Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

La tradition des universités populaires, symbole de la résistance nationale polonaise

Inprecor n° 103, 8 juin 1981 · p. 29-31 · 2 186 mots

Pologne Syndicalisme

Lors d'un passage à Torun en mars dernier, Lena Kuczynska, l'une des principales responsables du Centre de recherches sociales et syndicales du MKZ de cette ville, qui a impulsé la tenue du ler Congrès des universités populaires de Pologne, nous a longuement parlé des objectifs poursuivis actuellement par tous ceux qui sont convaincus de l'importance de tels centres culturels pour le développement futur de « Solidarité ». Nous reproduisons ici ces propos sur l'histoire Pologne et leur longue tradition. La première université populaire de Pologn ate de 1869. Alors sous domination russe et tchequ innombrables périodes d'occupation de son histoire. La création d'écoles populaires ouvertes à tous visait à maintenir les traditions nationales et à encourager ment, mais il ne parvint pas à l'empêcher de prendre de l'ampleur. Les cours avaient lieu dans des maisons privées, et on y enseignait aussi bien l'histoire et la littérature que l'économie ou la sociologie. La phase de libéralisation qui suivit la révolution russe de 1905 entraîna la légalisation de ces universités qui prirent dès lors une importance d'autant plus grande. le type de cours mentionné plus haut, on commença à y dispenser des cours de vulgarisation scientifique ainsi que des cours destinés plus particulièrement aux femmes désireuses d'obtenir une qualification professionnelle (couturière, jardinière d'enfants, pédia leur permettant d'avoir Cela permit en effet à la plupart d'entre elles de trouver du travail. « Lorsqu'en 1918 pendante, loin de retomber, le mouvement connut au contraire un nouvel essor, devenant une véritable institution scientifique de grand renom. Des centaines de milliers de gens y obtinrent des diplômes de caractère universitaire en économie, en histoire sciences expérimentales. Ces universités constituaient un élément important de la culture polonaise dans la mesure où, loin de se limiter a la formation de l'élite, elles jouerent un role essentiel dans leducation de la classe ouvrière et de la paysannerie. * De très nombreuses personnes continuèrent d'ailleurs à suivre les cours dispensés clandestinement durant la Deuxième Guerre mondiale, dans des conditions extrêmement difficiles, parmi lesquelles beauressurgir l'image stéréotypée du Polonais affalé devant sa télévision, trop paresseux pour prendre une part quelconque à la vie culturelle, trop avachi pour éprouver l'envie d'élargir ses connaissances, passif pour faire l'effort de maintenir les liens qu'il pouvait avoir avec les gens de son entourage, sur son lieu de travail ou dans telle ou telle organisation.

Cette image stéréotypée a été balayée par l'ébranlement d'août 1980, et, désormais, nombreux sont volontiers et sans regret leur fauteuil de télévision pour participer à des réunions du syndicat. Sous-estimer ces modifications dans les comportements, qui sont le fait des transformations politiques et sociales intervenues dans le pays, constituerait une grave erreur. L'influence et l'autorité que s'est gagné « Solidarité » sont appelées à jouer un rôle déterminant pour amplifier ce mouvement de réveil

La tradition des universités populaires, guerre.

pour les ouvriers, des universités populaires en que de propager un

Pologne connaissait l'une l'idéologie stalinienne.

bien entendu de réprimer le mouve au pouvoir tsariste.

re population.

mouvement de la Pologne devient indé moyen coup de ceux qu'on retrouva à la tête du Parti socialiste et du Parti communiste au lendemain de la

« Les staliniens ne virent pas d'un bon œil l'impact des deux universités alors existantes — l'une l'autre pour les paysans - et ils s'arrangèrent pour en prendre le contrôle après les avoir fusionnées en 1948. Le nouvel organisme ainsi créé joua encore un rôle important dans la lutte contre l'analphabétisme après la Deuxième Guerre mondiale, mais connut un déclin très net après 1956, à partir du moment où il devint évident que cette nouvelle université populaire avait moins pour but de dispenser une éducation aux paysans et aux ouvriers, certain type de conceptions théoriques et scientifiques fortement marquées par

« Dès lors, l'action du gouvernement parvint à éliminer peu à peu de la vie sociale, toute forme de créativité culturelle et l'on vit disparaftre progressivement la conscience, jusque là fortement ancrée dans la population polonaise, que l'éducation extra-scolaiétait un élément déterminant de la formation de tout un chacun. C'est ainsi qu'on en vint à la situation récente, où l'école et la TV avaient le monopole quasi exclusif de l'éducation, ce qui se traduisait par un endoctrinement et un abrutissement éhontés de la

