Après sept ans de règne, Valéry Giscard d'Estaing est affaibli (1). L'importance du chômage, de l'inflation, rendent plus difficile que prévu sa réélection. Les deux principaux partis bourgeois — le RPR et l'UDF - sont divisés. Le rapport de forces entre les classes est maintenu malgré la guerre que se livrent les organisations ouvrières. En fait, comme l'écrit l'Unità, organe du Parti communiste italien, « il ne reste à Giscard qu'une seule arme, la gauche divisée ».
LE PCF ET LA RUPTURE
DE L'UNION DE LA GAUCHE
Cela fera bientôt quatre ans que l'Union de la gauche entre le PC, le PS et les radicaux de gauche du MRG a été rompue. Cette rupture - intervenue en septembre 1977 - marque sans doute le début du tournant politique le plus important du PCF depuis de nombreuses années. Signé en 1972, le Programme commun était une réponse apportée par les partis ouvriers réformistes à l'explosion de Mai 68. Destiné à canaliser les luttes, à éviter les débordements, il donnait au PCF une perspective gouvernementale par l'alliance scellée avec le PS. Il allait permettre à ce dernier, discrédité et affaibli (2), de se reconstruire comme parti ouvrier.
Quel était l'objectif du PCF ? L'alliance avec le PS devait le sortir de l'isolement et impulser son propre développement, à l'instar de ce qui s'était passé en 1936 ou en 1945-1947. C'était ne pas compter avec ce qui marque la période ouverte par Mai 68 : le changement du rapport de force au sein du mouvement ouvrier français. Pour la première fois dans son histoire, le PCF n'allait pas être le principal bénéficiaire de l'unité réalisée. Il était concurrencé d'une part par le PS (du point de vue de l'influence politique dans la classe ouvrière), et par la CFDT qui - sur le plan syndical - progressait plus vite que la CGT. Il était menacé sur sa gauche par les organisations révolutionnaires dont l'influence était grandissante dans les entreprises. Entre 1972 et 1978, le PCF n'a cessé de perdre des voix aux élections, et la CGT s'est affaiblie dans la plupart de ses bastions traditionnels.
Ces phénomènes de recomposition du mouvement ouvrier sont des phénomènes structurels. Sur le plan sociologique, l'industrialisation postérieure ment du gaullisme s'est accompagnée de
Le mouvement ouvrier et l'élection présidentielle la croissance numérique du prolétariat. Mais, au sein de ce prolétariat, deux pôles se sont développés dans les entreprises : les ITC (ingénieurs, techniciens et cadres) et les OS (ouvriers « spécialisés », les moins qualifiés), auxquels il faut rajouter les employés du « tertiaire » et de la fonction publique.
Dans ces couches, le PS et la CFDT ont progressé plus vite que le PCF et la CGT, traditionnellement forts chez les OP (ouvriers professionnels) dont le poids relatif au sein de la classe ouvrière s'est amenuisé.
Cette évolution tend à confirmer que, comme dans les années 1930, la recomposition du mouvement ouvrier français ne se fait pas par simple superposition d'influences, un parti supplantant l'autre, mais — au début du moins - par une implantation dans des secteurs différents du prolétariat.
Le PCF a perdu l'hégémonie absolue dont il disposait dans la classe ouvrière, et tous les efforts faits pendant ces dernières années pour concurrencer le PS sur son propre terrain, pour améliorer son image de marque démocratique en prenant ses distances avec l'URSS, ont été vains. Dans les banlieues « rouges », les audience, en nombre de cellules, en militants.
A cette première cause, il faut en ajouter une seconde : le développement de la crise économique à partir de 1974. Le Programme commun avait été élaboré dans une perspective d'expansion et de concessions économiques possibles. Par contre, en 1977-1978, on discutait âpre-
Pour atteindre ces objectifs, il faut casser le PS. C'est aujourd'hui le but essentiel du PCF. La rupture de l'Union de devait enrayer la dynamique unitaire qui avait profité surtout aux socialistes. Une victoire de Giscard signifierait pour eux une rupture interne : une partie d'entre eux choisissant l'alliance avec la droite en l'absence de toute perspective de gauche. Le PCF aurait alors le « champ libre », les rapports de forces étant désormais rétablis en sa faveur.
C'est pourquoi le parti joue la défaite de François Mitterrand. Comment ? Par le refus de toute unité, quelle qu'elle soit, avec les socialistes.
FRANCE ment pour savoir si l'on fixerait le SMIC à 2 000 ou à 2 600 F.
Aller au gouvernement pour y gérer l'austérité dans un rapport de forces défavorable avec le PS, devenait pour l'appareil un exercice périlleux. Il risquait de se retrouver face à une montée ouvrière aux conséquences imprévisibles pour son propre contrôle sur le mouvement ouvrier. La participation du PCF au gouvernement - pour y gérer l'austérité — ne pouvait qu'accélérer sa propre crise et la dégradation de ses rapports avec la classe ouvrière. D'autant plus que François Mitterrant, lors du congrès du PS à Nantes en 1977, n'a pas caché son intention d'utiliser le PC comme force d'appoint.
La question du gouvernement devient dans ces conditions une question secondaire pour le PC. Le problème central, c'est sa propre existence comme parti de la classe ouvrière. Réaffirmant son identité, il prend ses distances avec l'eurocommunisme, dont il s'était réclamé à l'époque de l'Union de la gauche.
Dès lors, le PCF s'arc-boute sur l'Union soviétique, réaffirme sa filiation historique, son existence comme courant « révolutionnaire » face à la social-démocratie ; l'appareil redivise le monde en deux camps: l'impérialisme et la socialdémocratie d'un côté, l'URSS, le « camp socialiste » et le PCF de l'autre. Quelle place y aurait-il en effet pour un parti qui aurait rompu ses amarres avec le stalinisme, qui aurait perdu sa spécificité ?
Le PCF doit se différencier, réaftionnaire. CONSEQUENCES SUR L'ORIENTATION POLITIQUE DU PCF
Il affirme que le problème n'est pas de changer d'homme, mais de changer de politique ; pour cela, il faut d'abord garantir un score communiste important au premier tour. Mitterrand ou Giscard, c'est « blanc bonnet » ou « bonnet blanc » du
1. Lire dans Inprecor numéro 98, du 30 mars 1980, Jeannette Habel, « La France à la veille des élections présidentielles. L'emploi au centre de la campagne électorale », pour le bilan de la politique suivie par la bourgeoisie au cours des dernières années et les alternatives de la bourgeoisie. 2 Brasile aidan socialiste a velection présidentielle, rassemblé moins de 5 % des suffrages !
comporte 131 propositions. Il s'agit, en dans les municipalités, les écoles et les copoint de vue de ce qu'ils veulent faire. Dans ces conditions, le PC refuse tout meeting commun avec le PS. En affirmant dans le même temps démagogiquement qu'il est « pour l'unité à la base, et contre les accords d'états-majors », il s'oppose à toute activité commune aussi bien à la base qu'au sommet. Il refuse de se prononcer dès avant le premier tour de l'élection présidentielle ment au deuxième tour en faveur de Mitterrand, au cas où ce dernier serait le candidat ouvrier arrivé en tête au premier tour, ce qui est de loin le plus probable.
