Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

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Démocratie socialiste et dictature du prolétariat

· Inprecor n° 10, 7 juillet 1977 · p. 3-15 · 12 496 mots

Stalinisme URSS et Russie

Résolution du Secrétariat unifié de la IVème Internationale

DOCUMENT Les thèses que voici ont été adoptées par le Secrétariat unifié de la IVème Internationale. Elles sont soumises à la discussion préparatoire au Xlème Congrès mondial de notre mouvement, où elles seront discutées et soumises au vote. Vu l'importance programmatique du sujet qu'elles traitent, qui concerne un des principaux débats actuellement en cours dans le mouvement ouvrier international, le Secrétariat unifié a décidé d'ouvrir une discussion publique autour de ces thèses. Nous nous engageons par conséquent à publier les contributions de discussion, de critique, d'amendements ou de contre-projets qui nous parviendront, tant de la part de membres de notre mouvement, que de la part d'autres organisations ou tendances du mouvement ouvrier ou d'auteurs individuels, à condition qu'elles ne dépassent pas une longueur raisonnable, ou ne soient pas de simples redites de contributions précédemment reçues. Nous nous efforcerons de reproduire ces contributions à la discussion dans une ou plusieurs brochures dont nous annoncerons régulièrement la parution dans nos publications. Le débat en cours au sein du mouvement ouvrier international sur les différentes conceptions de la démocratie socialiste est le plus profond depuis les premières années qui avaient suivi la révolution russe d'octobre 1917. L'intensification de la crise du stalinisme en Europe de l'Ouest et de l'Est et de la crise du maoísme, la crise croissante de l'ordre politique bourgeois en Europe occidentale, ont déplacé ce débat du domaine des polémiques plus ou moins académiques vers celui de la politique pratique proprement dite. Une position claire sur cette question est indispensable afin de faire progresser les processus vers la révolution socialiste à l'Ouest et la révolution politique dans les Etats ouvriers bureaucratisés. De là la nécessité pour la lVème Internationale d'affirmer ses positions programmatiques sur ce sujet. Qu'est-ce-que la dictature du prolétariat? La différence fondamentale entre les réformistes et centristes de toute variété d'une part, et les marxistes révolutionnaires, c'est-à-dire les bolcheviks-léninistes d'autre part, concernant la conquête du pouvoir d'Etat, la nécessité d'une révolution socialiste, la nature de l'Etat ouvrier et la signification de la dictature du prolétariat, ne réside pas dans la défense

IVeme INTERNATIONALE d'un système pluri-partis par les premiers et la défense du système du parti unique par les seconds. Elle ne réside pas non plus dans la défense de libertés démocratiques sans limite aucune par les premiers, et dans la défense de restrictions sévères ou même de la suppression des libertés démocratiques par les seconds. Toute tentative de présenter la différence entre réformistes et révolutionnaires avant tout de cette manière déforme les leçons fondamentales de trois quarts de siècle d'expériences historiques de révolutions et de contre-révolutions, et constitue objectivement une importante concession au réformisme lui-même. Les différences fondamentales entre réformistes et marxistes-révolutionnaires sur la question clé du pouvoir d'Etat sont les a) Les marxistes-révolutionnaires comprennent clairement la nature de classe de tous les Etats et de l'appareil d'Etat en tant qu'instrument pour maintenir le pouvoir de classe. b) Les réformistes défendent l'illusion que la "démocratie" ou les "institutions d'Etat démocratiques" se situent au-dessus des classes et de la lutte de classes. c) Les marxistes-révolutionnaires comprennent clairement que l'appareil d'Etat et les institutions d'Etat des Etats bourgeois même les plus démocratiques servent à maintenir le pouvoir et la domination de la classe capitaliste, et ne peuvent servir d'instrument pour renverser cette domination et pour transférer le pouvoir de la classe bourgeoise à la classe ouvrière. d) Les marxistes-révolutionnaires comprennent clairement qu'il faut déduire de cette analyse que la conquête du pouvoir par le prolétariat exige la destruction de l'appareil d'Etat bourgeois, avant tout de l'appareil de répression de la bourgeoisie. e) Les marxistes-révolutionnaires en déduisent également que la classe ouvrière ne peut exercer le pouvoir d'Etat que dans le cadre d'institutions étatiques d'un type différent de celui de l'Etat bourgeois, à savoir d'institutions fondées sur des conseils des travailleurs (soviets) souverains et démocratiquement élus et centralisés, avec leurs caractéristiques fondamentales telles que Lénine les a précisées dans "L'Etat et la Révolution" : élection de tous les fonctionnaires, juges, dirigeants de milices ouvrières (ou ouvrières et paysannes), et de tous les délégués représentant les travailleurs dans les institutions d'Etat; rotation régulière des élus; limitation de leurs reve-

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nus à celui d'un ouvrier qualifié; révocabilité de tous les élus au gré des électeurs; exercice conjoint de pouvoirs législatifs et exécutifs par des institutions de type soviétique; réduction radicale du nombre de fonctionnaires permanents et transfert croissant des fonctions administratives à des organes directement constitués par les travailleurs. Cela signifie, en d'autres mots, une croissance qualitative de la démocratie directe, à l'opposé de la démocratie indirecte et représentative. Comme l'a dit Lénine, l'Etat ouvrier est le premier Etat dans l'histoire humaine qui défend le gouvernement de la majorité de la population contre des minorités d'exploiteurs et d'oppresseurs : "Au lieu d'institutions spéciales d'une minorité privilégiée (fonctionnaires privilégiés, chefs de l'armée permanente), la majorité elle-même peut s'acquitter directement de ces tâches; et plus les fonctions du pouvoir sont exercées par l'ensemble du peuple, moins ce pouvoir devient nécessaire" (Lénine : "OEuvres" tome 25, p.454). La dictature du prolétariat n'est donc rien d'autre que la démocratie ouvrière. C'est dans ce sens que la dictature du prolétariat commence à dépérir presque dès sa naissance. Le concept de dictature du prolétariat, qui résume toutes ces caractéristiques, constitue un élément fondamental de la théorie marxiste de l'Etat, de la révolution prolétarienne et du processus de construction d'une société sans classes. Le mot "dictature" a un sens concret dans ce contexte. Il s'agit du mécanisme pour désarmer et exproprier la classe bourgeoise et pour permettre l'exercice du pouvoir d'Etat par la classe ou vrière ; d'un mécanisme pour empêcher tout rétablissement de la propriété privée des moyens de production et toute réintroduction de l'exploitation de travailleurs salariés par des capitalistes. Mais ce concept ne peut d'aucune manière s'identifier avec un pouvoir dictatorial exercé sur la grande majorité du peuple. Le Congrès de fondation de l'Internationale communiste affirma explicitement que : "la dictature du prolétariat est l'écrasement, par la force, de la résistance des exploiteurs, c'est-à-dire d'une infime minorité de la population : les propriétaires fonciers et les capitalistes. Il s'ensuit encore que la dictature du prolétariat entraîne inévitablement non seulement une modification des formes et des institutions démocratiques en général, mais encore une modification telle qu'elle aboutit à une extension jusqu'alors inconnue du principe démocratique en faveur des classes opprimées par le capitalisme, en faveur des classes laborieuses... une faculté rapide de profiter des droits et libertés démocratiques comme il n'y en a jamais eu même d'approchants, dans les républiques bourgeoises les meilleures et les plus démocratiques" (Thèses de Lénine sur la démocratie bourgeoise et la dictature du prolétariat - Les 4 premiers congrès de l'IC). Contre le révisionnisme programmatique maintenant avoué de nombreux partis communistes et formations centristes, la IVème Internationale défend ces conceptions classiques de Marx et de Lénine. Une société socialiste est impossible sans la propriété collective des moyens de production et du surproduit social, sans la planification de l'économie et sa gestion par la classe ouvrière dans son ensemble par des conseils des travailleurs démocratiquement centralisés, c'est-à-dire l'autogestion planifiée des travailleurs. Pareille socialisation est impossible sans l'expropriation économique et politique des capitalistes et l'exercice du pouvoir d'Etat par la classe ouvrière. Surtout après l'expérience tragique du Chili, qui confirme tant de leçons précédentes de l'histoire, la conception kautskyienne réformiste défendue aujourd'hui par les partis dits "eurocommunistes" , le PC japonais et différents autres PC et formations centristes (selon lesquels le mouvement ouvrier pourrait atteindre ses buts dans le cadre des institutions parlementaires bourgeoises, en faisant confiance aux élections parlementaires et conquérir graduellement des "positions de pouvoir" au sein de ces institutions) doit être énergiquement combattue et dénoncée pour ce qu'elle représente : une couverture pour l'abandon de la lutte pour la conquête du pouvoir d'Etat par le prolétariat; une couverture pour l'abandon de la lutte pour l'expropriation de la bourgeoisie, pour l'abandon d'une politique de défense résolue des intérêts de classe des travailleurs; une substitution d'une collaboration de classe de plus en plus systématique avec la bourgeoisie à une politique de lutte de classe conséquente; et, ce qui en résulte, une tendance croissante à capituler devant les intérêts de classe de la bourgeoisie à des moments de crise économique, politique et sociale décisive. Loin de réduire les coûts de la "transformation sociale", et d'assurer une transition pacifique, fût-elle plus lente, vers le socialisme, pareille orientation politique ne peut condu type allemand, espagnol ou chilien, si elle réussit à déterminer de manière décisive le comportement politique des travailleurs dans une période de confrontation globale inévitable entre les classes. Parti unique ou pluripartisme? La théorie marxiste de l'Etat n'inclut d'aucune manière le concept qu'un système de parti unique serait une précondition nécessaire ou une caractéristique du pouvoir des travailleurs, de l'Etat ouvrier, ou de la dictature du prolétariat. Dans aucun écrit théorique soit de Marx, d'Engels, de Lénine ou de Trotski, ni dans aucun document programmatique de la Illème Internationale sous Lénine, pareille défense du système du parti unique n'est jamais apparue. Les théories qui ont été formulées plus tard, telle la conception stalinienne grossière selon laquelle les classes sociales auraient, à travers toute l'histoire, toujours été représentées par un seul parti, sont historiquement fausses et ne servent que d'apologie pour le monopole du pouvoir politique usurpé par la bureaucratie soviétique et ses héritiers idéologiques dans les autres Etats ouvriers bureaucratisés - un monopole fondé sur l'expropriation politique de la classe ouvrière. L'histoire - y compris les derniers soubresauts dans la République populaire de Chine - confirme que Trotski avait raison quand il affirma : "Les classes sont hétérogènes, déchirées par des antagonismes intérieurs, et n'arrivent à leurs fins communes que par la lutte des tendances, des groupements et des partis... On ne trouvera pas dans l'histoire politique un seul parti représentant une classe unique si, bien entendu, on ne consent pas à prendre une fiction policière pour la réalité" (La Révolution Trahie - Ed. de Minuit, Paris 1963, pp. 613/614).

