'impérialisme vient de se voir infliger l'une de ses plus cui-
Le climat a bien changé parmi les militants révolutionnaires philippins ou thailandais. Il y a encore trois ou quatre ans, il était presqu'impossible de mettre en doute le caractère internationaliste de la politique de Pékin et d'être écouté (sauf par des militants particulièrement ouverts aux réalités internationales). Aujourd'hui, la dans des cercles de plus en plus larges; mais on vous répond encore qu'il ne faut pas «juger trop vite» des orienchinoises. Juger trop vite? Cela fait maintenant plus de 10 ans que l'actuelle politique a commencé à être mise en œuvre et elle a déjà eu le temps de se déployer sur les cinq continents. Son bilan est éloquant !
En Afrique : envois de conseillers militaires auprès du régime honnis de Mobutu au Zaïre; aide militaire donnée à l'UNITA angolaise conjointement avec le régime de l'asud-africain.. orient : soutien spectaculaire accordé par Pékin, à l'occasion de la visite de Hua Guofeng à Téhéran, au shah d'Iran au moment même où les masses de ce pays se mobilisaient dans des manifestations d'une ampleur rarement égalée, malgré la répression, et réclamaient vengeance face au tyran, soutien au shah qui avait signifié aussi l'abandon honteux de l'une des principales guérillas (se réclamant du maoïsme !) de la région, celle du Dhofar, combattue par l'armée iranienne, colonial... En Europe : soutien accordé au renforcement de l'intégration européenne, publicité accordée aux propos anticommunistes des géné raux d'extrême droite sous prétexte qu'ils étaient aussi anti-soviétiques, présentation des interventions militaires des impérialismes franco-belges au Zaïre comme un modèle d'alliance entre le «second» et le «troisième» monde... En Asie : ignorance voulue du droit à l'auto-détermination tionale du peuple bengali, soutien au régime ceylanais dans sa répression sauvage de la jeunesse rurale du pays et du mouvement JVP en 1971. En Asie orientale : coup de poignard dans le dos des révolutions indochinoises au moment du voyage de Nià Pékin (puis à Moscou...) maintenu alors qu'Hanoï et Hai venaient d'être bombardées comme jamais auparavant... En Amérique latine : appui immédiatement accordé à Pinochet au moment même où le nouveau régime déclenchait une répression de masse dénoncée dans le monde entier pour
La liste est sans fin. On peut dire que l'orientation actuelle de la direction chinoise est l'opposé de celle que Pékin affichait au début des années soixante et qui lui permit de rallier, face à Moscou, les forces vives de nombreux mouvements de libération : la ligne «anti-impérialiste et anti-révisionniste» donnant officiellement priorité au soutien aux luttes de libération, dénonçant la «coexistence pacifique» et la politique de «détente» avec l'impérialisme prônée par la bureaucratie soviétique. La politique chinoise réelle pouvait être différente de l'orientation alors, en apparence, défendue, comme le montrait le soutien sans principe au Pakistan puis l'appui accordé par Mao à l'orientation réformiste d'Aïdit dans le PKI en Indonésie. Mais, après la rupture sino-soviétique, la politique chinoise a aidé des mouvements de libération à échapper au carcan de la «coexistence pacifique» que la bureaucratie soviétique voulait leur imposer. Or, rien n'est jamais venu justifier, si ce n'est les besoins étroits de la diplomatie de la bureaucratie chinoise, ce tournant radical de l'orientation internationale de Pékin. Seule la caractérisation officielle de l'URSS s'est modifiée (sans que ces modifications ne soient jamais sérieusement fondées) : de révisionniste à capitaliste puis social-impérialiste..
Pékin fait aujourd'hui ce qu'il reprochait (avec raison) hier à Moscou de faire : la bureaucratie chinoise brade, à la suite de la bureaucratie soviétique, les luttes révolutionnaires et cherche à nouer
un accord de coexistence pacifique avec l'impérialisme (nord-américain, japonais et européen) contre l'URSS. Qu'est-ce qu'une telle politique a à voir avec la défense des luttes de libération et de la révolution mondiale ?
