Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ETATS-UNIS

Le procès du SWP, un défi aux manœuvres policières US

· Inprecor n° 101, 13 mai 1981 · p. 3-7 · 5 114 mots

IVe Internationale Syndicalisme Cuba

Le procès du Socialist Workers Party (SWP), un défi aux manoeuvres policières US

IMPORTANT procès intenté par le Socialist Workers

Party (SWP - Parti socialiste ouvrier) et la Young Socia-

• list Alliance (YSA — Alliance des jeunes socialistes)

contre les opérations d'espionnage du gouvernement américain dirigées contre ces deux organisations, s'est ouvert le 2 avril

1981 à New York. La CIA et le FBI, ainsi que d'autres agences gouvernementales, sont poursuivies pour leurs activités illé-

Janice LYNN

Lors d'une conférence de presse qui s'est déroulée, lors de l'ouverture du procés, dans l'enceinte du palais de justice, le secrétaire national du SWP, Jack Barnes, a déclaré : « Dans ce procès, ce ne sont pas seulement nos propres droits que nous défendons, mais les droits de tous les travailleurs — des mineurs contre leurs patrons, du peuple salvadorien qui lutte pour le droit de gérer ses affaires comme il l'entend, et pour les Américains qui ne veulent pas d'un autre Vietnam. »

Les socialistes demandent au juge de reconnaître formellement que leurs idées politiques, leurs activités militantes et les objectifs qui en découlent, restent dans les limites de la Constitution

Etats-Unis. Le gouvernement américain prétend qu'il a le droit d'« enquêter légalement sur les individus ou les organisations, indépendamment de leur nature ».

Dans une déclaration préliminaire,

Margaret Winter, l'avocate du SWP, a accusé le gouvernement américain de

« complot tendant à faire taire les plaignants (le SWP et la YSA), interdire la diffusion de leurs idées et entraver leurs largaret Winter a énumere iverses méthodes illégales et perturbatri ces mises en œuvre par le gouvernement américain : indicateurs, surveillance électronique, interception du courrier, passage au peigne fin du contenu des poubelles et même vols par effraction. Il y a aussi l'établissement de listes noires, l'examen et la photocopie de correspondance privée, de documents, de dossiers, etc.

L'avocate a fait remarquer qu'une partie tout particulièrement néfaste complot gouvernemental visait à perturber et à limiter le développement du SWP et de la YSA en présentant les socialistes comme des « subversifs » et en les accusant faussement d'être des « terroristes ».

Les deux premiers témoins au procès ont été Farrel Dobbs, fondateur du

SWP et secrétaire national du parti jusqu'en 1972, et Jack Barnes, secrétaire national depuis 1972.

Dobbs et Barnes ont porté témoid'espionnage et de ainsi que l'arrêt des le SWP et la YSA. gnage de la nature, des objectifs et des activités du SWP. Ils ont également mis l'accent sur le travail international et les relations fraternelles du SWP avec la IVe Internationale et avec des partis révolutionnaires frères dans des pays tels que Grenade, le Nicaragua et Cuba. Jack Barnes et Farrel Dobbs ont expliqué la nécessité d'une collaboration internationale des travailleurs à l'échelle mondiale.

LUTTE INTERNATIONALE CONTRE LA POLICE POLITIQUE

Le procès intenté par le SWP et la YSA contre les services de renseignement du gouvernement américain s'inscrit dans le cadre de l'histoire politique du mouvement ouvrier international. Tout gouvernement capitaliste utilise ses services secrets contre la classe ouvrière pour s'efforcer de l'empêcher de s'organiser et de s'exprimer politiquement.

Cela a été vrai dès le début de l'émergence de la classe ouvrière sur la scène politique. En 1848, le tout jeune mouvement ouvrier allemand, dirigé par Karl Marx et Friedrich Engels, a dû mener la lutte contre les fausses accusations portées contre les dirigeants de la Ligue des communistes.