Il sera évidemment difficile à la direction du PCF de maintenir une telle position entre les deux tours de l'élection. Le refus du désistement - done le fait d'assurer ouvertement la victoire de Gis-
- serait un précédent historique dont le prix à payer serait considérable. Le test de l'élection partielle de l'Aveyron en est un indice : la consigne de refus de vote donnée par la direction du parti en faveur d'un candidat radical de gauche n'a pas été suivie, l'électorat communiste a massivement désavoué l'appareil du PCF. Il faut préciser que c'est ce dernier qui avait tout fait, sous l'Union de la gauche, pour remettre en orbite ce groupuscule
Mais Georges Marchais, qui apparaît plus comme un candidat anti-Mitterrand que comme un candidat anti-Giseard, peut appeler au désistement du bout des lèvres et préparer un mauvais report des voix. Or l'élection peut se jouer à 100 000 ou 200 000 voix près...
Une telle ligne a une logique interne : le refus de l'unité, la dénonciation du PS comme agent de la bourgeoisie, doivent en contrepartie faire apparaître le PCF comme un parti de lutte, le « seul » parti des travailleurs, le parti d'avant-garde de la classe ouvrière. Pour cela, le PCF a durci son langage et ses propositions.
131 PROPOSITIONS Il propose un « Plan de lutte contre la crise, pour le changement » (3) qui premier lieu, de compenser par une surenchère et un discours gauche sur le terrain social l'absence de perspective politique. Par ailleurs, il continue évidemment à tout faire pour étouffer et morceler les luttes dont il parle tant. Le PCF abandonne la modération verbale dont il avait fait preuve gramme commun. Il propose un SMIC à 3 300 F immédiatement, les 35 heures sans baisse de salaire, la création de 500 000 emplois supplémentaires chaque année, etc., en espérant toucher « les pauures », les victimes de la crise, les couches les plus touchées par le chômage.
Plus globalement, il tient un discours qu'il croit adapté — en cette période de crise économique — au niveau de conscience de certaines couches du prolétariat: il spécule sur le retard de la conscience de classe, les préjugés racistes, la crainte du désordre, en somme la pression de l'idéologie petite-bourgeoise dans certains secteurs de la classe ouvrière dont il espère tirer un profit électoral, en particulier dans les banlieues populaires et les municipalités qu'il gère. Face à la crise, il apporte une réponse nationaliste chauvine qui n'est pas étrangère à sa tradition. A la question « Comment s'en sortir ? », il répond : « Il faut produire français ! il faut arrêter la casse, il existe des solutions nationales à la crise. La France dispose des moyens de faire vivre sa population,... à condition que les innovations soient utilisées en France par les travailleurs français et non pas vendues à l'étranger pour le seul profit des capitalistes. (4) » Il faut des nationalisations démocratiques : Georges Marchais propose celle de 23 groupes industriels et bancaires, soit 14 de plus que le Programme commun qui en prévoyait 9, considérées à l'époque comme le seuil minimum pour affaiblir de façon décisive le capitaiisme monopoliste d'Etat. Il est vrai qu'en 1971, le programme du PCF en prévoyait 25... et qu'au moment de l'actualisation du Programme commun, qui devait conduire à la rupture, le seuil minimum était passé à
Comment trouver l'argent? «Il faut faire payer les riches, casser les pouvoirs de l'argent » (5) ; pour cela, on doit créer un impôt à gros rendement sur le capital des entreprises, augmenter l'impôt sur les bénéfices des sociétés, taxer les profits inflationnistes, ôter au capital la libre disposition des fonds publies, de l'épargne et du crédit; cela est réalisable grâce à la gestion des banques par les travailleurs... et au rétablissement et au renforcement du contrôle des changes, moyen dont l'efficacité est bien connue pour lutter contre la fuite des capitaux que ne manqueraient pas de déclencher les mesures proposées !
Il est indiscutable que les 131 propositions se veulent - et sont - plus « à gauche » que le Programme commun. Il y a surenchère de mesures présentées comme « radicales ». Ce radicalisme concerne aussi de façon nouvelle les immigrés dont on veut limiter l'entrée en France et qu'il faut aussi répartir plus équitablement (6) lonies de vacances. Bien que le PCF n'ait pas reculé dans le passé devant un langage chauvin (les « Boches » pendant la Deuxième Guerre mondiale), il a cette fois franchi un seuil. Un maire communiste s'est lancé à l'assaut d'un foyer d'immigrés, une municipalité communiste instaure des quotas pour enfants immigrés dans ses colonies de vacances. Il est logique que le « Produisons français ! » débouche sur « Dehors les étrangers ! » (7) ... Autre élément nouveau: le lutte » contient, au chapitre « Sécurité », des propositions pour le maintien de l'ordre qui l'ont conduit jusqu'à la délation d'une famille marocaine impliquée - d'après lui — dans un trafic de drogue...
Quant au fond, le « Plan de lutte » contient tous les ingrédients du réformisme le plus traditionnel et n'innove pas. Pour réaliser toutes ces réformes, il faut « démocratiser l'Etat », le « décentraliser » et le « débureaucratiser » (8), en revalorisant le rôle du Parlement, en instituant l'autogestion communale... mais il n'est bien sûr pas question de l'expropriation du capital et de la destruction de l'appareil d'Etat. Il faut des ministres communistes au gouvernement. tout cela il faut que le vote en faveur de Georges Marchais soit massif.
CONTRADICTIONS
DE CETTE POLITIQUE Le plus difficile pour le PC est de concilier les divers aspects de sa politique, et surtout les contradictions entre son discours et sa pratique.
Il n'est question que d'action et de combat contre le gouvernement, mais tout est fait pour que Giscard sorte vainqueur de la compétition électorale. La multiplication des journées d'action et des initiatives sectaires de la CGT, en l'absence de toute centralisation des luttes, de toute généralisation, et surtout d'unité syndicale, n'est qu'une façon de jeter de la poudre aux yeux. La seule fois où le candidat du PCF a parlé de grève générale, c'est en évoquant la perspective d'une victoire de Mitterrand, afin d'effrayer l'électorat flottant entre la droite et la gauche. Georges Marchais s'affirme comme candidat anti-Giscard, seul candidat pour le changement mais, en pratique, il ne donne aucune perspective, aucun débouché politique aux luttes.
Il n'y a plus d'Union de la gauche. L'alliance avec le PS est rompue. Mais le PC réclame des ministres communistes, au cas où Mitterrand l'emporterait. Il exige de Mitterrand, qu'il traite comme un candidat bourgeois aussi néfaste que Giscard, qu'il donne des garanties sur la composition de son gouvernement, dont il dit
Usa politique ne changerait rien aux conditions de vie des travail-
Auparavant, le PCF avait une stratégie pour aller vers le « socialisme aux couleurs de la France » : celle de la « dé mocratie avancée, étape nécessaire sur la voie du socialisme ». Cette étape, concrétisée par le Programme commun, n'existe plus aujourd'hui (9).
Le PCF s'appuie — pour justifier cet abandon — sur la critique des expériences passées de 1936 et de 1945. Voici ce qu'il écrit (10) : «Pas de "grand soir" donc pour un pays comme le nôtre au stade de développement qui est le sien. Ni sous la forme insurrectionnelle (type 1917, mais aussi
3. L'Humanité, 21 novembre 1980. 4. L'Humanité, 26 février 1980. 5. Cf. le « Plan de lutte... ». L'Humanité, 7. Cette orientation a été condamnée par le Parti communiste martiniquais (PCM) et par le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples où les militants communistes sont très nombreux). Dans un premier temps, même le bureau confédéral de la CGT avait critiqué les initiatives de la direction du
8. Cf. le « Plan de lutte... ». Michel Simon, in les Cahiers du communisme, revue du Comité central du PCF. décembre 1980.