LE PCT, LE PCP ET «L'ENNEMI PRINCIPAL» La position contradictoire partis thai et philippin s'exprime dans leurs orientations internationales et nationales. La direction du PCT a fait, en 1978, officiellement sienne la théorie des «Trois mondes» prô-
Pékin. Le PCP le «social-impérialisme» soviétique comme l'une des «deux super-puissances». Mais tous deux continuent à affirmer que, dans leur pays, «l'ennemi principal» reste l'impérialisme nord-américain et les régimes réac-
Le Parti communiste thaï n'a publié, en son nom propre, aucune déclaration officielle d'orientation. Seuls, le Comité de coordination des forces démocratiques et patriotiques et le Parti socialiste l'ont fait. Mais, vu l'influence du PCT dans et sur ces organisations, on peut considérer que ces déclarations reflètent la ligne officielle, à l'heure actuelle, de la direction du parti communiste, ce qui est confirmé par une série d'interviews et de discussions avec des responsables et des militants du PCT.
Dans la réponse à une lettre envoyée au PCT et au CCFDP par le Comité de solidarité français, le Comité de coordination des forces patriotiques et démocratiques déclare que «le mouvement révolutionnaire aujourd'hui considère le gouvernement Kriangsak et l'impérialisme américain comme les ennemis principaux (6)». Quant au PST (du moins la fraction du PST restée fidèle à l'alliance avec le PCT), il note dans sa déclaration publiée à l'issue de son Ille Congrès, qui s'est tenu le 25 avril 1980, que « sur la scène internationale, les deux super-puissances se sont disputées la domination mondiale, provoquant, en conséquence, désordres et guerres ici et là, dont en Asie du Sud-Est. Malgré sa défaite: dans les guerres d'Indochine et le déclin important de son influence, l'impérialisme US domine encore fermement la Thailande et cherche à maintenir son influence dans celte région (...)». En conséquence, le PST doit «préserver sa coopération avec le PCT» afin de «poursuivre résolument la lutte armée en vue de renverser le gouvernement réactionnaire, les pantins de l'impérialisme US (7)».
De même, dans une interview récemment accordée à un journaliste américain, dans les bases historiques de la résistance thaï, les Monts Phuphan, un dirigeant du PCT déclarait que «présentement, nous considérons toujours les impérialismes américains et Kriangsak comme nos ennemis principaux. En conséquence, le rapport selon lequel nous n'avons pas favorisé le renversement de Kriangsak est infondé. impossible dans les conditions actuelles ». Quant au nouveau Premier ministre thaï, Prem Tinsulanond, comme Kriangsak avant lui, il «représente les intérêts des impérialistes, du groupe Sakdina (féodal) et des capitalistes compradores. En conséquence, il importe peu que l'un remplace l'autre - la politique ne peut pasi changer radicalement» (8).
Le Parti communiste des Philippines va, quant à lui, plus loin dans les déclarations officielles (faites cette fois en son propre nom) puisqu'il ouvre en fait le débat sur «l'ennemi principal» sur le plan international. La déclaration de la Commission militaire du CC du PCT, en date du 29 mars 1980, publiée dans l'organe du PCP, pour le lle anniversaire de la fondation de la Nouvelle Armée du peuple, déclare, en effet, que : «Ces dernières années, le social-impérialisme soviétique a été derrière des agressions et des occupations ouvertes perpétrées orientale ou occidentale (...). Mais d'un autre côté, l'impérialisme US est toujours le véritable ennemi immédiat auquel se voient confrontés les peuples dans de nombreuses parties du monde. En Asie, en Amérique latine et en Afrique, les mouvements révolutionnaires se mobilisent pour s'opposer au contrôle, à la domination et aux interférences de l'impérialisme US. L'impérialisme américain tente de revenir sur les grandes défaites qu'il a subies et continue de subir face aux peuples révolutionnaires. Il prend avantage de l'isolement croissant du social-impérialisme soviétique pour interrompre son affaiblissement permanent et pour reconstituer sa puissance antérieure.
