Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GRANDE-BRETAGNE

Postface

· Inprecor n° 103, 8 juin 1981 · p. 14-15 · 1 284 mots

Grande-Bretagne Syndicalisme Paix et armements

La campagne au sein du Parti travailliste a pris une nouvelle ampleur au cours de ces dernières semaines. Dennis Healey a développé, dans deux discours, le contenu de sa campagne. Le premier discours a été prononcé au Parlement le 7 mai dernier. Il a expliqué que l'OTAN et les armes nucléaires avaient garanti la paix depuis 32 ans. Le Times a reproduit avec enthousiasme ses déclarations, les considérant comme un appel plus ou moins direct au consensus avec le gouvernement conservateur sur les sur l'OTAN (5). Il n'est pas besoin de s'étendre sur le fait que ces déclarations sont en flagrante contradiction avec la politique du Parti travailliste. Le second discours a été prononcé lors du Congrès du EEPTU (Syndicat des électriciens). Ce syndicat a probablement la direction la plus droitière qui soit, et son soutien à Dennis Healey est acquis. Ce dernier a déclaré à cette occasion que Tony était soutenu par les « communistes et les

5. « Healey soutient les conservateurs sur la question de l'OTAN et de la politique nucléare » titrait le Times du 8 mai 1981. Lire également Inprecor, numéro 90. du 3 décembre 1980, Phil Hearse, « Grande-Bretagne : 80 000 contre les Cruise Missiles ! ».

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trotskystes qui ont recours à des mensonges éhontés dans leur campagne de dénigrement ». A ce soutien du EEPTU il faut ajouter celui du UPW (Syndicat des postiers), syndicat traditionnellement modéré, qui garantit à Dennis Healey 187 000 votes bloqués.

Le centre et la droite du parti qui ont sur pied « Solidarité », avec une orientation claire contre la gauche et Tony Benn, peuvent maintenant compter sur le soutien de 100 députés. 11 000 exemplaires du bulletin de liaison de « Solidarité » ont été distribués avec comme titre « Pourquoi Benn a tort de se présenter ». Le bulletin s'est fait l'écho de la chasse aux sorcières organisée par Dennis Healey depuis qu'il a publié la liste des organisations d'extrême gauche qui soutiennent Tony Benn et « qui exercent des pressions extra-parlementaires sur le Parti travailliste ... ».

En ce qui concerne Tony Benn, la dynamique de sa campagne mée au départ par les médias et même au sein du Parti travailliste - s'est confirmée. Dans la ligne du changement de ton opérée par Alex Kitson et la direction du d'Eric Heffer, autre dirigeant reconnu de la gauche, mais qui s'était éloigné de la ligne la plus radicale exprimée par Tony Benn, de revenir sur son opposition. Face au soutien massif que rencontre Benn dans la base militante de la gauche travailliste, il a retiré sa propre candidature. Il y a quelques semaines à peine, il soutenait encore que la candidature de Tony Benn était une erreur qui nuisait à l'unité du parti et qui mettait en danger « les acquis » de la gauche.

Le SOGAT (un des syndicats de l'imprimerie) a décidé la semaine dernière de donner ses 60 000 votes bloqués à Tony Benn. Son secrétaire général, Bill Keys - tout comme Erie Heffer et Alex Kitson - avait également recommandé à Tony Benn de ne pas se présenter. Plus significatif encore a été la victoire - même remportée de justesse - de Tony Benn à la conférence de l'ASTMS (Syndicat des employés de bureau) qui lui garantit 147 000 votes bloqués. La décision de voter pour lui a été prise contre l'avis de la direction du syndicat et de son secrétaire général, Clive Jenkins, « l'enfant chéri des médias ». A la veille du vote, Tony Benn s'était adressé à une réunion de 500 délégués.

Des développements similaires à la base continuent de marquer la campagne Des appels syndicaux ont été lancés dans plusieurs endroits, comme à Manchester et à Birmingham, et ont reçu un accueil très favorable de la part de membres du Parti travailliste, de sections locales, de sections syndicales, de comités de shop steward (délégués d'atelier).