1830, 1848, 1871), ni, non plus, ce qui heurte un système d'évidence encore davantage ancré dans la conscience nationale, sous la forme électorale ; mais une avancée au socialisme faite de mations qualitatives partielles", un processus historique marqué par une suite de luttes de classes au contenu de plus en plus élevé. Des seuils, des étapes ? Certes, mais non programmables a priori. Plus d'étapes intermédiaires délimitées d'avance. Plus de séparation tranchée, en-
"but final" et objectifs immédiats: c'est des maintenant, au quotidien, qu'est engagée la lutte révolutionnaire pour la transformation sociale, lutte qui ne s'achève nullement, bien au contraire, jour où les forces politiques qui s'assignent comme but l'édification du socialisme accedent au pouvoir. Il n'y a pas de socialisme, ni d'avancée en cette direction qui puissent être octroyées d'en haut. Pas d'états-majors dont on puisse attendre le changement sans lutte. Nul sauveur suprême, homme ou parti, fussent-ils "tribuns" reconnus des masses populaires. Nous sommes ici, en dépit des apparences, au cœur de ce qui fait la nouveauté de la candidature de Georges Marchais à l'élection présidentielle. »
Mais ce discours de type « eurocommuniste » (dans la revue, rappelons-le, du Comité central du PCF) cadre mal avec son fonctionnement interne, la répression et les exclusions qui ont repris. Il cadre mal aussi avec le rôle de courroie de transmission qui est de nouveau dévolu à la CGT, avec le sectarisme extrême de la direction de cette centrale syndicale. idéologiques (tels qu'ils apparaissent dans les revues spécialisées de l'appareil) et les positions réformistes classiques, l'écart diminue de plus en plus, au point qu'il n'y a encore pas si longtemps, des idéologues du PCF s'interrogeaient sur la justification de la scission du Congrès de Tours (11) en 1920...
Rarement le PCF n'a été le carre. four de telles contradictions : que Giscard passe ou que Mitterrand soit élu, une chose est certaine, sa crise ne fait que commencer. L'émergence de militants critiques de plus en plus nombreux, les ruptures intervenues dans l'appareil (en particulier dans la presse et la Fédération de Paris) en sont les premiers indices. Les rythmes de la crise dépendront en partie du résultat électoral de Georges Marchais : il est difficile de faire des pronostics en la matière. Le discours du candidat du PCF trouve sûrement un écho dans les couches les plus touchées par la pauvreté. Mais dans quelles proportions ? Il ne faut pas oublier que l'Union de la gauche a signifié pour le PCF une stagnation ou même une érosion de son électorat. Si cette érosion est enrayée ou, mieux, s'il enregistre une légère progression, l'appareil du PCF aura gagné un répit, et provisoirement réussi à ressouder ses rangs.
En tout état de cause, la campagne électorale de Georges Marchais remplit aussi pour la direction du PCF une fonction essentielle : grâce au réflexe provoqué par une campagne anti-communiste
qu'elle alimente, il s'agit de ressouder autour d'elle le « noyau militant » du PCF, en prévision d'affrontements sociaux que l'approfondissement de la crise ne manquera pas de mettre à l'ordre du jour. En
François Mitterrand compte capitaliser le mécontentement provoqué par la politique de Giscard. Considéré comme perdant au départ, il a triomphé de Michel Rocard (son principal concurrent au sein du PS). Il a compris - à la différence de Rocard — qu'il fallait, malgré la politique du PC, maintenir une image de marque unitaire en attaquant violemment le gouvernement d'abord. Il a refusé le lanun mot, la direction se prépare un parti sur mesure, en prévision d'une situation politique et sociale qu'elle prévoit lucidement comme difficile. LA RESISTIBLE ASCENSION DU PS gage ouvertement « réaliste » de Rocard sur la gestion nécessaire de la crise, et de l'austérité de gauche qui en découlerait. Il a compris qu'il pourrait capitaliser les effets du chômage et de la crise, attiser les mécontentements et garder les suffrages
11. Un entretien avec Gilbert Wasserman in Damette et Scheibling Pour une stratégie autogestionnaire, Editions sociales, Paris, 1979.
François Mitterrand et Willy Brandt : paraftre « le plus raisonnable possible ». (DR) de l'électorat communiste tout en se gardant de toute dynamique sociale.
En faisant appel au « rassemblement populaire pour le redressement national » (12), il réserve la possibilité à une petite fraction de l'électorat gaulliste de voter pour lui. Sur le plan économique
Sur le plan économique, ses propositions sont d'une grande modération et font preuve du « raisonnable possible, du maximum du possible dans un pays comme le nôtre » dont parlait Michel Rocard (13). Contre le chômage, Mitterrand propose (14) une relance sélective de l'économie à partir du relévement des bas revenus ; la mise en œuvre d'un programme d'investissements publics et privés... en particulier dans le bâtiment et les travaux publics ; la création de 210 000 emplois (150 000 dans le secteur public, 60 000 « d'utilité collective ») dont le coût représenterait un cinquième des dépenses consacrées à l'indemnisation des chômeurs ; la réduction des charges sociales des entreprises de main-d'œuvre ; enfin, la réduction progressive à 35 heures de la durée hebdomadaire du travail « par des accords décentralisés et adaptés à la situation de chaque branche et de chaque entreprise ».
Les formulations du candidat socialiste sont habiles, mais ambiguës. Il s'appuie sur une revendication très populaire, mais reste vague sur les conditions de sa réalisation. Or, les discussions sur la réduction du temps de travail ont été l'un des problèmes-clés abordés lors de la préparation du VIlle Plan (15), et les négociations sur le temps de travail entre le patronat et les syndicats se sont soldées par un échec en 1980, bien que les positions de la CFDT - reprises en fait par le PS -aient été proches de celles du patronat. De quoi s'agit-il ? Il y a accord de la part du patronat pour diminuer le temps de travail, à condition que cette réduction des horaires s'accompagne d'une baisse partielle des salaires, d'une utilisation accrue des machines, et done d'un assouplissement des horaires de travail; le tout se traduisant par une amélioration de la productivité (l'absentéisme diminue, les machines sont mieux utilisées).
La position de François Mitterrand et du PS ne sont pas incompatibles avec ces exigences. Mitterrand exelut une baisse des salaires pour les revenus les plus bas, mais il n'exclut pas la baisse des salaires plus élevés « par le resserrement de l'éventail des salaires à partir du seuil que fixeront les partenaires sociaux » (16) : déshabiller Pierre pour habiller Paul, au nom de la réduction des inégalités, c'est la position défendue par Edmond Maire, secrétaire général CFDT, que le secrétaire du PS reprend à
La négociation décentralisée « entre partenaires sociaux » permettrait de moduler la situation selon les entreprises et de ne pas compromettre les promesses d'aides faites aux petites et moyennes entreprises (PME). François Mitterrand soucieux de ne pas perdre cette clientèle électorale éventuelle qui peut hésiter entre Jacques Chirac et lui. Il s'est engagé à donner aux entreprises qui ne bénéficient pas des privilèges dont jouit le secteur exportateur (favorisé Barre), les moyens de résister à la concurrence étrangère et aux grands trusts. Il ne s'agit pas de compromettre une telle politique par un accroissement des charges qui pourraient résulter d'une baisse du temps de travail sans baisse des salaires.
