du bureau politique de la interview d'un membre
LCR. ETA (VI)
Q. - Peux-tu nous expliquer le contexte politique et le sens du décret-loi "contre le terrorisme" ? R. - La raison la plus immédiate de ce décret-loi se trouve dans le mouvement extraordinaire de grève générale politique du 11 juin en Euskadi, la grève générale contre l'état d'exception. On a vu un régime dont le fondement est la répression, appliquer la mesure de répression la plus brutale dont il dispose et connaltre, après 2 mois le résultat que l'on sait : 100 000 grèvistes contre l'état d'exception au mois de juin. Cette grève représenta l'échec de l'état d'exception. La dictature cherche donc d'autres mesures. Par ces mesures répressives la dictature franquiste indique qu'elle renonce à ce que certains appelèrent une "évolution", une "ouverture", une "recomposition" politique. De plus en plus, sa politique se réduit à l'utilisation de l'appareil
Les contradictions internes se multiplient pourtant et elles touchent même l'ar-
Ainsi, s'est exprimée publiquement une opposition au sein du corps des officiers contre la dictature. Cette opposition s'appelle l'Union démocratique militaire. Il est difficile de dire ce qu'elle représente numériquement (quelques centaines d'officiers peut-être), mais elle dispose d'une certaine audience et elle est formée d'officiers qui possèdent un prestige. Ces officiers ont pris des positions dans un cadre bourgeois, certes, mais ceci révèle néanmoins les contradictions qui existent au sein de l'armée. A ces contradictions dans la hiérarchie militaire s'ajoute le développement dans la troupe de l'auto-organisation à la base, spécialement en Euskadi. La naissance de ces embryons de comités de soldats est très importante. Si l'on considère que, au cours du mois prochain, le conseil de guerre militaire devra se prononcer sur une dizaine de peines de mort, on voit l'importance pour la dictature de faire apparaltre l'armée comme garantie de son pouvoir en général et de l'action des forces répressives en particulier. Les contradictions qui commencent à la miner inquiètent le régime. En plein état d'exception, le chef de l'armée le général Coloma, visite la garnison d'Euskadi et affirme : "Nous sommes derrière vous". Il cherchait aini à remonter le moral assez bas des troupes.
A cette situation dans l'armée, il faut ajouter le fait qu' secteur de la bureaucratie élevée du franquisme a pris une position ouverte en faveur d'un processus d'institutionnalisation qui se situe évidemment dans le cadre d'un Etat fort, même très fort, mais hors du cadre dictatorial qui ne permet aucun fonctionnement des forces politiques de la bourgeoisie. Dans ce contexte, la dictature cherche à utiliser le prétexte des actions du FRAP et de l'ETA (5) (fraction politico-militaire) pour lancer une offensive désespérée contre le mouvement de masse. Cette offensive s'accompagne d'une campagne de presse contre le terrorisme, dont la brutalité et la violence sont loin d'aboutir aux succès escomptés et qui exprime dès lors le processus de décomposition de la dictature. La résistance sociale face aux aspects les plus répressifs des décrets est multiple. Il faut souligner la censure ultra-rigide qui fait revenir le système d'information aux années quarante et fait revivre à très large échelle l'écoute la nuit de la radio du PC, de radio-Paris et entraine la multiplication des passages d'information sous forme de photocopie d'articles du "Monde", ect. Un éditorial du Figaro photocopié est considéré comme un tract contrevenant à des articles, décrets, lois, contre le terrorisme. Pour les avocats, il est impossible d'assumer la défense des accusés et ils peuvent à tout moment être accusés de collaboration avec le terrorisme. Enfin, ce décret-loi a évidemment une fonction bien précise de ré -pression contre les militants révolutionnaires et sert à justifier les peines les plus dures. Ces mesures répressives frappent également au niveau de masse. L'habeas corpus est suspendu et le délai de détention légale est prolongé de 3 à 10 jours, et 10 jours de torture c'est extrêmement long. Les prisonniers politiques ne peuvent plus communiquer avec les avocats. Dans la prison de Basauri, dès le 28 août, les avocats n'ont plus pu communiquer avec les prisonniers, n'ont plus reçu de permis spéciaux pour les contacter. La violence de ces décrets est telle qu'on la voit s'appliquer à tous les niveaux. Un exemple: un enfant de 12 ans a été arrêté par la garde civile parce qu'il avait téléphoné à un journal de Saragosse qu'il allait déposer une bombe. On l'a accusé de terrorisme. Un autre exemple, à un autre niveau :