Le procès de Cologne de 1852 a révélé que nombre des méthodes actuelles des services secrets étaient déjà couramment employées dès cette époque : que ce soient les accusations de conspiration sur la seule base des idées politiques et des les faux témoignages produits par des indicateurs, et même la surveillance du courrier et les falsifications de la

Dans le dernier quart du XIXe siècle, le Parti social-démocrate allemand a dû lutter contre les lois anti-socialistes pour garantir sa légalité. Le Parti bolchevique, avec l'ensemble du mouvement ouvrier russe, a dû lutter contre la police tsariste

- qui comptait environ 40 000 indicateurs infiltrés dans les rangs

La lutte du SWP et de la YSA contre la police politique est partie prenante de la longue tradition de combat du

ETATS-UNIS gales contre les socialistes américains. La partie civile, dans cette action en justice commencée en juillet 1973, réclame 40 millions de dollars de dommages et intérêts pour les 40 années harcèlement menés par le gouvernement, activités illégales du gouvernement contre mouvement ouvrier américain ; elle est partie prenante du combat qu'ont mené les ouvriers américains pour gagner le droit de s'organiser syndicalement, de lutter pour leurs droits, de former leur propre parti politique.

Ainsi, il y a eu la campagne nationale contre l'exécution en 1886 des « martyrs de Haymarket », inculpés à la suite des actions d'un agent provocateur lors d'une manifestation ouvrière à Chicago ; la croisade des Industrials Workers of the World (IWW) pour arracher le droit d'expression ; la lutte contre l'arrestation, le procès et la détention au cours de la Première Guerre mondiale d'Eugène V. Debs, militant ouvrier anti-guerre ; et la lutte contre la chasse aux communistes et aux immigrants, comme les déportations de 1920 connues sous le nom de Raids Palmer.

La lutte contre les agissements de la police et des services secrets est également partie prenante de la lutte contre l'impérialisme américain. Avec l'entrée des Etats-Unis dans la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement américain a étendu les réseaux de ses services secrets. Les impérialistes américains, qui se préparaient à entrer en guerre, avaient besoin d'étouffer toute opposition intérieure ; ils se lancèrent donc dans une offensive antiouvrière.

L'objectif était de réduire au silence toute opposition à l'entrée en guerre, de canaliser vers les deux partis capitalistes, démocrate et républicain, tout mouvement allant dans le sens de la création d'un parti ouvrier, et d'essayer de faire accepter des sacrifices aux travailleurs au nom de l'effort de guerre. Les gouvernants américains élargirent alors les prérogatives du FBI et le lancèrent contre les

Tout cela a commencé en 1938, l'année même où était fondé le SWP.

A Minneapolis, dans le Minnesota, neurs) avait été le fer de lance de l'organisation ouvrière de tout le Nord-Est. Sa direction - qui comprenait des militants du SWP - refusa d'abandonner la lutte pour l'amélioration des conditions de travail,

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James Kutcher, militant et combattant du SWP, victime des administrations Roosevelt et Truman.

en dépit de l'imminence de l'entrée des un rôle Etats-Unis dans la guerre.

Le gouvernement s'employa à isoler et à réduire au silence de tels opposants et, en 1941, vingt-huit dirigeants des Teamsters de Minneapolis et du SWP devinrent les premières victimes d'une loi restreignant la liberté d'opinion, loi votée un an auparavant et qui porte le nom de Smith Act. Dix-huit d'entre eux furent condamnés et emprisonnés durant la période 1944-1945 simplement pour avoir fait connaître leurs idées. Au cours de la guerre, le SWP se fit remarquer par sa défense résolue de la démocratie syndicale et son opposition aux plans impérialistes de Washington.

