Un nod La République populaire du Congo (Congo-Brazzaville) est généralement citée parmi les pays « progressistes » afri-
Le plus souvent, les journalistes parlent de « régime socialiste », « mar-
You encore « pro-soviétique. Il est vrai que ce régime n'a pas mesuré ses efforts pour décorer sa vitrine aux couleurs de la « révolution ». Le drapeau national est rouge, l'un des hymnes nationaux est l'Internationale, le parti unique au pouvoir s'appelle le Parti congolais du travail (PCT) et le pays se dénomme « République populaire ».
Le soutien inconditionnel qu'apportent tous les Etats ouvriers, tous les partis communistes et beaucoup de milieux progressistes à ce régime, ajoute à la confu-
Faire la lumière sur ce pays servira donc à mieux comprendre ce qui se passe dans toute l'Afrique noire. En effet, au-delà du régime congolais, c'est la notion progressiste » Afrique qui doit être remise en question.
UNE ECONOMIE
NEOCOLONIALE CLASSIQUE
Avant tout, il faut rappeler que le Congo fait partie de la Zone Franc. Sa monnaie, le franc CFA, est à parité fixe avec le franc français, 1 F CFA équivaut à 0,02 FF. Le Congo est donc logé à la même enseigne que la plupart des anciennes colonies africaines de la France. La Banque de France contrôle la planche à billet de ces pays par l'intermédiaire de divers organismes d'émission régionaux. Ce lien monétaire rigide constitue (après plus de vingt ans d'indépendance formelle), pour le Congo comme pour tous les autres pays africains concernés, l'entrave fondamentale à toute politique économique indépendante.
Mais l'économie congolaise présente aussi toute les caractéristiques d'une économie néocoloniale bien des aspects elle en prend même des formes extrêmes. En 1979, la dette publique intérieure et extérieure aurait été de 150 milliards de franes CFA, soit plus du double du budget général de cette année fixé à 68,5 milliards (1). De source offion évalue, pour l'exercice la dette à 250 milliards de francs Le système bancaire congolais constitué par une banque de développement et deux banques commerciales est - en masque progressiste r un Etat néocolonial théorie - contrôlé à raison de 64% par l'Etat. Mais il s'agit là d'une pure abstraction puisque ce même Etat ne peut fonctionner que grace aux émissions monétaires totalement contrôlées par Paris. Parmi les banques étrangères « associées », on note la présence du Crédit Lyonnais et de la BNP françaises.
Le Code des investissements est particulièrement avantageux pour les étrangers et il ressemble à s'y méprendre à bien d'autres codifications dans des pays traditionnellement jugés comme pro-impérialistes : liberté de transfert des capitaux, exonération temporaire des impôts, réduction ou annulation des taxes à l'importation, etc.
Sur cette base, l'impérialisme français se taille une part prépondérante dans économique ministère français de la Coopération estime à 79% sa part dans l'aide extérieure apportée au Congo... La France est le premier pays fournisseur du Congo avec environ 50% de ses importations. L'Italie vient en second loin derrière avec... 5,9 % seulement. C'est sans doute que l'on appelle la diversification des partenaires économiques.
Mais si le pays est le quinzième client africain de la France, il n'en est que le vingt-cinquième fournisseur africain.
Quelques chiffres donnent un aperçu du désastre. Une très faible proportion du réseau routier est bitumé. Les trois tronçons qui le sont l'ont été par trois dirigeants successifs, l'abbé Fulbert You-
Massemba-Débat et N'Gouabi en direction de leurs villages natals respectifs. Ainsi, pour rejoindre Brazzaville, la capitale, à Pointe Noire, la seconde ville du pays et le port industriel, il faut prendre le train tellement la piste est impraticable. De Brazzaville au nord du pays, il faut huit jours pour un camion équipé pour la brousse...
Dans plusieurs contrées, les paysans peuvent bien procéder à des cultures intensives pour approvisionner les villes en fruits ou légumes, mais — faute d'infrastructure, faute d'argent et souvent faute
-, ces zones sont simplement réduites à l'autosuffisance. Des régions comme celles de Lekana et Kindamba pourraient devenir d'importantes zones de productions agricoles, mais tout concourt à laisser ces provinces sans aide et sans les financements néces-
Echange inégal classique: la France importe du Congo essentiellement du café et du bois; elle lui vend pour 60% de produits manufacturés, dont 18% de biens de consommation, et 42% biens d'équipement. Résultat : plus de 200 entreprises privées françaises travaillent au Congo, et l'on compte 5 000 Français sur place, coopérants civils et militaires, ou entrepreneurs et
La société néocoloniale congolaise aucune des déformations classiques des économies dominées. En 1977 par exemple, on notait que le secteur tertiaire - et surtout le commerce - drainait la plus large part des crédits, soit
Mais tout ce tableau n'est compréhensible que si l'on ajoute que le pays est ravagé (et le mot est bien faible) par la corruption, la prévarication et l'anarchie administrative. Si le Congo a tous les traits classiques du néocolonialisme, il est encore loin d'être doté d'un appareil d'Etat un tant soit peu fiable. La comptaorientations économiques concrètes sont souvent de simples spéculations, tant la classe dirigeante considère tout cela comme une affaire de famille. UN PAYS DETRUIT UNE MISERE ACCABLANTE
Le résultat est accablant. Selon un nembre du Bureau politique du PCT, la capitale Brazzaville pourrait 2 000 - abriter 1 700 000 des 2 200 000 habitants du pays (2).
