Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ITALIE

Deux référendums contre l'avortement

· Inprecor n° 101, 13 mai 1981 · p. 26-27, 27-29 · 2 916 mots

Femmes Italie Syndicalisme

ITALIE Lon emetent en pause les ar sur de la tat 194 sus E 17 mai prochain, les électrices et électeurs italiens qui remettent en cause les acquis de la Loi 194 sur l'inAnna LIBERA

Ces référendums représentent une attaque contre un droit élémentaire des femmes, mais ils se situent dans le cadre d'un plan d'attaque plus général de la bourgeoisie et des patrons italiens contre les acquis des luttes ouvrières et de masse de ces douze dernières années. Le premier volet de cette attaque concerne l'emploi ; on en a vu la première phase avec le licenciement déguisé (avec la mise au chômage technique prolongée) de milliers de travailleurs de la FIAT. Dans ce cas-là, une fois de plus, les femmes sont les premières touchées, les premières renvoyées à la maison.

Le second volet de l'attaque patronale est la politique d'austérité qui affecte les dépenses publiques, plus particulièrement les dépenses sociales et de sanMarco Panella, du Parti radical italien. (DR)

Une attaque contre le droit des femmes, une attaque contre tous les travailleurs rallier à leur cause té. Là également, les femmes sont la cible privilégiée d'une attaque qui frappe les consultori (2), les crèches, le développement des équipements sanitaires pour pratiquer les interruptions de grossesse. Le lien n'est que trop évident entre les deux volets de cette attaque et la remise en cause du droit à l'avortement.

Mais l'offensive patronale vise beaucoup plus : on l'a vu ces dernières semaines avec les propositions de limitation du droit de grève et de remise en cause de l'échelle mobile. La bourgeoisie italienne n'est certes pas en condition de pratiquer une attaque frontale contre le mouvement ouvrier et c'est pourquoi elle lance des ballons d'essai, fait des tests sur des questions où elle estime un succès possible, soit parce que les organisations ouvrières se sont montrées « sensibles » à ses arguments (échelle mobile), soit parce

,terruption de grossesse (voir encadré), adoptée en juin 1978 après de vastes mobilisations des femmes qui avaient réussi à les grandes organisations ouvrières. qu'elle s'attaque à un « maillon faible » (les femmes dans le cas de l'avortement). Ainsi, une victoire des référendums anti-avortement le 17 mai ne représenterait pas seulement une grave défaite pour les femmes, mais serait un signal indiquant à 1. On votera en fait sur 6 référendums le 17 mai en Italie : les deux référendums sur l'avortement, un référendum sur le port d'armes, un référendum sur la prison à perpétuité. un référendum sur les tribunaux militaires et un référendum sur la loi anti-terroristes. La procédure référendaire est une procédure abrogationniste (le référendum doit proposer l'abrogation d'une loi existante): les initiateurs doivent recueillir 500 000 signatures de citoyens pour pouvoir présenter leur référendum. 2. Les consultori sont des structures paramédicales existant au niveau des quartiers et développant des activités comparables à celles du Planning familial en France, à la différence près qu'ils sont financés par l'Etat. Arnaldo Forlani, de la Démocratie chrétienne. (DR)

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la bourgeoisie qu'elle peut passer à l'offensive sur d'autres fronts.

L'EGLISE CATHOLIQUE

EN PREMIERE LIGNE Telle est la réalité et tel est l'enjeu de la bataille autour des référendums. Ils ne doivent pas être masqués par le fait que, cette fois-ci, c'est l'Eglise catholique en tant que telle qui est à la pointe du combat, alors que la Démocratie chrétienne (DC) a pu manifester quelqu'embarras face à un affrontement qui la met en difficulté avec ses alliés politiques du mo-

L'Eglise est bien l'acteur principal de l'attaque et on ne saurait mettre sur le même pied le référendum du Mouvement pour la vie et celui du Parti radical, tant pour leur contenu que pour les forces sociales qui les soutiennent.

Le référendum du Mouvement pour la vie (voir encadré sur le référendum du Mouvement pour la vie) demande l'abrogation de toutes les dispositions de la loi permettent l'avortement et limite strictement la possibilité de l'interruption de grossesse au cas où la vie de la mère serait en danger. Il entend ainsi revenir à la situation qui prévalait avant l'adoption de

Au départ, la hiérarchie de l'Eglise catholique ne s'est pas engouffrée dans cette bataille. Au lendemain de l'adoption de la Loi 194, la Conférence épiscopale italienne (CEI) était divisée sur la marche à suivre. Certains évêques (Benelli, Siri) étaient favorables à un recours immédiat au référendum abrogationniste. Ce secteur, motivé par les intérêts propres à l'Eglise, craignait que l'entrée en vigueur de la loi (à laquelle une majorité de catholiques se dit favorable) ne sape encore plus sa crédibilité et entendait donc profiter du reflux relatif de la radicalisation pour tenter de regagner le terrain perdu.