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C'était vrai pour la bourgeoisie sous le féodalisme. C'est vrai pour la classe ouvrière sous le capitalisme. Cela restera vrai pour la classe ouvrière sous la dictature du prolétariat et au cours du processus de construction du socialisme. Dans ce sens, la liberté d'organisation de groupes, tendances et partis différents sans restrictions idéologiques constitue une précondition pour l'exercice du pouvoir politique par la classe ouvrière. Sans une telle liberté, il ne peut y avoir de conseils de travailleurs réellement et démocratiquement élus, ni un véritable exercice du pouvoir par ces conseils de travailleurs. Socialement, cette liberté constitue une précondition pour que la classe ouvrière puisse arriver collectivement, en tant que classe, à un point de vue commun ou du moins à un point de vue majoritaire, sur les problèmes innombrables de tactique, de stratégie, et même de théorie (de programme) qu'implique la tâche gigantesque de construire une société sans classes, sous la direction de masses traditionnellement opprimées, exploitées et écrasées. Sans cette liberté d'organiser des groupes, tendances et partis politiques, il ne peut y avoir de réelle démocratie socialiste. Les marxistes-révolutionnaires rejettent la déviation substitutionniste, paternaliste et bureaucratique du marxisme qui conçoit la révolution socialiste, la conquête du pouvoir et l'exercice du pouvoir sous la dictature du prolétariat comme la tâche du parti révolutionnaire agissant "au nom" de la classe ou, dans la meilleure des hypothèses, "avec l'appui" de la classe. Si la dictature du prolétariat doit signifier ce que les mots mêmes expriment, et ce qui est explicitement formulé dans la tradition théorique aussi bien de Marx que de Lénine, c'est-à-dire le pouvoir de la classe ouvrière en tant que classe (des "producteurs associés"), si l'émancipation des travailleurs ne peut être l'œuvre que des travailleurs eux-mêmes, et non pas le produit d'un prolétariat passif en voie d'éducation pour son émancipation par des administrateurs révolutionnaires bienveillants et éclairés, alors il est évident que le rôle dirigeant du parti révolutionnaire aussi bien dans la conquête du pouvoir que dans la construction d'une société sans classes ne peut être que le rôle d'une direction politique d'activité massive de la classe, ne peut consister que dans la conquête de l'hégémonie politique au sein d'une classe de plus en plus engagée dans l'auto-activité, que dans la lutte pour conquérir la majorité au sein de la classe à ses propositions, par des moyens politiques et non administratifs ou répressifs. Sous la dictature du prolétariat, le pouvoir d'Etat est exercé par des conseils des travailleurs démocratiquement élus. Le parti révolutionnaire combat pour une ligne politique correcte et pour la direction politique au sein de ces conseils des travailleurs, sans se substituer à eux. Parti et Etat - et encore plus appareil de parti et appareil d'Etat - restent des entités strictement séparées et distinctes; en outre, le but doit être de réduire l'appareil du parti. Mais des conseils de travailleurs réellement représentatifs et démocratiquement élus ne peuvent exister que si les masses ont le droit d'y élire tous ceux qu'elles choisissent, sans distinctions et sans préconditions restrictives quant aux convictions idéologiques et politiques des délégués élus. De même, les conseils des travailleurs ne peuvent fonctionner démocratiquement que si tous les délégués élus jouissent du droit de pouvoir constituer des groupes, des tendances ou des partis, s'ils ont accès aux moyens de diffusion massive, que s'ils peuvent défendre leurs plateformes différentes devant les masses et s'ils ont le droit de les soumettre aux débats publics et à l'épreuve de l'expérience. Toute restriction d'affiliation de parti limite la liberté du prolétariat d'exercer le pouvoir politique, c'est-à-dire limite la démocratie ouvrière, ce qui serait contraire et à notre programme et aux intérêts historiques de la classe ouvrière. Si on dit que seuls les partis et organisations qui n'ont pas de programme ou d'idéologie bourgeois (et petits-bougeois ?), ou qui ne sont pas "engagés dans la propagande et/ou l'agitation antisocialiste ou antisoviétique" peuvent être légalisés, où va-t-on tracer la ligne de démarcation ? Des partis ayant une majorité de membres originaires de la classe ouvrière mais en même temps une idéologie bourgeoise seront-ils interdits? Comment peut-on concilier pareille position avec le concept de l'élection libre des conseils des travailleurs ? Quelle est la ligne de démarcation entre le "programme bourgeois" et "l'idéologie réformiste" ? Doit-on dès lors interdire également les partis réformistes ? Supprimera-t-on la social-démocratie ? Ne fût-ce que sur la base de la tradition historique, il est inévitable que pareille influence réformiste continue à survivre longtemps dans la classe ouvrière de nombreux pays. Pareille survivance ne sera pas raccourcie par la répression administrative; au contraire, une telle répression tendra plutôt à la renforcer. Le meilleur moyen de combattre les illusions et idées réformistes, c'est la combinaison d'une lutte idéologique et de l'émergence de conditions matérielles favorables à la disparition de telles illusions. Mais cette lutte idéologique perd beaucoup de son efficacité dans des conditions de répression administrative et d'absence d'un libre débat et d'échanges d'idées. Si le parti révolutionnaire fait de l'agitation en faveur de l'interdiction de la social-démocratie ou d'autres formations réformistes, il deviendra mille fois plus difficile de maintenir la liberté de tendance et la tolérance des fractions dans ses propres rangs, car l'hétérogénéité politique de la classe ouvrière tendra dès lors inévitablement à se refléter au sein du parti unique. La véritable alternative n'est donc pas : ou bien la liberté pour ceux qui ont un véritable programme socialiste, ou bien la liberté pour tous les partis politiques. La véritable alternative est la suivante : ou bien la démocratie ouvrière avec le droit des masses d'élire tous ceux qu'elles choisissent et la liberté d'organisation politique pour ceux qui ont été élus (y compris des gens avec des idéologies ou un programme bourgeois ou petits-bourgeois), ou bien une restriction décisive des droits politiques de la classe ouvrière elle-même, avec toutes les conséquences qui en découlent. La restriction systématique de l'existence des partis politiques conduit à la restriction systématique de la démocratie ouvrière, et tend inévitablement à restreindre la liberté au sein du parti révolutionnaire d'avant-garde lui-même.