C'est à cette époque que l'on a refusé l'obtention de geants du SWP dans le but d'entraver non mais aussi de l'ensemble de la IVe Internationale. On a interdit au SWP de présenter son point de vue et d'entendre ce que d'autres encore avaient à dire. Une législation réactionnaire votée en 1940 - le Voorhis Act - contraignit alors le SWP à rompre ses liens avec la IVe Internationale ; des liens fraternels et une collaboration furent cependant maintenus. L'OFFENSIVE ANTI-OUVRIERE

S'INTENSIFIE Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, l'impérialisme américain a commencé à supplanter les impérialismes britannique et français dans nombre de pays, en Asie du Sud-Est, en Afrique et en Amérique latine. L'impérialisme américain a alors commencé à jouer grandissant à l'échelle mondiale, en essayant de bloquer les révolutions coaidant à la consolidation des classes dirigeantes européennes.

C'est pour cela que les dirigeants impérialistes ont dû redoubler d'efforts dans leur offensive anti-ouvrière et anticommuniste aux Etats-Unis mêmes. Pour compléter leur rôle impérialiste à l'échelle internationale, les Etats-Unis ont lancé une campagne de chasse aux sorcières, dans le cadre de la guerre froide, menée par le sénateur Joseph McCarthy. Cette campagne reflétait au niveau national la des gouvernants américains de contenir le mouvement ouvrier et mouvements de libération nationale.

En 1948, l'administration Harry S Truman dressa une liste officielle subuersives », qui n'est rien d'autre qu'une liste noire. Le SWP figurait sur cette liste, comme bien d'autres

Au cours de cette période, le SWP a mené des campagnes de défense contre les inculpations et les actions judiciaires dirigées contre lui. Des militants du SWP furent expulsés de la marine marchande ; beaucoup d'autres travailleurs, membres ou sympathisants du SWP dans d'autres secteurs, perdirent également leur emploi.

Le gouvernement américain a poursuivi pendant de longues années son effort pour inculper et faire condamner James Kutcher, militant du SWP, vétéran de la Seconde Guerre mondiale qui avait perdu ses deux jambes. Mais le SWP n'est pas resté sans réagir, et il devait réussir à mobiliser de larges secteurs de l'opinion publique. Au terme d'une lutte de longue haleine - huit ans de campagne —, James

Kutcher gagna le droit d'être membre du SWP sans perdre son travail ; et il conserva sa pension de guerre.

Mais le climat politique était tel pendant l'ère McCarthy, dans les années 1950, qu'il était impossible de se lancer dans une contre-offensive contre les gouvernements américains et leur campagne de chasse aux sorcières. C'est au cours de cette période que Julius et Ethel Rosenberg furent accusés ments de preuve falsifiés - d'avoir dérobé le « secret » de la bombe atomique.

Ce n'est qu'après la défaite impérialiste au Vietnam, avec la fin de la longue période d'expansion économique, avec la montée du mouvement pour les droits civiques et les révélations du scandale du Watergate, qu'il a été possible de lancer une campagne politique légale contre les agissements de la police et des services secrets du gouvernement américain.

LES SOCIALISTES DECIDENT

D'INTENTER UN PROCES La décision prise par le SWP en 1973 d'intenter un proces correspond aux intérêts de l'ensemble du mouvement ouvrier. Elle était fondée sur l'évolution des rapports de forces à l'échelle mondiale.

C'est la guerre du Vietnam qui a modifié la situation en favorisant le développement d'une opposition massive - à l'intérieur même des Etats-Unis —, à l'envoi des soldats américains pour écraser les luttes de libération nationale. Des divisions, d'ordre tactique, sont apparues au sein de la classe dirigeante américaine, autour de la poursuite ou non de la guerre au Vietnam face à cette opposition crois-

Les mensonges répandus sur le Vietnam, auxquels se sont ajoutés les mensonges et les dissimulations sur le Watergate, provoqué une sérieuse crise confiance de la part des travailleurs américains envers le gouvernement des EtatsUnis. Les révélations du scandale du Watergate ont abouti à un rejet généralisé des méthodes des autorités américaines : l'utilisation des services secrets, des indicateurs, des provocateurs, des pièges montés de toutes pièces, des obstacles mis à l'activité des opposants, etc.