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Pampelune, dans l'entreprise Super-Ser, le patron dit "progressiste" a, lors d'une réunions des travailleurs, menacé tous ceux qui prendraient la parole en assemblée ou qui se mobiliseraient de les dénoncer à la police comme contre-venant aux décrets-lois. Mais il faut souligner la résistance directe ou larvée à tous les niveaux contre ces décrets. Elle apparalt de façon détournée dans des articles de presse dans des premières pages et, évidemment il faut mettre en relief la chose la plus importante : alors que l'arsenal répressif est utilisé au maximum, une grève générale prolongée se développe dans le Pays basque pour sauver la vie de Garmendia et Otaegui. Voici la meilleure expression de l'incapacité de la dictature à refouler le mouvement de masse. Q. - Quel est le rapport entre ces grèves générales en Euskadi des 28/29 août et du début septembre et les grèves précédentes de décembre 1974 et juin 1975 ? R. - Il faut préciser que ces trois mouvements de grève (décembre, juin, août/ septembre) se sont développés en Euskadi mais que leur influence se fait sentir à l'échelle de tout l'Etat espagnol de façon croissante au niveau de l'avant-garde politique et ouvrière. Elles expriment le fait que l'Euskadi est le point-clé de la situation espagnole dans son ensemble. Nous devons tenir compte du développement inégal de la lutte; c'est un point de départ, il s'agit de maîtriser cette donnée de la réalité afin de transformer ce caractère inégal en un caractère combiné. Si l'on veut, les grèves d'Euskadi ont une importance nationale décisive mais restent encore limitées géographiquement. La limitation géographique ne doit pas nous faire tomber dans un travers qui mettrait uniquement en relief l'inégalité du développement, mais nous devons bien ac contraire, voir les potentialités qui se développent et le rôle crucial que les luttes en Euskadi peuvent avoir au niveau de l'Etat espagnol. Passons maintenant à la comparaison entre ces trois mouvements. Le ll décembre, ce qui fut décisif dans la grève générale politique -ce qui est une rareté dans le mouvement ouvrier européen - ce fut de démontrer que la la grève générale en Euskadi cest l'échec de l'état d'exception ... grève générale est possible. Mieux, quelle est possible contre la volonté et le travail des réformistes du PCE ( Parti communiste espagnol) et qu'elle peut être convoquée par les commissions ouvrières. Le ll décembre a fait s'écrouler l'argument du PCE selon lequel la grève générale est une aventure, selon lequel les conditions ne sont pas réunies, qu'il faut attendre de construire la Junte démocratique avant de s'engager dans un tel mouve-
Décembre, c'est la rupture avec ce type d'argument. Le ll juin, c'est la défiance de masse face à l'état d'exception, C'est la preuve qu'il est possible à l'échelle de l'Etat espagnol de riposter, y compris contre les mesures les plus dures de la dictature. Le 28 août, synthétiquement, la signification peut être traduite à trois niveaux : tout d'abord c'est une grève générale politique prolongée. C'est la première dans l'histoire du mouvement ouvrier espagnol dans l'après-guerre. Elle n'est pas arrivée par hasard. Elle est le fruit d'une longue préparation : depuis le 12 juin, cette grève pour sauver Otaegui et Garmendia a été préparée par l'avant-garde, dans les quartiers et dans les entreprises. La deuxième caractéristique c'est qu'elle fut initiée par un front politique très large des organisations révolutionnaires et réformistes. La troisième caractéristique c'est qu'elle se développe dans une situation générale où la dictature fait preuve de toute sa force de répression, sans réussir à briser le mouvement, c'est-à-dire qu'elle se situe, dans le fond, au seuil de la chute de la dictature. Q. - Peux-tu dégager les traits essentiels qui ont modelé le mouvement de grève ? R. - Il faut tout d'abord préciser que, s'il existe une inégalité de développement des luttes à l'échelle nationale, elle existe aussi au sein des provinces de l'Euskadi. Le niveau le plus élevé de lutte fut atteint en Biscaye et en Guipuzcoa. La première caractéristique c'est le niveau très élevé du nombre des grévistes. 150 000 environ les 28/29 août et le 3 septembre; 60 à 100 000 le ler et le 11/12 septembre. La deuxième caractéristique, et la plus importante au fond, c'est l'organisation du mou-