super-puissances l'impérialisme US et le social-impérialisme soviétique - sont aujourd'hui les ennemis principaux des peuples
Il est correct de la part de partis prolétariens et de mouvements révolutionnaires dans des pays divers de poursuivre leurs buts sur la base des conditions réelles. Pour le peuple philippin, il est correct de faire progresser vigoureusement et d'accentuer la lutte révolutionnaire contre l'impérialisme US, tout en restant en alerte face aux projets du social-impérialisme soviétique. (9)» Toute la résolution est, par ailleurs, un appel à développer le combat contre le «régime US-Marcos».
On voit que l'analyse de la situation internationale présentée ici diffère profondément de celle défendue à Pékin - qui en appelle à une large alliance internationale avec les régimes réactionnaires néo-coloniaux et l'impérialisme contre l'URSS me si elle continue à caractériser l'Union soviétique de «social-impérialisme» et à renvoyer dos à dos les deux «super-puissances». cratie chinoise, «l'ennemi principal» est actuellement (car les choses peuvent changer demain) l'URSS et c'est ainsi qu'elle fonde sa «ligne internationale». Du point de vue de la défense des mouvements de libération et de la révolution mondiale, il ne fait pourtant pas de doute que «l'ennemi principal» reste et de loin l'impérialisme (nord-américain comme japonais et européen); et ce, quelle que soit l'analyse que l'on fait de la société soviétique et de la politique de sa bureaucratie dirigeante. Il suffit de prenune carte du monde et de noter où l'URSS serait - en tenant compte des «conditions réelles» - l'ennemi principal pour s'en convaincre !
Il ne s'agit pas là que de textes. Le PCP et la NPA sont engagés dans une lutte multiforme contre le régime Marcos et la présence des bases américaines dans le pays. Pour eux, le mouvement de guérilla peut entrer, dans la période immédiatement à venir, dans «l'étape avancée de la défense stratégique (10)», c'est-à-dire la dernière étape avant que les forces ne s'équilibrent entre la guérilla et le pouvoir. Ils cherchent à préparer, aussi bien en ce qui concerne l'approfondissement des mouvements de masse que le renforcement des capacités militaires du parti, un saut qualitatif en avant des luttes révolutionnaires.
On reviendra sur les contradietion et la gravité de la ligne du PCT par rapport à la question indochinoi(6) «Bulletin thal d'information», numé-
Pro 20 et 21. p. 28. (7) «TIC News» (Suède) du 31 mai 1980.
«TIC News» du 15 juillet 1980. Interview accordée à Peter Kistemaker par Kem Kongdul, membre du Comité ré-
«Ang bayan» du 29 mars 1980, pp.
se. Mais la aussi, on espère entrer dans la «phase avancée de la défense stratégique». Quant au gouvernement thaï, il poursuit sa politique répressive et cherche à profiter de la crise qui s'est ouverte au sein de la résistance pour lui porter des coups significatifs. Selon un mémorandum le nouveau Premier ministre, le général Prem, connu pour sa politique de contre-insurrection mise nord-est du pays, la tâche principale qui incombe au gouverne-
LES POSITIONS INTERNATIONALES DU PC PHILIPIN L'analyse des positions internationales du PCP confirme la volonté de ce parti de maintenir une orientation solidaire des grandes luttes anti-impérialistes d'aujourd'hui. Mais elle montre aussi la confusion et le caractère très dangeureux d'une série de prises de positions introduites par l'analyse maoïste du retour au capitalisme en URSS et du «social-impérialisme». Elle montre enfin comment, dans un certain nombre de cas, le PCP manque à ses devoirs internationalistes pour ne pas avoir à dénoncer publiquement la politique contrerévolutionnaire de la bureaucratie chinoise alors qu'il n'hésite jamais à dénoncer celle de la bureaucratie soviétique (14).