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Que représentent les partis politiques? Les marxistes-révolutionnaires rejettent toutes les illusions spontanéistes selon lesquelles le prolétariat serait capable de résoudre les problèmes stratégiques et tactiques soulevés par la nécessité de renverser le capitalisme et l'Etat bourgeois; de conquérir le pouvoir d'Etat et de construire le socialisme, au moyen d'actions de masse spontanées sans une avant-garde consciente et un parti révolutionnaire d'avant-garde organisé, fondé sur un programme révolutionnaire qui a passé l'épreuve de l'expérience historique, et sur des cadres éduqués dans ce programme et éprouvés par une longue expérience de lutte de classes vivante. Des arguments d'origine anarchiste, repris également par des courants ultragauches "conseillistes" , selon lesquels les partis politiques seraient, de par leur propre nature, des formations "libérales-bourgeoises" ', étrangères au prolétariat, et n'auraient pas de place au sein des conseils des travailleurs parce qu'ils auraient une tendance inhérente à usurper le pouvoir politique des mains de la classe ouvrière, sont théoriquement faux et politiquement nuisibles et dangereux. Il n'est pas vrai que des groupements, tendances et partis politiques ne sont apparus qu'avec la montée de la bourgeoisie moderne. Dans le sens fondamental (et non purement formel) du terme, ils sont beaucoup plus anciens. Ils sont apparus avec l'émergence de formes de gouvernement dans lesquelles un nombre relativement élevé de personnes (opposé à de petites communautés villageoises ou assemblées tribales) participèrent d'une manière ou d'une autre à l'exercice du pouvoir politique (par exemple dans la démocratie de l'Antiquité). Certes, des partis politiques dans ce sens réel (et non formel) du terme sont des phénomènes historiques dont le contenu a changé d'époque en époque, comme cela s'est produit lors des grandes révolutions démocratiques-bourgeoises du passé (particulièrement lors de la grande révolution française, mais pas seulement à ce moment). La révolution prolétarienne aura un effet analogue. On peut prédire avec assurance que sous une véritable démocratie ouvrière, les partis politiques prendront un contenu beaucoup plus riche et plus large, et conduiront des luttes idéologiques de masse d'ampleur et avec une participation de masse infiniment supérieures à tout ce qu'on a connu sous les formes les plus avancées de démocratie bourgeoise. En fait, dès que les décisions politiques dépassent un petit nombre de questions routinières qui peuvent être discutées et tranchées par un petit groupe de personnes, toute forme de démocratie implique la nécessité d'options structurées et cohérentes sur un grand nombre de questions liées les unes aux autres, c'est-à-dire un choix entre des lignes politiques et des programmes de rechange. Voilà ce que représentent les partis. L'absence de telles alternatives structurées, loin d'accroître la liberté d'expression et de choix pour un grand nombre de personnes, rend impossible tout gouvernement par des assemblées ou des conseils de travailleurs. Dix mille personnes ne peuvent pas voter sur 500 positions différentes. Si on veut éviter que le pouvoir ne tombe dans les mains de démagogues, de groupes de pression secrets ou de cliques, il faut permettre la libre confrontation d'un nombre limité d'options structurées et cohérentes, c'est-à-dire de programmes politiques et de partis politiques, sans monopoles ni interdits d'aucune sorte. Voilà ce qui rendra la démocratie ouvrière à la fois significative et opératoire. En outre, l'opposition anarchiste et "conseilliste" à la constitution de partis politiques sous la dictature du prolétariat, au cours du processus de construction du socialisme, ou bien constitue un vœu pieux (c'est-à-dire l'espoir que la masse des travailleurs s'abstiendra de constituer ou d'appuyer des groupes, tendances et partis avec des lignes politiques et des programmes différents) en quel cas elle est simplement utopique, car cela ne se produira pas; ou bien elle constitue une tentative d'empêcher ou de réprimer les efforts de tous ces travailleurs qui désirent mener une action politique sur une base pluraliste, et dans ce cas, elle ne peut valoriser objectivement que le processus de monopolisation bureaucratique du pouvoir, c'est-à-dire exactement l'opposé de ce que désirent les libertaires. Beaucoup de groupement centristes ou ultra-gauches ont défendu une argumentation analogue, selon laquelle l'expropriation du prolétariat soviétique de l'exercice direct du pouvoir politique prendrait ses racines dans la conception léniniste de l'organisation elle-même, fondée sur le centralisme démocratique. Ils estiment que l'effort des bolcheviks pour construire un parti qui dirigerait le prolétariat lors de la révolution devrait conduire inévitablement à un rapport paternaliste, manipulatoire et bureaucratique entre ce parti et les masses laborieuses, ce qui aurait abouti à son tour, non moins inévitablement, à un monopole du parti dans l'exercice du pouvoir après la révolution socialiste victorieuse. Cette argumentation est ahistorique et fondée sur une conception idéaliste de l'histoire. D'un point de vue marxiste, c'est-à-dire matérialiste-historique, la cause fondamentale de l'expropriation politique du prolétariat soviétique était matérielle et socio-économique, et non pas idéologique ou programmatique. La pauvreté générale et l'état arriéré de la Russie, la relative faiblesse numérique et culturelle du prolétariat, rendirent l'exercice direct du pouvoir par ce prolétariat à long terme impossible, si la révolution russe restait isolée : tel fut le consensus non seulement parmi les bolcheviks de 1917/18 mais parmi toutes les tendances se revendiquant du marxisme. Le déclin catastrophique des forces productives en Russie (par suite de la Première Guerre mondiale, de la guerre civile, de l'intervention impérialiste militaire, du sabotage des techniciens pro-bourgeois, etc.) a conduit à des conditions de pénurie qui ont favorisé la croissance de privilèges spéciaux. Tous ces facteurs ont abouti à un affaiblissement qualitatif du prolétariat, déjà réduit. En outre, d'importants secteurs de l'avant-garde politique de la classe, ceux qui étaient justement les plus aptes à exercer le pouvoir, soit périrent dans la guerre civile, soit quittèrent les entreprises pour être incorporés massivement dans l'Armée rouge ou dans l'appareil d'Etat. Après le début de la NEP, il y eut une reprise économique, mais le chômage massif et la déception constante causée par les reculs et défaites de la révolution mondiale ont nourri la passivité politique et un déclin général de l'activité politique

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de masse, s'étendant jusqu'aux soviets. La classe ouvrière fut ainsi incapable d'arrêter la croissance d'une couche matériellement privilégiée qui, pour maintenir son pouvoir, se mit à restreindre de plus en plus les droits démocratiques et finit par détruire les soviets et le parti bolchevique lui-même, tout en continuant à utiliser son nom à ses propres fins. Voilà les causes principales de l'usurpation de l'exercice direct du pouvoir par la bureaucratie, de la fusion croissante entre l'appareil du parti, l'appareil d'Etat et l'appareil des managers économiques dans une caste bureaucratique privilégiée. Des historiens marxistes peuvent discuter de la question de savoir si certaines mesures concrètes prises par les bol cheviks même avant la mort de Lénine ont favorisé objectivement le processus de stalinisation, et si Lénine et Trotski n'ont compris qu'avec retard l'ampleur du danger de la bureaucratisation et le point auquel l'appareil du parti avait été absorbé par ce processus. Mais dans le pire des cas, il s'agit là de causes supplémentaires de la bureaucratisation. Les causes principales de tous ces processus furent objecti ves, matérielles, économiques et sociales. Il faut les découvrir dans l'infrastructure sociale de la société soviétique, non dans sa superstructure politique, et certainement pas dans une conception particulière du parti. L'expérience historique a par ailleurs confirmé que dans l'absence d'un parti révolutionnaire qui dirige la révolution ou qui exerce même une grande influence en son sein, les conseils des travailleurs ne survivent guère plus longtemps qu'ils ne le firent en Russie, mais disparaissent au contraire plus rapidement encore : l'Allemagne de 1918 et l'Espagne de 1936/ 37 sont les exemples les plus évidents en la matière. Dans l'absence d'un tel parti, ils ne réussissent pas non plus à conquérir le pouvoir d'Etat, c'est-à-dire à renverser l'Etat bourgeois. Les données empiriques confirment donc la théorie marxiste et démontrent que c'est la combinaison dialectique d'une auto-organisation libre et démocratique des masses laborieuses, avec la clarification politique rendue possible par un parti d'avant-garde révolutionnaire, qui réunit les meilleures chances pour la conquête et l'exercice continu du pouvoir par la classe ouvrière elle-même. Les conseils ouvriers et l'extension des droits démocratiques Sans la liberté totale d'organiser des groupes, tendances et partis politiques, il n'y a pas d'éclosion pleine et entière des droits et libertés démocratiques des masses laborieuses sous la dictature du prolétariat. Toute la critique des limitations de la démocratie bourgeoise développée par Marx et par Lénine est fondée sur le fait que la propriété privée et l'exploitation capitaliste (c'est-à-dire l'inégalité sociale et économique), liées à la structure de classe spécifique de la société bourgeoise (atomisation et aliénation de la classe ouvrière, législation défendant la propriété privée, fonction de l'appareil de répression, etc.) ont pour conséquence que même les régimes bourgeois les plus démocratiques limitent violemment l'application pratique des droits démocratiques, la possibilité pratique de jouir des libertés démocratiques pour la grande majorité des masses laborieuses. Mais la conclusion logique qui découle de cette critique, c'est que la démocratie ouvriare doit être supérieure à la démocratie bourgeoise non seulement en ce qu'elle s'étend à la sphère économique et sociale - le droit au travail, à la sécurité d'existence, à l'éducation gratuite, aux loisirs, etc. - ce qui est évidemment d'une extrême importance, mais aussi par la portée et l'ampleur des droits démocratiques dont jouissent les travailleurs et toutes les couches laborieuses dans la sphère politique et culturelle. Accorder à un parti unique, ou aux soi-disantes "organisations de masse" ou "associations professionnelles" (comme les associations d'écrivains) exclusivement contrôlées par ce parti un monopole d'accès aux imprimeries, à la radio, télévision, et autres moyens de diffusion massive, aux salles de réunion, etc. cela signifie en fait limiter et non pas étendre les droits démocratiques du prolétariat comparés à ceux dont il jouit sous la démocratie bourgeoise. Le droit des travailleurs, y compris ceux qui ne sont pas d'accord avec le gouvernement, d'avoir accès aux moyens matériels pour exercer les libertés démocratiques (liberté de presse, d'assemblée, de manifestation, droit de grève, etc.) est essentiel pour assurer cette extension. Dès lors, une extension des droits démocratiques des travailleurs au-delà de ceux dont ils jouissent déjà sous les conditions de démocratie bourgeoise est incompatible avec la restriction du droit de former des groupes, tendances et partis politiques sur des bases programmatiques ou idéologiques. En outre, l'auto-activité et l'auto-administration des masses laborieuses sous la dictature du prolétariat et dans le processus de construction d'une société socialiste, acquerra de nombreux aspects nouveaux et élargira le concept d' "activité politique" et de "partis politiques", de "programmes politiques" et de "droits démocratiques" , bien au-delà de ce qui est caractéristique de la vie politique sous la démocratie bourgeoise. Par le truchement de la télévision et du "time-sharing" (c'est-à-dire l'accès par téléphone aux machines à calculer électroniques), la technologie contemporaine rend possible un saut en avant formidable dans l'interaction entre la démocratie directe et indirecte (représentative). Dans leurs usines ou leurs quartiers, les travailleurs peuvent suivre sur le vif les interventions de leurs délégués dans des congrès locaux, régionaux, nationaux ou internationaux des conseils, et intervenir sur-le-champ contre une présentation déformée des faits ou une violation de mandats, si une atmosphère générale de critique et de débat politiques libres a été créée. Des millions de travailleurs peuvent avoir un accès direct à une masse immense d'informations, dès que le "secret" et le monopole capitalistes des informations centralisées dans les systèmes électroniques sont interdits et brisés. Des instruments politiques comme le référendum sur des questions spécifiques peuvent être utilisés pour que la masse des travailleurs puisse trancher directement toute une série de questions clé d'orientation politique. De même, des instruments de démocratie directe peuvent être utilisés largement dans le domaine de la planification, afin d'établir quelles sont les réelles préférences des consommateurs, non pas au moyen d'instruments indirects (les mécanismes du marché), mais à travers des conférences de producteurs et de consommateurs, des référendums sur le choix des modèles, variétés et gradations de qualité des biens de consommation. A ce propos encore, la technique contemporaine rend