vement et la confiance des masses dans l'avant-garde. C'est en Guipuzcoa que ce rapport de confiance entre l'avant-garde politique et le mouvement de masse est le plus développé. C'est là que le prestige des organisations révolutionnaires est le plus grand. Déjà cela s'était manifesté en décembre et juin derniers. L'avant-garde avait joué un rôle décisif dans le développement de ces grèves. Dans cette région les rapports de force entre l'avant-garde et les partis traditionnels penchent en faveur de la première.. Ce rapport de confiance se traduit dans le fait que l'appel à la grève générale lancé par le comité de grève générale d'Euskadi est largement suivi; mieux, le comité de grève générale appelle à la grève le 3 septembre et lance un mot d'ordre pour le ll et le 12, et demande aux ouvriers de reprendre le travail entre le 3 et le Il septembre. Les travailleurs, de façon évidente, retournent au travail le 4 parce que le comité de grève l'a dit. En retournant au travail ils savent que le 1l ils vont réengager la lutte. La troisième caractéristique tout aussi importante c'est le développement des formes d'auto-organisation. La grève générale fut donc appelée par un comité de grève qui avait la forme d'un front unique des organisations ouvrières. Ce ne furent pas les commissions ouvrières qui jouèrent un rôle important cette fois, mais le front unique. Ensuite, il faut souligner que là où des divisions existent - vu l'existence de commissions ouvrières influencées par diverses organisations - une tendance à dépasser cette division au niveau de la zone ou de l'entreprise dans des organes adéquats s'est développée. Par exemple à la Naval, grande entreprise de Bilbao (500 000 habitants) où il existe des commissions ouvrières influencées par le PC, des commissions ouvrières influencées par l'extrême-gauche, l'UGT et où, en plus, existe une division entre travailleurs contractuels et permanents, un comité unitaire pour développer le mouvement fut créé afin de dépasser ces divisions. Dans Valle del Urola, cette unité se fit sous la forme de comités inter-fabriques. Dans la zone de Renteria (environ cent mille habitants, la ville elle-même ayant 30 000 habitants) l'unification se fit par la mise en place d'assemblées de "luchadores" (militants ouvriers). En Guipuzcoa se multiplièrent les assemblées de "'monte" (ce nom est dû au fait que ces réunions ont lieu sur des collines). En Guipuzcoa il existe en quelque sorte une tradition de lutte contre la dictature qui s'exprimait par des "excursions" politiques. Ces assemblées de "monte" apparaissent comme les organes de direction de la grève et le comité de grève est une sorte d'exéEn Biscaye, là où l'avant-garde est la plus faible et où le PCE et le PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol) sont relativement plus forts des commissions de grèves de zones sont apparues pour unifier le mouvement. Il faut souligner l'absence d'assemblées à la base dans les usines en Guipuzcoa. Bien que dans cette région le niveau des mobilisations soit très élevé, cela explique le rôle secondaire dans cette grève des commissions ouvrières; il n'y a pas eu d'assemblées dans les usines, l'organisation de la lutte s'est faite par d'autres canaux. Par contre, en Navarre, il y a plus de mouvements au niveau des entreprises bien que le niveau de lutte soit plus bas; cela exprime l'éducation de type syndicaliste qu'a diffusé dans cette région l'organisation centriste ORT (Organisacion revolucionaria de los trabajadores - Organisation révolutionnaire des travailleurs). Malgré toutes les différences, ce qu'il faut souligner c'est la tendance générale à chercher des instruments unificateurs