C'est dans ce contexte de modification de la situation politique que le SWP et la YSA ont décidé d'intenter leur pro-

Ce procès intenté contre les activités d'espionnage du gouvernement s'est révélé très efficace en ce sens qu'il a mis à jour le vrai visage des autorités capitalistes, et qu'il a montré que c'est le mouvement ouvrier qui est la véritable cible des services secrets gouvernementaux. Il a été possible, grâce à ce procès, de rendre publiques les méthodes utilisées par la police et les services secrets dans le cadre même d'une démocratie bourgeoise. Les révélations du Watergate n'ont dévoilé qu'une petite partie des opérations menées par les services secrets gouvernementaux.

L'emploi systématique d'une véritable police politique secrète aux Etats-Unis

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James P. Cannon, fondateur du mouvement communiste et trotskyste américain (1890-1974).

- ce pays qui se veut l'un des pays capitalistes les plus démocratiques -, montre que ce type de machine répressive clandestine aux dimensions gigantesques n'est pas l'apanage des Etats policiers, des dictatures sanguinaires ou des régimes fascistes. Elle fait bien plutôt partie intégrande de l'ordre capitaliste, quelle que soit sa forme de domination.

A l'époque, la question avait été soulevée de savoir si le recours aux tribunaux et à la justice bourgeois n'allait pas renforcer les illusions dans le système juridique américain. Il faut bien convenir que c'est devant les tribunaux bourgeois que la meilleure et la plus efficace des propagandes a été faite par nombre de combattants révolutionnaires ; Marx, Wilhelm Liebknecht, Léon Trotsky, Rosa Luxemburg, James P. Cannon et Fidel Castro n'en sont que quelques exemples (1).

L'enceinte du tribunal peut être utilisée pour dénoncer avec efficacité le caractère fallacieux de la démocratie américaine devant un public de plusieurs millions de personnes. encore, on peut s'en servir comme d'une tribune susceptible de toucher les travailleurs avec nos idées socialistes, ces idées que le gouvernement américain veut nous empêcher de faire connaître.

Avant même que le procès ne commence, nous sommes parvenus à susciter un intérêt considérable dans les milieux de la presse, ce qui nous a aidé à faire connaître aux travailleurs américains la façon dont la classe capitaliste gouverne réellement. Nous avons montré comment la classe dirigeante cherche à se maintenir au pouvoir en ayant recours à des indicateurs stipendiés, aux écoutes téléphoniques illégales, aux cambriolages politiques, et à d'autres méthodes tout aussi contraires à la Constitution.

DENONCIATION DES DELITS

DU FBI ET DE LA CIA Le procès intenté par le SWP et la YSA a joué un rôle important en mettant à jour un grand nombre de délits commis aux Etats-Unis par le FBI et la CIA, et par d'autres agences de renseignement gouvernementales. Le procès a contraint le gouvernement américain à rendre publiques des centaines de milliers de pages de documents gardés secrets jusqu'alors.

Parmi les révélations rendues publiques lors du procès intenté par le SWP et la YSA, on peut énumérer :

- l'espionnage à grande échelle non seulement contre le SWP, mais également contre les Noirs, les mouvements antiguerre, féministe et chicano (immigrants d'origine mexicaine) ;

- les interventions du FBI auprès des propriétaires et des employeurs, voire des parents, tendant à faire perdre leur emploi ou leur logement aux victimes de ces actions ;

- l'utilisation de centaines d'indicateurs pour espionner les gens, voler des documents et monter des provocations ;

- les écoutes téléphoniques ;

- le recours aux alertes à la bombe et à la violence physique ;

- l'existence d'un « programme visant à gêner l'action du SWP » - programme gouvernemental entamé en 1961 dans le but d'espionner et de gêner les activités politiques légitimes du SWP et de la YSA.

Les documents produits ont également montré que le FBI a monté des machinations contre le mouvement des Noirs et qu'il a essayé de faire chasser des militants syndicaux de leur travail pour prévenir la montée d'un mouvement de masse contre la guerre au Vietnam. Ils ont également révélé la façon dont les lois sur l'immigration ont été utilisées pour expulser des étrangers, membres ou sympathisants du SWP ou de la YSA, sur des critères purement politiques.

