Depuis le 23 juillet 1974, date où la radio grecque annonçait que « les forces armées ont décidé de remettre le pouvoir à un gouvernement civil », s’exprime avec de plus en plus de netteté ce qui se trouvait contenu de façon concentrée dans la lutte de la Polytechnique (novembre 1973) : l’irruption sur la scène politique d’une nouvelle génération étudiante et ouvrière qui initia sa politisation sous la dictature, qui n’a pas subi les traumatismes de la guerre civile et ne veut plus en supporter les conséquences. Ceux qui n’avaient que 15 ans quand les colonels prirent le pouvoir mettent fin à l’épilogue de la guerre civile. Des couches larges de la population grecque commencent à y faire écho. Les élections accélérées du 17 novembre 1974, commandées par Caramanlis, ont, partiellement comme fonction, de prendre de vitesse ce processus de repolitisation se développant dans le pays. Dans ce sens elles n’exprimeront que fort peu les tendances de fond qui se dessinent actuellement en Grèce.
La crise économique et sociale momentanément à l’arrière-plan
Dans la situation actuelle, ce qui modèle le développement immédiat de la vie politique, ce ne sont pas directement les effets de la crise économique et sociale que connaît le pays. Les deux grèves dures des chantiers navals d’Elefsina apparaissent comme des cas isolés sur le front des luttes sociales. Dès lors, la renaissance de l’activité politique ne se fait pas au travers d’une série de luttes sociales que les PC ou le PASOK (Mouvement Socialiste Pan-hellénique de Papandréou) exprimeraient sur le plan politique. Dans la phase actuelle il y a donc une certaine césure entre la repolitisation des masses grecques et la crise sociale et économique objective qui frappe le pays et qui, par ailleurs, constituera dans les mois à venir un élément de plus en plus déterminant dans les mutations de la situation sociale et politique.
Le « miracle économique » tant vanté par la junte militaire était en grande partie le reflet des effets immédiats de l’impact des investissements impérialistes en Grèce. De 1964 à 1970, ils atteignirent 360 millions de dollars, dont 77 % américains. Les distorsions dans le développement des différentes branches industrielles, les déséquilibres régionaux croissants expriment la nature même du « miracle ». La corruption était généralisée, les colonels prévaricateurs se firent les diffuseurs de la formule « sabre et coffre-fort », ceci encouragea les opérations financières parasitaires, spéculatives et les placements de sommes importantes dans les banques américaines, anglaises et suisses.
Le boom spéculatif désordonné dans le secteur de la construction, qui absorba un pourcentage très élevé des investissements privés, indique la faiblesse structurelle du développement du capitalisme grec. Si les investissements dans des secteurs comme ceux de la chimie, de la construction métallique, de la métallurgie furent importants, leur détermination fut infléchie la plupart du temps par les nécessités du capital impérialiste1. Sur un total de population active de 3 400 000 en 1971, 39 % sont insérés dans l’agriculture, mais celle-ci ne participe que pour 20 % au produit national. La croissance du produit agricole n’a fait que diminuer en passant de 5,8 % de moyenne annuelle de 1950 à 1958, à 3,9 % de 1959 à 1967 et à 2 % de 1968 à 1973. Cette crise du secteur agraire combinée avec une certaine industrialisation a stimulé un dépeuplement des zones agricoles — la population rurale a diminué de 15,4 % de 1961 à 1971 — et le gonflement des deux zones urbaines de Salonique et Athènes, qui ont connu respectivement, pour la même période, une croissance de 37,1 % et 46,5 % de leur population. Certes, les petites entreprises dominent et la moyenne du nombre de travailleurs par entreprise ne dépasse pas 5,24. Cependant, dans différents secteurs, une réelle concentration du prolétariat s’est effectuée. Les 49 principales entreprises industrielles emploient plus de 60 000 travailleurs. Le boom de la construction a suscité le gonflement rapide d’une nouvelle couche de travailleurs, plus de 250 000, qui ont déjà manifesté leur combativité dans diverses grèves partielles.
À cela s’ajoute le fait que dans les deux pôles urbains de Salonique et Athènes se regroupent, en 1973, 54 % des établissements industriels employant 71 % des travailleurs de l’industrie. Ces dix dernières années la configuration du prolétariat s’est donc profondément modifiée. L’entrée sur la scène politique de ces nouvelles couches, de façon limitée, s’opéra lors des « événements » de novembre 1973. Leur politisation, qui va s’opérer de plus en plus dans le climat actuel, représente un des éléments essentiels de la restructuration du mouvement ouvrier et de la modification des rapports de forces sociaux dans cette nouvelle phase de l’histoire de la Grèce.