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tous ces mécanismes bien plus réalistes et plus accessibles à des millions de personnes qu'il ne l'était objectivement possible dans le passé. La construction d'une société socialiste sans classes est également un formidable processus de transformation de tous les aspects de la vie sociale. Elle implique un changement révoludu proces prit de pourie.

de gestion de l'économie et de la société, des mœurs, des habitudes et des modes de pensée de la grande majorité de la population, mais encore une reconstruction du travail manuel et intellectuel, révolution complète du système d'éducation, rétablissement et défense de l'équilibre écologique, révolutions technologiques destinées à conserver des ressources naturelles rares, etc. Tous ces efforts, pour lesquels l'humanité ne dispose de toute manière pas d'un plan préétabli, donneront lieu à des débats et à des luttes idéologiques de grande ampleur. Des programmes politiques différents concernant ces problèmes, reliés les uns aux autres, joueront un rôle beaucoup plus grand que des références nostalgiques au passé bourgeois ou des affirmations abstraites de l'idéal communiste. Mais toute restriction de ces débats, luttes et formations de parti, sous le prétexte que telle ou telle plateforme reflète "objectivement" la pression ou les intérêts de la bourgeoisie ou de la petite-bourgeoisie, ou même "conduirait à la restauration du capitalisme" si elle était "appliquée jusqu'au bout" , ne peut qu'entraver l'émergence d'un consensus majoritaire autour des solutions de ces problèmes brûlants qui seraient les plus efficaces et les plus correctes du point de vue de la construction du socialisme, c'est-à-dire du point de vue des intérêts de classe du prolétariat lui-même. Il faut préciser plus spécifiquement que tout au long du processus de construction d'une société sans classes des luttes sociales de grande ampleur se poursuivront contre des maux sociaux qui prennent leur racine dans la société de classe mais qui ne disparaîtront pas immédiatement avec la suppression de l'exploitation capitaliste et du travail salarié. L'oppression des femmes, l'oppression des minorités nationales, l'oppression et l'aliénation de la jeunesse, sont des archétypes de tels problèmes qu'on ne peut pas réunir automatiquement sous l'en-tête général de "lutte de classe du prolétariat contre la bourgeoisie", sauf si on divorce les catégories "prolétariat" et "bourgeoisie" de leurs définitions et bases classiques, marxistes et matérielles, comme c'est fait par divers courants maoîstes et ultra-gauches. La liberté politique sous la démocratie ouvrière implique dès lors la liberté d'organisation et d'action de mouvements indépendants d'émancipation des femmes, de libération nationale, de jeunes, c'est-à-dire de mouvements plus larges que la classe ouvrière au sens scientifique du terme, sans parler du courant marxiste-révolutionnaire au sein de la classe ouvrière. Les marxistes-révolutionnaires seront capables de gagner la direction politique au sein de ces mouvements autonomes et d'infliger une défaite idéologique aux différents courants utopiques ou réactionnaires, non par des moyens administratifs ou répressifs, mais au contraire en stimulant la démocratie de masse la plus large possible dans les rangs de ces mouvements, et en soutenant sans réserve aucune le droit de toutes les tendances de défendre leurs opinions et leurs plateformes devant la société dans son ensemble. Il faut de même reconnaître que la forme spécifique du pouvoir d'Etat prolétarien implique une combinaison dialectique unique de centralisation et de décentralisation. Le dépérissement de l'Etat, qui doit commencer dès le début de la dictature du prolétariat, se traduit par un processus de transfert graduel du droit de gestion sur des secteurs de plus en plus larges d'activité sociale (système de santé, système d'éducation, système des transports collectifs, système de télécommunications, etc.) aux intérêts directs, internationalement, nationalement, régionalement et localement, dès que le congrès central des conseils des travailleurs (c'est-à-dire le prolétariat en tant que classe) a alloué, par vote majoritaire, à chacun de ces secteurs la part qui lui revient des ressources matérielles et humaines dont la société dispose dans son ensemble. Cela implique de nouveau des formes et contenus spécifiques de débats et luttes politiques qui ne peuvent être prédits d'a d'avance ni réduits d'aucune manière à des "critères de classe" simplistes et mécaniques. Finalement, la participation de millions de gens au processus de construction d'une société sans classes, non seulement à travers le vote plus ou moins passif, mais aussi dans la gestion réelle à divers niveaux, ne peut être limitée de manière ouvriériste aux seuls "travailleurs engagés dans la production". Lénine a précisé que dans l'Etat ouvrier, l'immense majorité de la population devra participer directement à l'administration de l'Etat. Cela signifie que les conseils des travailleurs sur lesquels sera fondée la dictature du prolétariat ne seront pas des comités d'usine, mais des organes d'auto-organisation des masses dans toutes les sphères de la vie économique et sociale, y compris évidemment les usines, les unités de distribution, les hôpitaux, les écoles, les centres de télécommunications et de transports et les quartiers. Cela est indispensable afin d'intégrer dans le prolétariat ses couches les plus dispersées et souvent les plus pauvres et les plus opprimées, telles les femmes, les nationalités opprimées, les jeunes, les travailleurs des petites entreprises, les retraités, etc. C'est également indispensable afin de cimenter l'alliance entre la classe ouvrière et la petite-bourgeoisie inférieure, ce qui est important en vue de réduire les coûts sociaux d'une révolution victorieuse et de la construction du socialisme. Une condition essentielle pour gagner les masses à la révolution socialiste La défense d'une programme clair et sans équivoques de démocratie socialiste constitue aujourd'hui une part indispensable de la lutte contre les directions réformistes qui cherchent à inculquer aux travailleurs des pays impérialistes des mythes et illusions démocratiques-bourgeois. Elle est de même indispensable pour la lutte contre les illusions procapitalistes et les préjugés antisoviétiques parmi les diverses couches de contestataires et d'oppositionnels dans les Etats ouvriers bureaucratisés, au cours du processus de déroulement de la lutte pour la révolution politique dans ces pays.

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Aussi bien l'expérience historique du fascisme (et d'autres types de régimes de dictatures bourgeoises réactionnaires) à l'Ouest et celle de Staline et de Mao, ainsi que de leurs successeurs à l'Est, ont suscité dans la classe ouvrière des pays impérialistes et des Etats ouvriers bureaucratisés, une méfiance profonde à l'égard de toute forme de régime de parti unique et de toute justification, aussi subtile qu'elle soit, d'une restriction des droits démocratiques après le renversement du capitalisme. Cette méfiance correspond objectivement à la tendance fondamentale de toutes les révolutions prolétariennes qui ont eu lieu jusqu'ici. Elles se sont toujours orientées vers les droits démocratiques et l'auto-activité les plus larges des masses. Ce fut le cas depuis la Commune de Paris, à travers les révolutions russe et allemande, l'expérience de la révolution espagnole de 1936/37 jusqu'aux montées révolutionnaires plus récentes en France (1968), en Italie (1969/70) et au Portugal (1974/75). Ce fut également le cas des montées de lutte de masse auntibureaucratique en Allemagne de l'Est, en Hongrie, en Pologne et en Tchécoslovaquie depuis les années 50. La classe possédante utilise tous les instruments idéologiques dont elle dispose afin d'identifier les institutions parlementaires avec le maintien des droits démocratiques. Aussi bien en Europe occidentale qu'en Amérique du Nord par exemple, les maîtres capitalistes cherchent à se présenter comme les champions des préoccupations démocratiques de la classe ouvrière et des masses plébéiennes, préoccupations puissamment renforcées par les expériences négatives du fascisme et du stalinisme. Un des éléments-clé d'une lutte pour conquérir la direction des masses consiste en une compréhension correcte de l'importance de leurs revendications et actions démocratiques, et en une tentative réussie pour les exprimer adéquatement, afin de neutraliser les efforts répétés des réformistes de canaliser la lutte pour les revendications démocratiques dans l'impasse des institutions parlementaires bourgeoises. La tâche d'arracher aux réformistes la fonction de représenter les aspirations démocratiques des masses est de ce fait une tâche cruciale pour les marxistes-révolutionnaires. La clarification programmatique et la propagande sont manifestement insuffisantes pour atteindre ce but, quelle que puisse être leur importance réelle par ailleurs. Les masses apprennent à travers leur expérience pratique quotidienne, d'où l'importance d'une participation dans cette expérience en vue d'en tirer les leçons correctes. Au fur et à mesure que la lutte de classes s'exacerbera, les dirigeants réformistes seront de moins en moins convaincants en cherchant à mettre en exergue les prétendus avantages du système parlementaire bourgeois. Les travailleurs contesteront de plus en plus l'autorité et les prérogatives de la classe dominante à tous les niveaux. A travers leurs propres organisations - des comités d'usine jusqu'aux conseils ouvriers (soviets) - ces travailleurs commenceront à exercer de plus en plus d'autorité de décision, et acquerront de plus en plus confiance en leur propre force en vue de renverser l'Etat bourgeois. Au cours de ce même processus, et afin de conduire leurs luttes de la manière la plus efficace, avec la participation la plus large des masses, les travailleurs comprendront également la nécessité d'opter pour les formes d'organisation les plus démocratiques. A travers cette expérience de lutte, et la participation dans leurs propres organisations conduites de manière démocratique, les masses acquerront beaucoup plus de liberté d'action et de liberté au sens le plus large du terme que ce dont elles avaient jamais joui sous la démocratie parlementaire bourgeoise. Elles apprendront ainsi la valeur irremplaçable de la démocratie prolétarienne. Il s'agit là d'un chaînon indispensable dans la chaîne d'événements qui conduit de la domination capitaliste à la conquête du pouvoir par le prolétariat. Ce sera aussi une expérience vitale sur laquelle pourra s'appuyer la lutte pour établir les normes démocratiques d'un Etat ouvrier. Si, soit par leur propagande, soit par leur comportement pratique, les marxistes-révolutionnaires devaient créer la moindre impression que, sous la dictature du prolétariat, les libertés démocratiques des travailleurs - y compris la liberté de critiquer le gouvernement, d'avoir des partis d'opposition et une presse d'opposition - seront plus restreintes que sous la démocratie bourgeoise, alors la lutte pour briser la prépondérance idéologique de tous ceux qui, au sein du mouvement ouvrier, répandent les illusions parlementaires deviendra infiniment plus difficile, si elle n'est pas condamnée d'emblée à l'échec. Toute hésitation ou toute ambiguité de la part de l'avant-garde révolutionnaire à ce propos ne peut qu'aider les laquais réformistes de la bourgeoisie libérale à diviser le prolétariat et à détourner un secteur important de la classe vers la défense d'institutions d'Etat bourgeois, sous le prétexte de garantir les droits démocratiques. On a avancé l'argument que tout ce qui précède ne s'applique qu'aux pays et conditions où la classe des salariés représente déjà une majorité claire de la population active, c'est-à-dire n'est pas confrontée avec une large majorité de petits producteurs marchands. Il est vrai que dans certains pays semi-coloniaux, la faiblesse des anciennes classes dominantes aboutit à à des rapports de forces sociaux tellement favorables que le renversement du capitalisme peut être accompli sans l'épanouissement de la démocratie prolétarienne (la Chine et le Vietnam sont les deux principaux exemples à ce propos). Mais il faut souligner le caractère exceptionnel de ces expériences, qui ne seront pas répétées dans la plupart des pays semi-coloniaux, et ne peuvent être répétées dans les pays impérialistes. Il est en outre nécessaire de souligner que dans la mesure où le renversement du capitalisme dans plusieurs pays arriérés ne fut pas lié à l'émergence du pouvoir direct des travailleurs exercé à travers des conseils des travailleurs démocratiquement élus, ces Etat ouvriers étaient condamnés à être bureaucratisés dès leur fondation. Il en a résulté des obstacles sévères sur la voie du progrès vers la construction d'une société socialiste sans classes, autant à l'intérieur qu'internationalement. De même, dans la mesure où un nombre croissant de pays semi-coloniaux sont actuellement entraînés dans des processus d'industrialisation partielle, leur prolétariat est dès aujourd'hui d'un poids relatif plus grand dans la population active que ne le fut le prolétariat russe en 1917 ou le prolétariat chinois en 1949. A travers sa propre expérience de lutte, ce prolétariat acquerra rapidement des niveaux de conscience et d'auto-organisation qui mettront à l'ordre du jour la création d'organes

