Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

LES NOTRES

Georg Jungclas, 1902 - 1975

· Inprecor (première série) n° 34, 25 septembre 1975 · p. 30-32 · 1 212 mots

Allemagne IVe Internationale

Notre camarade Georg JUNGCLAS, qui fut membre du Secrétariat de la Quatrième Internationale depuis la fin de la guerre jusqu'au 10° Congrès Mondial (1974) qui l'a élu à la Commission de contrôle internationale, est mort à Cologne le 1l septembre. Toute la Quatrième Internationale est en deuil et partage la douleur de sa compagne, Leni. Par sa vie, Georg incarnait l'histoire si tourmentée de l'avant-garde révolutionnaire du prolétariat allemand au cours des soixante dernières années. Né dans une famille aux convictions socialistes qui fut hostile à la politique de la social-démocratie pendant la première guerre mondiale, Georg adhéra à l'âge de 14 ans à un groupe de Jeunesse Socialiste à Altona (banlieue de Hambourg)

P.FRANK -qui s'opposait à la guerre impérialiste et à la trahison du Parti social-démocrate allemand. Pendant cette période il milita dans des groupes illégaux et adhéra au Spartakusqui avait été créé par Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht. Il participa à toutes les luttes révolutionnaires qui, à l'époque se déroulèrent en Allemagne et plus particulièrement il prit part à l'insurrection de Hambourg d'octobre 1923. Ses activités révolutionnaires l'obligèrent à vivre clandestinement d'abord en 1921-22 puis en 1924-26. Georg vécut le plus souvent à Hambourg jusqu'en 1933. Membre du Parti communiste allemand, il se situait à sa gauche que dirigeaient Maslow, Ruth Fischer et Urbahns, le leader communiste de Hambourg. Exclu du Parti communiste en 1928, il défendit dans