• Par ne Sant aux mator Les nationalisations
Quant aux nationalisations prévues par le Manifeste socialiste, elles devraient faire partie du premier train de mesures prises par le gouvernement : « Le Manifeste adopté le 24 janvier par le Congrès socialiste de Créteil précise à ce sujet: "Le secteur public sera élargi par la nationalisation des neufs groupes industriels prévus dans le Programme commun et le programme socialiste, de la sidérurgie et des activités de l'armement et de l'espace financées sur fonds publics. La nationalisation du crédit et des assurances sera achevée."
« Le Programme commun de gouvernement indiquait : "Dès son installation, le gouvernement procédera à la nationalisation des groupes suivants : Dassault, Rhône-Poulenc, ITT-France, Thomson-Brandt, Honeywell-Bull, PechineyUgine-Kuhlmann, Saint-Gobain-Pont-àMousson, Compagnie générale d'électricité."»
Mitterrand a justifié ces mesures par des arguments qui ne laissent place à aucune ambiguïté sur la fonction de rationalisation du système de telles nationalisations. Il a d'abord rappelé à deux reprises (17) que c'était une tradition instaurée par le général de Gaulle lui-même, qui avait permis d'assurer la « prospérité après 1945. Il a ajouté :
« Or, si aujourd'hui il y a des investissements en France qui permettent de créer des profits et non pas le contraire, c'est parce que ces investissements sont réalisés par les sociétés nationales, alors que l'investissement privé est pratiquement à sec. Ce sont des sociétés nationales qui, à l'heure actuelle, entraînent toute l'économie française, aussi bien sur le plan de l'automobile que sur le plan de l'électricité, sur le plan de l'aviation. Elles remplissent un service public. Quand on parle de la SNCF ou de l'EDF, elles se substituent aux charges de l'Etat! Il faut bien que les Français aient de l'électricité et qu'ils puissent monter en chemin de
Et plus récemment, il a été encore plus modeste (18) : « Si l'on nationalise Dassault, ou plus exactement l'aviation de bombardement, ce sera en effet un changement de société pour Dassault, auquel veux d'ailleurs aucun mal. Mais, pour le reste des Français, on n'aura changé, tant mieux pour eux, qu'un tout petit
La même position avait été défendue par Rocard : « Dans le marasme actuel, le secteur public montre qu'il est à peu près le seul à résister, comme en témoignent les résultats de Renault ou d'Air France, et une grande industrie nationale de l'informatique et des télécommunications aurait pu constituer un outil fiable et compétitif à l'échelle internatio-
L'Etat prendrait en charge des investissements coûteux, pour « permettre de créer des profits », comme le dit Mitterrand, alors que « l'investissement privé est pratiquement à sec (20) ». L'adaptation aux institutions
Le dirigeant du PS s'adapte - com12. Le Monde, 10 mars 1981. 13. Le Monde, 26 mars 1981. 14. Ibid. 15. Selon un des schémas retenus par le Plan, cette politique permettrait de ramener le niveau prévisible du chômage en 1985. de 2 200 000 personnes à moins de 1 588 000. Le Monde, 14 juin 1980.
16. Le Monde, 18 mars 1981. 17. Ibid. 18. Le Monde, 27 mars 1981. 19. Le Nouvel Observateur. mars 1981.
20. Le Monde, 18 mars 1981.
me les autres candidats — aux institutions de la Ve République. D'autant plus qu'en cas de victoire il entend bien, pour gouverner, utiliser l'étendue des prérogatives que donne au chef de l'Etat la Constitution gaulliste de 1958.
Dans le contexte actuel, les rapports avec le PC laissent ouvertes les questions du gouvernement et de la majorité qui appuierait le président élu. Mitterrand a déjà annoncé qu'il dissoudrait l'Assemblée nationale en ras de victoitre, et qu'il s'appuierait « sur la majorité parlementaire que le suffrage universel enverra à l'Assemblée nationale » (après les élections législatives) (21).
Cette réponse laisse ouverte la question des alliances pour l'avenir... Le PS, selon les résultats des législatives, pourrait gouverner avec le RPR, une fraction de 'UDF, avec le PC et le RPR, ou même gouverner seul... Mitterrand reste évasif et refuse surtout de répondre au PCF qui ré. clame des ministres communistes. En effet, s'il répond oui, il risque de perdre des voix à droite sans en gagner à gauche. Mais le fait de refuser de répondre constitue une faille à l'égard de l'électorat communiste, et facilite les attaques du PC.
Si le candidat socialiste ne gouverne pas avec les communistes, avec qui gouvernera-t-il demande le PCF, si ce n'est avec la droite ? Belle démonstration pour appeler à renforcer le vote communiste, et pour dire qu'il faut changer vraiment de politique. Quant à la droite, elle joue sur le fait qu'une telle majorité parlementaire, changeante et aléatoire, est génératrice de désordre.
A cela, Rocard a répondu: « La majorité parlementaire n'est pas un concept qui ressort de notre Constitution... L'important est qu'il y ait une volonté et que l'Assemblée sache si elle a le courage de la censurer. » Autrement dit, sous la IVe République, le gouvernement avait besoin de l'investiture du Parlement. Sous la Ve République, le gouvernement n'est pas obligé de solliciter la confiance de l'Assemblée nationale : pour sanctionner le gouvernement, les députés doivent prendre l'initiative d'une motion de censure, ce qui laisse des marges de manœuvre appréciables au Premier ministre et au président de la République. Politique étrangère
Enfin, sur le plan de la politique étrangère, le candidat socialiste n'hésite pas à multiplier les gages de bonne volonté envers la bourgeoisie : il a critiqué le retard pris par Giscard pour dénoncer l'invasion de l'Afghanistan et son voyage à Varsovie... Il s'est déclaré prêt à traiter avec l'URSS « pour préserver l'équilibre en Europe », mais « sans passer sous la table » (21). Ce langage ne peut que favoriser d'éventuelles convergences avec le RPR.
Pour l'instant, Mitterrand est en position de force. L'audience électorale de son parti est importante ; dans les entreprises, son influence est significative (grâce aux liens qu'il a avec la CFDT et aux problèmes que rencontre la CGT), même si ses forces organisées restent très limitées. Si le candidat socialiste est victorieux, le PS bénéficiera de l'image de marque unitaire qu'il a su garder. Mais si Giscard l'emporte, alors des déchirements du parti
A l'automne 1980, la division syndicale a relayé la division politique. Les deux principales centrales syndicales, la CGT et la CFDT, sont en état de guerre. Les accords unitaires (bureaucratiques) de juin 1974 sont rompus.
CGT - La direction de la CGT oriente toute son activité vers le soutien à la campagne du PCF. Alors que, lors de son 40e Congrès, en 1978, elle avait cherché à se donner une image de marque indépendante, plus démocratique, plus unitaire, elle a changé radicalement d'attitude, violant ainsi les mandats de son propre Congrès.
Face à l'ampleur de la crise et des attaques gouvernementales, la direction confédérale - sous couvert d'un langage dur et combatif - multiplie les journées d'action, les grèves minoritaires et les opérations sectaires, tout en accroissant ses attaques contre le PS et la CFDT afin de démontrer qu'elle est le seul syndicat combatif sur une base de classe, en condamnant tout attentisme électoral qu'elle a pourtant si souvent pratiqué dans le passé.