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d'Etat de type soviétique. Dans ce sens, le programme de la /Vème Internationale de démocratie des conseils des travailleurs comme base de la dictature du prolétariat est un programme universel pour la révolution mondiale, qui correspond fondamentalement à la nature sociale, aux besoins historiques et à la manière de penser de la classe ouvrière elle-même. Il n'est d'aucune manière un "luxe" réservé aux travailleurs des "pays les plus riches" En réponse aux staliniens La seule solution de rechange théoriquement et politiquement cohérente et conséquente à notre programme de démocratie socialiste fondée sur le pouvoir des conseils des travailleurs et un système pluri-partis, qui puisse être avancée par ceux qui s'affirment favorables à la dictature du prolétariat, c'est la conception stalinienne d'exercice du pouvoir d'Etat sous la "dictature du prolétariat" par un parti unique agissant au nom de la classe ouvrière. Cette solution de rechange est basée sur les prémisses suivantes (qui ne sont pas toujours clairement formulées) : a) Le parti dirigeant (ou même son "noyau dirigeant"') détient un monopole de connaissances scientifiques et dispose d'une infaillibilité garantie (de laquelle est déduite la conclusion théologie et scolastique qu'on ne peut pas accorder les mêmes. droits pour diffuser l'erreur que ceux qu'on accorde à la proclamation de la vérité). b) La classe ouvrière, et plus encore les masses laborieuses dans leur ensemble, sont trop arriérées politiquement, trop sous l'influence de l'idéologie bourgeoise et petite-bourgeoise, trop enclines à préférer des avantages matériels immédiats par rapport à leurs propres intérêts historiques, pour qu'on puisse tolérer l'exercice direct du pouvoir d'Etat par des conseils ouvriers démocratiquement élus. Instaurer une véritable démocratie prolétarienne impliquerait le risque d'un nombre croissant de décisions nuisibles, voire objectivement contre-révolutionnaires, qui ouvriraient la voie à la restauration du capitalisme, ou dans le meilleur des cas, nuiraient et feraient obstacle au processus de construction du socialisme. c) Pour cette raison, la dictature du prolétariat ne peut être exercée que par le "parti dirigeant du prolétariat" , ou mieux encore, la dictature du prolétariat, c'est la dictature du parti (soit en tant que représentant d'une classe ouvrière essentiellement passive, soit en s'appuyant activement sur la lutte de classes des masses, qui sont cependant considérées inaptes à exercer directement le pouvoir d'Etat elles-mêmes). d) Puisque ce parti, et ce parti seul, représente les intérêts de la classe ouvrière, qui sont considérés comme homogènes dans toutes les situations et par rapport à tous les problèmes, le "parti dirigeant" lui-même doit être monolithique. Toute tendance d'opposition reflète nécessairement, d'une manière ou d'une autre, une pression de classes hostiles ou des intérêts de classe hostiles à ceux du prolétariat (la lutte entre deux lignes est toujours la lutte entrele prolétariat et la bourgeoisie au sein du parti, concluent les mao-staliniens). Le contrôle monolithique de toutes les sphères de la vie sociale par le parti unique est l'aboutissement logique de cette conception. Le contrôle direct du parti doit être établi sur tous les secteurs de la "société civile"

e) Une autre hypothèse sous-jacente à toute cette conception, c'est celle d'une intensification de la lutte de classes au cours du processus de construction du socialisme (bien que cette hypothèse ne conduise pas nécessairement aux mêmes conclusions, si elle n'est pas combinée avec les prémisses précédentes). On déduit de cette hypothèse que le danger de restauration du capitalisme peut être croissant, même longtemps après la suppression de la propriété privée des moyens de production, et ce, indépendamment du niveau atteint par le développement des forces productives. Le danger de restauration du capitalisme est présenté comme le résultat mécanique de la victoire de l'idéologie bourgeoise dans tel ou tel domaine social, politique, culturel ou même scientifique. Vu la puissance extrême qu'on attribue ainsi aux idées bourgeoises, l'emploi de la répression contre ceux qui sont censés véhiculer ces idées est le corollaire logique de cette analyse. Toutes ces prémisses et hypothèses sont non-scientifiques d'un point de vue théorique général, et sont indéfendables à la lumière de l'expérience historique réelle de la lutte de classes durant et après le renversement du pouvoir capitaliste en URSS et dans d'autres pays. A de nombreuses reprises, elles se sont avérées nuisibles pour la défense des intérêts de classe du prolétariat, des obstacles dans la lutte efficace contre les restes de la bourgeoisie et de l'idéologie bourgeoise. Dans la mesure où elles sont devenues des dogmes presque universellement acceptés par les PC à l'époque de Staline, et possèdent une cohésion interne incontestable - qui reflète les intérêts matériels de la bureaucratie en tant que couche sociale - elles n'ont jamais été explicitement et complètement critiquées et rejetées par un PC quelconque depuis lors. Ces concepts continuent à traîner, du moins partiellement, dans l'idéologie de nombreux dirigeants et cadres des PC et même des PS, c'est-à-dire des bureaucraties du mouvement ouvrier. Ils continuent à servir de réserve conceptuelle où sont puisées les justifications de diverses formes de limitation des droits démocratiques des masses laborieuses dans les Etats ouvriers bureaucratisés, ainsi que de secteurs du mouvement ouvrier des pays capitalistes dominés par les PC. Une réfutation claire et cohérente de ces conceptions est donc indispensable pour la défense de notre programme de démocratie socialiste. Tout d'abord : l'idée d'une classe ouvrière homogène, exclusivement représentée par un seul parti, est en contradiction avec toute l'expérience historique et toute analyse marxiste, matérialiste, de la croissance et du développement concrets du prolétaria: contemporain, autant sous le capitalisme qu'après le renversement du capitalisme. Tout au plus peut-on défendre la thèse selon laquelle le parti révolutionnaire d'avant-garde représente seul, sur le plan programmatique, les intérêts historiques à long terme du prolétariat. Mais même dans ce cas, une analyse fondée sur la dialectique matérialiste à l'opposé d'une analyse mécaniste-idéaliste, ajouterait immédiatement que c'est seulement dans la mesure où ce parti conquiert effectivement la direction politique de la majorité des travailleurs qu'on pourrait parler d'une intégration des intérêts de classe immédiats et historiques réalisée en pratique, avec une forte réduction des risques d'erreur d'interprétation de ces intérêts. En réalité, il y a une stratification effective et objectivement déterminée de la classe ouvrière et du développement de la conscience ouvrière. De même il y a au moins une tension