« Dès la naissance de " Solidarité ", les intellectuels qui s'étaient rangés aux côtés des travailleurs ont immédiatement pensé à rescuciter la tradition des universités populaires. Face à l'extraordinaire contestation qui se développait dans le pays, il apparaissait évident que de tels centres d'éducation et de débats ne pourraient que jouer un rôle positif pour permettre à la classe ouvrière de donner toute la mesure de ses moyens. Les travailleurs ont souvent de la peine à formuler clairement les besoins qu'ils ressentent ou à traduire sur le plan théorique le résultat des expériences qu'ils font, tout simplement parce qu'ils ne maítrisent pas la langue. Mais cela s'apprend...

« Et les universités populaires représentent un "rééducation les intellectuels autant que pour les travailleurs, après des décennies d'idéologie et de propagande staliniennes ! »

Propos recueillis par Jacqueline ALLIO Torun, ler mars 1981. Manifestation d'étudiants à Varsovie (DR)

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Jusqu'à maintenant, toute la cul- dire ture ouvrière officielle consistait en une entreprise douteuse tendant à organiser des distractions de masse, en éliminant complètement toute attitude créatrice chez les travailleurs. Ce qui avait pour conséquence que la culture et l'éducation dispensées à la classe ouvrière étaient bien différentes de celles dont pouvait bénéficier l'intelligentsia. s'agissait là, à n'en pas douter, d'une manifestation mépris à l'égard des ouvriers et une prétention à diviser la société selon le niveau culturel atteint.

Il s'agissait, à l'évidence, d'une manipulation, génératrice de divisions, dans la mesure où elle favorisait un abaissement général du niveau de conscience des masses, du fait de la diffusion inégalitaire des possibilités de développement culturel (voir la censure), et de l'affadissement de son contenu qui constituait un obstacle à l'adoption de tout attitude créatrice.

Et pourtant, de même que nous avons tous un estomac, nous avons tous sensibilité... sauf que cette dernière a besoin d'être alimentée sous une forme autrement plus riche et différenciée.

De tout ce qui précède, il résulte que les normes actuellement en vigueur en matière d'éducation et de culture doivent être radicalement transformées, si l'on veut qu'éducation et culture susciquelqu'intérêt et une attitude créatrice de la part des gens.

Cela ne veut bien évidemment pas Une caisse de grève de « Solidarité » (DR)

qu'il faille renoncer aux aspects positifs qui pouvaient exister dans l'activité culturelle traditionnelle, comme les conférences, les expositions, les concerts, etc., mais cela signifie qu'il nous faut réfléchir aux formes nouvelles que prendront les activités collectives à l'avenir, avec la préoccupation de susciter de la part de la classe ouvrière un nouveau rapport subjectif au contenu de la culture et de l'éducation.

LES EXIGENCES DES

UNIVERSITES POPULAIRES

Le résultat de la politique culturelle menée par les autorités en matière de culture et d'éducation, du fait de l'existence de la censure et de la propagande abrutissante diffusée par les mass media, a été que le niveau de conscience des larges masses de notre pays a été sérieusement nivelé par le bas et que, malgré les efforts déployés par de nombreux groupes non-conformistes, l'indifférence générale s'est installée quant à la nature et au économique ou éducatif des activités culturelles.

Le caractère unilatéral et le schémaleur caractéristique faisaient qu'il n'était pas possible à chacun d'exprimer ses besoins du point de vue du développement de sa personnalité et, de façon plus générale, cela ne faisait qu'accentuer la passivité et la paralysie de la pensée.

S'il faut reconnaître que cette politique a suscité en réaction des tentatives de développement d'activités culturelles extra-officielles, et tout un courant underground de culture, cela a avant tout signifié pour le plus grand nombre une marginalisation par rapport aux valeurs de la culture, le fait de devoir se contenter d'une sous-culture qui était celle de la télévision et des débits de boisson.

Les tentatives menées par de nombreux travailleurs de la culture et de l'éducation, animés par le désir de faire connaitre ces valeurs culturelles et nationales, étaient vouées à l'échec du fait du niveau extrêmement bas des subventions accordées par l'Etat et des conditions de

Tout ce qui vient d'être exposé, et le peu de cas qui était fait de la culture jusqu'à présent, ont amené « Solidarité » à prendre en charge cette tâche difficile.

La) Nous proposons organisés des cours et des conférences sur des sujets intentionnellement passés sous silence jusqu'à maintenant, dans les domaines de l'histoire, de l'économie, du droit, de la sociologie, etc.