Aujourd'hui, Brazzaville et Pointe Noire concentrent probablement 50% de la population congolaise en y comprenant les familles vivant autour d'un lopin de terre dans les faubourgs. L'administration, qui est le règne du recrutement par
Best pléthorique. On trouve quatre ou cinq personnes pour un même
Pendant ce temps, au nord de la capitale, sur le grand plateau Batéké, se constitue peu a peu un vaste désert humain. Les populations descendent vers Brazzaville (« Brazza ») d'autant plus rapidement que les clans petits-bourgeois
Toutes les données économiques, sauf indication particulière, sont tirées de Europe-Outremer, numéro 604, numéro spécial consacré au Congo, 1980.
2. François-Xavier Katali, Revue du Centenaire, Editions d'Etat, Brazzaville.
« nordistes » contrôlent le pouvoir et que espère toujours trouver un appui familial, une combine pour faire son trou.
Mais le Congo c'est aussi des salaires qui n'ont pas augmenté depuis 7 ans. Un SMIG (salaire minimum interprofessionnel garanti) à 13 500 F CFA dans un pays où l'essence est à 165 F CFA le litre, où le coût de la vie à dû, en moyenne, augmenter de 20% par an depuis 5 ans, où le plus souvent un salaire fait vivre toute une famille.
Les autorités ne savent plus comment rançonner la population. autres, elles ont inventé solidarité » qui prélève automatiquement 10 à 20 % du salaire... A cela s'ajoutent des impôts très lourds, la cotisation obligatoire au syndicat unique, etc. Pour faire tourner les machines d'une misérable entreprise d'Etat de confection, on oblige les écoliers et les étudiants à revêtir un uniforme ou les professeurs à acheter une toge.
Mais tout cela ne suffit pas. Quand un cadre quelconque du régime se déplace en province, on presse les populations locales à verser leur obole pour recevoir le distingué hôte.
Les hôpitaux sont des enceintes puantes et vêtustes. Il n'y a pas de sécurité sociale. Le trafic des médicaments bat son plein, selon la presse officielle elle-même (3). Les parents des malades hospitalisés sont obligés d'apporter la nourriture et aussi — le plus souvent — les
Mais l'on va bientôt doter le pays de la télévision en
A l'ombre du « marxisme-léninisme » officiel, grandissent les hommes dans les transports, l'hôtellerie, l'immobilier et le commerce que prolifèrent ces messieurs, souvent originaires du Nord. MM. Gandzion, Oto, Maurice Ognami, Jonas Ossette sont les exemples vivants de l'étape de « Révoludémocratique et populaire » dont se drape le régime militaire. Petits capitalistes corrompus, ils constituent la vitrine libérale du régime.
Il n'est donc pas étonnant que la masse des Congolais ait fait le choix du cynisme pour survivre au milieu de ce chaos. Lorsque les salaires n'étaient pas payés, la population qui chassait les criquets pour se nourrir avait attribué à ces bestioles le nom d'« avances sur salaire ». Reprenant des slogans du régime, elle les déforme pour mieux s'en moquer. Ainsi, régime lançait « Vivre durement aujourd'hui pour viure mieux demain ! », les Brazzavillois s'appliquaient à désigner toutes leurs difficultés quotidiennes par la formule condensée « VDA ». Arriver en retard à cause des transports en commun, c'était la faute au « VDA ». Ne manger qu'une fois par jour, faute d'argent, c'était encore ce fameux « VDA ».
à cette ironie populaire, le pouvoir bestial et grotesque répond généralement par des provocations. C'est ainsi que la presse gouvernementale a été jusqu'à demander à la population de ne plus aller chasser les sauterelles sous les lampadaires de la route de l'aéroport pour ne
----- pull-quotes on this page -----
La République populaire du Congo 1,5 million d'habitants en 1977 ; capitale : Brazzaville ; régime de parti
pas choquer les étrangers... Ces fameux lampadaires qui servent à bien d'autres choses, comme par exemple à permettre jeunes de lire et d'apprendre le soir faute de lumière dans
C'est surtout à partir de l'arrivée au pouvoir de N'Gouabi en 1968 que le Congo a connu une politique prétendument « progressiste » et « anti-impérialiste ». Mais, si les déclarations ont été tonitruantes, les réalisations ont été beaucoup plus modestes.
Pièce centrale du dispositif « révolutionnaire », le secteur d'Etat est constitué par un certain nombre d'usines nationalisées. Il faut distinguer les entreprises ayant le monopole dans certaines branénergie, commercialisation des produits agricoles et pétroliers, activités industrielles ou commerciales dans des secteurs ouverts à la concurrence étrangère, et enfin des sociétés d'économie mixte (pétrole, mines, banques).
Mais les sociétés d'Etat présentent deux caractéristiques essentielles. D'une part, elles ne limitent en aucune façon la mainmise globale de l'impérialisme sur le pays, comme nous l'avons vu pour les banques. L'économie congolaise, comme nous le verrons en détail plus loin, est largement dépendante du secteur pétrolier. Or, si la distribution est nationalisée dans la main de Hydro-Congo, la recherche, la production et la technologie sont au mains de ELF-DRAP (française) et de l'AGIP (italienne).