associant le maximum de travailleurs pour développer une lutte à un niveau très élevé. Enfin il faut souligner la politisation et la combativité extrêmes. Cela s'est exprimé de multiples façons. Je montrerai comment cela s'est manifesté sous l'angle de l'auto-défense. A Babcok, en Biscaye, entreprise de 4 500 ouvriers, les travailleurs se sont réunis en assemblée et au moment où ils ont voulu sortir ils ont constaté que la police spéciale surveillait l'entreprise. Ils ont alors pris les bancs des vestiaires, se sont armés de bidons d'essence et de divers instruments et sont sortis en criant "à la charge!". Les policiers de la "spéciale" se sont dispersés et n'ont arrêtés que quelques ouvriers qui se trouvaient en queue de cortège. A Lequeitio, dans la province de Biscaye, 1 500 personnes sur une ville de 6 000 habitants ont manifesté devant la caserne des gardes civils qui se sont réfugiés à l'intérieur et pointèrent leurs fusils sur la foule, mais cachés derrière leurs fenêtres. Cela exprime le niveau de combativité des masses. A Algorta, en Biscaye, il y eut 5 à 6 manifestations de plus de 1000 personnes. Le comité anti-répression regroupe en permanence 300 personnes. Des actions ont été entreprises et des détenus ont été libérés après avoir été pris par la BPS (brigade politico-sociale). Enfin, et ceci est essentiel pour l'avenir, le comité de grève de Renteria s'est doté d'un comité permanent d'auto-défense qui doit préparer des manifestations, assurer leur défense, etc..
Q. - Peux-tu expliquer les raisons du développement inégal et les problèmes politiques que cela peut poser ? R. - A l'échelle de l'Etat ce développement inégal doit être compris d'une part à partir des différences historiques de formation de la classe ouvrière, de tradition, etc., et, d'autre part à partir de 40 ans de dictature franquiste. Dès lors, ce qui était déjà une caractéristique dans la période de la montée de la révolution espagnole - - le développement inégal - - continue à l'être aujourd'hui. Le problème essen-
tiel pour rompre ce développement inégal c'est de dégager une solidarité de masse avec l'Euskadi. Une solidarité dont les formes peuvent être différentes • Barcelone constitue évidemment le point clé pour que cette solidarité puis -se avoir un impact en mobilisant les gros bataillons de la classe ouvrière. Dans le développement restreint de la solidarité de masse, le PCE, tout spécialement, a une grande responsabilité. Mais, sans faire d'auto-proclamation, il faut reconnaitre que presque toutes les organisations de la dite gauche révolutionnaire n'ont pas développé un travail de solidarité à la hauteur des nécessités et de la conjoncture politique, en dehors de la LCR-ETA(6). Le problème du développement inégal est dramatique à deux niveaux. En Euskadi le mouvement de masse peut à brève échéance, commencer à ressentir l'isolement et, dès lors, à hésiter. A un autre niveau, celui des avant-gardes politiques, il peut y avoir un sentiment d'impuissance face à l'incapacité de faire surgir la solidarité. Enfin, il faut situer ce problème du développement inégal par rapport à la situation conjoncturellement difficile sur le plan général. Le chômage très grand renforce, dans une série de régions, l'impact de la répression patronale. Les travailleurs craignent de perdre leur emploi. Le décret-loi multiplie les risques à l'occasion d'une action de solidarité. Enfin, le manque d'informations, qui n'a pas été contrebalancé par un effort systématique de la part des organisations révolutionnaires, diminue la présence dans la conscience des travailleurs de l'Etat espagnol du niveau de lutte dans le Pays Basque et de la grande défaite que cela signifie pour la dictature. Cependant, il faut souligner qu'il y a eu un progrès dans la solidarité depuis plusieurs mois et même entre le 28 août et le 11/12 septembre. Ainsi, dans diverses villes, des manifestations d'avant-garde regroupant 100 à 1000 manifestants ont eu lieu. La propagande et l'agitation, malgré leurs faiblesses se sont développées. Aujourd'hui à la solidarité avec l'Euskadi, il faut ajouter la solidarité avec les militants du FRAP que la dictature va tenter d'assassiner espérant une riposte moins forte que lors du procès