Sur le plan international, la CGT a, sur l'Afghanistan comme sur la Pologne, pris des positions très en retrait par rapport à la bataille qu'elle avait menée en 1978 au IXe Congrès de la FSM (Fédération syndicale mondiale) en critiquant le fonctionnement des syndicats dans les « pays de l'Est ». Sa direction avait alors rencontré à Prague des représentants de la Charte 77. Sur ce terrain comme sur le reste, la direction cégétiste a emboîté le pas au PCF et opéré un tournant très important qui provoque de nombreuses tensions dans ses rangs. tembre 1980 : point n'est besoin d'une échéance politique pour que les travailleurs luttent victorieusement. En décembre, lors de la réunion de son Comité confédéral national (CCN), la CGT indiquait sa position pour l'élection. Pas un mot sur Giscard, pas une ligne pour dire qu'il faut en finir avec lui. En revanche, elle définit une position qui vise à faire clivage entre le PC et le PS, afin de faire apparaitre des convergences avec le premier et des divergences avec le second. Il s'agirait, selon la CGT, d'éclairer le vote des travailleurs, sur la base des ressemblances entre son programme et celui des candidats en présence. En fait, elle sélectionnait cinq critères (revendications, nationalisations, fusées Pershing, élargissement de la CEE et bombe à neutrons) dont la fonction était de faire apparaître les convergences entre son programme et celui du candidat du PC, comme le disait lui-même Séguy. Plus récemment, la disont probables : certains secteurs passeront des alliances avec la droite, permettant ainsi au PCF d'atteindre l'objectif qu'il s'est fixé. LA DIVISION SYNDICALE rection confédérale adoptait le thème de la présence de ministres communistes au gouvernement comme garantie pour les
Sa position l'a conduit à s'aligner sur le PC, à briser l'unité de ses propres rangs, à encourager la fuite des adhérents dégoûtés par la manipulation du sigle CGT par le PC.
CFDT
- Pour la direction de la CFDT, il faut placer la CGT et le PC devant le dilemme de leur changement d'attitude ou de leur affaiblissement (22). Le secrétaire de la CFDT se place dans une perspective de rupture et de guerre prolongée avec le PC et la CGT. Simultanément, le « recentrage » de cette direction syndicale l'a conduit à des négociations avec le patronat où elle fait de nombreuses concessions. Lors des négociations sur la durée du travail, la direction de la CFDT était prête à entériner l'abandon de la semaine de 35 heures sans diminution de salaire votée lors de son dernier Congrès à Brest. Derrière nombre de ces positions, il y a l'acceptation de la crise. L'« action pour l'autonomie » est présentée comme aussi importante que l'«action pour le bien-être contre l'exploitation ». Il s'agit « d'influer sur le type de croissance », de changer les rapports hiérarchiques, d'agir sur « les structures et les principes de base de la société »... en oubliant que, dans la société capitaliste, les rapports de production sont fondés sur la propriété privée. Ces propositions ont aussi comme objectif un renforcement institutionnel du syndicat dans le contexte d'une crise économique prolongée.
Une telle ligne ne permet évidemment pas de lutter avec efficacité contre le sectarisme diviseur de la CGT. Cela explique que les tensions internes à la CGT ne se traduisent que fort peu — à la différence de l'après-Mai 68 - par des départs vers la CFDT, mais par un renforcement de l'opposition au sein de la CGT.
Sur les présidentielles, la adopte une position qui peut paraître plus séduisante : elle ne prend pas position entre le PC et le PS. Elle se déclare pour l'élection d'un président de gauche. Mais les limites apparaissent rapidement. D'abord, elle ne fait rien pour mobiliser ses adhérents contre Giscard. Ensuite, dans une longue interview au Matin, Edmond Maire explique que, « sur le plan de la stratégie sociale, il n'y a que deux forces: le PC et la CFDT ». Cette position
21. Ibid. 22. Edmond Maire, le Matin, 2 mars 1981.
est interprétée par Edmond Maire comme une arme anti-PC et anti-CGT. Dans ses coups, rien, pas plus qu'à la CGT, n'est fait contre Giscard. L'élection présidentielle est escamotée.
- La FEN (Fédération de l'éducation nationale) est la seule fédération unitaire du pays; elle a maintenu cette unité en se mettant à l'extérieur des confédérations ouvrières, et en autorisant la constitutions de tendances en son sein. La direction de la FEN, ayant abandonné l'idée d'une réunification du syndicalisme confédéral, est amenée à cultiver l'autonomie syndicale et à donner un contenu corporatiste à cette autonomie ; de plus, deux tendances dominantes dans la FEN, très liées l'une au PC et l'autre au PS, imposent un fonctionnement très parlementaire. Il en résulte un sentiment de blocage assez répandu chez les syndicalistes de l'enseignement.
La CFDT a su jouer de ce sentiment pour se développer dans l'enseignement. La CGT a consacré une session de sa plus haute instance, en janvier 1980, à débattre de l'éventualité de la syndicalisation des enseignants ; elle y a renoncé, considérant qu'un tel acte serait compris comme une volonté de scission de la FEN et heurterait l'attachement des enseignants à l'unité syndicale.
le sort d'un syndicat unitaire en période de division outrancié. re ? Pour la première fois depuis de longues années, les tendances dominantes dans la FEN parlent de risques de « scission » et s'en rejettent mutuellement la responsabilité. Il est vrai que la direction socialiste de la FEN a entrepris de normaliser le syndicat par des mesures ultra-bureaucratiques ; il est vrai aussi que sa politique de collaboration avec le gouvernement l'a amenée à signer des accords salariaux d'austérité ou à soutenir des réformes réactionnaires, telle celle qui organise des stages en entreprise pour les jeunes de l'enseignement professionnel.
Quant à la tendance animée par le PC, elle ne cache pas les pressions qui surgissent en son sein pour un passage à la CGT ; elle se livre à une surenchère peu crédible sur la tactique syndicale ; elle reproche à la direction de la FEN, non de mener des négociations tous azimuts avec le gouvernement, mais de négocier sans l'appui d'une action syndicale ; or, l'action, pour la tendance animée par le PC, se réduit à des grèves rituelles de 24
Négociations à tout prix ou grèves de 24 heures : telle est l'alternative offerte par les deux grandes tendances de la FEN ; l'impasse de l'une et de l'autre fournit des arguments aux deux côtés pour intensifier leur affrontement, sans que les intérêts des personnels de l'éducation nationale ne soient réellement pris en compte.
Cet affrontement interne à la FEN prend un caractère de plus en plus social et catégoriel ; en effet, la FEN n'est pas structurée selon le modèle d'un syndicat d'industrie, mais plutôt comme une fédération de syndicats de métiers. Ainsi, la FEN regroupe-t-elle 46 syndicats nationaux, dont chacun organise une catégorie particulière de personnels de l'enseignement. Or, chacune des grandes tendances de la FEN s'abrite derrière le principal syndicat de catégorie qu'elle dirige : le l'enseignement primaire (SNI) pour les socialistes ; le syndicat de l'enseignement secondaire (SNES) pour les communistes.