Certains documents ont fait apparaître que le Service de l'immigration et des naturalisations (INS) dispose d'une liste noire dont le but est de harceler et d'expulser les non-citoyens. Il a été mis en évidence que FINS collabore étroitement avec les services secrets d'autres Etats — parmi lesquels l'Afrique du Sud -, et comment il entretient des relations spéciales avec les services de renseignements de la police du Canada et du Me-

Les dossiers du INS ont prouvé que les tentatives d'expulsion des Etats-Unis de Hector Marroquin — membre du SWP et de la YSA -, n'ont été entreprises que sur la seule base de ses idées politiques.

Une autre militante du SWP, Marian Bustin, ouvrière des charbonnages, originaire d'Ecosse, a également été victime des services de l'immigration et des naturalisations à cause de ses idées politiques.

Le procès intenté par le SWP et la YSA a mis à jour nombre des opérations internationales engagées par le gouvernement américain. En 1975, on a pu forcer la CIA à remettre aux socialistes américains plusieurs centaines de documents sur ses opérations secrètes dans le monde. Bien que cela ne constitue qu'une part infime de l'ensemble de ses dossiers sur le mouvement trotskyste mondial - et qu'ils étaient de plus largement censurés —, il en ressortait l'existence d'une gigantesque campagne qui visait à entraver le fonctionnement et à détruire la IVe Internationale. Les documents de la CIA ont révélé que :

- des cambrioleurs de la CIA se sont livrés à des effractions et ont emplo-

1. En 1849, dans la phase de reflux de la révolution allemande, Marx passa à deux reprises devant les tribunaux pour outrage à fonctionnaire et ses appels dans la Nouvelle Gazette rhénane à ne pas payer l'impôt. Wilhelm Liebknecht, fondateur avec Bebel du Parti ouvrier socialiste allemand fut poursuivi sous le couvert des lois anti-socialistes édictées par Bismarck. Trotsky fut poursuivi à plusieurs reprises par la justice tsariste et se redit célèbre par sa défense comme président du Soviet de St-Petersbourg en 1905. Entre 1936 et 1938, il consacra une grande part de son activité à dénoncer les « procès présidé par le philosophe Dewey. Rosa Luxembourg fut notamment arrêtée pour son action pendant la Première Guerre mondiale et poursuivit depuis la prison action militante. James P. Cannon, fondateur du mouvement communiste et trotskiste américain, fut poursuivi et arrété à plusieurs reprises, notamment aprés les grèves de Minneapolis et pendant la Seconde Guerre mondiale. Fidel Castro prononça au cours du procès qui suivit l'assaut manque contre la caserne de la Moncada, son fameux manifeste anti-Batista « L'histoire m'absoudra » (NDLR).

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Certains des dossiers secrets du FBI, rendus publics en 1979, sur la mise sous serveillance des yé des moyens de surveillance électronique contre des membres du SWP et de la ÝSA en voyage à l'étranger ;

— du courrier écrit ou envoyé par les trotskystes américains avait été ouvert et photocopié ;

des renseignements ont été échangés entre le gouvernement américains et des gouvernements étrangers sur le SWP et la YSA ;

- la CIA a même admis qu'elle « avait commencé à collecter des informations sur la IVe Internationale ».

L'action judiciaire intentée exige de la justice américaine qu'elle interdise au gouvernement d'espionner et d'essayer d'entraver l'action du SWP et de la YSA, ainsi que de la IVe Internationale.

Dans leur document présenté au tribunal, le SWP et la YSA ont affirmé que, depuis leur désaffiliation de la IVe Internationale - à la suite du vote du Voorhis Act -, le SWP et la YSA « avaient continué d'exprimer leur soutien politique à la IVe Internationale, de jouer ouvertement un rôle de direction dans les discussions au sein de la IVe Internationale, et de participer à des réunions et des Congrès de la IVe Internationale avec le droit reconnu de s'exprimer, avec vote consultatif sur toutes les questions...»