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entre la lutte pour les intérêts immédiats et celle pour les buts historiques du mouvement ouvrier (par exemple, après la conquête du pouvoir, la contradiction entre la consommation immédiate et les investissements à long terme). Ce sont précisément ces contradictions, enracinées dans l'héritage du développement inégal de la société bourgeoise elle-même, qui constituent une des justifications théoriques principales pour la nécessité d'une avant-garde révolutionnaire, opposée à l'idée d'une "union" incluant purement et simplement tous les salariés en un seul parti. Mais cela implique à son tour qu'on ne puisse pas nier que différents partis, avec des orientations différentes et des méthodes différentes d'approche de la lutte de classes entre le Capital et le Travail et des rapports entre les buts immédiats et les buts historiques du mouvement ouvrier, puissent surgir et ont surgi au sein de la classe ouvrière et représentent réellement des secteurs de la classe ouvrière (fût-ce des intérêts purement sectoriels, des pressions idéologiques de classe adverses, etc.). En deuxième lieu, il est incontestable qu'un parti révolutionnaire avec une vie démocratique interne dispose d'un avantage énorme dans le domaine de l'analyse correcte de l'évolution socio-économique et politique, et dans celui de l'élaboration correcte des réponses tactiques et stratégiques à cette évolution, du fait qu'il peut se baser sur la somme du socialisme scientifique - le marxisme - qui synthétise et généralise toutes les expériences passées de la lutte de classes, prises dans leur ensemble. Cette base de départ de l'élaboration politique courante le rend beaucoup moins enclin que toute autre tendance du mouvement ouvrier, ou de tout secteur inorganisé de la classe ouvrière, à arriver à de fausses conclusions, à des généralisations prématurées, à des réactions unilatérales et impressionnistes devant des développements imprévus, à faire des concessions à la pression idéologique et politique de forces de classes adverses, à conclure des compromis politiques sans principes, etc. Ces faits incontestables, confirmés encore et toujours par chaque tournant des événements depuis plus de trois quarts de siècle à partir de l'apparition du bolchevisme, constituent les arguments les plus puissants en faveur d'un parti révolutionnaire d'avant-garde. Mais ils ne garantissent pas que ce parti évite automatiquement de commettre des erreurs. Il n'y a pas de parti infaillible. Il n'existe pas non plus des directions de parti, des majorités de parti, des "comités centraux léninistes" ou des dirigeants individuels de parti, infaillibles. Le programme marxiste n'est jamais un programme définitivement achevé. Il n'y a pas de situation nouvelle qui puisse être entièrement analysée en fonction de précédents historiques. La réalité sociale est soumise à d'incessantes modifications. Des développements nouveaux et imprévus se produisent régulièrement lors de tournants historiques. Marx et Engels n'ont pu analyser le phénomène de l'impérialisme qui ne s'est pleinement déployé qu'après la mort d'Engels. Les bolcheviks n'ont pas prévu le retard de la révolution prolétarienne dans les pays impérialistes avancés. La dégénérescence bureaucratique du premier Etat ouvrier n'a pas été incorporée dans la théorie léniniste de la dictature du prolétariat. L'apparition d'une série d'Etats ouvriers - quoique comportant des déformations bureaucratiques -, à la suite de luttes révolutionnaires de masse non dirigées par des directions marxistes-révolutionnaires après la Seconde Guerre mondiale (Yougoslavie, Chine, Cuba, Vietnam) n'avait pas été prévue par Trotski. On ne peut découvrir de réponse complète et toute faite à des phénomènes nouveaux dans les œuvres classiques, ou dans le programme existant. De nouveaux problèmes surgiront en outre au cours de la construction du socialisme, problèmes pour la solution desquels le programme marxiste-révolutionnaire ne fournit qu'un cadre de référence général mais point une source automatique de réponses correctes. La lutte pour des réponses correctes à de tels problèmes exige une interaction constante entre une analyse et une discussion théorique-politique, et une pratique révolutionnaire de classe ; le dernier mot restant à l'expérience pratique. Dans ces conditions, toute restriction de la liberté de discussion politique et théorique débouchant sur une restriction de la libre activité politique de masse du prolétariat, c'est-à-dire toute restriction de la démocratie socialiste, constituera un obstacle pour que même le parti révolutionnaire aboutisse à définir une ligne politique correcte. Elle n'est donc pas seulement fausse du point de vue théorique, mais encore inefficace en pratique, et nuisible du point de vue des progrès sur la voie de la construction du socialisme. Une des conséquences les plus graves d'un système de parti unique monolithique, de l'absence d'une pluralité de groupes, tendances et partis politiques, et de restrictions administratives imposées à la liberté de discussion politique et idéologique, c'est l'obstacle qu'un tel système érige sur la voie d'une correction rapide des erreurs commises par le gouvernement d'un Etat ouvrier. Ces erreurs, comme celles commises par la majorité de la classe ouvrière, ses couches et groupements politiques divers, sont dans une large mesure inévitables au cours du processus de construction d'une société socialiste sans classes. Mais une correction rapide de ces erreurs est possible dans un climat de discussion politique libre, de libre accès des groupements d'opposition aux mass media, d'une sensibilité et d'un engagement politiques sur grande échelle des larges masses, et d'un contrôle par ces masses de l'activité du gouvernement et de l'Etat à tous les niveaux. L'absence de tous ces correctifs sous un système de gouvernement de parti unique monolithique rend beaucoup plus difficile la correction de graves erreurs. Le dogme de l'infaillibilité du parti, sur lequel repose le système stalinien, implique lui-même que la reconnaissance des erreurs sera retardée au maximum (une forte prime est donnée à la recherche d'autojustifications ou de boucs émissaires), et il en ira de même des corrections de ligne même implicites. Les coûts objectifs d'un tel système, en termes de pertes économiques, de sacrifices inutiles, c'est-à-dire objectivement évitables, imposés aux masses laborieuses, de défaites politiques devant les ennemis de classe, et de désorientation et démoralisation politiques du prolétariat, sont extraordinairement élevés, comme le démontre l'histoire de l'Union soviétique depuis 1928. Pour ne donner qu'un seul exemple : la manière dont Staline et ses suppôts se sont accrochés à une politique agricole erronée a provoqué pendant plus d'une génération un véritable désastre pour le ravitaillement du peuple soviétique. Ses conséquences néga-

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tives ultimes n'ont pas encore été entièrement éliminées jusqu'à ce jour, c'est-à-dire près d'un demi-siècle plus tard. Pareille catastrophe aurait été impossible s'il y avait eu une discussion politique libre en URSS concernant des solutions de rechange des problèmes agricoles. En troisième lieu : l'idée qu'une restriction des droits démocratiques du prolétariat pourrait, de quelque manière que ce soit, favoriser une "éducation" graduelle d'une masse prétendûment "arriérée" de travailleurs est de toute évidence absurde. On ne peut pas apprendre à nager en restant hors de l'eau. Les masses n'ont pas d'autres moyens pour élever le niveau de leur conscience politique si ce n'est en s'engageant dans l'activité politique et en apprenant de l'expérience d'une telle activité. Il n'y a pas d'autres moyens d'apprendre à éviter des erreurs qu'en ayant au moins le droit de les commettre. Des préjugés paternalistes concernant le prétendu caractère "arriéré" des masses recouvrent généralement une peur conservatrice petite-bourgeoise de l'activité des masses, qui n'a rien de commun avec le marxisme révolutionnaire. Toute restriction de l'activité politique de masse sous prétexte que les masses commettraient trop d'erreurs ne peut conduire qu'à une apathie politique croissante parmi les travailleurs, c'est-à-dire paradoxalement renforce précisément l'état de fait qui justifiait prétendûment cette restriction. En quatrième lieu : dans des conditions de socialisation plus ou moins généralisée des moyens de production et du surproduit social, tout monopole à long terme d'exercice du pouvoir politique dans les mains d'une minorité - fût-elle un parti révolutionnaire imbu au départ de motivations révolutionnaires prolétariennes réelles - court fortement le risque de stimuler des tendances objectives vers la bureaucratisation. Dans de telles conditions socio-économiques, quiconque contrôle l'administration d'Etat contrôle de ce fait le surproduit social et sa distribution. Comme des inégalités économiques subsisteront encore au départ, surtout dans des Etats ouvriers économiquement arriérés, cela peut devenir une source de corruption et de développement de privilèges matériels et de différenciation sociale. Il y a donc un besoin objectif pour un contrôle réel sur les processus de prises de décision, et ce de la part du prolétariat en tant que classe, avec des possibilités illimitées de dénoncer la gabegie, le gaspillage, l'appropriation illégale et l'utilisation abusive de ressources économiques à tous les niveaux, y compris les plus élevés. Mais pareil contrôle démocratique de masse est impossible sans l'existence de tendances, de groupes et de partis d'opposition, jouissant d'une liberté d'action, de propagande et d'agitation entière, et d'un accès plein et entier aux mass media. De même, au cours de la période de transition entre le capitalisme et le socialisme, et même au cours de la première phase du communisme (la phase socialiste), des formes de division du travail subsisteront inévitablement (avant tout la séparation du travail intellectuel et du travail manuel), de même que des formes d'organisation du travail et de processus de travail, entièrement ou partiellement héritées du capitalisme, et qui ne permettent pas un développement plein et entier de toutes les capacités créatrices de tous les producteurs. Cela ne peut être neutralisé par l'éducation, l'endoctrinement, l'exhortation moralisante ou des campagnes périodiques de "critique de masse", comme l'affirment les maoîstes, et encore moins par des expédients mystificateurs comme de faire travailler les cadres un jour par semaine comme ouvriers manuels. Ces obstacles objectifs sur la voie de l'émergence graduelle de rapports de production réellement socialistes pourraient devenir des sources puissantes de privilèges matériels. On ne pourra l'éviter qu'à la condition de séparer strictement la division fonctionnelle du travail de la division sociale du travail, c'est-à-dire si la masse des producteurs (en premier lieu ceux qui risquent d'être les plus exploités, à savoir les travailleurs manuels) sont placés dans des conditions qui leur permettent d'exercer réellement le pouvoir politique et social sur toute couche "fonctionnellement" privilégiée. La réduction radicale de la journée de travail et la démocratie soviétique la plus large sont les deux conditions clé pour atteindre ce but. Les conditions actuelles qui rendent particulièrement difficile la tâche de maintenir et de faire progresser la démocratie prolétarienne, seront évidemment modifiées de manière qualitative si (ou quand) un des développements suivants se produit : 1 - Une révolution socialiste dans l'un ou plusieurs des pays capitalistes industriellement les plus avancés. Pareille révolution donnerait par elle-même une impulsion énorme à la lutte pour les droits démocratiques à travers le monde, et ouvrirait immédiatement la possibilité d'accroître la productivité sur une échelle immense, éliminant les pénuries qui sont la base fondamentale de la consolidation du bureaucratisme parasitaire, comme expliqué plus haut. 2 - Une révolution politique dans les Etats ouvriers bureaucratiquement déformés ou dégénérés, surtout l'Union soviétique ou la République populaire de Chine. Cela entraînerait de même une montée de démocratie prolétarienne avec des répercussions internationales colossales, tout en mettant fin à l'existence de la caste bureaucratique et à sa conception de construire "le socialisme dans un seul pays" Une telle révolution politique rendrait possible une planification économique commune de tous les Etats ouvriers, assurant un saut en avant de la productivité qui aiderait à éliminer la base économique du bureaucratisme parasitaire même avant que les révolutions socialistes se produisent dans les pays capitalistes industriellement avancés. Finalement, il est vrai qu'il n'y a pas de corrélation ni de simultanéité automatiques entre l'abolition du pouvoir d'Etat bourgeois et de la propriété privée des moyens de production d'une part, et la disparition des privilèges dans le domaine de la richesse privée, de l'héritage culturel et de l'influence idéologique d'autre part, sans parler de la disparition de tous les éléments de production marchande. Longtemps après que le pouvoir d'Etat bourgeois aura été renversé et la propriété capitaliste abolie, des restes de petite production marchande et la survivance d'éléments d'économie monétaire continueront à créer le cadre dans lequel l'accumulation primitive du capital pourrait redémarrer, surtout si le niveau donné de développement des forces productives est encore insuffisant pour garantir et une apparition et une consolidation automatique de rapports de production réellement socialistes. De même, long-

