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interdit
la ZANU
et la
ZAPU
JOHN BLAIR Le 28 mars dernier, le ministre de l'Intérieur de Zambie, Aaron Milner, annonçait l'arrestation d'un "certain nombre de dirigeants nationalistes rhodésiens - - appartenant pour la plupart à la Zimbabwe African National Union (ZANU - - Union Nationale Africaine de Zimbabwe)". Il annonçait qu'ils avaient été arrêtés et étaient gardés à vue pour interrogatoire en liaison avec le meurtre de l'ancien dirigeant de la ZANU, Herbert Chitepo. Les arrestations eurent lieu à 7 heures du soir le 23 mars, alors que les membres de la ZANU se recueillaient sur la dépouille de Chitepo à sa demeure de Chilenje South à Lusaka. Milner refusa de dire combien d'arrestations avaient été opérées, mais des témoins ont déclaré que des policiers armés pénétrèrent en trombe dans la maison et emmenèrent "au moins 70 hommes"' dans des camions. Certains des militants arrêtés étaient venus des régions rurales et d'outre-mer pour assister à l'enterrement. En même temps, Milner annonçait la fermeture des bureaux de la ZANU, de la ZAPU ( Zimbabwe African People's Union - - Union du Peuple Africain de Zimbabwe ) et du FROLIZI ( Front for the Liberation of Zimbabwe - - Front de Libération de Zimbabwe) à Lusaka. Seul l'ANC ( African National Congress -- Congrès National Africain) serait autorisé à continuer à fonctionner en Zambie. L'enregistrement légal des trois autres partis serait supprimé "jusqu'à ce que les nationalistes honorent l'accord de Lusaka qui les place sous le drapeau de l'ANC". Les graves conséquences possibles de cette action pour les combattants de la ZANLA (Zimbabwe African Nationl Liberation Army
Sithole lors de sa dernière sortie de prison -- Armée de Libération Nationale Africaine de Zimbabwe , aile militaire de la ZANU) opérant dans le Nord-Est de la Rhodésie ont été soulignées par Robert Mugabe, secrétaire général de l'organisation. Si les hommes arretés étaient tous des membres effectifs de l'aile militaire, cela créérait alors des problèmes pour maintenir le ravitaillement des militants du mouvement de libération. Cependant, Mugabe affirma qu'ils "continueraient certainement sur la base de leur propre ravitaillement et de ce qu'ils pourraient amener eux-mêmes". Soulignant la détermination de la ZANU à continuer la campagne de Chimurenga (lutte armée), il déclara : "'Cela ne signifiera pas la fin de la guerre". Cette action criminelle du gouvernement zambien doit être condamnée par tous les secteurs du mouvement ouvrier international, et en particulier par les organisations qui développent une solidarité active avec les luttes en Afrique du Sud. Il s'agit d'une tentative visant à briser l'organisation qui s'est trouvée à l'avant-garde de la lutte en Rhodésie. Objectivement, cette action est à placer sur le même plan que la nouvelle arrestation, par le régime de Ian Smith, de Noabaningi Sithole, président de la ZANU, et le meurtre de Chitepo lui-même, La décla ration faite par Milner lors de sa conférence de presse du 28 mars représente une trahison honteuse de la révolution zimbabwéenne. En référence au meurtre de Chitepo, il déclara : "'On ne peut pas dire que ce n'était pas des agents de Smith. On ne peut pas dire que ce n'était pas la ZANU"'. Il plaçait ainsi objectivement les militants de la ZANU sur le même plan que le régime raciste de Smith, au lieu de dénoncer clairement le fait que le meurtre de Chitepo fut directement fomenté par ce dernier. En fait, cette action est à mettre en parallèle avec la
nouvelle arrestation de Sithole dans le cadre d'une offensive soutenue contre l'aile la plus militante et la plus efficace du mouvement de libération de Zimbabwe. Le but de cette campagne contre la ZANU est de mettre hors d'action l'aile du mouvement qui a toujours défendu de façon consistante et qui a combattu pour le principe de la mise en place immédiate d'un régime de la majorité (africaine - - INPRECOR). Si ce but est atteint, un accord pourrait être passé avec des autres secteurs du mouvement, parmi lesquels aucun n'a défendu de façon consistante un régime de la majorité et dont aucun ne possède les capacités de lutte de la ZANU. Ainsi le gouvernement de Zambie est entré en plein dans le jeu de Smith en frappant un nouveau coup contre la ZANU. Evidemment son action visant à paralyser la ZANU est une partie logique de toute la stratégie poursuivie par le régime de Kaunda ( le président de la Zambie) depuis six mois dans sa tentative de faire progresser la "détente'' avec l'Afrique du Sud. Le règlement de la question rhodésienne représente l'élément clé de cette tentative. Sans un tel règlement il serait quasi-impossible de maintenir l'illusion selon laquelle la Zambie se situe à l'avant-garde de la lutte contre les régimes racistes. C'est dans ce but que fut organisée la rencontre de décembre dernier à Lusaka entre Smith et les mouvements de libération. Les représentants de la Rhodésie se sont prétendument engagés à tenir une conférence constitutionnelle absolument représentative avant la fin du mois de mars. Smith s'était également engagé à libérer 400 prisonniers politiques de ses geôles. Evidemment rien n'a été fait dans ce sens, mise à part la libération d'environ 60 prisonniers. Dans une telle situation, il devenait rapidement clair que les militants de la ZANU avaient tout à fait raison quand ils disaient que les mouvements de "détente" ne servaient qu'à couvrir une perpétuation indéfinie de la domination blanche. En lançant cette attaque frontale contre l'organisation, Kaunda espère évidemment persuader Smith que la Zambie remplit sa part du contrat. De cette façon il sera peut-être possible de persuader Smith de faire quelques concessions aux sections modérées (lire "capitulationnistes") de l'ANC, concessions qui pourraient être présentées comme une victoire de la "détente''. Face à de telles manoeuvres d'un des régimes néo-coloniaux les plus "libéraux" la tâche du mouvement révolutionnaire dans le monde est de demander clairement : - la libération immédiate de tous les militants de la ZANU emprisonnés en Zambie; - le développement de la solidarité avec les combattants de la ZANLA; - l'arrêt total de tout contact et de toute négociation de tout Etat africain avec les régimes racistes du Sud; - la reconnaissance que les représentants du peuple de Zimbabwe sont les seuls autorisés à négocier le futur de Zimbabwe.
29 mars 1975