Dans la période 1975-1976, devant la remise en cause grandissante - à la suite du Watergate - des méthodes du gouvernement, les dirigeants américains ont choisi d'autoriser la publication d'une partie de la vérité. Et cela dans le but de d'exposition des faits. Il s'agissait aussi pour eux de préparer la remise sur pied de leur police et de leurs services secrets.

ASSASSINATS PAR LA CIA

ET COUPS D'ETAT Certains des crimes les plus sordides commis par la CIA commencèrent alors à faire surface - assassinats, coups d'Etat réactionnaires de par le monde, opérations de « déstabilisation », prébendes et pots-de-vin à des politiciens véreux et à des dictateurs sanguinaires.

Au cours des années 1960, la CIA a organisé plusieurs tentatives d'assassinat du président cubain Fidel Castro, allant jusqu'à recruter des tueurs de la mafia pour faire le travail. Pendant de nombreuses années, Washington a continué d'envoyer à Cuba des équipes de la CIA qui incendiaient les récoltes et sabotaient les projets industriels. On a également appris que le gouvernement a mis sur pied, avec l'aide de la CIA, de nombreuses prétendues centrales syndicales de par le monde, ainsi que des publications « ouvrières », pour saborder ainsi les réelles tentatives d'organisation des travailleurs.

Les documents qui ont été publiés au cours de cette période ont également montré que les agents des services de renseignements américains ont tenté de porter atteinte au principe de la liberté de la presse, en versant des pots-de-vin à des rédacteurs en chef de journaux et à des journalistes, et en diffusant à la presse internationale des articles arrangés par leurs soins.

Les documents ont montré la manière dont le gouvernement américain a offert son aide aux régimes dictatoriaux les plus brutaux qui soient dans le monde : quand la CIA ne réussissait pas à acheter certains gouvernements, elle les renversait, comme ce fut le cas en Iran en 1953, au Guatemala en 1954, au Congo au début des années 1960 et au Chili en 1973, pour ne citer que quelques exem-

L'initiative prise par le SWP et la YSA, au travers de ce procès, a largement contribué à faire toute la lumière sur certaines des pratiques de la CIA et du FBI.

L'un des acquis les plus importants de ce procès a été d'amener d'autres victimes des services secrets gouvernementaux à résister : c'est le cas tout particulièrement des dirigeants du mouvement noir aux Etats-Unis qui ont été une cible privilégiée des services secrets américains. Depuis que la plainte déposée par le SWP et la YSA a été enregistrée, d'autres faits ont été révélés :

- le FBI s'est acharné à diffamer le leader noir Martin Luther King Jr ;

— le FBI avait juré de se débarrasser de Malcolm X ;

— un informateur du FBI, Gary Rowe, a été impliqué dans l'action du gang de racistes qui ont abattu en 1965 la militante des droits civiques Viola Liuzzo ;

- le FBI a été directement impliqué dans le raid criminel mené par la police contre les Black Panthers (les Panthères noires) à Chicago, au cours duquel le dirigeant des Panthères noires, Fred Hampton, a été assassiné dans son lit.

Les documents ont mis en évidence que le FBI a également mené de son côté une guerre d'usure contre les mouvements des chicanos et des Indiens d'Amérique, et que le mouvement de libération des femmes a été une autre de ses cibles.

Le procès a également fait la démonstration du lien étroit qui existe entre les méthodes et les objectifs de l'impérialisme à l'échelle internationale et ses méthodes et ses objectifs contre ceux qui s'opposent à l'impérialisme et au capita-

Etats-Unis même. Si le gouvernement américain a été le pivot d'un complot pour faire assassiner le président cubain Fidel Castro, cela implique que le gouvernement est disposé à utiliser les

2. En 1953, la CIA organisa le coup d'Etat contre le régime nationaliste de Mossadegh en Iran. En 1954, elle appuya l'intervention des mercenaires de Castillo Armas pour renverser le gouvernement Arbenz au Guatemala. Au Congo, la CIA appuya la secession katangaise de Moïse Tschombé et intervint dans l'assassinat du dirigeant anti-impérialiste Patri ce Lumumba. Le rôle des agences secrètes américaines dans le renversement du gouvernement Allende a été dénoncé, par exemple, par l'ancien ambassadeur Armando Uribe dans son livre le Dossier noir de l'intervention américaine au Chili édité au Seuil, Paris, 1974 (NDLR).