Le gouvernement Caramanlis va tenter de se dépêtrer d’une situation économique désastreuse, dans laquelle se combinent aussi bien les faiblesses structurelles du capitalisme grec que les effets de la récession que traverse l’économie impérialiste internationale. L’inflation, qui atteignait 30 % en 1973, bat tous les records des pays de l’OCDE. Le déficit de la balance des paiements est de plus en plus grand. Il s’élevait à 400 millions de dollars en 1972 et à 1 200 millions de dollars en 1973. Il ne peut que s’approfondir sous les effets conjugués d’une série de facteurs. Tout d’abord, la « crise énergétique » ; la Grèce dépend à plus de 60 % du pétrole pour sa production d’énergie. La découverte de pétrole près de l’île de Thassos ne va pas réduire le déficit dû à l’importation du pétrole avant deux ans et, même alors, l’exploitation du gisement assurera tout au plus un quart des besoins du pays. Ensuite, le recul du tourisme influe sur le déficit de la balance des paiements. Enfin, les restrictions de l’émigration limitent les rentrées de devises. Ce sont plus d’un million de Grecs qui ont émigré entre 1955 et 1970. Cependant, depuis 1973, vu la stagnation industrielle ou la récession dans divers pays impérialistes, l’émigration a considérablement diminué : l’émigration nette (le nombre total d’émigrants moins le nombre de rapatriés) se montait à 4 369 en 1973, alors qu’en 1972 et 1971 elle était respectivement de 14 267 et 31 2972.
À ces différentes causes, il faut ajouter l’endettement important de la Grèce — qui fut encore accentué par l’achat d’armes par la junte avant sa chute aux États-Unis et à la France — et le déficit chronique de la balance commerciale. Or, pour réduire ce déficit, la junte avait adopté une politique déflationniste et de limitation des importations. Il en résulta, entre autres, une accélération de la croissance du chômage. Dans la période actuelle, le gouvernement qui sortira des élections pourra difficilement accentuer de telles mesures sans risquer de s’aliéner de plus en plus des secteurs qui pourraient le soutenir ou manifester une certaine neutralité. Ceci explique les efforts effectués par Caramanlis et Mavros pour décrocher des prêts de la CEE (demande de 800 millions de dollars) et l’empressement, vu les distances prises face aux États-Unis, de rejoindre les rangs du Marché Commun. Mais ce ne sont pas les prêts de la République Fédérale Allemande (180 millions de DM jusqu’en 1976) ou de la CEE qui permettront à la bourgeoisie de faire face à la crise économique et sociale. Après ces trois mois où le calme régna plus ou moins dans le domaine social, ses effets vont faire surface et rythmer d’autant plus fortement le déroulement de la vie politique.
L’épilogue de la guerre civile
La passation pacifique du pouvoir de la junte dans les mains du gouvernement Caramanlis s’inscrit dans un contexte bien particulier. La junte s’était placée dans une impasse totale avec l’opération échouée de Chypre. Les divisions au sein de l’armée s’exacerbèrent. Le IIIème Corps d’armée, stationné en Grèce du Nord, manifesta ouvertement son opposition à la politique de la junte. Il joua un rôle important dans l’abdication des colonels. Parmi les militaires, la solution Caramanlis était envisagée depuis un certain temps, du moins depuis novembre 1973. Ainsi, Andréas Papandréou écrivait en mars 1974 : « La seconde (tendance) est en faveur d’un compromis avec les représentants de la droite et du centre-droite qui permettrait aux forces armées d’avoir un rôle moins évident dans la vie politique du pays. L’homme politique qui semble le plus adapté à cette fonction c’est Caramanlis » (Monthly Review, édition italienne, avril 1974). Dans le contexte de la crise de juillet 1974, cette solution prévalut.
Évidemment, la junte — ou du moins des secteurs importants de l’armée — exigea quelques garanties de la part de Caramanlis et de son nouveau gouvernement contre un vaste mouvement d’épuration. Ceci explique aussi bien les déclarations d’un Caramanlis affirmant que s’il revenait au pouvoir « la structure actuelle de l’armée ne subirait aucune modification » (Figaro, 28.10.74), que la lenteur avec laquelle les principaux responsables de la junte furent poursuivis par la « justice ». Il fallait attendre le 27 septembre pour voir Ioannidis convoqué chez le juge Tsevas.