A l'occasion des élections présidentielles, la tendance socialiste majoritaire a adopté une position de retrait : « Les travailleurs n'ont pas besoin qu'on leur tienne la main pour déposer leur bulletin de vote », écrit-elle. Cela n'a pas empêché André Henry, le secrétaire général de la FEN, d'affirmer à la radio que les enseignants « sont de cœur et de sensibilité socialistes ». La tendance animée par le PC a « opportunément » portance des luttes pour assurer les transformations sociales. Elle renvoie done les syndiqués à leurs luttes à la base, et se fait discrète sur les échéances électorales ; la consigne de vote « relève de la responsabilité du citoyen », dit-elle, elle n'en donnera donc pas. La lutte est « le plus court chemin pour aller aux véritables changements » : pourquoi, dès lors, emprunter le détour des élections ?...
Seule la tendance révolutionnaire de la FEN, I'« Ecole émancipée » (EE), où sont présents les militants de la LCR, a autre orientation syndicale afin de préparer la grève générale, et la nécessité de ne négliger aucun occasion de défaire Giscard, fût-ce par les élections. S'appuyant sur l'exemple de la Pologne, cette tendance montre concrètement comment il est possible de construire un rapport de forces favorable aux travailleurs. A propos des présidentielles, elle affirme que « aucun travailleur, aucune organisation syndicale ne peut avoir une démarche, par ses interventions ou par ses votes, qui permette la reconduction de Giscard dans ses fonctions. Les travailleurs, par la poursuite et le développement de leurs luttes et par leur vote, permettront la défaite de Giscard ».
Sous couvert d'apolitisme et de neutralité syndicale, la Confédération Force ouvrière (FO) laisse ses adhérents libres de leurs choix, comme l'indique le Comité confédéral national (CCN) réuni les 20 et 21 décembre 1980. Son secrétaire général, André Bergeron, s'est déclaré — à titre personnel — favorable à Francois Mitterrand en octobre. Mais la multiplication des négociations avec l'Elysée semble montrer pour qui le cœur de FO penche au niveau confédéral: pour Giscard. Ce qui est contradictoire avec le bilan social tiré par le CCN de décembre : FO montrait une situation sociale très dégradée. Pour défendre les objectifs revendicatifs fixés par FO, il est difficile de montrer le bilan social tel qu'il est, de négocier sans résultat avec Giscard, et de ne pas se prononcer pour l'élection du 26 avril..
En somme, à un mois du premier tour de l'élection présidentielle, aucune des quatre confédérations ouvrières FO, FEN, CFDT et CGT n'a formulé clairement l'idée simple et largement répandue chez les travailleurs qu'il faut battre Giscard. Elles ont un point commun : chacune d'entre elles relativise l'échéance du 26 avril comme une occasion d'en finir avec la politique d'austérité du gouvernement Giscard-Barre. Loin d'imaginer un front syndical commun contre Giscard, dans les luttes et à l'occasion de cette élection, les directions confédérales se livrent une guérilla sans merci.
DIFFERENCIATIONS AU SEIN
DU MOUVEMENT OUVRIER
Les différenciations au sein du mouvement ouvrier constituent le phénomène le plus important des dernières années. Elles ont pris des formes nouvelles avec la division des partis ouvriers et des syndicats. Après 1968, les mouvements sociaux s'étaient développés surtout à l'extérieur des organisations traditionnelles (23). Aujourd'hui, avec le changement de conjoncture politique, ces différents mouvements sont dans l'impasse. Ils peuvent exprimer le « ras-le-bol » et la défiance, mais ils sont pour la plupart marginalisés sur la scène politique. La polarisation des forces a relativisé les réflexes basistes ou apolitiques (le retrait de Coluche, candidat de la dérision, en est une indication).
Les courants critiques les plus significatifs se développent au sein des partis ouvriers et des syndicats. Les organisations révolutionnaires qui n'ont pas compris à temps ce changement de politique ont connu des difficultés.
La prise de conscience de nombreux militants des organisations ouvrières s'est accélérée après la rupture de l'Union de la gauche. Ils ont compris qu'il faut impulser l'union sur des bases de classe en s'appuyant sur une mobilisation sociale unitaire. La question qui est au cœur de l'élection présidentielle, c'est la nécessité de « ne pas en reprendre » pour 7 ans... Pour battre Giscard, il faut l'unité : tel est le point de départ des partisans de P'« Union dans les luttes ».
- Le courant unitaire « Union dans les luttes » reflète cette prise de conscience embryonnaire. Il montre quels sont les processus moléculaires qui sont à P'œuvre dans la classe ouvrière. Douze ans après Mai 68, des militants tirent les leçons de la grève générale sans débouché politique, et de l'Union de la gauche, débouché politique sans combat et sans luttes. Ils ne veulent plus d'union sans combat ou de combat sans union.
23. Les grèves elles-mêmes débordaient souvent les consignes syndicales. Il ne faut pas oublier que la plus célèbre d'entre elles — celle de Lip - fut dirigée par Charles Piaget et des militants du PSU.
C'est pourquoi des militants du PC, du PS, de la LCR et des inorganisés se sont regroupés autour d'une pétition « Pour l'union dans les luttes » qui a recueilli plus de 160 000 signatures. Organisés dans des collectifs unitaires, ces militants d'origines politiques diverses font une expérience originale. Elle a été impulsée en premier lieu par des militants du PCF issus de l'ancien courant althussérien, qui avaient manifesté sieurs années leurs désaccords idéologiques avec le PCF. Après la l'Union de la gauche, ils se sont engagés sur un terrain plus directement politique. Ils sont aujourd'hui victimes d'une large répression au sein du PCF qui exclut les principaux initiateurs d'« Union dans les pe des courants politiques divers, qui s'unissent dans l'action tout en menant des débats politiques et en confrontant leurs divergences. C'est une expérience Front unique partielle, limitée ; les collecpour l'essentiel militants organisés ailleurs et des inorganisés. L'expérience unitaire y est parfois difficile, dans la mesure où la confrontation politique politiques et leurs sympathisants ; les inorganisés qui signent assez présents aux réunions. Ce qui soude ces collectifs et ces militants, c'est la volonté capitale d'œuvrer à l'unité, au Front unipartis ouvriers et syndicats seule issue à la situation : en se prononçant pour l'unité entre le PC et le PS, pour le désistement tour, pour la perspective d'un gouvernement d'union du PS et du PC.
La réunion nationale de ces collectifs le 28 mars 1980 a appelé en outre à un ler mai unitaire (le ler mai a lieu entre les deux tours de l'élection), appel qui revêt une grande importance politique : il signifie une bataille auprès des syndicats, comme auprès du PC et du PS, pour imposer une manifestation commune dans l'unité avant le deuxième tour.
Ces collectifs pourraient, en cas de grandes luttes et de mobilisations, prendre un caractère beaucoup plus massif et constituer de réels comités de Front unique. Mais, dans l'immédiat, telle n'est pas la situation. La permanence de ce courant, qui a presque un an d'existence, montre qu'il ne s'agit pas d'un phénomène conjoncturel. La direction du PCF en a bien compris l'importance. Elle exclut actuellement, d'exclure, les principaux animateurs, ceux que l'on appelle déjà les « unitaires ».
- Les retombées les plus significatives de l'u Union dans les luttes » se font jour dans les syndicats. C'est là qu'elles sont dans l'immédiat les plus importantes. La baisse d'effectifs qu'ont connu ces derniers, en particulier la CGT (qui, selon les estimations, est passée de 2 300 000 à 1500 000 ou 1 200 000 membres en deux ans), traduit l'écœurement des militants, mais non leur démoralisation ou leur démobilisation. Il y a un contraste entre la chute des effectifs militants et le maintien global des résultats des syndicats dans les élections où il n'y a aucune progression des syndicats patronaux.