Le PCP a salué la «victoire de la révolution nicaraguayenne» qui, succédant au renversement du shah d'Iran, représente «un grand pas en avant dans le combat mondial contre l'impérialisme» et qui devrait avoir des répercussions particulièrement importantes en Amérique latine. Il salue le courage du FSNL mais souligne la nécessité de construire «un
L'INFORMATION SU La prineipale souree d'information sur l'orientation du Parti communiste thailandais était ses émissions radio que traduisait et re- sions radio que transcrivait la BBC britannique dans son bulletin Summary of World Broadcast. Depuis la fermeture de la «Radio du peuple thailandais», il n'y a plus de sources régulières d'informations. Le Comité de coordination des forces patriotiques et démocratiques reprend actuellement la publication de bulletins d'information, mais ceux-ci restent difficiles à se procurer.
Le mieux est de se reporter aux publications des comités de solidarité qui sont parfois fort riches. En ment est de défaire le PCT (11).
D'importants combats militaires se produisent toujours, comme dans le sud où les forces du PCT ont pris en juin une base militaire tuant 21 soldats et rangers, saissant de nombreuses armes, opérant avec une force évaluée à plus de 100 guérilleros (12). En juin toujours, le gouverne-
Monts Phuphan, employant l'artillerie lourde et l'aviation (13). parti marxiste-léniniste». Analysant la présence (en août 1979) de trois ailes au sein du FSLN, dont une aile bourgeoise-libérale, qu'un «programme clairement socialiste doit encore s'affirmer» et qu'il importe de tout faire pour que les «sacrifices du peuple» ne soient pas finalement détournés au profit d'une «voie réformiste» (15).
Mais c'est à propos de l'Iran que les positions les plus clairement contradictoires à la politique de la direction chinoise sont affirmées avec force. Après avoir en son temps salué la chute du shah, le PCP renouvelle, en novembre 1979, son soutien à la «lutte poursuivie par le peuple iranien contre l'impérialisme américain» avec l'affaire des otages. «L'action de masse engagée par le peuple iranien fait partie de leur lutte continuelle contre l'impérialisme US en vue d'achever leur libération nationale.» C'est une lutte juste et «tout coup porté à l'impérialisme, le social-impérialisme et toutes les forces réactionnaires locales ou internationales est une bonne chose» (16). R LA THAILANDE France, deux bulletins sont publiés, l'un en anglais par l'Union des démocrates thaï (Thai Information Bulletin) et l'autre en français (Bulletin thaï d'information). Le contenu de ces deux bulletins (fait en collaboration) n'est pas identique. Pour tout renseignements, écrire à l'adresse suivantes : Comité de solidarité avec le peuple thai (c/o Luc THIBEAUT) 9 rue du Dauphiné 93600 Aulnay sous Bois
Là encore, le PCP souligne le «besoin pour le peuple iranien d'avoir un parti marxiste-léniniste en vue d'obtenir une victoire complète». Il analyse la direction Khomeiny comme liée au capital national et à la propriété foncière et dresse un bilan très critique de son régime. «Seule la classe ouvrière peut diriger la révolution», affirme l'article. « Elle a prouvé sa position révolutionnaire sans compromis en se mettant à la tête des luttes du peuple contre le shah et contre l'impérialisme», rôle négatif joué par le parti Tudeh (pro-soviétique) (17).
Le PCP s'élève, en défense de l'Iran, contre l'usage que fait Washington des base US aux Philippines pour assurer le déploiement de ses forces aéro-navales dans l'océan Indien et cingler au large des côtes iraniennes (18). Il dénonce la façon dont l'impérialisme nord-américain tend à entraîner « le peuple philippin dans (ses) préparatifs de guerre» (19).