D'autre part, les entreprises d'Etat sont des centres névralgiques de la corruption et des trafies des profiteurs du régime. Très souvent, leur comptabilité inexistante et leurs ressources financières remplissent les poches de quelques directeurs. Le marché de l'emploi étant le plus souvent réglé par le clientélisme ethnique, entraîne la concentration d'une masse de bureaucrates inutiles. Enfin, l'anarchie ambiante et le laisser-aller font que les machines fonctionnent l'arrivée de pièces détachées.
Ainsi vont les choses au Congo « révolutionnaire ». De 1976 à 1979, les subventions directement accordées aux entreprises d'Etat se sont chiffrées à plus de 8 milliards de franes CFA. Selon le régime lui-même, « quoique mal connue et mal suivie (sie), la dette des entreprises d'Etat peut être évaluée à plus de 88 milliards de francs CFA, non compris les avals de l'Etat de l'ordre de 79 milliards de francs
On comprend dès lors que l'actuel fort du régime, le président Sassou Nguesso, ait voulu amorcer une reprise en main de ce secteur pour mieux plaider le dossier de son pays auprès des capitales impérialistes. Celles-ci ne sont pas opposées à la nationalisation d'un certan nombre d'entreprises, encore faut-il que ces dernières ne soient pas un gouffre pour un Etat dont on attend rigueur et pour le plus grand profit des investissements étrangers.
l'exception d'une brasserie à Brazzaville, mise en service en 1980, aucune industrie n'a été créée au cours de ces dernières années, la plus récente datant de janvier 1975. C'est dire toute l'importance du secteur d'Etat.
La revue Europe-Outremer résume bien le dilemme du régime et de l'impérialisme français (5) : « Les capitaux privés étangers ne se sont guère intéressés au Congo ces dernières années. La situa-
3. Voir Mweti, numéro 282, 14 juin 1981. Europe-Outremer, numéro 604, op.
tion politique ne s'y prêtait pas, non plus que les graves difficultés économiques et financières. Maintenant, les choses devraient changer, en raison du redressement entamé depuis 1979 et de la stabilité politique qui devrait se maintenir. Le président Sassou Nguesso veut éliminer les hésitations et les réticences du secteur étranger. Les orientations du Ille Congrès ordinaire du PCT ont expressément confirmé que l'avenir de ce secteur n'est pas compromis par les options socialistes du gouvernement et que, bien au contraire, il est fait appel à son concours pour accélérer le redressement économique. » En conséquence, le régime établit un plan de reprise en main du secteur nationalisé qui prévoit la réorganisation de la gestion avec entrée de coopérants étrangers dans les directions, dénationali-
Et pourtant, le prédécesseur de Sassou Nguesso, un certain Yhombi, passait pour bien plus pro-occidental que celui-ci. Sassou Nguesso était plus généralement taxé de pro-soviétisme et on évoarrivé au sommet du régime, c'est lui qui négocie avec Paris une reprise en main du secteur d'Etat. Simple paradoxe dans un réformes apparemment révolutionnaires cachent toutes leur contraire. Ainsi, la prétendue nationalisation
AU NOM DE Le Congo connaît comme la quasitotalité des pays africains un régime de parti unique. De plus, comme un certain nombre de pays (Angola, Mozambique, Bénin...), le parti unique se prétend parti révolutionnaire et parti des travailleurs. Le Parti congolais du travail (PCT) est régi par le « centralisme démocratique ». Ses cadres vont suivre des stages de formation en URSS et en RDA. Il y a une Commission contrôle du central qui exclut ou blâme pour déviation tous ceux qui ont cessé de plaire en manière cet de la terre est une pure escroquerie. Lorsqu'un Congolais veut acheter un lopin, il verse de l'argent à l'Etat et à l'ancien propriétaire. Il y a donc en fait deux propriétaires du sol, ce qui favorise encore un peu plus les combines et les spéculations.
Alors, à quoi tient cette illusion selon laquelle il existerait un régime « révolutionnaire » au Congo? Ce sont sans doute ceux qui attachent le plus d'importance aux éléments superficiels qui alimentent cette croyance. Le secteur d'Etat congolais produit bien moins que le secteur nationalisé au Cameroun, pays pourtant reconnu particulièrement réactionnaire.
Il reste comme argument possible celui de la politique étrangere, et particulièrement les déclarations d'amitié du régime congolais avec les Etats ouvriers, notamment l'URSS, Cuba et la RDA. Mais tout cela ne fait pas une révo-
En fait, le seul moyen de comprendre cet invraisemblable régime « marxiste-léniniste » gère une sol'impérialisme français, c'est de regarder à la loupe la nature et le fonctionnement de la classe dirigeante elle-même, et non de s'attacher à ses seules déclarations démagogiques. LENINE... assemblées internationales traitant de ces problèmes. Enfin, l'Union des écrivains (UNEAC) contient dans ses statuts l'obligation de soutenir et de vanter le régime...
L'idéologie officielle est le « marxisme-léninisme » et le journal du parti, Etumba, contient des cours de léninisme tirés de la presse soviétique. Il est d'ailleurs à noter que Etumba couvre la situation internationale avec des dépêches de l'Agence Tass, alors que le journal gouvernemental, Mueti, contrôlé mêmes gens, se sert des dépêches de l'Agence France-Presse...