En fait, l'affaiblissement des forces organisées, de la CGT notamment, traduit le « ras-le-bol » devant la division et le sectarisme. Il s'accompagne d'un phénomène tres important dans la centrale : pour la première fois des milliers de militants syndicaux de tous horizons et de nombreuses villes prennent position à l'ap pel de militants de Marseille (voir encadré) pour l'unité, pour la défaite de Giscard. Le Collectif syndical de Marseille, composé de militants du PS, du PC, de la de chrétiens et d'inorganisés, résume en 5 points sa position :
1) Tout faire pour que Giscard soit 2) Le programme de la CGT doit servir à dénoncer la droite et non à alimen-
3) La CGT doit appeler au premier tour à voter pour tous les partis ouvriers PC, PS et extrême gauche ;
4) Pour le deuxième tour, la CGT doit appeler au désistement en faveur du candidat ouvrier le mieux placé, et œuvrer pour que le PC et le PS gouvernent en-
5) Le programme et les revendications de la CGT doivent être maintenus, quel que soit le président issu des élec-
Cet appel est sans précédent : parti de Marseille, déjà repris à Chartres, Dreux, Caen, Rennes, Fougères, Le Havre, dans le Pas-de-Calais, en Gironde, il recueille plusieurs milliers de signatures et parfois non des moindres : au Havre deux des quatre secrétaires de l'Union départementale, le secrétaire général du syndicat CGT de Renault-Sandouville qui avaient déjà signé la pétition « Union dans les lutces derniers considèrent « l'avenir », le « pluralisme » et « le caractère de masse » de la CGT menacés (25). René Buhl et Jacqueline Lambert, membres de la Commission exécutive de la CGT, ont exprimé leurs critiques et leur crainte de voir pour la première fois « se constituer des tendances ».
André Bergeron : même FO a été touché par le débat « Comment battre Giscard ? ». (DR)
Le plus frappant, c'est que de nombreux militants critiques, qui réclament plus d'autonomie de la CGT envers le PCF, ne le font pas - comme ce fut souvent le cas dans le passé — à partir de positions apolitiques. Thouroule (secrétaire général du Syndicat CGT des employés de la Sécurité sociale - Ile-et-Vilaine) reprend à son compte une citation de Monate (26) qui montre quel est le niveau de conscience du courant qui est en train de se constituer : « N'ayez pas peur de tomber dans l'anticommunisme en regardant le stalinisme comme l'ennemi numéro un. Notre prétendu anticommunisme n'a rien à voir avec celui des bourgeois. Eux ont peur du communisme, nous, nous l'appe-
- Dans la CFDT : le Congrès de la Métallurgie (FGM-CFDT) tenu à La Rochelle du 5 au 8 février 1980 a apporté une réponse à tous ceux qui pensaient que le « recentrage » avait triomphé dans ce syndicat. L'orientation de la direction condamnée par les militants de la sidérurgie lorraine et de Fos. Un délégué, parmi les plus modérés de Nancy a affirmé que « le rapport de forces... devait être créé par la grève et l'action... pas seulement dans quelques usines de France » (27).
Un autre délégué, secrétaire de la SAFE (producteur de tôles pour Renault) posa la question: « La FGM a-t-elle conscience de ce que les militants ont ressenti quand elle a signé son accord aux suppressions d'emplois ? » (28) Le représentant du syndicat Métaux de Fos-sur-Mer intervint à partir des leçons de la grève de la SOLMER en 1971 : « Pas de négociations au sommet décollées de la base ! ... Avec la division, ce sont les revendications qui en prennent un coup, et les travailleurs avec. L'important c'est de faire reculer le patronat. (29) »
24. Le Monde, 31 mars 1981. 25. Le Nouvel Observateur, 30 mars 1981. 26. Le Monde, 31 mars 1981. 27. Rouge, numéro 956. 28. Ibid. 29. Ibid.
Les résultats des votes sont aussi significatifs de l'ambiance du Congrès : le syndicat de Nantes avait présenté un
amendement condamnant tout abandon des acquis de la loi de 1936 sur les 40 qui était en fait la position de la direction nationale de la CFDT dans les négociations sur le temps de travail avec le patronat. La direction fédérale s'était prononcée contre cet amendement « parce qu'il sera interprété comme un soupçon et comme une condamnation des négociations sur l'aménagement de la durée du travail ». Or, l'amendement fut voté à la quasi-unanimité ! Les votes sur le rapport d'activité ont baissé de 15% pour les « pour », augmenté de 15 % pour les « contre ». Sur la résolution d'orientation, les « pour » ont baissé de 12% et les « contre » augmenté de 13%... par rapport au précedent congrès.
Quant à l'élection présidentielle, la direction CFDT la relativise : tout en souhaitant un changement de politique que le succès du candidat de gauche aux élections faciliterait, le moins que l'on puisse dire est qu'Edmond Maire reste attentiste face à la possibilité de réélection de Giscard. C'est pourquoi la nécessité d'engager toutes les forces pour battre le président sortant, et pour voter des le premier tour pour les partis ouvriers, doit être au centre des préoccupations des
- Dans Force ouvrière (FO) un appel au vote de classe est signé par 140 militants de Marseille et de la Caisse de Sécurité sociale de Paris (à l'initiative de militants du PS et de la LCR). Cet appel (voir encadré) traduit la volonté d'un nombre croissant de militants de rompre avec la politique confédérale qui, sous couvert d'apolitisme, est une caution permanente à la politique de Giscard. En ce sens, l'appel n'est pas un appel de circonstance, mais ouvre la voie à un clivage permanent entre la direction confédérale et les militants confrontés à la crise, à l'austérité et aux attaques du patronat et du gouverne-
Les progrès de l'opposition au sein des principaux syndicats ouvriers sont inégaux. Il est encore trop tôt pour parler de courants structurés. Mais il est certain qu'un pas en avant a été franchi vers la structuration d'une opposition syndicale.
Même si la spécificité de chacune des centrales syndicales explique le caractère particulier de chacune des oppositions, les récents développements devraient avoir plusieurs conséquences : d'abord stimuler et favoriser l'unité d'action intersyndicale sur le plan local ou régional. Ensuite, dans chaque syndicat, impulser la coordination et faciliter les échanges entre les différentes instances syndicales ou militants qui se sont retrouvés dans cette bataille. Enfin, dans une étape ultérieure, envisager des regroupements plus structurés autour d'une plate-forme commune axée sur la satisfaction des revendications ouvrières, la démocratie et l'unité syndicale, la nécessité de contraliser les luttes contre l'austérité et de leur donner un débouché
politique. Un pas décisif serait alors franchi dans la voie de la tendance
La réalisation de ces tâches rend plus actuelle que jamais la nécessité d'une organisation révolutionnaire qui constitue une alternative crédible pour les militants en processus de rupture avec les partis réformistes. C'est la faiblesse des organisations révolutionnaires qui explique la lenteur des ruptures au sein des organisations traditionnelles, alors que la prise de conscience et la politisation de nombreux militants critiques s'accélèrent.
La LCR a été guidée tout au long de sa campagne par une idée : la nécessité d'une politique de Front unique contre l'austérité, pour chasser Giscard. Le thème central de son agitation a été « Gis-
L'appel lancé dans Force ouvrière (FO)
card peut et doit être battu ! Pour cela il faut battre la division ! Il faut l'unité ouurière!».
