Le capitalisme en accusation au procès du Socialist Workers Party (8WP)
gi leur audience parmi les 160 000 mem- ouvrier depuis 1848 a révélé des agisse-
ETATS-UNIS Tom MARTIN
New York City.- L'un des procès les plus sensationnels de l'histoire judiciaire américaine vient d'entrer dans son second mois, devant le Tribunal fédéral de Foley Square.
Chaque jour ou presque, la cour se voit présenter de nouveaux témoignages sur les crimes commis par l'accusé. Espionnage, écoutes téléphoniques, interceptions du courrier, poses de micro, actions terroristes. Tout est déballé. La plupart des faits ne sont d'ailleurs même pas contestés. Et pourtant, les grands médias n'ont pas encore trouvé ni la place ni le temps pour rendre compte de ce procès. Il est vrai qu'il ne s'agit pas d'une vieille affaire ni de n'importe qui. Les accusés qui passent en procès sont les gouvernants de la plus grande puissance que le monde ait jamais connue : le gouvernement des Etats-Unis et ses agences de renseignement. Ce qui est mis en cause, c'est tout l'appareil grâce auquel l'étroite minorité que représente la classe capitaliste maintient son pouvoir sur l'immense majorité de la population des Etats-Unis (1). Cette affaire a mis près de huit ans avant de venir devant un tribunal. Ce sont les trotskystes du Socialist Workers Party (SWP) qui ont attaqué en justice le gouvernement américain et ses agences de renseignement. Ils ne demandent pas moins de 40 millions de dollars de dommages et intérêts pour le préjudice causé par les actions illégales menées par le FBI (Federal Bureau of Investigation) et les autres agences gouvernementales, ainsi que l'interdiction formelle pour le gouvernement de mener à l'avenir ce type d'activités illégales contre eux. Les trotskystes américains cherchent à obtenir par là une déclaration du tribunal reconnaissant que la législation qui a été utilisée par le gouvernement pour justifier ses actions de harcèlement - comme les fameux Smith Act et Voorhis Act - est contraire à la Consti. tution des Etats-Unis (2).
Ce que cette affaire révéle, cependant, va bien au-delà des révélations sur l'espionnage gouvernemental ; le plus significatif, c'est que ce procès ait pu s'ouvrir. Le secrétaire national du SWP, Jack Barnes, a déclaré : « Si nous avions engagé ces poursuites dans les années 1950. nous aurions été vidés du tribunal immédiatement dans un grand éclat de rire. »
La démarche qui a amené le SWP a entamer ces poursuites en juillet 1973 a été expliquée par le dirigeant de l'organisation Larry Seigle lors d'une discussion qui s'est tenue lors de la Conférence d'é« Notre décision a été fondée sur l'appréciation que nous avons faite des changements dans les rapports de forces à l'échelle mondiale, et des problèmes et des divisions tactiques que cela ne manquerait pas d'entraîner à long terme pour la classe capitaliste. L'initiative que nous avons prise en 1973 n'aurait pu être couronnée de succès vingt, dix ou même cinq ans plus tôt. Il aura fallu la guerre du Vietnam, la fin de la longue période d'expansion économique et le scandale du Watergate, avec toutes leurs conséquences, pour que nous puissions envisager de faire ce que nous avons fait. Il s'agissait pour le petit parti de marxistes révolutionnaires que nous sommes de s'en prendre politiquement et légalement aux services secrets, en les attaquant directement et de façon agressive. Nous étions convaincus qu'une petite organisation qui agit au sens large dans les intérêts d'une classe tout entière peut avoir un impact important, servir d'exemple et inciter des forces beaucoup plus larges à entrer en mouvement. Nous avons considéré que le moment était favorable pour nous en prendre au FBI. Et tout ce que nous avons dit alors se révèle encore plus vrai aujour-