Les rues sont aussi un lieu de réflexion politique. On y trouve des pancartes avec les portraits groupés de Marx, Engels, Lénine et... N'Gouabi. Certaines portent des slogans comme « Le travail rend libre!», * A bas la bourgeoisie bureaucratique ! », etc.
Le pouvoir pique de çi de là des idées aux pays socialistes. Tantôt on lance le projet des « champs du parti », histoire de faire cultiver quelques heures par an les « militants ». Ces champs monopolisent l'essentiel du matériel agricole moderne, mais produisent fort peu. Puis c'est gadget de « Une école, un champ! » où l'on prétend habituer les bambins à tenir un outil pour nourrir l'instituteur (6)...
Officiellement, on a tout de même du mal à expliquer la situation : les difficultés économiques sont dénoncées comme le résultat d'une entreprise de déstabilisation de l'impérialisme et de la bourgeoisie bureaucratique. Mais jamais il n'est donné un nom à cet impérialisme, terme générique qui évite soigneusement d'outrager les capitales amies et surtout Paris. En ce qui concerne la fameuse bourgeoisie nationale, il s'agit d'un terme tout aussi vague qui dénonce sans les nommer « les autres », c'est-à-dire les cliques et fractions averses de celle au pouvoir. Les anciens partisans de Massemba-Débat au Sud, des amis de Yhombi emprisonnés constituent généralement les ennemis de la Révolution dénoncés comme « bourgeois ». Au temps de Yhombi, les cartes étaient distribuées autrement, et lorsque Etumba dénonçait cette même bourgeoisie, il fallait lire entre autres - les partisans de Sassou Nguesso, aujourd'hui au plus haut poste.
Autre difficulté pour le régime, celle de prétendre être un régime anti-impérialiste marxiste-léniniste depuis 1968 au milieu d'autant d'inégalités sociales. La réponse apparaît dans certains articles et documents : il s'agit de l'étape de « Révolution nationale démocratique et populaire ». Lorsque l'arsenal idéologique des staliniens soviétiques ne suffit plus, on va puiser à Pékin un concept
Comment expliquer tout cela ? Le Congo n'est pas différent du Bénin où l'on parle aussi de « marxisme-léninisme ». De même en Angola, au Mozambique et en Ethiopie, où des Etats bourgeois et des couches dirigeantes issues de la petite bourgeoisie urbaine claironnent leur attachement à Lénine et à Marx.
Mais, au Congo, l'imitation jusqu'à la caricature des bureaucraties staliniennes a atteint une quasi-perfection. C'est à un véritable décalque des partis communistes d'Europe de l'Est que se livre le PCT.
L'explication ne peut venir que de l'histoire contemporaine de ces pays, au moment de la décolonisation. Les faiblesses de la petite bourgeoisie et l'inexistence de réelle bourgeoisie indigène ont favorisé l'éclosion de tels monstres historiques pour la mise en place d'un appareil d'Etat minimum (7).
Quand Fulbert Youlou, au pouvoir depuis 1960, tombe en 1963 sous la pression de mobilisations de masse dirigées par des syndicalistes de l'Union générale noire (UGTAN), il n'y a pas simplement une du pouvoir: il n'y proprement parler de classe dirigeante. La France vient d'échouer dans sa tentative de mise en place d'un pouvoir stable autour de couches petites-bourgeoises chrétiennes, du Sud particulièrement.
Le nouveau régime est dirigé par un homme du Sud, Massemba-Débat, mais celui-ci n'a pas les moyens de constituer un système de domination stable. Il va
6. Pour les Brazzavillois, mais, à 100 km de distance de la capitale. Plus c'est loi, plus c'est discret !
7. Pour une explication plus générale, se reporter à Claude Gabriel, Angola : le tourant africain ?. Editions La Brèche, Paris, 1978, notamment dans la première partie le chapitre 1 et dans la seconde partie les chapitres 2, 3 et 5.
être obligé de s'appuyer, du moins verbalement, sur les aspirations du mouvement des masses des 13, 14 et 15 août 1963. Il va devoir proclamer une orientation « socialiste scientifique » qui deviendra plus tard « socialiste bantoue ». Le Mouvement populaire de la révolution (MPR) qu'il fonde est balloté au gré des pressions et ne trouve pas de centre de gravité social qui lui permette de façonner une classe dirigeante. On y trouve pêle-mêle des courants technocratiques avec Lissoud'hommes comme Noumazalay, Ndalla et Diawara. Tout le monde se réfère aux journées de 1963. Les batailles de fractions se sont toutes au nom de la « défense de la Révolution ».
L'armée est la seule composante à ne pas être véritablement associée au pouvoir. Mieux, elle se trouve en concurrence avec les milices populaires que Nouamzalay et ses amis avaient constituées à partir du lumpen et que des Cubains avaient en-
En 1966, c'est le premier coup de semonce, N'Gouabi tente un premier putsch, en vain. Lorsqu'il réussit en 1968 a renverser Massemba-Débat, deux phénomènes nouveau s'imposent : l'armée s'installe à la tête de l'Etat et - en son sein - les groupes du Nord monopolisent l'essentiel de la réalité du pouvoir. C'est donc un tournant qui s'effectue alors. Au nom de la Révolution », N'Gouabi va devoir à son tour s'attaquer à ce problème permanent du Congo néocolonial : la constitution d'une classe dirigeante. Mais très rapidement il va faire reposer son projet sur deux piliers : l'armée et les groupes ethniques du Nord.