Balayer Giscard, balayer la droite à ces élections, c'est créer des conditions infiniment plus favorables à la mobilisation des travailleurs pour la victoire de leurs revendications. Cela passe par le fait que le PC et le PS cessent leurs divisions, qu'ils s'engagent à se désister pour le candidat ouvrier le mieux placé au second tour et à gouverner ensemble. La LCR, en se battant ainsi, en appelant à voter pour le candidat du PC et du PS arrivé en tête au premier tour, n'appelle pas à voter leur programme (les deux partis ont un pro-
contre la droite. Giscard, c'est déjà 2 millions de chômeurs. S'il l'emporte, cela signifiera une austérité redoublée et des attaques sans précédent contre la classe ouvrière. La LCR se bat pour le désistement au deuxième tour, pour battre Giscard à cette élection. Si demain Giscard est réélu, l'union dans les luttes et leur généralisation seront de nouveau au centre de son activité en tant qu'organisation.
Partie prenante de toutes les mobilisations récentes et de toutes les initiatives unitaires (dans tous les syndicats et dans le courant « Pour l'Union dans les luttes »), la LCR présente Alain Krivine pour qu'il soit le porte-parole de l'unité ouvrière. Voter pour Alain Krivine, c'est voter contre la division, mais aussi voter contre l'austérité et les licenciements, c'est faire en sorte qu'une force puisse s'exprimer dont le PC et le PS soient obligés de tenir compte.
Cette campagne a déjà eu un grand écho : l'importance de la participation aux meetings (les plus importants depuis de nombreuses années), et le nombre d'adhésions aux comités de soutien le montrent. Mais la présentation de notre camarade se heurte à la législation réactionnaire votée par le Parlement : il faut 500 signatures de maires ou conseillers gé. néraux ou députés dans plus de 30 départements pour pouvoir se présenter. Or, le PC et le PS - qui ont voté contre cette loi anti-démocratique - bloquent la signature de leurs élus. Le PC ne veut pas compromettre si peu que ce soit le score de Georges Marchais, et il n'est pas prêt à donner un appui quelconque à une organisation trotskyste. Le PS, malgré ses prétentions démocratiques, craint de perdre des voix par la multiplication des candidatures... et il ne tient pas à ce que s'exprime un courant unitaire qui n'attaque pas essentiellement le PC (comme le fait rOCI).
Pour vaincre ces obstacles, la LCR a lancé un appel démocratique afin d'obtenir la centaine de signatures qui lui manquent pour présenter Alain Krivine. « LUTTE OUVRIERE » ET L'OCI
- « Lutte ouvrière », qui présente Arlette Laguiller, fait une campagne « ailleurs ». Pour « Lutte ouvrière », « il ne sert à rien de chasser Giscard, même si c'était possible », « c'est laisser supposer
té central de l'OCI « décide d'appeler au ou la défaite de Giscard sont un enjeu dé-
Georges Marchais en famille, aux Jeux olympiques de Moscou en 1980. (DR) que Mitterrand aurait une autre politique que Giscard ». « Lutte ouvrière » n'a aucune compréhension de ce qu'est une politique de Front unique ouvrier (FUO). Arlette Laguiller expliquait que « la division n'est pas un drame, elle n'a même aucune espèce d'importance »... Ce qui conduit cette organisation à ne pas (jusqu'à présent) se prononcer sur la consigne de vote qu'elle donnera au deuxième tour (30).
- La politique de l'OCI (Organisation communiste internationaliste) a été déterminée par deux facteurs : d'une part, sa politique opportuniste envers la socialdémocratie ; d'autre part, ses manœuvres organisationnelles à l'égard de la LCR pour la mettre en difficulté.
Le 16 juin 1980, l'OCI s'adressait au Congrès de la LCR pour qu'Alain Krivine soit le candidat commun des deux organisations « qui se réclament de la IVe Internationale ». En septembre 1980, POCI s'engageait dans une campagne « pour un candidat unique du PS et du PCF » et la candidature Krivine était caractérisée comme « une candidature de division ».
Nous avons fait remarquer à l'époque le caractère opportuniste de cette prise de position aux camarades de l'OCI : l'élection présidentielle se joue en deux tours. Rien n'empêche chaque parti de présenter son propre candidat sur la base de son programme au premier tour. Proposer une candidature unique du PC et du PS c'était - compte tenu des rapports de forces — déjà appeler à voter Mitterrand. En mars
1981, nouveau retournement. Alors que la campagne de la LCR est largement engagée, les camarades de l'OCI proposent candidat commun LCROCI à six semaines de l'élection... La LCR, tout en étant prête à envisager un soutien actif de l'OCI dans cette campagne, ainsi que sa participation aux meetings, aux émissions de radio et de télévision, maintient que les désaccords politiques qui nous séparent ne permettent pas de transformer le candidat Krivine en candidat commun LOR-OCI.
Enfin, dernière volte-face : le Comivote Mitterrand dès le premier tour », aboutissement logique de la politique opportuniste d'adaptation à la social-démocratie que mène l'OCI depuis longtemps : hier les militants de l'OCI votaient pour André Bergeron au Congrès fédéral de FO, aujourd'hui, ils refusent de mener bataille pour le désistement dans les syndicats a direction socialiste, dans l'UNEF-ID (indépendante et démocratique) ou dans la CGT (31).
30. « Lutte ouvrière » (LO) semble amorcer un changement de position et Arlette Laguiller a déclaré à la télévision: « Contraire. ment à la candidature de Georges Marchais, ma candidature n'a pas pour but de faire obstacle à la victoire de François Mitterrand. Des millions de travailleurs ont envie de la victoire de Francois Mitterrand, je suis solidaire de ces travailleurs, contrairement à Georges Marchais. »
31. Alors qu'il y a un mois l'OCI était pré te à présenter Alain Krivine en commun avec la LCR, l'OCI présente aujourd'hui le candídat de la Ligue comme faisant le jeu de Giscard, dans
Si Alain Krivine est candidat, l'OCI refusera-t-elle d'appuyer sa candidature ? Que devient la bataille pour le Front unique, pour le désistement, pour le gouvernement PC-PS, alors que Mitterrand refuse de prendre un quelconque engagement sur la présence de ministres communistes au gouvernement? Mitterrand ne ménapas ses avances et ses sourires à la bourgeoisie et la possibilité d'un Front
Best très loin d'être exclue. que tout cela a à voir avec le programme trotskyste et la IVe Interna-
En cette période de crise, la victoire cisif, non seulement en France, mais à l'échelle internationale, face à la contre-offensive de l'impérialisme. En Europe, la défaite de Giscard ferait contre-poids à la victoire de Thatcher en Grande-Bretagne et à la tentative de coup d'Etat en Espagne. En France, elle donnerait un élan indiscutable aux luttes des travailleurs.
Jeannette HABEL Le 30 mars 1981. son hebdomadaire Informations ouvrières (numéro du 28 mars au 4 avril) : « Les choses sont claires : c'est à un chantage - dérisoire, mais significatif — à ne pas voter Mitterrand que se liure Krivine, dans son effort ultime et éperdu pour étre candidat. Jusqu'à menacer d'assurer la réélection de Giscard. On est loin -pour ne pas dire plus - du Front unique ouvrier. Mais cette campagne effrénée de Krivine contre Mitterrand ne ferait-elle que « coincider » avec les intérêts de Giscard ? On ne peut que s'interroger sur certaines déclarations récentes de dirigeants de la LCR... »