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temps après que la bourgeoisie aura perdu ses positions en tant que classe dominante politique et économique, l'influence d'idéologies, de mœurs, d'habitudes, de valeurs culturelles bourgeoisies et petites-bourgeoises se maintiendra dans des sphères relativement larges de la vie sociale et dans des couches larges de la société. Mais il est complètement faux de tirer de ce fait incontestable (qui, soit dit en passant, constitue une des raisons principales pour lesquelles le pouvoir d'Etat dans les mains du prolétariat est indispensable en vue d'éviter que ces "flots d'influence bourgeoise" ne se transforment en bases de restauration du capitalisme) la conclusion que la répression administrative de l'idéologie bourgeoise est une condition nécessaire pour la construction d'une société socialiste. L'expérience historique confirme au contraire l'inefficacité totale de luttes administratives contre les idéologies réactionnaires bourgeoises et petites-bourgeoises. En fait, de telles méthodes finissent même par renforcer l'emprise à long terme de ces idéologies. Elles désarment idéologiquement la grande masse du prolétariat devant ces mêmes idéologies, par suite d'un manque d'expérience de débats politiques et idéologiques réels et d'un manque de crédibilité de "doctrines d'Etat" officielles. Le seul moyen efficace d'éliminer l'influence de ces idéologies sur la masse des travailleurs réside dans : (a) la création de conditions objectives dans lesquelles ces idéologies perdent les racines matérielles de leur reproduction; (b) la conduite d'une lutte sans répit contre ces idéologues sur le terrain de l'idéologie elle-même. Mais une telle lutte ne peut réussir pleinement que dans des conditions de débat et de confrontation ouverts, c'est-à-dire de liberté pour les défenseurs d'idéologies réactionnaires de défendre leurs idées, de pluralisme idéologique-culturel. Seuls ceux qui n'ont ni confiance dans la supériorité des idées marxistes et matérialistes, ni confiance dans le prolétariat et dans les masses laborieuses, peuvent craindre la confrontation idéologique ouverte avec les idéologies bourgeoises et petites bourgeoises sous la dictature du prolétariat. Lorsque la classe bourgeoise est désarmée et expropriée, lorsque ses membres ont accès aux mass media, seulement en rapport avec leur nombre et non leur fortune, il n'y a pas de raison de craindre une confrontation constante, libre et franche entre leurs idées et les nôtres. Cette confrontation constitue le seul moyen par lequel la classe ouvrière peut s'éduquer idéologiquement, et peut se libérer avec succès de l'influence des idées bourgeoises et petites-bourgeoises. Toute situation de fait de monopole accordée au marxisme (sans parler d'une version ou d'une interprétation particulière du marxisme) dans le domaine idéologique-culturel, par des moyens d'Etat administratifs et répressifs, ne peut conduire qu'à la dégradation du marxisme lui-même d'une science critique à une forme de doctrine d'Etat ou de religion d'Etat, avec un pouvoir d'attraction constamment réduit sur les masses laborieuses et surtout sur la jeunesse. Cela est apparent aujourd'hui en Union soviétique, où la position de monopole accordé au "marxisme officiel" masque la pauvreté réelle de la pensée marxiste créatrice dans tous les domaines. Le marxisme, qui est une pensée critique par excellence, ne peut fleurir que dans une atmosphère de liberté de discussion pleine et entière, de confrontation constante avec d'autres courants de pensée, c'est-à-dire dans une atmosphère de pluralisme idéologique et culturel plein et entier. "Le parti a besoin de la science socialiste, et celle-ci ne peut vivre sans liberté de mouvement" (Engels : Lettre à Bebel du 1-2 mai 1891, MEW vol.38 p. 94). L'autodéfense de l'Etat ouvrier Tout Etat ouvrier doit évidemment se défendre. contre les tentatives de le renverser et les violations ouvertes de ses lois fondamentales. Dans une démocratie prolétarienne, la Constitution et le Code pénal interdiront l'appropriation privée des moyens de production et la location privée de la force de travail de la même façon que, sous le règne de la bourgeoisie, la Constitution et le Code pénal interdisent des empiétements privés sur le droit de la propriété privée. De même, aussi longtemps que nous ne sommes pas encore dans une société sans classes, aussi longtemps que le pouvoir d'Etat prolétarien survit et que la restauration du capitalisme reste possible, la Constitution et le Code pénal de la dictature du prolétariat empêcheront et puniront les actes d'insurrection armée, les tentatives de renverser le pouvoir de la classe ouvrière par la violence, les attentats terroristes contre des représentants du pouvoir des travailleurs, les actes de sabotage, d'espionnage au service de puissances capitalistes étrangères, etc. Mais seulement les actes prouvés de ce genre devraient être punis, et non la propagande générale explicitement ou implicitement favorable à la restauration du capitalisme. Cela signifie que la liberté d'organisation politique devrait être accordée à tous ceux, y compris des éléments pro-bourgeois, qui, dans les faits, respectent la Constitution de l'Etat ouvrier, c'est-à-dire qui ne sont pas engagés dans des actions violentes de renversement du pouvoir des travailleurs et de la propriété collective des moyens de production. Il n'y a pas de raisons pour que les travailleurs considèrent comme un danger mortel la propagande qui les "incite" à rendre les usines et les banques aux propriétaires privés. Il y a peu de risques que dans leur majorité, ils soient "persuadés" par une propagande de ce type-là. Dans les pays impérialistes, les Etats ouvriers bureaucratisés et dans un nombre croissant de pays semi-coloniaux, la classe ouvrière est suffisamment forte pour ne pas devoir réintroduire dans le code pénal ou dans la pratique quotidienne de l'Etat ouvrier le "délit d'opinion". Voilà ce qui constitue notre norme programmatique et de principe : liberté politique illimitée pour tous les individus, groupes, tendances et partis qui, dans les faits, respectent la propriété collective et la constitution de l'Etat ouvrier. Cela ne signifie pas que ces normes puissent être pleinement appliquées sans égard pour les conditions concrètes. Dans le processus de constitution et de consolidation de la dictature du prolétariat, des guerres civiles ou des interventions militaires internationales ont été et peuvent être déclenchées par la bourgeoisie. Dans des conditions de guerre civile ou d'intervention militaire étrangère, c'est-à-dire de tentatives des anciennes classes dominantes de renverser par la violence le pouvoir des travail-

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leurs, les règles de guerre s'appliquent, et des restrictions de l'activité politique de la bourgeoisie pourraient être appliquées. Aucune classe sociale et aucun Etat n'ont jamais accordé pleine jouissance de droits politiques à ceux qui étaient engagés dans des actions violentes pour les renverser. La dictature du prolétariat ne pourra pas agir autrement à ce propos. Mais ce qui est important, c'est d'établir une distinction nette entre des activités provoquantla violence contre le pouvoir des travailleurs, et des activités politiques, des positions idéologiques ou des déclarations programmatiques qui peuvent être interprêtées comme étant favorables à la restauration du capitalisme. Contre la terreur, l'Etat prolétarien se défend par la répression. Contre des propositions politiques ou des idées réactionnaires, il se défend par la lutte politique et idéologique. Ce n'est pas une question de "moralité" ou d'adopter des positions "molles". C'est essentiellement une question d'efficacité pratique à long terme. L'expérience désastreuse du stalinisme, qui a abusé systématiquement d'accusations calomniatrices de "collusion avec l'impérialisme" , "'espionnage au service de puissances étrangères" agitation "antisoviétique" ou "antisocialiste", afin de supprimer toute forme de critique politique, d'opposition ou simplement de non-conformisme dans les pays sous le règne d'une bureaucratie parasitaire, et qui a organisé une répression massive barbare sous ce prétexte, a créé une méfiance profonde (et fondamentalement saine) à l'égard de l'abus d'institutions pénales, juridiques ou policières à des fins de répression politique. Il est donc nécessaire d'insister sur le fait que l'emploi de moyens d'autodéfense répressifs de la part du prolétariat et de son Etat contre des tentatives de renverser le pouvoir des travailleurs par la violence, doit être strictement circonscrit à des crimes et actes prouvés, soit strictement séparé du domaine des activités idéologiques, politiques et culturelles. Cela signifie en outre que la IVème Internationale se prononce pour la défense et l'extension des conquêtes les plus progressistes des révolutions démocratiques bourgeoises dans le domaine du code pénal et de la justice, et lutte pour leur incorporation dans la constitution et le code pénal socialistes. Cela concerne des droits comme : (a) La nécessité de la loi écrite et le non-recours au concept de délinquance rétroactive. L'accusation doit apporter la preuve du délit; l'accusé est censé être innocent jusqu'à ce que cette preuve soit apportée. (b) Les droits pleins et entiers de tous les individus pour déterminer leur propre défense. Immunité pleine et entière des avocats pour toute déclaration ou type de défense suivie au cours d'un procès. (c) Le rejet de tout concept de responsabilité collective de groupes sociaux, de familles, etc. (d) L'interdiction stricte de toute forme de torture ou d'extorsion de confessions au moyen de pressions physiques ou psychologiques. (e) L'extension et la généralisation des procès publics devant jurys.