Par ailleurs, en intégrant les anciens dirigeants de l'organisation de jeunesse JMNR (Diawara, Noumazalaye), N'Gouabi cherche à constituer un bloc qui mette fin au « gauchisme » des années 1960 (8). Mais les groupes du Nord désormais dosont encore loin d'être homogènes, d'être constitués de couches petites-bourgeoises stabilisées. C'est de bric et de broc que N'Gouabi assemble des éléments de son régime « révolutionnaidans beaucoup d'autres pays africains, ce qui constitue l'institution fondamentale de la classe dirigeante pas l'appareil administratif de l'Etat, c'est le parti unique, cadre de reproduction et de contrôle du pouvoir. Mais l'extrême faiblesse et l'instabilité de ces couches dominantes au Congo va nécessiter la manière forte, celle d'un parti centralisé et omnipotent.
A son arrivée au pouvoir, N'Gouabi dispose simplement d'un groupe d'hommes pour diriger le pays et l'armée. La construction du PCT comme instance de reproduction du groupe dirigeant, et plus généralement comme centre de contrôle et de stabilisation des couches sociales dirigeantes, constituera son œuvre maîtresse. Il lui faudra d'ailleurs toujours rester sur ses gardes. Des complots prendront corps dans le PCT lui-même, mettant ainsi en évidence le fait que des cliques, des couches sociales disparates et des clientèles n'acceptent pas sans résistance de se fondre dans un même moule contrôlé par un seul homme. La « gauche » y perdra tout. En 1972, Diawara lance une opération désespérée en tentant un putsch. L'aventure se terminera par la mort de ces anciens dirigeants de la jeunesse; leurs corps mutilés seront montrés dans tout Brazzaville pour
C'est donc un tel pouvoir qui va entreprendre un certain nombre de nationalisations. Comment pourrait-il faire autrement s'il veut donner un minimum d'assise économique aux couches petites-bourgeoises dominantes ?
Mais, comme dans tous les cas similaires en Afrique noire, ces nationalisations ne touchent pas les centres écono-
L'économie reste et confie l'exploitation de son pétrole à la France. La classe dirigeante se réserve simplement un secteur capitaliste d'Etat, forme collective de propriété privée...
Il n'est done pas étonnant, dans ces conditions, que ces gens se servent des entreprises d'Etat comme d'un moyen d'enrichissement immédiat et de vol. Une dirigeante consciente de ses intérêts globaux ne se forge pas en dix ans. Les bourgeois et petits bourgeois congolais d'aujourd'hui sont des prédateurs avides calculant au jour le jour leurs combines et leurs spéculations.
plusieurs facteurs vont donc se combiner dans les choix « idéologiques » du pouvoir : très grande faiblesse des couches sociales dominantes,
UNE CARICATURE DU MODELE STALINIEN Le PCT, parti révolutionnaire, parti travailleurs, guide toute la nation. Mais le PCT est aussi, au niveau de ses organes dirigeants, une hiérarchie pour le gâteau. Cette volonté de hiérarchiser le groupe dirigeant apparaît dans les moindres détails. Ainsi, les plaques d'immatriculation des voitures désignent le rang de l'utilisateur : l'étoile rouge suivie du chiffre 10 signifie qu'il s'agit d'un membre du parti, au dixième rang de la hiérarchie...
Et si la « Commission de contrôle » exclut certains de avoir mis la main dans la caisse, c'est tout simplement parce qu'ils ont
You qu'ils sont clique adverse. Mais il n'échappe à aucun Congolais que les responsabilités politiques sont d'abord le moyen le plus direct pour s'en mettre plein les poches.
Au temps de N'Gouabi, une enveloppe de 23 milliards de franes CFA donnée par les compagnies pétrolières disparut, et tout Brazzaville discutait du partage qu'en faisait quelques familles...
Tout comme cette histoire de voitures officielles que le gouvernement a voulu mettre en vente pour réduire ses frais de fonctionnement. Dans un premier temps, on a distribué les véhicules à quelques uns, et on en a dressé la nécessité de créer un cadre centralisé et policier pour produire et reproduire une couche dirigeante, nécessité de contrôler un secteur nationalisé de l'économie, qui à légitimer un régime qui ouvertement les quelques ressources nationales, etc.
Tout cela conduit N'Gouabi vers le « progressiste », verbalement anti-impérialiste. La séduction qu'exerce sur ces petits bourgeois un bureaucratisé, omnipotent, les amène à concevoir leur fonctionnement à l'image d'une bureaucratie stalinienne.
Dès lors, le « marxisme-léninisme » officiel n'est plus seulement un vernis progressiste destiné à faire illusion, il est d'abord une nécessité pour faire du PCT l'instrument de centralisation et de fonctionnement lumpen-petite bourgeoisie. liste pour paiement ultérieur. Mais la liste a disparu ! Les gens appellent ces voitures des « merci-Sassou »...