de Garmendia et Otaegui. Il est essentiel que nous prenions en charge, quelles que soient les critiques politiques que nous pouvons exprimer face aux initiatives du FRAP - - la solidarité avec les camarades condamnés. Sous peu, à ce mouvement contre les peines de mort, s'ajoutera le mouvement revendicatif lié au renouvellement des contrats qui va commencer en octobre et se terminer en janvier. La situation est donc extrêmement favorable pour faire percer le mouvement à l'échelle de l'Etat espagnol. Pour terminer je désirerais ajouter que le niveau du mouvement atteint en Euskadi doit être compris à partir de la longue période de préparation qui s'est faite systématiquement depuis juin dernier alors qu'aucune préparation similaire n'a eu lieu dans le reste de l'Etat, ce dont il faut tenir compte pour juger de la situation. Q. - Peux-tu tracer rapidement la politique du PCE ? R. - Tout d'abord, il faut insister sur le fait qu'il pourrait jouer un rôle clé dans le développement de la solidarité, vu sa position, son influence. Ensuite, il faut mettre en évidence la différence entre sa position générale et sa pratique lors du dernier mouvement en Euskadi. Dans ces provinces, le PCE est faible, il ne contrôle pas le mouvement, rapports de forces avec l'extrême-gauche sont différents, à partir de là, son adaptation tactique est compréhensible. Dès lors, signé le 11/12 l'appel à la grève générale et il a poussé le mouvement. Le 28/29 par contre, en soutenant systématiquement les positions les plus droitières dans le comité de grève générale d'Euskadi, il tenta de freiner le mouvement. Mais, le plus important est que, malgré ses grandes déclarations à la radio et ailleurs, dans l'Etat espagnol il n'a rien fait pour développer la solidarité. Il n'a rien fait pour centraliser le mouvement à l'échelle de l'Etat, la seule chose qu'il essaie de faire, c'est de chevaucher le tigre dans le Pays Basque, pour être bien placé si les mobilisations démarrent. Il a pris des positions en outre que l'on peut qualifier de scandaleuses; elles sont plus adressées à la droite bourgeoise qu'au mouvement ouvrier. Ainsi a-t-il déclaré que le terrorisme ne peut pas se combattre avec les méthodes de la dictature; ce qui signifie implicitement que lui en aurait de meilleures ou, encore, des déclarations du type "nous sommes tous responsables de ce qui se passe dans le pays". En dehors de ces considérations, le point le plus important peut-être est de souligner qu'en Euskadi, la Junte démocratique n'a joué aucun rôle, ni d'ailleurs la Convergence démocratique. Le niveau du mouvement de masse a montré l'inadéquation de ce type d'instruments et le PC a dû choisir la voie de la participation en front unique dans le comité de grève. C'est à Barcelone que la responsabilité du PCE pèse le plus. Il n'a rien fait et le résultat de l'entrée des militants de Bandera Roja dans ses rangs s'exprime par un processus de tournant à droite. Ceci ne pourra pas continuer sans poser des problèmes à l'intérieur du parti. Quelques signes existent déjà. En Guipuzcoa il y a eu une petite scission. Une tendance a développé une position critique par rapport à la ligne droitière adoptée par la direction du PCE et spécialement à Barcelone. Cette tendance reprochait à la direction du PCE de passer un pacte social avec la bourgeoisie dans le cadre de la Junte démocratique et non pas un "pacte politique". Quelle que soit
la confusion de ces critiques, ce type de tensions est un premier symptôme. On voit mal comment le PCE pourra rester longtemps inactif dans la situation actuelle. Il va certainement tenter de canaliser le mouvement vers des objectifs de lutte liés au renouvellement des contrats et sur le plan syndical, mais il serait faux d'analyser cela de façon unilatérale, ce type de mobilisation peut se combiner avec le type de lutte se développant actuellement et déboucher sur une crise majeure, quelle que soit la volonté de Carillo. Q. - Peux-tu tracer rapidement les principales perspectives ? R. - Tout d'abord il faut bien avoir présent à l'esprit les trois données essentielles de la situation politique. Premièrement, la promulgation de la loi anti-terroriste et les sentences prononcées contre Garmendia et Otaegui - - ainsi que contre les militants du FRAP et de l'ETA -indiquent l'état de crise extrême du franquisme. Deuxièmement, cette crise s'exprime dans l'armée (où se déroule d'ailleurs une bataille dans l'ombre pour le contrôle de l'instrument répressif qu'est la garde civile) et dans des secteurs liés très étroitement jusqu'ici au régime. Troisièmement, la chute très rapide de la Bourse (ce qui a nécessité un accord entre la banque et le gouvernement) comme les accusations de "manque de patriotisme et de couardise" faites par le ministre de l'industrie contre des capitalistes reflètent l'état de tension croissante dans les relations entre bourgeoisie et dictature. Le grand capital commence à comprendre que le maintien de la dictature stimule une situation explosive avec des rythmes très rapides qui suscitent une croissance impressionnante d'activité et de la conscience des masses mais aussi une dépréciation de ces instruments fondamentaux de domination et particulièrement de l'armée. Encore une fois, il faut mettre l'accent sur le rôle décisif, fondamental du mouvement de masse. Il faut insister sur le fait que l'appel à la grève générale des 11 et 12 septembre, d'une part fut lancé par la totalité des organisations politiques ouvrières et, d'autre part, qu'il ne fut pas déterminé par une attitude attentiste qui aurait fait dépendre l'initiative d'appeler à la grève générale du résultat du recours. Cet appel et l'écho qu'il rencontra indiquent une capacité d'offensive jusqu'à maintenant jamais atteinte en Euskadi. Le mouvement de masse a pris la forme d'une grève prolongée - - au développement complexe et inégal aussi bien en Euskadi que dans l'ensemble de l'Etat -- indiquant combien est à l'ordre du jour le renversement de la dictature dans la mesure où se combine au mouvement qui s'est développé en Euskadi un mouvement à l'échelle de l'Etat. Si on situe cela dans le cadre de la crise actuelle du régime, cette combinaison mettant à l'ordre du jour le renversement de la dictature n'implique pas la nécessité d'une uniformisation des niveaux de lutte à l'échelle de l'Etat. Le renversement de la dictature peut se produire à partir d'une mobilisation généralisée mais dont l'inégalité reste importante et dont la pointe avancée sera l'Euskadi. En outre, il faut bien comprendre qu'avec cette grève générale prolongée, le thème de la grève générale révolutionnaire est plus actuel que jamais malgré le manque d'homogénéité du mouvement dans le cadre de l'Etat. Si dans les jours qui viennent le régime exécute les sentences de peine de mort, le niveau de la riposte de masse peut s'élever encore d'un cran. S'il recule cela représentera une victoire énorme. Ceci exprime toute l'impasse et la crise de la dictature franquiste. Nous ne sommes donc pas en présence d'une répétition de la mobilisation de Burgos; aujourd'hui, les marxistes révolutionnaires doivent se préparer à porter des coups décisifs contre la dictature. Nous devons centrer notre effort pour que le mouvement de masse "fasse un bond en avant" en stimulant toutes les formes d'auto-organisation et en mettant l'accent sur les tâches d'auto-défense, en indiquant des objectifs plus élevés. De plus, tous les efforts doivent être faits pour stimuler le mouvement de solidarité à l'échelle de l'Etat en lui faisant dépasser les limites de la mobilisation restreinte d'une avant-garde. C'est aussi dans cette perspective que nous avons adressé notre "lettre ouverte" à toutes les organisations du mouvement ouvrier. (1) Face à cette situation, l'importance de la solidarité internationale ne peut qu'être à nouveau soulignée. Le mouvement ouvrier et révolutionnaire international a su, en 1970, lors du premier procès de Burgos, arracher Izko et ses camarades à la mort. Les mobilisations qui doivent se développer aujourd'hui pour sauver Garmendia, Otaegui et les camarades du FRAP et de l'ETA condamnés à mort, préparent les mobilisations encore plus larges qui devront se développer dans un avenir plus très éloigné en solidarité avec la révolution espagnole. (1) Pour les tâches des marxistes révolutionnaires en Espagne, voir également 1'''Agonie du franquisme", déclaration du S. U de la IV° Internationale dans "Inprecor" n°29 de juin 75.