Par ailleurs, l'analyse qui est faite du rôle de la direction cubaine, dans un numéro de BMP (organe du Front plus que du PCP, du moins officiellement) est intéressante à plus d'un titre. L'article critique violemment l'intervention cubaine sur ce continent, mais en cherchant à le faire d'un point de vue anti-impérialiste. Il dénonce tout d'abord l'abandon de la lutte du peuple erythréen : Cuba «aida un temps à l'entraînement des guérillas érythréennes, mais les abandonna quand l'URSS les avisa de devenir leurs meurtriers via les tanks éthiopiens». Pourtant, «la révolution mondiale doit être le seul critère et le peuple lui-même le seul pape. Car le principe le plus fondamental dans toutes les luttes de libération nationale est le droit à tout groupe national et ethnique à l'autodétermination; ce qui veut dire essentiellement le droit à la sécession.» (11) Cité par le «Pacifie Institute» (New
York) dans son document de juillet 1980, p.2. (12) «Bangkok Post» du 21 juin 1980. (13) « Bangkok Post» du 23 juin 1980. (14) Il importe de noter que je n'ai pas pu consulter l'ensemble de la presse clandestine du PCP et des articles ou prises de positions importants ont pu, en conséquence, m'échapper. (15) «Ang Bayan» du 15 août 1979. (16) «Ang Bayan» du 30 novembre 1979. (17) «Ang Bayan» du 15 décembre 1978. (18) «Ang Bayan» du 29 février 1980. (19) «Ang Bayan» du 30 novembre 1979.
HIERCON LENTA INDO Boite postale 57 93101 MONTREUIL CEDEX (France) avec la mention «Indochine» et un chèque de 15 F. L'article s'attache aussi à réfuter l'argument selon lequel les Erythréens ne mériteraient pas le soutien des forces communistes à cause de la nature de leur direction ou du fait de possibles infiltrations d'agents de la CIA dans leurs rangs : de tels arguments ne valent pas, «dans la mesure où (cette lutte) bénéficie effectivement d'une véritable base de masse et qu'elle reçoit un soutien massif de la part de la population». C'est d'ailleurs le point de vue à partir duquel le PCP reconnaît la justesse du combat mené dans le sud des Philippines par le MNLF (Moro National Liberation Front - Front de libération national moro), soutenu par la population musulmane. En effet, « un soulevement de masse d'une ampleur majeure comme celle du MNLF, du Polisario ou du Fretilin ne peut être créé artificiellement grâce à de simples intrigues montées par une poignée de conspirateurs» (20).
Cette discussion est importante. Il est vrai que la reconnaissance du droit à l'auto-détermination ne peutêtre simplement oublié quand le combat pour la libération est le fait d'une population entière et il faut discuter de ce point de vue aussi l'aide apportée par l'URSS et Cuba au éthiopien, quand les armées d'Addis-Abeba tentent de noyer dans le sang le soulèvement Mais notons tout de suite que le PCP oublie lui-même ses propres principes quand il se refuse à reconnaître le même droit à l'auto-détermination au peuple bengali, sous prétexte probablement que la bourgeoisie indienne allait profiter de l'éclatement de l'ancien Pakistan. Pourtant, là aussi, il s'agissait d'un véritable soulève-
INPRECOR" NUMERO SPECIAL
DEBAT INDOCHINE Les commandes peuvent être passées à l'adresse suivante : ment de masse, et là aussi, des armées étrangères à la population locale (les armées d'Islamabad) tentaient d'interdire par la terreur la sécession du Pakistan oriental. Mais il est vrai que, cette fois-là, Pékin défendait la dictature pakistanaise avec laquelle la direction chinoise avait noué des relations privilégiées.