Ou encore ces examens d'infirmiè res ou d'agents des PTT auxquels des femmes de ministres ou de cadres politiques sont reçues sans avoir même passé les épreuves.
Chaque marché passé par l'Etat est source de commissions et de corruption, que ce soit l'importation de la viande, l'achat d'autobus, etc.
La haine de la population pour le PCT s'exprime d'autant plus qu'il apparaît comme le refuge des courtisans. Ainsi, un beau jour, un professeur connu pour son absence totale de compétence professionnelle, peut revenir avec un titre de responsable de l'enseignement après un stage de deux ans à Moscou en tant que membre du PCT...
Toutes ces pratiques exaspèrent le 8. Les Jeunesses du Mouvement Populaire de la Révolution (JMPR) étaient un mouautonome du MPR de Massemba-Débat et qui pris l'aspect d'un courant plus radical références au Che Guevara, 9. C'est le 31 décembre 1969 que le régime devient « marxiste-léniniste ».
NIGERIA libreville
GABON ONGO
C brazzaville peuple congolais. Mais tout le ressetiment accumulé ne trouve pas encore de moyen d'expression dans ce pays où l'armée et le parti se confondent et où la répression est toujours menaçante.
De plus, le fonctionnement général du régime est expliqué au nom du marxisme-léninisme, au nom du parti révolutionnaire. Incontestablement, ce type de propagande a des effets sur la conscience de classe des travailleurs et de la jeunesse.
Une partie des populations du Nord entassées à Brazzaville perçoit d'autant plus difficilement ses intérêts de classe propres que le clientélisme est soigneusement entretenu par les dirigeants qui y trouvent un semblant de soutien.
Les gens du Sud, Bakongos et Laris, généralement chrétiens, ont vis-à-vis du régime des attitudes contradictoires. Dans leurs majorité, ils dénoncent le régime, mais le font souvent par nostalgie des régimes de l'abbé Fulbert Youlou ou de Massemba-Débat, parce que le pouvoir actuel leur apparait comme celui des groupes du Nord. Ils le font aussi en expliquant qu'« au temps des Français c'était mieux qu'aujourd'hui avec les
Aucun des Etats ouvriers ne manque à l'appel pour soutenir le régime congolais. L'URSS, les démocraties populaires d'Europe de l'Est, la Yougoslavie, Cuba, la Chine populaire, la Corée
Get le Vietnam apportent régulièrement leur soutien au régime « révolutionnaire » congolais. Aux Congrès du PCT, il ne manque aucune délégation des partis communistes venus du monde entier saluer le « parti révolutionnaire congolais ».
presse congolaise mentionne quotidiennement les déclarations de soutien et les communiqués fraternels. Le 6 avril 1980, c'était George Marchais, le dirigeant du Parti communiste français (PCF) qui déclarait de passage à Brazzavil-
ZAIRE Russes /». Une partie du clergé exploite nature prétendument socialiste d'une opposition réactionnaire.
Mais est-il possible d'en faire grief aux populations paysannes discriminées par un régime se disant révolutionnaire et qui maintient sur la route du Sud, à la sortie de Brazzaville, un contrôle militaire permanent qui fouille les voitures et surveille les voyageurs ?
Le régime du PCT n'est pas seulement bourgeois et néocolonial, régionaliste. Si quelques hommes du Sud on pu se maintenir dans la hiérarchie, ce sont les cliques du Nord qui monopolisent le pouvoir et les ressources financières en alliance avec des groupes d'ethnie vili de Pointe Noire. Et si ces « marxistes-léninistes » de carnaval - fétichistes et superstitieux au point de toujours se faire reconstruire un nouveau palais présidentiel pour ne pas habiter celui du prédécesseur assassiné ou détrôné - peuvent se maintenir au pouvoir, c'est bien parce qu'ils reçoivent des Etats ouvriers un certificat de marxisme et de progressisme. LE SOUTIEN HONTEUX DES ETATS OUVRIERS le que les relations PCT-PCF sont au beau
Les cadres du PCT vont recevoir à Moscou des cours de formation, ceux du syndicat vont en RDA ou à Cuba, etc. Tout cela crée un climat qui laisse à penser que le régime est inféodé aux Soviétiques. La presse occidentale a d'ailleurs souvent laissé entendre qu'il s'agissait d'un régime « pro-soviétique ».
Mais il suffit de voir le peu de place qu'occupent les Etats ouvriers dans la vie quotidienne congolaise pour contester analyse. En effet, l'URSS contentée jusqu'à présent de construire la maternité Blanche-Gomez de Brazzaville ainsi que l'hôtel Cosmos. Elle du matériel militaire et des professeurs.
La Chine a essentiellement construit un petit débarcadaire en amont de la capitale, un barrage à Moucoucoulou sur la Bouenza, un petit dispensaire à Makelekele dans Brazza, l'usine textile de Kinsoundi et fournit quelques professeurs et médecins
Cuba entretient deux ranchs à Makola et PK-Rouge, et a mis en place une société de promotion immobilière d'Etat, la SOPROGI, qui vend ou loue des maisons à des loyers relativement élevés (entre 20 000 et 30 000 francs CFA par mois).