Mb) Nous proposons l'organisation systématique de conférences, données par des spécialistes des problèmes syndicaux, sur l'histoire du mouvement syndical, sur les droits et devoirs de ses membres à la lumière de la législation en vigueur, sur la question de la présentation au Parlement d'une législation du travail, et bien

Gc) Nous proposons dans le même sens l'élargissement des activités des universités populaires aux activités culturelles, non seulement pour garantir continuité des traditions du milieu, de la région ou de la nation, mais également pour assurer l'élévation générale niveau culturel.

Les activités déployées par l'Université populaire impliqueront de la sorte de multiples possibilités d'initiative : favorisant la confrontation de divers points de vue sur de nombreux problèmes, elles permettront a d'utiliser largement les possibilites de développer sa personnalité.

L'Université populaire devrait avoir un caractère :

La) ouvert et universel, afin que des personnes ayant des points de vue différents puissent prendre la parole dans ses forums, et que chacun puisse écouter leurs arguments et en discuter avec eux, sur la base de ses propres connaissances, selon son libre choix, selon ses besoins comme ses désirs.

Mb) pluraliste, afin d'offrir la possibilité que tout problème soit abordé sous plusieurs angles, pour inciter chacun à la réflexion, à l'activité intellectuelle autonome, à l'élargissement de ses horizons, à l'approfondissement de sa sensibilité et à l'accroissement de son savoir ; afin de lutter contre le schématisme et la passivité, les jugements unilatéraux et l'hégémonie d'un seul type de pensée.

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Gc) syndicale, afin de tendre au développement intégral de la personnalité des membres du syndicat, pour asurer à ces derniers l'acces aux valeurs spirituelles tout en luttant contre toute conception politique qui tendrait à vouloir changer le caractère du syndicat.

PROPOSITIONS

PROGRAMMATIQUES Nous proposons : a) que toutes les universités populaires fonctionnant dans le cadre de « Solidarité » portent le nom d'Université populaire syndicale.

Mb) que les universités populaires syndicales travaillent en s'appuyant sur les activités tions universitaires, culturelles et d'éducation, ainsi que sur les organisations sociales et les associations artistiques, etc.

Gc) que chaque université populaire soit dotée d'un conseil composé de membres élus de « Solidarité », responsable de l'élaboration de son programme d'activité et dont les tâches seraient :

- de centraliser l'information concernant les besoins en matière de programmes ;

- de formuler et, après une large consultation, de ratifier les programmes de l'université ;

d'autres universités populaires ;

versité populaire ;

de travail commun avec eux.

commun, en des institudans la région concernée.

sités populaires détermine les les plus importants qui devraient abordés en priorité par toutes les univernaise, la violation des lois, la question des statuts, etc.

Nous

- de nouer des contacts avec d'autres secteurs de « Solidarité » et avec

- d'impulser les activités de l'Uni- de procéder à des échanges d'expériences avec les autres centres de recherche et de mettre en place un cadre

Pd) que, compte tenu qu'il n'est pas possible de mettre sur pied des universités populaires partout, les centres plus importants prennent en charge l'organisation d'activités de même nature dans les villes de moindre importance et qu'ils recensent les besoins et les possibilités au niveau de leur région, en fixant éventuellement un rayon d'action à l'université populaire en question sur un territoire donné, pour assurer un niveau d'activité et d'éducation sensiblement plus élevé

Be) que le ler Congrès des univerthèmes être sités populaires ; par exemple : les droits du citoyen, l'activité des syndicats, les travaux de la Diète (Parlement) poloferons d'autres propositions de thèmes à traiter sous une forme écrite

A la volonté de lutter, se joint la volonté de comprendre et d'apprendre (DR)

qui sera distribuée au cours du Congrès, et nous attendons en retour des remarques sur cette question.

OBSERVATIONS FINALES Nous souhaitons que le ler Congrès des universités populaires syndicales constitue une rencontre qui soit la première d'une longue série de rencontres analogues, et qu'il constitue un forum permettant un échange d'expériences, d'avis et d'opinions sur tout ce qui touche à l'activité des universités déjà existantes.

Nous espérons que tous ceux qui sont intéressés par le projet de mettre sur pied une Université populaire liée au syndicat participeront ces qu'ils apporteront leur contribution l'avancement des travaux de ce congrès, et que les décisions qui y seront prises nous permettront à tous d'aller de l'avant.

Nous voulons croire que le ler Congrès national des universités populaires syndicales se révélera fructueux pour l'activité de ces dernières. • Centre de recherches sociales et syndicales

Université ouvrière syndicale MKZ de TORUN ler mars 1981.

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