Mais la majorité des évêques, fraction de la hiérarchie la plus liée à la Démocratie chrétienne qui ne voulait pas d'un tel affrontement au moment où elle construisait péniblement une alliance gouvernementale avec le Parti socialiste italien (PSI) - qui est favorable à l'avortement -, refusait de s'engager directement

La CEI laissait cependant une porte ouverte en se déclarant disposée à appuyer des initiatives prises par d'autres.

Dans un premier temps, le Mouvement pour la vie a eu énormément de difficultés dans la collecte des 500 000 signatures nécessaires. A la mi-septembre de l'année passée, il n'en avait rassemblé que 100 000. La hiérarchie catholique, le pape Jean-Paul Il en tête, a alors compris qu'un échec du Mouvement pour la vie retomberait sur tout le front anti-avortement, en premier lieu sur l'Eglise.

Dans un discours fin septembre, le pape enjoignait à toutes ses ouailles, et avant tout aux organisations catholiques, d'entrer en lice. En quelques jours, l'appareil de l'Eglise a su pallier les carences du Mouvement pour la vie, en rassem-

Le Loi 194 sur l'interruption de grossesse

(Ne sont cités in extenso que les articles concernés par les référendums,

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blant les signatures nécessaires. A partir de ce moment, toutes les structures capillaires de l'Eglise se sont mobilisées : 60 000 prêtres, 150 000 religieuses, un million de laïes adhérant à des organisations catholiques, 30000 paroisses, Famiglia cristiana, l'organe de presse le plus vendu en Italie, la première chaîne de télévision, c'est ce redoutable instrument de propagande qui est mis à la disposition d'une bataille que la Démocratie chrétienne n'estime pas pouvoir actuellement me. ner à la première personne.

Les motivations du Parti radical (PR) - qui, rappelons-le, avait été un des pionniers de la lutte pour la libéralisation de l'avortement - sont tout à fait diffé. rentes, même s'il propose, en partie, l'abolition des mêmes articles de la loi que le Mouvement pour la vie. Mais, sous pretexte d'abolir toutes les restrictions mises au droit d'avorter, son référendum

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aggrave en pratique la situation des fem- qui énonce les différents cas où l'avortemes. Il est facile de le montrer. Le réfé- ment est autorisé. Or, ce n'est pas cet arrendum radical (voir encadré) demande ticle - qui permet pratiquement à toutes l'abrogation de l'article 4 de la Loi 194 les femmes qui le demandent d'avorter —

Tant l'importance de l'enjeu que la situation politique dans laquelle cet affrontement se situe en font une bataille politique centrale. Mais c'est précisément pour cette raison que les différents partis politiques, trop soucieux de maintenir de fragiles équilibres, sont réticents à se lan-

La Démocratie chrétienne est isolée, avec le seul Mouvement social italien (MSI), alors que ses alliés laïcs au gouvernement - et en premier lieu le PSI - sont favorables à la Loi 194, et se retrouvent ainsi dans un front anti-abrogationniste avec le Parti communiste italien (PCI). II est aisé de voir les difficultés que cela crée pour la DC, en accentuant les divisions internes qui se sont fait jour sur la question des alliances gouvernementales (certains secteurs relançant l'idée d'un accord avec le PCI). Mais il ne faut pas se faire d'illusions : si la DC ne se lance pas à fond dans la bataille, elle sait pourtant qu'elle peut compter sur tout l'appareil de l'Eglise pour faire le travail à sa place.

UNE BATAILLE POLITIQUE A NE PAS MANQUER

Les alliés gouvernementaux de la DC qui sont favorables à l'avortement se trouvent également dans une situation difficile. S'ils veulent défendre la Loi 194, ils sont également pour l'austérité et contre un affrontement avec l'Eglise et la Démocratie chrétienne. La situation est particulièrement pesante dont certains secteurs sont très sensibles au discours du PCI sur « l'alternative démocratique » et qui, en tout cas, ne comprendraient pas que leur parti ne se mobilise pas massivement pour défendre la Loi