Mais ce que la population voit aussi, ce sont les équipements militaires soviétiques, les troupes cubaines stationnées à Pointe Noire, etc. On dit même que Yhombi serait gardé en prison à Makola par des soldats cubains.
Pourtant, là aussi, il est bon de ne pas conclure trop vite. L'armée congolaise est aussi équipée avec du matériel français et américain. Et l'on trouve à Brazzaville des Français vêtus de l'uniforme congolais de la coopération technique Si le soutien des Etats ouvriers à ce régime est sans faille, il serait faux de croire qu'il s'agit d'une pénétration profonde d'intérêts économiques ou militaires. Si une ambassade peut faire interdire pour une journée la vente d'un journal étranger parce qu'il contient un compte-rendu du Congrès du parti communiste du pays correspondant, ou si le personnel de l'ambassade de Corée du Nord peut se permettre de se livrer à un rodéo automobile dans Brazza pour poursuivre une délégation sportive de Corée du Sud en tuant un passant congolais au passage, les prérogatives des ambassades « socialistes » ne s'affirment guère que sur des terrains qui ne touchent pas les intérêts immédiats de l'impérialisme français.
Il en va évidemment tout autrement du sentiment des populations. En effet, le pouvoir d'une part, et l'Eglise et les opposants bourgeois du Sud de l'autre, laissent entendre qu'il s'agit d'un régime socialiste soutenu par les Soviétiques, il en découle une confusion totale dans les esprits. Et la coopération entre le Etats ouvriers et le immédiatement coercitif aux yeux des populations.
C'est ainsi que, lorsque Cuba a proposé de recevoir - en plus de ceux qui y sont déjà - 600 nouveaux jeunes « pionniers » congolais pour la durée de toute leur scolarité, il ya eu des rassemblements de parents pour s'opposer à ce qui est ressenti comme un embrigadement. A la fin du compte, les Cubains durent renvoyer chez eux 26 gosses et 3 professeurs pour comportement innacceptable et indiscipli-
Si la direction cubaine ne vantait pas les mérites révolutionnaires du régime congolais, si elle n'accréditait pas par sa complaisance politique l'idée que le PCT est un parti révolutionnaire, la coopéra-
11. Mweti, 14 juin 1980.
Centre Etats ne prendrait pas cette signification pour une partie de la population. S'il n'y avait pas plusieurs centaines de soldats cubains à Pointe Noire, les Congolais ne feraient pas la confusion
Run Etat ouvrier et leur régime militaire et exploiteur. Si, en 1972, Cuba n'avait pas offert au PCT un portrait du Che Guevara pour célébrer une prétendue amitié révolutionnaire, si La Havane n'avait pas soutenu les trois présidents successifs depuis 1968 — sans jamais mentionner que tous trois représentaient des cliques différentes et adverses —, on ne trouverait pas aujourd'hui au Congo des jeunes ou des travailleurs pour raconter que demain ce sont des Cubains et des Soviétiques qui réprimeront les Congolais s'il y a des grèves...
LE MASQUE TOMBE
Les fêtes du Centenaire de Brazzaville, en octobre 1979, ont étonné quelques observateurs. A la tribune officielle se trouvaient comme principaux invités Jacques Chirac, maire de Paris, et Pierre Messmer, président de l'Association d'amité franco-africaine (mais aussi dernier gouverneur colonial en Afrique centrale)... A cette occasion, les officiels congolais n'ont pas caché qu'il avait depuis belle lurette renoncé à dénoncer la période coloniale, et la Revue du Centenaire titre un de ses ses articles « Brazzaville, capitale de l'Afrique équatoriale française, berceau de la communauté française » ! A cette occasion encore, la France promit un buste de Brazza (12), le conquérant colonial, pour décorer une place de la ville. Paris fournit aussi les crédits pour un pont - le « pont du Centenaire » - pont totalement inutile qui relie deux quartiers de la ville et qui symbolise parfaitement la situation du Congo néocolonial. D'une part ces crédits ont permis à une entreprise française de travaux publies de faire un coquet chiffre d'affaires, d'autre part le pont est équipé d'un éclairage sophistiqué et surabondant dans un pays où il y a un manque permanent d'énergie électrique. Enfin, la partie des travaux qui revenait à la commune de Brazzaville, à savoir le bitumage de la voie, n'était toujours pas réalisé plusieurs mois après la fin du reste de l'ouvrage, faute de moyens financiers...
Ce fut une belle fête que ce Centenaire. Officiels français et dirigeants congolais retrouvaient des intonations gaulliennes pour célébrer les relations de coopération entre les deux pays.
La presse française parla à cette occasion de tournant à droite du régime pourtant, ce qui jours-là ne fut rien d'autre qu'une nouvelle démonstration du caractère néocolonial de ce pays.
Paris a accueilli avec satisfaction l'arrivée de Sassou-Nguesso au pouvoir. Les Français s'inquiétaient de voir l'équiprécédente - celle de Yhombi n'être même plus capable de payer les salaires des fonctionnaires (14). Sassou, lui, affirme qu'il veut remettre de l'ordre dans la maison, résorber le déficit des entreprises certaines d'entre elles, appeller les Français poursuivre certaines de leurs activités.