Après 7 ans et 3 mois de dictature, si le mouvement de masse hésita à se mobiliser, il ne faudrait pas en conclure que la combativité n’existe pas. Elle perça lors de la mobilisation militaire. Nombreux furent alors les mouvements de rébellion de la jeunesse étudiante et ouvrière qui manifestaient le refus d’être endiguée dans une vaste opération nationaliste. Cette combativité latente fut une des raisons qui fit choisir à la bourgeoisie grecque et à des secteurs de l’armée le passage pacifique à un nouveau régime, afin d’éviter des confrontations qui auraient suscité des mobilisations de masse d’une autre ampleur et plus explosives. Les raisons de la lenteur relative du processus de repolitisation, dans un premier moment, ne doivent néanmoins pas être cherchées dans les seules manœuvres de Caramanlis : maintien des lois d’exception, suppression du décret d’interdiction du PC (loi 509 de 1949) et des décrets d’interdiction des autres partis (depuis 1967), retardement des mesures visant les responsables de la junte, maintien des structures et de l’appareil d’État de la junte, à tel point que Ghizikis garda sa fonction de président de la République. Un autre élément intervient. D’une part, la réapparition des organisations politiques n’est pas directement rattachée à des événements sociaux antérieurs à la chute de la dictature ou, surtout, à une résistance qui aurait manifesté une continuité et une ampleur significatives. La prise de conscience de larges secteurs des masses grecques est stimulée en quelque sorte par l’intervention des appareils politiques, par le débat politique qui s’ouvre aujourd’hui. Mais, d’autre part, cette repolitisation, du moins pour les secteurs de la jeunesse étudiante et ouvrière, ne se fait plus en référence au choc de la guerre civile, mais en relation avec le potentiel de mobilisation qui est apparu en novembre 73 ou lors du refus de l’embrigadement militaire. Ces deux données permettent de comprendre à la fois les rythmes de la repolitisation et le fait qu’aussi bien le PASOK que les deux PC puissent développer une réelle influence sur des parties importantes des nouvelles générations. En effet, dans ce cadre nouveau, les PC n’apparaissent pas comme les « traîtres de la guerre civile » mais comme des organisations nouvelles, aptes à porter les revendications des étudiants ou des jeunes travailleurs. Tout un procès de décantation politique devra s’engager pour que surgisse une aile révolutionnaire ayant une réelle influence ; cependant les conditions aidant à un tel processus sont plus favorables que jamais depuis la seconde guerre mondiale.
Le projet de Caramanlis
Pour Caramanlis il était de première importance, d’une part, d’organiser les élections dans les délais les plus brefs et, d’autre part, d’éviter une large purge de l’appareil d’État légué par la junte. Non seulement il avait fait quelques promesses aux militaires, mais si des procès politiques étaient rapidement engagés contre les militaires de la junte déchue, éclateraient au grand jour les liens multiples entre les nombreux conservateurs qui soutiennent son parti, la Nouvelle Démocratie, et l’ancien appareil militaire. De telles « révélations » concourraient à affaiblir sa position électorale. Face à la pression du mouvement de masse, aux attaques répétées de Papandréou, il dut effectuer quelques concessions. Ainsi, les cinq « chefs historiques » du coup du 21 avril 1967 — Papadopoulos, Ladas, Roufogalis, Patakos et Makarézos — sont mis en pension dans un hôtel de l’île de Kéa. Pour justifier cette mesure, Caramanlis invoqua un prétendu « complot ». Ceci évitait de mettre en relief des chefs d’accusation dangereux pour les rangs conservateurs serrés derrière la Nouvelle Démocratie. Avec cette entourloupette, Caramanlis espère attirer des voix centristes — qui pourraient se diriger vers le « résistant » Mavros qui invoque son statut de déporté sur l’île de Yaros — et couper un peu l’herbe sous les pieds de Papandréou. C’est d’ailleurs ce qu’il avait déjà fait en proclamant le retrait de la Grèce de l’OTAN tout en maintenant la commission politique de l’Alliance en Grèce. Parallèlement, Caramanlis devait préparer le plus rapidement possible les élections. Elles lui permettent de repousser les procès des tortionnaires de la junte à une date assez éloignée, d’utiliser le prestige qu’il s’est acquis dans l’opération de juillet, de limiter le temps à disposition de la gauche (les deux PC et le PASOK) pour sa réorganisation et, enfin, d’exclure des listes électorales une masse de jeunes qui n’ont pas encore voté. Grâce à ces avantages, Caramanlis pense obtenir une victoire suffisante pour installer une sorte de régime présidentiel donnant au capital les instruments institutionnels nécessaires pour faire face aux futurs développements des luttes sociales.