La situation est quelque peu différente pour le Parti communiste italien. La campagne contre les deux référendums lui permet de sortir de l'isolement dans lequel il se trouvait depuis quelques mois et de dessiner « l'alternative démocratique » qu'il propose pour remplacer le gouvernement Forlani. Il est clair également qu'un échec le 17 mai serait beaucoup plus grave pour lui que pour les autres partis, parce qu'il serait ressenti comme tel par tous qui limite l'application de la loi, mais l'article sur l'objection de conscience à propos duquel le référendum ne dit rien. Parallèlement, le Parti radical demande la suppression de l'article 8, qui stipule que les avortements doivent être pratiqués dans les structures sanitaires publiques (ce qui signifie non seulement que les femmes sont obligées de s'adresser à un hôpital public, mais également que les structures sanitaires publiques sont obligées de répondre à la demande de la femme).

Ainsi, avec le référendum radical, on arriverait à une situation où les médecins pratiqueraient massivement l'objection de conscience dans les hôpitaux publics pour pouvoir mieux effectuer des avortements à prix d'or dans les cliniques privées : les avortements dans les cliniques privées pour celles qui peuvent payer, le recours aux faiseuses d'anges sans aucune condition de sécurité médicale pour celles qui ne peuvent pas payer. Le référendum « droit », sans rien dire sur les conditions de son application : ainsi chacune l'appliquera non pas « comme elle veut » mais comme elle peut, et c'est une fois de plus le frie qui fera la loi.

Le résultat est similaire pour les mineures : en demandant l'abrogation l'article 12 concernant les femmes moins de 18 ans, le référendum renvoie celles-ci à la législation ordinaire qui exige l'autorisation parentale pour toute intervention médicale.

Le sens du référendum du Parti radical n'a trompé personne. Il a d'ailleurs été mis on ne peut mieux en évidence par le dirigeant radical Panella qui déclarait, il y a peu, que si on ne voulait pas voter pour le référendum radical il fallait au moins voter pour celui du Mouvement pour la vie qui abolirait toute législation sur l'avortement! Il n'est dès lors pas étonnant qu'aucune des forces favorables à l'avortement ne se soit prononcée pour ce référendum. les secteurs de masse qui le suivent et ne manquerait pas de susciter de vifs débats en son sein. Le PCI doit donc faire le maximum pour empêcher la victoire des référendums tout en évitant une radicalisation de l'affrontement avec la DC que le développement d'un mouvement de masse contre les référendums ne manquerait pas de stimuler. Il mobilise donc tout l'appareil électoral du parti mais ne propose aucun cadre de mobilisation de masse aux femmes (même pas son organisation de femmes, l'UDI). Il le fait d'autant moins qu'il a pu constater que le moindre appel à se mobiliser trouvait un large écho, ainsi que l'ont montré les manifestations du 8 mars dernier.

Le PCI a ainsi « Comité des partis pour la défense de la Loi 194 » qu'il conçoit comme une opération de sommet ; il n'envisage en aucun cas de le développer avec des comités de base dans les entreprises, les quartiers et les localités.

Cette politique du Parti communis-

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te est largement facilitée par la crise que traverse depuis plusieurs années le mouvement des femmes, crise qui le paralyse totalement, et qui risque de le rendre absent de cette bataille.

Le mouvement des femmes est entré en crise, paradoxalement, au moment où il remportait des succès significatifs, comme la Loi sur l'avortement et la Loi sur l'égalité des droits des femmes dans le travail. Cette crise est le résultat des difficultés qu'ont connues beaucoup de mouvements de masse en l'absence d'une direction capable de proposer des solutions d'ensemble. Elle a été aggravée dans ce cas par le caractère spécifique de nombreuses revendications féministes, difficilement traduisibles en termes politiques. On a ainsi une situation de pulvérisation totale du mouvement en petits cercles isolés les uns des autres, parfois à un niveau totalement individuel où les femmes se limitent à « vivre leur féminisme » individuellement, aux syndicats le soin de régler les questions qui exigent des solutions politiques.

Situation illusoire et surtout dangereuse : l'histoire récente a montré que les conquêtes des femmes ont été le fruit de leur mobilisation et qu'elles ne pourront être défendues que par cette mobilisation. Cette passivité du mouvement laisse les mains libres à des partis qui n'ont défendu les droits des femmes que contraints et forcés par les femmes elles-mêmes et qui, si on les laisse faire, ne les défendront que s'ils le jugent opportun pour leurs propres batailles politiques.