De plus, l'article cité dénonce dans les mêmes termes le rôle des Cubains en Angola alors que ces derniers ne sont intervenus qu'à la demande du MPLA après que l'UNITA ait commencé à s'appuyer sur les USA et l'Afrique du Sud, incapable d'étendre sa propre base de masse en Angola pour faire face à la progression victorieuse du MPLA, et ait ainsi perdu, avec le FNLA, toute représentativité dans la lutte de libération nationale de cette ancienne colonie portugaise. L'UNITA et le FNLA étaient, dans ce cas, bel et bien devenus la dernière carte de l'impérialisme pour enrayer processus révolutionnaire. que pense donc la bureaucratie chinoise l'UNITA, aide conjointement distriavec celle du régime sud-africain ? Et du rôle des conseillers militaires chinois dans la consolidation sanglant de Mobutu au Zaïre ? Il ne semble pas l'avoir fait
Les silences de cet ordre rendent difficile la menée d'une véritable discussion sur le rôle des divers régimes (20) «BMP» du 19 août 1978, pp. 11-12.
qui se réclament du socialisme dans le monde d'aujourd'hui. L'article de BMP sur les Cubains en Afrique reste prudent sur le jugement d'ensemble : «La première déviation d'un véritable internationalisme prolétarien est le caractère instable et inconsistant de la ligne anti-impérialiste de l'URSS et de Cuba en Afrique. Chaque année, de nouvelles luttes de libération nationale ou des révoltes contre le pouvoir blanc éclatent avec une vigueur extraordinaire. Mais Cuba et l'URSS ont été sélectifs; soutenant certaines d'entre elles, en soumettant d'autres à un chantage sans vergogne, ou pire, en fermant les yeux. (21)» Mais pourquoi, si le PCP veut ouvrir ce débat-là, faire silence sur l'abandon par Pékin des guérillas du Dhofar ? Et pourquoi, dans les articles cités plus haut, ne pas reconnaître le rôle de la direction cubaine dans l'aide à la révolution nicaraguayenne ?
La principale leçon que des organisations révolutionnaires peuvent tirer de l'analyse des luttes de libération de ces dernières années, en matière de solidarité, c'est qu'une position véritablement internationaliste
ne peut s'élaborer qu'en toute indépendance par rapport à l'orientation définie à Pékin comme à Moscou. Il fallait apporter notre soutien aux révolutions indochinoises (longtemps aidées par Pékin et par Moscou), aux mobilisations du peuple iranien (ignorées par Pékin et par Moscou), à la révolution nicaraguayenne (aidée par
Cuba), aux mouvements de libération des anciennes colonies portugaises en Afrique (soutenues finalement par Moscou, aujourd'hui combattues par Pékin), aux guérillas du
(Outre les positions des partis communistes Philippin et thailandais sur la question indochinoise, la suite de cet article, à paraître dans le prochain numéro d'Inprecor, traitera de l'évolution de la stratégie nationale de ces deux partis : équilibre des luttes rurales et ur-
Dhofar(lâchement abandonnées par Pékin) et d'Erythrée (abandonnées par Moscou)...
C'est du point de vue des intérêts de la révolution mondiale que le soutien doit être accordé aux luttes révolutionnaires et aux mouvements de libération. L'expérience a montré que telle n'était ni la préoccupation de la bureaucratie chinoise, ni celle de la bureaucratie soviétique, bien au contraire. C'est donc en toute indépendance politique et idéologique baines, travail la période actuelle.)
que les organisations révolutionnaires doivent déterminer leurs positions.
Mais cette indépendance politique et idéologique ne peut s'éprouver qu'au travers d'un débat ouvert et franc sur la politique poursuivie par Pékin,
Moscou et les autres capitales des
Etats ouvriers. La position du PC philippin et surtout celle du PC thailandais sur l'Indochine montrent l'importance et l'urgence de ce débat. D
(à suivre)
politique et militaire et difficultés qui ont surgi dans la formation des «fronts unis»...
Il reviendra sur le cadre idéologique dans lequel ils se sont constitués et sur les tâches internationalistes dans
Chine