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mouvement ouvrier, les militants qui re- l'intervention militaire américaine à l'exmêmes méthodes contre tous ceux qui défendent aux Etats-Unis la révolution cubaine.

CHANGEMENTS DANS

LA SITUATION POLITIQUE

Aujourd'hui, huit années après le début des poursuites engagées par le SWP et la YSA, la situation politique s'est modifiée. La crise économique, qui va en s'approfondissant, a commencé à modifier la manière dont beaucoup de travailleurs perçoivent le gouvernement. Les travailleurs américains sont de plus en plus nombreux à commencer à s'apercevoir que leur gouvernement et les partis républicain et démocrate s'alignent aux côtés des patrons dans leurs attaques contre le niveau de vie des travailleurs et contre les syndicats, dans leur remise en question des acquis des minorités et des femmes, et dans leurs préparatifs d'intervention mili-

Alors que de plus en plus de travailleurs commencent à adopter des idées plus radicales, et des formes de lutte plus militantes, les patrons doivent de plus en plus recourir à la répression. On utilise de plus en plus les flies pour intimider les travailleurs en grève ; les patrons ont de plus en plus recours aux intimidations pour casser les grèves ; on assiste à une recrudescence des assassinats - par les flies — de jeunes Noirs ou de latinos (Portoricains, Dominicains, etc.), et une utilisation accrue des services secrets contre les organisations noires et les organisations socialistes.

La décision prise par les membres du United Mine Workers of America (UMWA - syndicat des mineurs américains) de rejeter la proposition de convention collective telle qu'elle leur était proposée, et de se mettre en grève contre les patrons des mines, est un indice significatif de la modification des attitudes au sein même de la classe ouvrière.

Les mineurs de l'UMWA sont au centre de la résistance de la classe ouvrièassauts des gouvernants cains; ils ont mené la lutte contre la diminution des subventions à leur industrie, nucléaire, et ils sont maintenant à l'avant-garde du combat pour la défense des syndicats ouvriers.

De même, des dizaines de milliers de militants pour les droits des Noirs ont manifesté dans plusieurs villes des EtatsUnis. pour protester contre les meurtres racistes — jusqu'à présent non éclaircis — d'Atlanta en Géorgie.

Les travailleurs américains ont également été encouragés par la montée de la révolution mondiale. Des manifestations, des meetings centraux et des réunions de solidarité avec la lutte du peuple salvadorien ont eu lieu et ont attiré au total des dizaines de milliers de personnes au cours de ces derniers mois.

Après la victoire de la révolution vietnamienne, de nouvelles victoires importantes se sont produites, au Nicaragua, en Iran, à Grenade, au Kampuchea démocratique, qui ont vu les masses se soulever pour défier la mainmise de l'impérialisme sur leur pays.

C'est pour cela que les dirigeants américains se sont vus forcés de prendre des mesures pour protéger les intérêts impérialistes à l'étranger. Ils menacent le Salvador afin d'essayer d'empêcher toute nouvelle avancée dans le monde des travailleurs des villes et des campagnes. Mais, pour y parvenir, ils doivent faire refluer la vague d'opposition croissante aux Etat-Unis, produit de l'impopularité de leurs menées bellicistes et du fait que les travailleurs doivent payer les frais de la crise

Il y a toujours plus de tentatives de restriction des libertés fondamentales, liberté d'opinion, de réunion et d'organisation. Le gouvernement américain a plus que jamais besoin des réseaux de ses services secrets pour contrecarrer la résistance des travailleurs.