L'UDI, l'organisation de femmes liée au PCI, connaît elle aussi de grandes difficultés. Cette organisation qui a été indubitablement l'un des instruments qui ont permis au féminisme de pénétrer dans les organisations ouvrières en Italie, a été tellement réceptive aux thèmes du mouvement des femmes qu'elle connaît aujourd'hui les mêmes contradictions qui en limitent fortement l'action.

Pourtant, l'absence d'un cadre d'organisation, de centralisation et de mobilisation des femmes ne signifie pas que celles-ci ne soient pas sensibilisées par la bataille en cours. A côté d'une réalité féministe pulvérisée — mais réelle —, on assiste à la mobilisation de nouveaux secteurs de femmes : les jeunes d'abord, actives dans le cadre syndical. Elles ne se reconnaissent pas dans le mouvement des femmes tel qu'il existait, mais elles sont prêtes à se mobiliser pour défendre les droits et les acquis des femmes.

Lors du 8 mars, ces femmes se sont mobilisées massivement : plus de 40 000 à Rome, des dizaines de milliers dans le reste de l'Italie, y compris dans les régions frappées par le tremblement de terre. Ces femmes ont commencé à se mobiliser également ces dernières semaines contre les deux référendums, en particulier sur les lieux de travail, faisant adopter des motions syndicales ou créant des « comités locaux » des partis défendant la Loi 194.

Les conditions existent pour développer un large mouvement de masse pour défendre les acquis de la Loi 194 sur l'avortement. La LCR, section italienne

PERTES

• ALLA GESTIONE

AILLE de la IVe Internationale, a fait de cette campagne une priorité pour toute l'organisation dans la période actuelle, consciente de l'importance de l'enjeu : défendre un droit élémentaire des femmes, relancer la mobilisation de masse des femmes, battre en brèche l'offensive de la bourgeoisie sur ce terrain pour améliorer les conditions de lutte sur les autres terrains.

Les marxistes révolutionnaires italiens mettent en avant la nécessité de défendre la Loi 194 pour l'améliorer. En effet, la bataille pour l'amélioration de la loi est une condition même de la mobilisation pour la défense de ses points positifs. Ainsi pour combattre les effets nocifs pour les femmes de l'objection conscience, il faut exercer un contrôle, avec les syndicats, sur les objecteurs en les plaçant dans les services hospitaliers qui ne sont pas concernés par l'avortement. De même, la seule bataille pour l'extension du droit d'avorter aux mineures peut permettre de mobiliser massivement les jeunes lycéennes et étudiantes qui, sinon, ne seraient guère concernées par la bataille en cours. Enfin, si la condition de la victoire est la mobilisation massive des femmes, cette bataille peut être l'instrument d'une relance d'un mouvement fémine », numéro 77, du 15 mai 1980.

du 26 juin 1980.

méro 82-83, du 31 juillet 1980.

du 30 octobre 1980.

1981.

DCCUPAZIOY

USI-RE

- CONSULTORI-N

ZiONE SFONDIA

IERE

DELI

Manifestation de femmes à Bologne. (DR)

niste centralisé que les luttes en cours et à venir rendent plus que jamais nécessaire.

La lutte contre les référendums met on ne peut mieux en lumière la situation absurde que les travailleuses et travailleurs italiens sont contraints de supporter : un gouvernement faible, mis en minorité au

Parlement ces derniers mois, et qui peut se permettre de lancer les attaques les plus dures contre les conquêtes des travailleurs, à savoir l'emploi, le droit de grève, l'échelle mobile et l'avortement.

Ce gouvernement peut se permettre de le faire parce que les organisations ouvrières lui laissent les mains libres, quand elles ne lui prêtent pas directement main forte : ainsi le PSI, qui participe à ce gouvernement, est le principal complice des attaques anti-ouvrières. Quant au PCI, qui répète aux quatre vents qu'il faut « un autre gouvernement », il n'entreprend rien pour faire tomber celui-ci. La bataille contre les deux référendums en est pourtant une bonne occasion : pour défendre le droit à l'avortement, pour défendre les des travailleurs, il faut battre le gouvernement qui les attaque.

Anna LIBERA

22 avril 1981.

«Inprecor » a publié...

Anna Libera, « Eurocommunisme : le voyage d'Enrico Berlinguer en Chi-

Livio Maitan, « Italie : tout est résolu, sauf les problèmes », numéro 80,

Franco Turigliatto, « Après les élections, la relance de l'austérité », nu-

A. Duret, « FIAT : les travailleurs contre les licenciements », numéro 85,

A. Duret, « FIAT, un premier point pour le patronat », numéro 87-88,

Elettra Deina, « Les tournants du Parti communiste italien », du 2 janvier

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