(f) L'élection démocratique de tous les juges, avec droit de révocation de tous les élus au gré des électeurs. A nouveau, la garantie fondamentale contre tout abus de répression de la part de l'Etat réside dans la participation la plus large des masses laborieuses dans l'activité politique, la démocratie socialiste la plus large et l'abolition de tout monopole d'accès aux armes pour des minorités privilégiées, c'est-à-dire dans l'armement général du prolétariat (milice ouvrière). En outre, si des conditions de guerre civile rendent inévitables certaines restrictions de droits démocratiques, la nature fondamentale et les limites de telles restrictions doivent être clairement comprises. Il est nécessaire d'expliquer clairement et franchement devant toute la classe ouvrière que de telles restrictions sont des déviations des normes programmatiques qui correspondent aux intérêts historiques du prolétariat, qu'elles sont l'exception et non la règle. Cela signifie qu'elles devraient être limitées au maximum, tant quant à leur ampleur que quant à leur durée, et révoquées le plus rapidement possible. Cela signifie aussi que les travailleurs devraient être spécialement alertés sur la nécessité d'empêcher que ces restrictions ne soient institutionnalisées et élevées au niveau de principe. Il est également nécessaire d'insister sur la responsabilité politique et matérielle directe de la contre-révolution bourgeoise pour toute restriction de démocratie socialiste sous des conditions de guerre. Cela signifie qu'il faut indiquer clairement à lá société dans son ensemble, et aux restes des anciennes classes dominantes elles-mêmes, que la manière dont elles seront traitées dépend essentiellement d'elles, c'est-à-dire de leur comportement pratique. La survie temporaire d'Etats impérialistes puissants et de classes bourgeoises riches dans le monde entraîne une situation plus ou moins permanente de confrontation potentielle de classe à l'échelle mondiale, et donc une situation de guerre civile plus ou moins potentielle. Mais la nécessité évidente de l'Etat ouvrier de se protéger contre la menace d'intervention impérialiste étrangère n'implique pas du tout l'identification d'une guerre civile potentielle avec une guerre civile réelle, identification que les staliniens de tout poil ont utilisée continuellement pour justifier l'étranglement de la démocratie ouvrière dans les pays sous la domination d'une bureaucratie parasitaire. En outre, l'établissement d'un régime de parti unique monolithique dans un Etat ouvrier n'accroît pas sa capacité d'autodéfense contre l'agression impérialiste. C'est même le contraire qui est vrai. L'existence d'un régime de démocratie socialiste rendrait plus difficile toute agression militaire impérialiste sous le prétexte de la "défense des libertés". Un niveau élevé de compréhension et de conviction politiques de la part des masses laborieuses; un niveau élevé d'activité, de mobilisation et de vigilance politiques de leur part; une éducation et une activité internationalistes du prolétariat, contribuent à transformer un Etat ouvrier en un pôle d'attraction puissant pour la classe ouvrière internationale. Tout Etat

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ouvrier doit évidemment développer un système moderne militaire et d'information de défense contre les Etats bourgeois qui lui sont hostiles. Mais l'appui de la classe ouvrière internationale est mille fois plus efficace du point de vue de sa défense qu'une police secrète puissante constamment à la recherche d'''infiltrations internationales" et d' "espions" . A la longue, des méthodes policières affaiblissent la capacité d'autodéfense du prolétariat victorieux contre des ennemis étrangers. Finalement, il faut insister sur le fait que le problème principal qui se pose aujourd'hui en URSS, en RPC et dans les Etats ouvriers d'Europe orientale, n'est pas le danger de restauration capitaliste dans des conditions de guerre ou de guerre civile. Le problème principal avec lequel la classe ouvrière de ces pays est confrontée c'est le contrôle dictatorial de la vie économique et sociale par une caste bureaucratique privilégiée. Dans les conditions présentes, il est donc d'autant plus important de placer l'accent principal sur la défense des droits démocratiques de tous contre les restrictions imposées par la bureaucratie. Un aspect fondamental du programme de la révolution socialiste Le bilan de cinquante années de pouvoir de la bureaucratie, commençant avec la montée du régime stalinien en URSS, et de vingt-cinq années de crise mondiale du stalinisme, peut être résumé de la manière suivante : (a) Malgré toutes les différences spécifiques entre les différents Etats ouvriers européens et asiatiques, et tous les changements qui s'y sont produits; tous continuent à être caractérisés par l'absence d'un pouvoir direct des travailleurs, c'est-à-dire de conseils de travailleurs ou de travailleurs et de paysans exerçant directement le pouvoir d'Etat, institutionnalisé et constitutionnellement garanti. Partout subsiste de fait un système de parti unique, expression du monopole complet de l'exercice du pouvoir réel, dans toutes les sphères de la vie sociale, de bureaucraties privilégiées. L'absence du droit de constituer des tendances au sein du parti unique, la négation du centralisme démocratique réel dans le sens léniniste du mot, complètent l'existence de ce monopole dans l'exercice du pouvoir d'Etat. La nature parasitaire des bureaucraties matériellement privilégiées implique en outre qu'à des degrés divers, d'énormes obstacles additionnels sont ainsi placés sur la voie vers la révolution socialiste mondiale et la construction du socialisme. La transition du capitalisme vers le socialisme s'embourbe, la créativité est étranglée et une masse énorme de richesse sociale est mal utilisée et gaspillée. (b) Malgré de nombreuses critiques partielles du système politique et économique existant en URSS et dans les autres Etats ouvriers bureaucratisés par les divers courants idéologiques qui se sont développés depuis la crise d'après-guerre du stalinisme (titisme, maoîsme, castrisme, "eurocommunisme" et centrisme de gauche du type italien, espagnol et ouest-allemand, etc.), aucun de ces courants n'a avancé une solution de rechange fondamentalement différente du modèle stalinien en URSS. Face à la structure de pouvoir bureaucratique, aucun d'eux n'offre une solution de rechange cohérente de pouvoir direct exercé par la classe ouvrière. Aucune compréhension du problème du stalinisme n'est possible sans une analyse marxiste de la bureaucratie en tant que phénomène social spécifique. Aucune solution de rechange par rapport au pouvoir de la bureaucratie (ou de la restauration du capitalisme) n'est possible sans l'institutionnalisation du pouvoir direct du proléta -riat à travers des conseils de travailleurs (ou des conseils d'ouvriers et paysans) démocratiquement élus, avec un système pluri-partis et des droits démocratiques pleins et entiers garantis à tous les travailleurs, sur la base d'une autogestion planifiée et démocratiquement centralisée de l'économie par les producteurs associés. Le courant dit "eurocommuniste" , tout en accentuant sa critique des dogmes et pratiques de la bureaucratie en URSS et en Europe orientale, et en élargissant sa polémique avec le Kremlin, propose tout au plus une réforme des pires excès du régime stalinien plutôt qu'un changement révolutionnaire. Les partis "eurocommunistes" n'ont pas coupé le cordon ombilical qui les relie à la bureaucratie soviétique, et continuent à offrir des justifications et des apologies "objectivistes" pour les crimes passés de la bureaucratie et les formes présentes du pouvoir bureaucratique. En plus, dans les pays impérialistes, leur ligne générale de collaboration de classe et de maintien de l'ordre bourgeois, même en présence de fortes explosions de lutte de masse, limite nécessairement leur prétention de respecter la démocratie au sein du mouvement ouvrier, surtout au sein de leur propre parti. Dans leurs critiques, ils ont systématiquement effacé les différences entra la démocratie bourgeoise et la démocratie ouvrière et, sous le couvert de combattre le régime du parti unique en URSS, ils défendent en réalité le concept que la seule politique de rechange par rapport au pouvoir de la bureaucratie à travers un parti unique, ce sont les institutions parlementaires bourgeoises et le refus de remettre en question l'Etat bourgeois. Dans ce sens, ils réintroduisent dans le mouvement ouvrier les thèses générales de la social-démocratie classique concernant la transition "pacifique" et "graduelle" vers le socialisme. A la lumière de tous ces échecs, le programme de la IVème Internationale sur la dictature du prolétariat, le pouvoir direct des travailleurs, exercé à travers des conseils des travailleurs élus, et la pluralité de partis soviétiques, émerge comme la seule solution de rechange cohérente et sérieuse par rapport aux deux révisions fondamentales du marxisme qu'incarnent le réformisme social-démocrate et la codification stalinienne du pouvoir monopoliste d'une caste bureaucratique usurpatrice. Ce programme qui, dans ses lignes principales, prolonge la continuité de la tradition des écrits de Marx et d'Engels sur la Commune de Paris à travers L'Etat et_la Révolution de Lénine, les documents des premiers congrès de l'Internationale communiste sur la dictature du prolétariat, a été enrichi à la lumière des expériences postérieures des révolutions prolétariennes et de la dégénérescence ou de la déformation bureaucratiques d'Etats ouvriers, d'abord par Trotski dans La Révolution trahie et dans les documents de fondation de la IVème Internationale, ensuite par des réunions internationales successives de la IVème Internationale après la Seconde Guerre mondiale. Le document actuel résume les conceptions présentes des marxistes-révolutionnaires sur cet aspect fondamental du programme de la révolution socialiste.

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