L'hebdomadaire marxiste révolutionnaire Socialist Challenge s'est porté aux avant-postes de cette campagne. Ainsi les militants regroupés autour de Socialist Challenge ont-ils proposé une motion en faveur de Tony Benn dans la section syndicale de l'usine Rover, menacée de fermeture, en s'efforçant par là de lier la lutte dens les ateliers avec celle qui a lieu au sein du Parti travailliste.

L'organisation du Parti travailliste du Grand Londres - qui a récemment remporté avec éclat les élections municipales, malgré une virulente campagne anti-ouvrière orchestrée par les conservateurs et leur presse — vient d'apporter son soutien à Tony Benn.

La question irlandaise est maintenant partie intégrante de la campagne, à la suite de la déclaration de Tony Benn à la BBC, réitérant sa position exprimée devant le Comité pour les Affaires intérieures du Parti travailliste, expliquant que « la prébritannique est l'un des aspects du problème », d'où la nécessité d'envoyer une force de maintien de la paix sous l'égide des Nations-Unies pour remplacer les troupes britanniques. La presse britannique a bien évidemment amplifié ses attaques contre Tony Benn après cette prise de position prudente. Dennis Healey s'est fait publiquement l'éces attaques, accusant plus ou moins Tony Benn de défendre des « cri-

Les querelles, entre d'un côté la gauche et de l'autre la coalition de la droite et du centre du Labour, se sont envenimées durant la séance du Parlement du 20 mai dernier quand Tony Benn a entraîné un groupe de 75 députés d'opposition à se prononcer clairement, lors d'un vote, contre le budget de défense du gouvernement conservateur, contre la ligne officielle d'abstention préconisée par la direction travailliste.

Nouveau rebondissement le 25 mai quand John Silkin a annoncé son intention de se présenter à la vice-présidence avec une plate-forme d'« unification du parti ». Antérieurement chargé de représenter les intérets de la Grande-Bretagne auprès de la Communauté économique européenne (CEE), il est loin de s'être distingué durant la compétition pour le

Un congrès du Parti travailliste (DR) poste de leader du Parti travailliste après que Jim Callaghan ait pris sa « retraite ». Tout comme Tony Benn, il est membre du groupe de gauche Tribune - Michael Foot l'est toujours, il faut le préciser -. mais son attitude accomodante le situe plus près des centristes du parti. Son étiquette de gauche lui vient du fait qu'il a défendu avec âpreté les « intérêts britan niques » à Bruxelles. Il se présente com me le candidat du compromis, qui peut ¿ la fois stopper Tony Benn et unifier le parti. Il ne possède pas une base syndicale très importante mais, contrairement à Dennis Healey, il n'est pas détesté par les bureaucrates syndicaux de gauche. Michael Foot, qui n'a jamais été un partisan convaincu de Dennis Healey, pourrait lui apporter son soutien. Il n'est pas possible à ce jour de dire si la canditature de John Silkin pourra jouer contre la dynamique de polarisation entre Dennis Healey et Tony Benn. Sa tâche est pourtant difficile, car, en entrant tardivement dans la course, il ne peut plus compter sur nombre de votes syndicaux qui sont d'ores et déjà acquis à l'un ou l'autre des deux autres candidats. Peut-être mise-t-il sur un match nul entre Tony Benn et Dennis Healey au Congrès du Parti et jouer les hommes providentiels. Les estimations de la presse donnent à Dennis Healey 2 000 000 de votes bloqués apportés par les syndicats de la métallurgie, du commerce, des employés municipaux et des électriciens. Tonny Benn, de son côté, se voit crédité plus ou moins du même nombre de votes bloqués, si les voix du T& GWU lui sont assurées. La lutte se poursuit pour gagner les votes des syndicats de moindre importance. Il est vraisemblable que le résultat final se jouera dans un mouchoir de poche.

Dave HAYES 26 mai 1981.

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