Pourtant, l'opposition est loin faiblir, bien au contraire, elle s'étend : le fusent l'inscription sur les listes de conscription, les combattants pour les droits des Noirs, ete., continuent d'affirmer leur droit à manifester et à s'organiser face à la politique de Ronald Reagan.

Le procès intenté par le SWP et la YSA est partie prenante de cette opposition : il défie la prétention du gouvernement américain à avoir le droit légal d'espionner, de harceler, d'établir des listes noires et d'expulser toute personne dont il récuse les opinions politiques.

Ce procès a contraint le gouvernement à se prononcer sur ses véritables intentions, à savoir qu'il aimerait interdire tout groupe ou parti qui proclame et entend diffuser ses idées révolutionnaires. Il ressort des tiroirs ses vieilles lois sur le contrôle des opinions et prépare une nouvelle législation à cet effet.

En réponse aux poursuites intentées par le SWP et la YSA, le gouvernement américain a admis qu'il ne contestait pas la plupart des faits établis sur le harcèlement et les actions illégales commises par le FBI et la CIA. « La question n'est pas de savoir si le SWP, la YSA, ou l'un de leurs militants peuvent être déclarés coupables d'un délit au-delà d'un doute raisonnable. La question est au contraire de savoir si le gouvernement a le droit de s'informer sur les activités de groupes qui se déclarent publiquement en faveur d'un changement révolutionnaire de la structure et de la direction du gouvernement des re », numéro 74, du 3 avril 1980.

politique américaine aujourd'hui », numéro 79, du 12 juin 1980.

droite ? », numéro 89, du 17 novembre 1980.

nam au Salvador », numéro 91, du 15 décembre 1980.

Etats-Unis, même si une telle opinion reste dans le cadre fixé par la lettre de la Constitution. »

Le SWP et la YSA défendent ouvertement l'idée d'un changement révolutionnaire de la société américaine. « Le but des organisations plaignantes, comme le souligne le dossier présenté au tribunal, est d'éduquer et d'organiser la classe ouurière pour établir un gouvernement ouvrier afin d'abolir le capitalisme et de construire le socialisme. »

Mais le gouvernement américain essaie de mettre en évidence que de telles opinions sont illégales, bien qu'au cours de ses quarante années d'enquêtes poursuivies sur le SWP et la YSA, il n'ait pas découvrir le moindre plan visant à aux socialistes l'étiquette sifs » et il utilise la même étiquette pour les Noirs et les latinos qui luttent pour leurs droits, pour ceux qui s'opposent à térieur et pour les travailleurs qui font grève. De cette façon, les gouvernants américains pensent qu'ils peuvent s'en sortir avec leur prétention avouée de pouvoir espionner, harceler et poursuivre en justice les militants ouvriers.

Avec ce procès, le SWP et la YSA lancent un défi. Quel que soit le résultat du procès, il aura joué un rôle historique en faisant, devant des millions de travailleurs, la démonstration de la façon dont le gouvernement prend pour cible les militants ouvriers et les éléments combatifs des minorités opprimées, en s'arrogeant le droit d'enquêter sur quiconque remet en cause sa politique.

peut pas sous-estimer le fait que le procès ait contribué à amoindrir la capacité du gouvernement de gouverner par le mensonge. Le procès intenté par le SWP et la YSA représente un pas important dans la résistance à la politique du gouvernement américain, pour la défense des droits politiques

Une victoire dans ce procès serait la victoire de tous les syndicalistes, de tous les militants du mouvement noir, des partisans des droits des femmes, et de tous ceux qui s'opposent à la politique du gouvernement américain.

Janice LYNN New York, 20 avril 1981. «Inprecor » a publié... David Frankel, « Les plans d'austérité de Carter contre la classe ouvrièInprecor, « Le premier anniversaire de Three Mile Island », numéro 76, David Frankel, « Le nouveau mouvement contre la conscription et la David Frankel, « L'élection du 4 novembre : l'Amérique vire-t-elle à Inprecor, « Les dossiers du Département d'Etat US pour un nouveau Viet-

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