La réunion du dernier Conseil National du PSU a abouti à un changement de direction de ce parti. Le débat portait exclusivement sur la possibilité de fusionner avec le nouveau Parti Socialiste dirigé par F. Mitterrand à l’issue des Assises pour le Socialisme convoquées par le PS les 12 et 13 octobre. En effet, le PS, sur sa lancée électorale des présidentielles, s’efforce de regrouper dans ses rangs une fraction du syndicat ouvrier CFDT (Confédération Française Démocratique du Travail) et du PSU. Depuis plusieurs mois l’ancienne direction du PSU travaillait déjà dans le dos de son parti avec la direction du PS et notamment la tendance Mauroy, majoritaire.
Au cours du Conseil National trois tendances se sont affrontées. L’ancienne majorité, dirigée par Rocard et Chapuis, qui accepte l’entrée dans le PS et qui n’a recueilli que 35 % des mandats ; la tendance de gauche, animée par les fédérations de Paris (Mousel) et de Besançon (Piaget), qui refuse cette intégration sur la base d’une perspective socialiste auto-gestionnaire qui passe par la destruction des institutions bourgeoises. Leur orientation est assez confuse sur plusieurs points, notamment sur le rôle et la nature du parti révolutionnaire à construire. Cette tendance de gauche, de plus en plus influencée par d’anciens militants communistes oppositionnels ralliés au PSU, a recueilli 40 % des mandats, ce qui représente un progrès de près de 10 % par rapport aux voix qu’elle avait totalisées lors de la bataille menée autour de la candidature de Piaget aux présidentielles.
Enfin, un troisième courant est apparu, beaucoup plus hétérogène politiquement qui, plus proche de la problématique du programme commun, s’oppose à l’adhésion au PS en jouant essentiellement sur le « patriotisme de parti » et la répulsion contre un parti socialiste, qui existe encore notamment dans les milieux chrétiens radicalisés très puissants dans le PSU.
Ce renversement de majorité dans le PSU est l’indice de la méfiance grandissante d’une couche importante de travailleurs radicalisés, un moment tentés par le nouveau PS après la percée électorale de Mitterrand. Cette même réticence apparaît également de plus en plus à la base de la CFDT et il est clair que la position du PSU refroidira l’ardeur de ceux qui s’apprêtaient à rejoindre le PS en se donnant comme garantie la présence du PSU dans l’opération. Cependant, l’élargissement du PS ne sera pas mis fondamentalement en cause par la position du PSU. Mitterrand lui-même ne souhaitait avaler que Rocard et la droite du PSU et ne tenait pas à voir entrer dans son parti les « gauchistes ».
Dans ce domaine on peut s’attendre à voir Rocard et toute l’ancienne direction du PSU passer au PS avec 2 000 à 3 000 militants.
Mais c’est maintenant que les vrais problèmes vont se poser au PSU, organisation qui restera avec environ 5 000 adhérents, qui ne sera plus « reconnue » par le PC et le PS et aura du mal à jouer le rôle traditionnel de courtier entre l’extrême-gauche révolutionnaire et les partis réformistes. La clarification politique et l’unité d’action avec les révolutionnaires, notamment le FCR — Front Communiste Révolutionnaire, l’organisation trotskyste française —, vont être les deux problèmes-clés que le PSU aura à débattre.
Octobre 1974