Mais surtout le Congo est en train de bénéficier de la politique pétrolière de l'impérialisme. Tant que tout allait pour le mieux du côté du Golfe et des pays arabes, ELF-ERAP ne trouvait presque pas de pétrole au Congo, malgré de nombreuses années de recherches et de forage. Puis, au fur et a mesure que le prix du pétrole a augmenté, et surtout depuis le déclenchement de la Révolution iranienne, le « miracle » s'est accompli : la production de ELF et celle de l'AGIP italienne devrait ainsi atteindre 5 millions de tonnes en 1982. Déjà, en 1980, les bénéfices pétroliers représentent 62 % du budget de fonctionnement de l'Etat.
Pouvoir contrôler en pleine Zone Franc une production non négligeable d'hydrocarbures est un avantage réel pour les Français. Et le Congo, qui était traditionnellement considéré comme l'un des dernier pays intéressant pour les investisseurs « à cause de son régime prosoviétique » devient soudain (avec le même régime !) un pays hautement séduisant. Le ministre français de la Coopération, Robert Galley, le cite même maintenant comme un pays d'avenir. Et un dirigeant de l'entreprise d'import-export SCOA explique, avant de mentioner le Congo parmi les pays intéressants pour son entreprise, que « ce ne sont ni la Beauce, ni la Brie qui font la solidité de la Zone Franc. C'est le franc CFA, renforcé, ces prochaines années, par la masse des excédents pétroliers de l'Afrique (15) »... La SCOA fait partie du groupe de la Banque Paribas.
Voilà donc ce qui détermine fondamentalement la nouvelle politique des dirigeants congolais ainsi que celle de l'impérialisme français.
L'augmentation de la rente pétrolière va exacerber les formes décrites plus haut du néocolonialisme au Congo. La classe dirigeante va pouvoir s'enrichir démesurément. La paysannerie va toujours plus déserter les campagnes comme c'est déja le cas au Gabon voisin. Les villes vont s'hypertrophier d'une surpopulation de miséreux et de laissés pour compte comme au Nigeria (16). Les écarts de revenus vont s'accroître et la bourgeoisie congolaise va continuer étendre champ de spéculations. L'augmentation considérable du budget de l'Etat va favoriser les dépenses improductives d'une classe dirigeante assoiffée de prestige et de luxe. Ainsi iront les choses au Congo dans les années à venir.
Congo connait situation scolaire absolument exceptionnelle pour
12. Pierre Savorgnan de Brazza, explorateur et colonisateur français d'origine italienne (né à Castel Gandolfo en 1852, mort a Dakar en 1905). Après avoir étudié à l'Ecole navale dans les annees précédents immédiatement la Commune de nationalité francaise en 1874. Explore à partir de 1875 le cours du fleuve Ogooué et parvient jusqu'au Congo où il fait accepter un traité de souveraineté au roi Makoko. De 1887 à 1897, il fut commissaire général du gouvernement de la un pays néocolonial. En effet, près de 95 % de la jeunesse est scolarisée. C'est là un facteur important de prise de conscience dès lors que la concentration des scolaires et l'enseignement, même médiocre - legs de l'époque coloniale permettent une approche de la compréhension du monde.
Incontestablement, l'avenir des luttes dans ce pays, pour un mouvement d'indépendance de classe, partira des rangs de la jeunesse des faubourgs. Les quelques grèves qui éclatent de temps en temps aiguisent peu à peu la contestation de la jeunesse. Mais il faudra encore beaucoup de temps pour qu'un mouvement de masse s'organise
Il faudra notamment définitivement écarté le danger d'affrontements régionalistes et tribaux. Dans un pays où le pouvoir sait si bien utiliser ces armes, la conscience de classe ne se constituera qu'en faisant reculer les rivalités ethniques qui affectent aussi la jeunesse.
Il s'agit là d'un véritable problème dans une capitale comme Brazzaville où les quartiers Sud comme Makelekele et rassemblant les populations Laris et Bacongo, font face aux quartiers « nordistes » comme Mougali, Ouenze ou
En l'absence de toute opposil'absence de grande expérience de lutte de classes, il est toujours possible de voir la lutte contre le PCT se transformer en affrontement régionaliste. l'équipe de football de l'« Etoile Congo », composée de joueurs du Nord qui est soutenue par le pouvoir au point de susciter des affrontements sérieux dans les tribunes lors des matchs.
Le Congo, sorte de monstre historique où l'on gouverne au nom du « marxisme-léninisme », Etat bourgeois doté d'une économie contrôlée par l'impérialisme français, est au cœur d'une zone agitée. Le Zaire et l'Angola sont ses voisins. Il est donc important de suivre les péripéties d'un régime qui, malgré la très grande faiblesse de son équipe dirigeante, a réussi — aussi paradoxal que cela puisse
- à trouver aussi bien à l'Ouest qu'à l'Est des soutiens politiques et économiques qui lui ont permis de consolider son assise juqu'à maintenant.
10 avril 1980. Colonie de l'Ouest africain, appelée par la suite Congo français (Afrique équatoriale française).
13. C'est au cours de la même période que l'on a appris qu'un voyage de Sassou Nguesso à Moscou avait été annulé.
14. C'est le gouvernement français qui fournissait en catastrophe les sommes nécessaires au paiement tardif des fonctionnaires.
15. Le Matin, 19 décembre 1980. 16. Cf. notamment le Monde diplomatique, novembre 1980.