Tandis que le procès se déroule devant le tribunal de Foley Square, les militants du SWP et de la YSA (Alliance des jeunes socialistes) ont été en mesure porter les problèmes soulevés au procès au cœur d'une série de mobilisations de la classe ouvrière contre la politique de l'administration Ronald Reagan. Ils ont élarbres de l'United Mineworkers of America des mineurs américains) qui sont en grève depuis le début du mois d'avril pour la renégociation de leur contrat ; parmi les 100 000 manifestants qui ont défilé en direction du Pentagone le 3 mai dernier à Washington pour réclamer la fin du soutien américain à la junte salvadorienne ; parmi les 25 000 cheminots qui ont manifesté dans le District fédérai quelques jours plus tôt pour protester contre les réductions budgétaires opérées par Ronald Reagan ; parmi les millions de Noirs qui demandent que l'on mette fin à la série de crimes racistes à Atlanta (Geor-
Ce qui se passe devant le tribunal de Foley Square est partie prenante d'un défi qui monte des populations laborieuses américaines contre les dirigeants de la politique capitaliste actuelle. C'est pour cela que le gouvernement se trouve plutôt en position d'accusé que d'accusateur. En portant l'affaire devant les tribunaux, les trotskystes nord-américains ne se sont pas contentés de mettre en lumière les activités illégales du gouvernement, ils ont également eu l'occasion d'expliquer de façon détaillée le genre de société alternative qu'ils voudraient voir s'instaurer et comment y parvenir. C'est le capitalisme lui-même qui est jugé, aussi n'est-il pas surprenant que ses porte-parole dans les médias préfèrent cacher aux travailleurs la vérité à ce propos.
Quand le SWP et la YSA ont entamé les poursuites judiciaires en 1973, ils n'ont pas eu besoin de se creuser beaucoup la tête. Larry Seigle explique: « Nous nous sommes assis à une table avec notre équipe de juristes et nous avons rédigé ce que les hommes de loi appellent une plainte dans laquelle nous avons résumé notre affaire. Dans cette plainte, nous avons accusé le gouvernement, le FBI et d'autres agences de renseignement d'être impliqués depuis 1938 dans un complot tendant à entraver l'action du SWP. Nous avons expliqué que ce complot comprenait l'utilisation d'informateurs, de vols de documents, la constitution de listes noires, l'écoute des conversations téléphoniques, la pose de micros. l'ouverture du courrier et d'autres actes illégaux. Nous avons accusé les flics d'avoir prêté la main à des terroristes d'extrême droite lors d'agressions physiques perpétrées contre le parti et la YSA. Nous avons également mis dans cette plainte tout ce qui nous est venu à l'esprit, tout ce que l'histoire du mouvement ments de la police secrète. Bien sûr, nous n'avions aucune preuve. Nous savions qu'au sein même du gouvernement, Département de la Justice, au FBI, à la Maison Blanche, notre plainte ferait l'effet d'une bombe, parce que — comme
1. Lire Inprecor, numéro 101, du 13 mai 1981, Janice Lynn, « Le procès du Socialist Workers Party (SWP), un défi aux manœuvres policières US ».
2. Le Smith Act comme le Voorhis Act sont deux lois votées par le Congrés en 1940, à la veille de l'entrée en guerre des Etats-Unis (attaque japonaise contre Pearl Harbor, 7 décembre 1941). La première restreint la liberté d'opinion et a été utilisée dès 1941 contre 28 dirigeants du Syndicat des Teamsters (camionneurs) de Minneapolis et du SWP : la seconde a contraint le SWP a rompre ses liens avec la IVe Internationale (ce qui ne l'a pas empêché de maintenir des liens fraternels et une collabora-
lions de dollars de dommages et intérêts. troisieme phase du procès, une fois claireactions illégales, mais le Département de la Justice en rechercherait les responsables ; et cela ne se reproduirait certainement plus. En septembre 1976, le FBI reçut l'ordre d'interrompre son enquête vieille de 38 ans sur le SWP. Le SWP ne pourrait-il pas en retour retirer sa plainte et en rester là ? Comme récompense, le gouvernement proposa même à l'époque un arrangement à l'amiable qui aurait rapporté au SWP et à la YSA plusieurs milMais les trotskystes refusèrent catégoriquement cette offre en considérant qu'il s'agissait là d'une tentative désespérée de faire croire que le FBI avait changé de cibles et d'empêcher que toutes les actions illégales et violentes du gouvernement soient mises à nu.