L’ex-dirigeant de l’Union Conservatrice Nationale Radicale n’a d’ailleurs pas caché ses intentions : « La Nouvelle Démocratie que je dirigerai aura une forme gaullienne. Si le peuple grec veut bien m’accorder sa confiance je voudrais aux prochaines élections assurer à la Grèce un gouvernement stable et de longue durée. Le gaullisme ne s’est-il pas maintenu pendant 25 ans en France ? » (Figaro, 30.9.74).
Cette tentative de mise en place d’un régime présidentiel, d’un pouvoir fort de la bourgeoisie, transperce malgré la démagogie démocratisante, au travers de mesures susceptibles d’assurer la répression contre des secteurs du mouvement ouvrier. Ainsi, obligation est faite à tous les partis qui veulent participer aux élections de déposer devant le procureur de la Cour suprême une déclaration selon laquelle ils s’engagent à ne pas se livrer « à aucun acte de violence ni à des activités subversives contre l’État ou pouvant mettre en danger les institutions constitutionnelles »3.
Georges Mavros, dirigeant de l’Union du Centre-Nouvelles Forces, développe un programme politique fort peu distant de celui de Caramanlis. Il trouve un appui dans les grands centres urbains auprès des secteurs des classes moyennes, des petits commerçants. Auréolé de son statut de prisonnier politique, de « résistant », il joue la carte de l’opposition à la junte. Ainsi, sur sa liste électorale, Mavros a réuni Alexandros Panagoulis (qui avait échoué, en 1968, dans un attentat contre Papadopoulos) et Anastasios Minis, militaire connu pour avoir subi longtemps la torture. C’est la référence à cette « permanence » de la contestation du pouvoir de la junte qui représente l’atout majeur et la différenciation la plus sensible de Mavros par rapport à Caramanlis. Au cas où ce dernier ne pourrait obtenir une majorité suffisante, il devrait certainement chercher une alliance avec l’ex-ministre des affaires étrangères. L’extrême-droite, organisée dans le parti de Garoufalias, l’Union Démocratique Nationale, ne peut pas prétendre jouer un rôle sérieux, ni dans les élections, ni dans la nouvelle étape de la vie politique qui s’est ouverte en juillet. Elle soutient plus ou moins ouvertement la junte et dispose pour sa propagande d’un quotidien, Eleutheros Kosmos.
La réorganisation du mouvement ouvrier
En rupture avec les opérations de la droite et du centre-droite, le Mouvement Socialiste Pan-hellénique d’Andréas Papandréou (PASOK) exprime peut-être le mieux, bien que de façon déformée, la fin de l’esprit de défaite qui avait imprégné les masses grecques suite à la guerre civile. Sur la base d’un programme démagogique et radical (nationalisations, « débarrasser les hiérarchies capitalistes », « libérer la Grèce de toute influence étrangère », opposition à l’entrée dans la CEE, etc.), qu’il ne manque d’ailleurs pas d’édulcorer dans sa campagne électorale, Papandréou mobilise les énergies de vastes couches de la jeunesse étudiante et ouvrière. Depuis fort longtemps il avait compris l’importance du sentiment anti-impérialiste, anti-américain dans des couches décisives de la population. Ainsi, au début de l’année 74 écrivait-il : « Les Grecs sont arrivés à identifier leur subordination, leur exploitation économique avec la politique des États-Unis et, naturellement, avec l’OTAN. Dans le cas d’élections libres, aucun parti ne pourrait survivre s’il ne revendiquait l’indépendance nationale et la rupture avec l’OTAN... » (idem). Le PASOK a fait de ce thème une des lignes de force de sa campagne. Au même titre, il mit immédiatement l’accent sur la nécessité de procès politiques contre les responsables du coup d’État du 21 avril 1967, de la répression sanglante contre les étudiants de la Polytechnique et du putsch de Chypre. Il rencontre sur ce terrain un sentiment populaire de plus en plus fort qui donne à ce représentant d’une véritable dynastie politique grecque un rôle central dans le processus de repolitisation. L’immaturité politique des nouvelles générations et la liberté d’action laissée à l’organisation de jeunesse du PASOK permettent à la démagogie « papandréiste » d’influer sur des couches d’étudiants et même d’ouvriers qui naissent ou renaissent à la politique et d’endiguer, partiellement, la nouvelle radicalisation. Enfin, il faut souligner l’hétérogénéité de cette formation, ce qui débouchera très certainement sur des différenciations politiques internes accentuées.
