Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SRI LANKA

La situation politique et la recomposition de la gauche

Inprecor (première série) n° 1, 6 juin 1974 · p. 30-32 · 1 670 mots

Inde et Asie du Sud

commencée dans le N° O de INPRECOR. avec les chapitre 1 (Thèses sur le Programme du Font Uni ),

2 ( la Constitution et l'Etat d'Urgence) et 3 : Les Mesures Législatives du Front Uni ).

Ces thèses ont été adoptées en décembre 1973 par le Revolutionary Marxist Party (Parti Marxiste

Révolutionnaire) nouveau nom de la section ceylanaise de la IVème Internationale, précédemment

La longueur de ce document ( publié en brochure à Sri Lanka ) nous amènera à en poursuivre la pu -

Nous poursuivons ici la publication de la résolution blication dans INPRECOR Nº 2.

connue sous le nom de Lanka Sama Samaja Party (Revolutionary).

de la section ceylanaise de la IVème Internationale,

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Bala Tampoe prenant la perole lors d'un meeting du ler Mai (1974) organisé par le Ceylon Mercantile

Union et le Revolutionary Marxiste Party ( section ceylanaise de la IVème Internationale)

4. Le J. V.P. et le Gouvernement de Front Uni Avant d'établir la nouvelle constitution et de commencer à appliquer son programme économique, le gouvernement de front uni se lança dans une lutte acharnée visant à détruire totalement la principale menace qu'il voyait à sa gauche, le Janatha Vimukthi Peranuma (J. V.P.) et décréta l'Etat d'urgence afin de garder le mouvement de masse sous un contrôle rigide. Le J. V. P. représenta une manifestation importante à Ceylan de la radicalisation mondiale de la jeunesse au cours de la dernière décade. Il revêtait quelques caractèristiques spécifiques de la montée de la révolution coloniale après la seconde guerre mondiale, avec une identité propre, découlant des conditions socio-historiques dans lesquelles il apparut à Ceylan. Rejetant la "voie parlementaire an socialisme" des deux principaux partis traditionnels de la gauche à Ceylan, le LSSP et le P.C. (Moscou), et rompant avec la tutelle politique du P.C. (pro-Pékin), avec lequel il était lié antérieurement en 1964/65, Wijeweera et d'autres jeunes révolutionnaires organisèrent le J. V. P. durant la période 1965/70. Avant de connaître la publicité dans la presse en avril 1970 comme le mouvement "Che Guevara", il n'avait pas de nom propre et était pratiquement inconnu. Néanmois ses dirigeants étaient capables de stimuler la radicalisation de la jeunesse cingalaise -- principalement dans les régions rurales et semi-urbaines, où les perspectives de vivre de la terre étaient très pauvres et où les possibilités de trouver un emploi était encore plus pauvre pour la majorité des jeunes -- , et de donner une orientation révolutionnaire à cette radicalisation, sous leur direction. Ils réussirent à diffuser leurs idées révolutionnaires, basées sur une idéologie marxiste-

CEYLON MERCANTILE UNION

FOR THE 804 léniniste, à une échelle jamais tentée à Sri Lanka par la gauche marxiste traditionnelle. Influencés comme ils l'étaient par les luttes de guerilla et les. luttes de libération nationale qui ont eu lieu dans le tiers-monde depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, et particulièrement par les succès des révolutions chinoise et cubaine, ils ont mis en avant une théorie de la révolution ultra-simplifiée, particulièrement en ce qui concerne le rôle de la lutte armée pour renverser la domination capitaliste. Leur approche de cette question attirait particulièrement les jeunes étudiants et chômeurs qui désiraient mettre fin au système capitaliste et rejetaient les orientations révolutionnaires en paroles mais réformistes en pratique, tout comme l'opportunisme extrême et la pratique de collaboration de classe des partis de la gauche traditionnelle au sein du front uni dirigé par le S. L. F.P. Le J. V. P. apparut tout d'abord sous ce nom dans un tract distribué lors des élections législatives de mai 1970, dans lequel il avertissait que l'UNP pourrait mettre en place une dictature militaire et, dans ce contexte, appelait à soutenir lz front uni aux élections. A cette période le mouvement avait déjà atteint des proportions de masse. Il s'étendit encore plus rapidement après les élections, quand il devint évident que le gouvernement de Front Uni était incapable de tenir les promesses qui avaient amené les masses de jeunes cingalais radicalisés à lui donner leur appui, appui qui s'avéra décisif pour faire tomber le gouvernement Le caractère principalement semi-prolétarien et petit-bourgeois du J.V.P., sa composition raciale presqu'exclusivement cingalaise, et son manque d'une direction expérimentée ayant une appréciation correcte de la stratégie et de la tactique nécessaires pour unifier les forces du prolétariat urbain,

ILSTIONARY MANNIST PAR

AMA.