La situation difficile dans laquelle s'était mis le gouvernement est apparue encore plus clairement en 1977 lorsque le juge chargé de l'affaire, Thomas P Griesa, ordonna au FBI de communiquer au SWP 18 dossiers sur des informateurs Le SWP popularise le procès qu'il a engagé (DR) REND 13007 nab E
SOCIALISTS PUT
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THE MILITANT
BO SATI ted 8895 M.T placés au sein du parti. Quand l'attorney général (procureur) Bell refusa d'obtempérer, le juge Griesa l'inculpa d'outrage à la cour, et il n'échappa à la prison que parce que la cour d'Appel contourna l'ac cusation en expliquant que l'attorney gé. néral, — le principal personnage de la hiérarchie judiciaire américaine → était au- dessus des lois...
Cette conduite a été déterminante dans l'attitude du gouvernement lors de la •ment établi que le SWP et la YSA iraient jusqu'au bout pour que le procès se tienne. Comme l'un des documents communi qués par le gouvernement à l'instruction l'explique ouvertement, il s'agit de savoir si le gouvernement a le droit d'être informé des activités de groupes qui se prononcent ouvertement pour des transformations révolutionnaires...
Cette attitude a été confirmée par l'agent spécial du FBI Charles Mandigo, lors de sa déposition devant le tribunal, le 13 avril. Charles Mandigo a critiqué « la pré
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somption selon laquelle les enquêtes des plaignants pourraient se justifier seulement sur la base de la stricte liste des possibles violations criminelles qui auraient été commises. Ce n'est pas le cas : il existe une autorité indépendante sous les ordres du président des Etats-Unis pour mener des enquêtes touchant à la sécurité nationale. En effet, notre avocat est en train d'expliquer maintenant que le président, le gouvernement américain et l'ensemble de ses agences ne sont pas tenus à appliquer strictement la loi, la Charte des droits ni la Constitution. Ce sont eux qui fixent les règles, ils n'ont done pas à s'y plier ».
Pouvait-on rêver plus beau cadeau que cette déclaration pour montrer la force des idées du marxisme révolutionnaire ? Car, ce qui incontestablement est en jeu dans ce procès, ce sont les idées du SWP et de la YSA. Et c'est là que le gouvernement est le plus vulnérable.
L'une de ses dernières tentatives de contre-attaque a été une déclaration du Service de l'immigration et des naturalisations (INS) qui affirme qu'il pourrait être envisagé que « les membres ou les sympathisants » du SWP qui ne sont pas citoyens américains soient expulsés on déportés sur la base du fait que leur parti « propage les doctrines du communisme mondial », défini comme celles d'une « dictature totalitaire par l'Immigration and Naturalisation Act (Loi sur l'immigration et la naturalisation) votée en 1952 en pleine campagne maccarthyste.
Mais qui sont les vrais totalitaires? Les trotskystes ont eu beaucoup de mal à expliquer au tribunal leurs conceptions de la démocratie ouvrière, la règle de la majorité au travers des institutions de type soviétique, le droit des opposants à la liberté d'expression et d'association (y compris à former des partis), sauf s'ils tentent de renverser par la force le régime prolétarien. Les dirigeants du SWP ont tout particulierement souligné leur soutien à la lutte pour les libertés démocratiques engagée par « Solidarité » en Pologne. Comme le soulignait un éditorial de The Militant, l'hebdomadaire du SWP, « les socialistes sont les plus fermes opposants de toute dictature totalitaire; ce sont les pratiques du gouvernement - telles qu'elles sont mises en lumière dans le procès en cours - qui portent la indubitablement la marque du totalitarisme ».
Une autre question qui a été au centre des débats a été celle de la violence et du « terrorisme ». Le SWP nie faire l'apologie de la violence, mais il n'y renonce pas non plus. Le candidat du SWP à l'élection présidentielle de 1980, Andrew Pulley, a résumé en deux mots la position marxiste en s'adressant au juge : « Ce que je dis, Votre Honneur, c'est que le gouvernement des Etats-Unis ne tolerera pas que la majorité du peuple américain change les choses dans l'ordre et démocratiquement. C'est pour cette raison que notre gouvernement a organisé des coups d'Etat dans le monde entier et mis en place des régimes totalitaires. C'est pour cela qu'il a mis et maintenu au pouvoir le chah d'Iran, qu'il entraîne ses hommes de main
aux techniques les plus avancées de terrorisme.