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le Leninbund créé par Urbahns les positions de Trotsky et, en 1930, il participa à la fondation de l'Opposition de gauche allemande, adhérente à l'opposition de gauche internationale dirigée par Trotsky et qui, ultérieurement, devint la Quatrième Internationale. Il participa à la rencontre internationale qui se tint à Copenhague à l'occasion du voyage de Trotsky dans cette ville en novembre 1932. Après l'arrivée de Hitler au pouvoir en 1933, Georg vécut quelques mois dans l'illégalité puis émigra au Danemark. Il milita dans ce pays pour gagner au trotskysme des émigrés allemands et des militants révolutionnaires danois. Il fut ainsi à l'origine de la section danoise de la Quatrième Internationale. Il rencontra à nouveau Trotsky en 1936 à Hönefoss en Norvège. Après l'invasion du Danemark par les troupes allemandes, Georg vécut clandestinement dans ce pays, participant à la résistance, notamment en contribuant à sauver de la mort des juifs danois - - ce qui lui valut après la guerre une reconnaissance officielle de la part des autorités danoises. Arrêté en 1944, Georg fut transféré à Hambourg, puis à Berlin et à Bayreuth, dans des fourgons cellulaires qui portaient la mention "Communiste, chien dégénéré à abattre en cas de fuite". Il n'échappa à la mort que par suite de l'effondrement des nazis. 'Libéré" par les troupes américaines en avril 1944, il fut détenu jusqu'en 1946 par les communistes tchèques qui avaient pris la direction du pénitencier où il se trouvait. Dès sa sortie de prison, Georg repris contact avec la direction de l'Internationale, direction qui avait été reconstituée la même année à la Conférence internationale tenue à Paris. Au Congrès de la Quatrième Internationale qui se tint en 1948, il représenta la section allemande. Depuis lors, il participa très activement à la direction de l'Internationale et de sa section allemande. En 1946, Georg était pratiquement le seul membre de la section allemande d'avant-guerre qui survécut à la répression et ne fut pas détruit politiquement par les années d'exil. L'Allemagne était alors en ruines. Mais si le relèvement économique de ce pays allait se faire avec une rapidité prodigieuse, le relèvement politique de la classe ouvrière allemande et plus encore, la reconstruction d'une avant-garde révolutionnaire se sont opérés avec une telle lenteur qu'ils n'ont encore aujourd'hui effectué que quelques pas. Georg consacra le meilleur de ses forces à la tâche pénible et ingrate de reconstruction de l'organisation trotskyste en Allemagne. Il parcourut pendant des années toute l'Allemagne occidentale pour trouver des militants, un par un, oeuvrant à l'élaboration de la politique de la section allemande et de l'Internationale, assurant la parution de publications trotskystes, collaborant à des publications dans lesquelles il exprimait les positions de la Quatrième Internationale. C'était un travail se heurtant à d'innombrables difficultés. Le marxisme révolutionnaire, en dépit de toutes les circonstances adverses, attirait des hommes désireux de préparer le renversement du système capitaliste ; le milieu apolitique étouffant de l'Allemagne de cette époque contribuait à briser nombre de ceux qui se tournaient vers lui. Dans cette période qui, pour n'être pas aussi tragique que celle qui précéda la guerre, n'en offrait pas moins un sol peu fertile au marxisme révolutionnaire, Georg fit preuve de la plus grande ténacité et ne désespéra jamais. Il sut exploiter les plus faibles possibilités qui s'offraient dans son pays. En outre, il fut un des premiers à tenter d'organiser les travailleurs immigrés en Allemagne et d'associer à cette tâche le mouvement ouvrier allemand. Enfin et surtout, il apporta une contribution exceptionnelle au soutien à la révolution algérienne. Sa maison servit pratiquement de centre politique et organisationnel à ce travail et il collabora notamment à la mise sur pied par la Quatrième Internationale au Maroc d'une usine d'armements pour le F. L. N. Toute cette activité intense et difficile, dont l'énumération si brève ne donne, dans sa sécheresse, qu'une faible idée, Georg l'effectua avec beaucoup de modestie et d'humour, y compris dans des moments particulièrement pénibles. Dans les récentes années, Georg dont les capacités de travail se trouvaient diminuées par l'âge et la maladie, eut la joie de voir apparaitre des forces jeunes, y compris en Allemagne qui prenaient la relève et donnaient une croissance et une impulsion à la Quatrième Internationale, jamais connues dans le passé. Elles justifiaient à ses yeux les années de lutte et la confiance inébranlable qu'il avait eue depuis son adolescence dans la révolution socialiste mondiale. Il avait participé au Congrès pour l'Europe rouge à Bruxelles en 1971, où se manifestait pour la première fois la percée de la Quatrième Internationale. Georg put présider à la fondation du GIM (section allemande de la Quatrième Internationale) avec des forces encore insuffisantes mais néanmoins jamais atteintes dans le passé. Cette section, il pouvait dire qu'il l'avait vraiment construite, en ce sens qu'elle pouvait désormais vivre et se développer même quand il ne serait plus. Je me permettrais de conclure cette notice biographique par quelques mots personnels. J'ai rencontré Georg pour la première fois, voici bientôt 45 ans à Berlin, nous nous sommes revus en 1932 à Copenhague puis à Paris pendant ses années d'exil. Dans les années qui suivirent la guerre, il s'était for-

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gé entre lui et moi les liens d'une très grande, d'une très profonde amitié. Je crois pouvoir dire que nous étions les plus vieux et les meilleurs amis dans l'Internationale. Je l'avais vu pour la dernière fois il y a quelques mois, couché sur un lit d'hôpital. Il était heureux de la victoire que venaient de remporter les peuples d'Indochine et était aussi avide que jamais de connaitre les activités de la Quatrième Internationale. La vie de Georg, c'était le combat révolutionnaire. Dans ce combat que poursuit la Quatrième Internationale, Georg continuera de vivre. le 12 septembre 1975 (Une interview de Georg Jungclas donnant des détails sur son activité d'avant la guerre et pendant la guerre notamment se trouve dans "Quatrième Internationale", N° 3, 15 juillet

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