Face à lui, les staliniens, divisés, avaient pris du retard. Il ne fait pas de doute que le PCG (extérieur) a acquis une place prépondérante en comparaison avec le PCG (intérieur). S’appuyant sur la bureaucratie soviétique, il a reconstruit un appareil puissant apte à assurer son influence. Ses locaux couvrent de plus en plus les principales villes grecques, sa presse (Nea Ellada et Eleutheri Patrida) s’est considérablement élargie. La force de son appareil et son influence syndicale représentent les atouts les plus importants de ce parti stalinien. Parmi la couche de travailleurs radicalisés, dans cette phase, il ne fait pas de doute qu’il va renforcer son emprise. L’apparition du PC — qui ne se camoufle plus sous la couverture de l’EDA — se fait sans référence explicite à son rôle dans la défaite du mouvement ouvrier grec. Pour les secteurs ouvriers et jeunes nouvellement politisés, il surgit, en quelque sorte, comme un parti tout neuf.
Durant toute une période son souci essentiel fut d’obtenir la légalisation ; ceci laissa un certain champ libre à Papandréou. Ensuite, pour les deux PC, arriver à un accord électoral était une nécessité pour jouir du report de voix au deuxième tour (il faut atteindre 17 % des voix au premier tour pour avoir droit à la répartition des sièges restants). Ainsi se forma la Gauche Unie qui regroupe les deux PC et l’EDA (Union de la Gauche Démocratique), ancienne couverture électorale du PC. C’est sous cette étiquette que les deux PC vont se présenter aux élections du 17 novembre. Face au conflit avec la Turquie la politique du PC se caractérisa par une ligne chauvine qui cautionnait, en fait, la démagogie nationaliste du gouvernement provisoire. Développant sa politique d’Union Nationale, le PCG (extérieur) attaquait Caramanlis pour avoir exclu du gouvernement « les forces qui depuis 7 ans étaient au premier rang de la lutte contre la dictature ». Quant au PCG (intérieur), il appelle le « peuple grec à agir ensemble sur la base d’une large unité entre la gauche, le centre, la droite et les patriotes, ceci jusqu’à ce que l’engagement sur la voie démocratique soit suffisant et irréversible ». Une fois de plus, les staliniens stimulent les illusions les plus criminelles sur les options de la bourgeoisie grecque, sur l’armée et sur les tâches auxquelles la classe ouvrière est confrontée.
Malgré la force de son appareil, le PCG (extérieur — Florakis) doit tenir compte du PASOK. Sa politique d’Union Nationale peut difficilement faire échec à la démagogie de Papandréou, au moins dans les secteurs se politisant le plus rapidement. Il y a là, dans les rapports entre le PASOK et le PC, un facteur non négligeable du processus de recomposition du mouvement ouvrier et de repolitisation des nouvelles couches qui entrent dans la lutte anticapitaliste et anti-impérialiste.
Pour l’instant, le phénomène de repolitisation se développe le plus fortement dans les secteurs lycéens et universitaires. Les grèves dans les lycées furent nombreuses. Il est fort probable que, dans la phase actuelle, le mouvement politique des étudiants joue un rôle d’avant-garde et soit un ferment déterminant, dans des couches encore limitées, par la maturation d’une conscience révolutionnaire. La fusion de cette radicalisation de l’avant-garde étudiante et lycéenne avec l’émergence des luttes ouvrières — que la grève limitée dans la presse annonce — va mettre en relief tout le potentiel de combativité qui filtre aujourd’hui ici et là. Pour les marxistes-révolutionnaires, pour nos camarades du PCIG (Parti Communiste Internationaliste de Grèce) la capacité d’acquérir une place prédominante dans cette avant-garde étudiante, d’engager le débat avec les secteurs touchés par les organisations de jeunesse du PC et plus spécialement du PASOK et de développer une implantation initiale dans la classe ouvrière sera déterminante dans les mois à venir. En Grèce, une nouvelle période de l’histoire de la lutte des classes ne fait que commencer.
Le 8 novembre 1974
1Voir Financial Times, 3.6.74 et Le Monde Diplomatique d’octobre 1974.
2L’emigration se dirige essentiellement vers l’Allemagne (270 000), les Pays-Bas (13 000), la Suisse (10 000), la Belgique (6 500) et la France (4 500). Les chiffres indiques ci-dessus sous-estiment le nombre d’emigres, car beaucoup ont un statut de clandestin. Les devises acquises grace aux remises de l’emigration s’elevaient en 1955 a 50,6 millions de dollars, en 1968 a 239,4 millions et en 1972 a 571,4 millions.
3Vu ce decret (article 1, paragraphe 2 du decret loi 59) les militants du PCIG (section grecque de la IVeme Internationale) ne presentent pas de candidats a ces elections et demandent de voter pour la liste de la Gauche unie.
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