« Comme l'a prouvé le peuple cubain, mais aussi l'histoire même des Etats-Unis, c'est que, lorsque la masse de la population décide de changer fondamentalement la société, elle est confrontée au problème de la force et de la violence par le gouvernement en place et par les organisations d'extrême droite qui sèment la terreur pour maintenir le statu quo. L'expérience du peuple de Cuba, la guerre de Sécession américaine (1861-1865) ou la guerre d'Indépendance (17 juin 1775-19 octobre 1781), ont montré que les masses doivent se défendre effectivement elles-mêmes si elles veulent aller de l'avant. »
Ce que le gouvernement n'arrive apparemment pas à comprendre, c'est que le SWP et la YSA luttent ouvertement pour les idées auxquelles ils croient. Les avocats de la défense (3) gaspillent des heures et des heures a essayer de « piéger » les trotskystes les faire se contredire. Ce faisant, ils font une illustration de la mentalité des politiciens capitalistes qui promettent une chose pour faire exactement l'inverse. Et, en même temps, ils donnent aux témoins cités par le SWP et la YSA une occasion inespérée de disséquer les opérations montées par l'Etat capitaliste et exposer les alternatives marxistes.
Andrew Pulley, dirigeant du SWP, à l'audience (DR)
Le SWP et la YSA savent que le harcèlement mené par l'Etat ne cessera pas, quelle que soit l'issue du procès, mais leur objectif est ailleurs. Comme Andrew Pulley l'a expliqué dans une déclaration faite à la veille de l'ouverture du procès : « Les attaques racistes, la violence, les mœurs anti-démocratiques ne sont pas le fait d'un seul politicien, d'un parti ou d'une agence gouvernementale en particulier. Il ne s'agit pas d'une aberration. La petite poignée de banquiers et d'hommes d'affaires qui dirigent ce pays, tout comme le Parti républicain et le Parti démocrate qui servent leurs intérêts, sont obligés d'employer ces méthodes pour préserver leurs profits, leur propriété et leur pouvoir. »
En amenant ce procès à mettre à nu les méthodes du pouvoir capitaliste, le SWP et la YSA agissent dans l'intérêt des millions de victimes de l'impérialisme américain de par le monde et participent de l'accentuation de son déelin. Ce faisant, ils se sont attirés une large reconnaissance des autres opposants à l'administration américaine, comme le militant noir des droits civiques, l'acteur comique Dick Gregory l'a noté : « Je suis heureux que le Socialist Workers Party ait mené le combat jusqu'au bout et n'ait pas hésité, qu'il soit au contraire de plus en plus ferme sur ses positions. Il y a beaucoup de gens que le gouvernement peut acheter
Cet appel a été entendu... L'effort accompli ne peut faiblir ! Nous lançons donc l'appel suivant : abonnement échu, et ce avant l'été ; Sans tarder. FRANCE Ab. ordinaire .....
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N'étant pas parvenu à acheter le SWP et la YSA, les capitalistes américains tentent aujourd'hui de les réduire au silence au travers du boycott du procès par les médias à leurs ordres. C'est à juste titre qu'ils craignent que les masses laborieuses puissent s'intéresser aux idées trotskystes, au moment où le nouveau budget de Ronald Reagan cherche à réduire le niveau de vie des masses pour permettre l'accroissement des dépenses militaires.
Mais, de la même manière que le SWP a quotidiennement témoigné de son internationalisme devant le tribunal de Foley
Square, les marxistes révolutionnaires de par le monde peuvent contribuer à briser ce mur du silence en faisant connaître cette affaire par tous les moyens possibles. Les camarades du SWP et de la YSA qui ont engagé leurs maigres ressources contre la plus puissante classe dominante du monde n'en attendent pas moins.
Tom MARTIN
New York, le 10 mai 1981.
3. Le SWP et la YSA étant demandeurs, c'est le gouvernement des Etats-Unis et ses agences qui ont à se défendre.
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