SOCIALISA MATMO

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SRI LANKA rural et des plantations à travers le développement de la lutte des classes, l'ont rendu incapable de devenir la direction révolutionnaire du prolétariat. Malheureusement pour le J. V.P., le Front uni l'a dénoncé comme étant un agent de la réaction locale et étrangère quand il commença son activité publique en août 1970, afin de tenter de stimuler une hostilité massive contre lui . Quand cette tentative échoua, le gouvernement de front uni utilisa la police pour poursuivre et réprimer le nouveau mouveavant de déclencher ses attaques au niveau de vie des masses et pour préparer le terrain pour la suppression de toute opposition de masse active à sa politique . Si cette répression ne freina pas la croissance du J. V.P. parmi les étudiants et la jeunesse chômeuse rurale et urbaine, par contre, dans les régions où le front uni avait obtenu de grands succès électoraux en mai 1970, elle réussit à empêcher le J. V.P. de pénétrer le mouvement de masse traditionnel, particulièrement dans les régions urbaines. Malheureusement encore pour le J. V. P., la répression renforça indubitablement les tendances aventuristes parmi ses jeunes militants. Le J. V. P. ne réussit pas à tisser des liens avec les masses tamil, en partie à cause du fait qu'il n'y avait pas de cadres politiques tamil dans ses rangs, et, également, à cause de sa théorie sur l'expansionnisme indien , selon laquelle la masse des travailleurs des plantations d'origine tamil était considérée tellement soumise à l'influence expansionniste de la bourgeoisie indienne qu'elle devait être pratiquement incapable de prendre une direction révoluA cause principalement des raisons citées plus haut, le J. V. P. ne s'était pas implanté de façon significative au sein du prolétariat urbain et du prolétariat des plantations quand la répression se déclencha contre lui à la suite de la déclaration de l'Etat d'urgence en mars 1971. Après l'arrestation de Wijeweera le 13 mars 1971, et après la déclaration de l'Etat d'urgence 3 jours plus tard, des milliers de jeunes militants furent arrêtés et nombreux subirent les brutalités policières. Le ministre du LLSP, Leslie Goonewardene, avoua publiquement à l'époque que les "pouvoirs nécessaires" avaient été donnés aux Forces armées pour "balayer tout élément de trouble et maintenir la loi et l'ordre". Dans cette situation, la direction du J. V. P., qui avait déjà connu des dissenssions internes, et frappée par l'emprisonnement de Wijeweera, semble avoir été incapable de prendre une décision lui permettant de faire face à la répression. Certains de ses dirigeants semblent avoir décidé de lancer des attaques contre des postes de police dans certaines régions, dans des circonstances et pour des raisons qui ne sont pas encore claires.

Les attaques de quelques postes de police qui eurent lieu le 5 avril et par la suite, comme le premier ministre l'a elle-même déclaré, ont été mené avec des bombes et des fusils fabriqués localement, sans l'aide d'aucune puissance étrangère. Il semble qu'elles n'étaient pas du tout coordonnées et elles se sont avérées tout à fait inefficaces face à la répression, excepté, de façon temporaire, dans le centre et le sud de l'Ile où le J. V. P. jouissait d'une forte base d'appui, et où la police abandonna quelques petits postes momentanément dans certaines localités. Néanmois, ces attaques donnèrent au gouvernement le prétexte pour liquider immédiatement le

J. V. P. et pour lancer une attque combinée de l'armée et de la police contre le mouvement. Cette attaque résulta dans le massacre de milliers de jeunes et l'emprisonnement de 18. 000 autres, considérés "rebelles suspects". Le fait que seulement 60 policiers et soldats aient été tués durant "l'insurrection", d'après les chiffres officiels, alors qu'une quantité innombrable de jeunes furent tués par les "forces de sécurité"', montre bien que le gouvernement de front uni exagéra délibérément la porté et déforma la nature des attaques contre les postes de police et contre les "forces de sécurité", les présentant comme une insurrection armée visant à renverser le gouvernent. Cela servit à justifier la liquidation du JVP, et servit au gouvernement à appuyer sa demande pour une aide militaire accrue de la part des impérialistes anglais et américains. La dénonciation politique du JVP par le gouvernement chinois à la fin avril 1971, après la liquidation contrerévolutionnaire de ce mouvement par le gouvernement ceylanais - appuyé rapidement et massivement par les puissances impérialistes et le gouvernement capitaliste des Indes; appuyé par la suite par l'Union Soviétique et d'autres puissances étrangères comme le Pakistan - montre le caractère opportuniste et sans principe de la politique étrangère du régime maoiste, en ce qui concerne Ceylan. La liquidation quasi totale du JVP en tant qu'organisation politique a entrainé la démoralisation d'un grand nombre de militants, emprisonnés ou non. Ce phénomène a été accompagné par une scission au sein de la direction du JVP, certains dirigeants ayant trahi, tandis que des milliers d'anciens adhérents du JVP ont abandonné totalement leurs idées révolutionnaires. Dans ces circonstances, le JVP en tant que tel, ne peut pas être recréé, même si ses quelques milliers de prisonniers politiques étaient libérés. Parallèlement, les dirigeants du JVP qui maintiennent leur idéologie marxiste-léniniste, malgré la déroute qu'ils ont souffert, et qui en tirent les leçons correctes, sont susceptibles de contribuer de façon importante à la construction de l'avant-garde marxisDe toutes façons, l'expérience du JVP a une importance historique. Elle a révélé au monde les potentialités révolutionnaires du semi-prolétariat rural ceylanais, sous le régime semi-colonial établi dans ce pays après la seconde guerre mondiale, et le caractère essentiellement contre-révolutionnaire du gouvernement de front uni. Elle a également montré qu'il n'y a pas de raccourci pour le renversement révolutionnaire du régime par le prolétariat.

(à suivre)

Editeur responsable : René Groslambert, 34

34, rue Nothomb, 1040 - BRUXELLES Imprimerie spéciale de l'éditeur

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