Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

MEXIQUE

Le PRT est légalisé

· Inprecor n° 106, 20 juillet 1981 · p. 24-25 · 1 491 mots

Mexique Syndicalisme

Le Partido Revolucionario de los Trabajadores (PRT - Parti révolutionnaire des travailleurs, section mexicaine de la IVe Internationale) vient de remporter une importante victoire politique en étant légalisé le 11 juin dernier. Après plusieurs mois de silence, le gouvernement mexicain, par l'intermédiaire sion fédérale électorale, a officiellement reconnu le PRT comme parti politique légal. Il obtient ainsi le droit de se présenter aux élections présidentielles de 1982. Cette victoire n'est pas seulement celle du PRT, mais également celle de l'ensemble du mouvement ouvrier, et de ceux qui luttent pour les libertés démocratiques en général.

Antérieurement à la Loi de réforme politique de 1977, les seuls partis politiques légalement reconnus étaient le Partido Revolucionario Institucional (Parti révolutionnaire institutionnel, le parti politique au pouvoir) et ses organisations satellites. Ainsi, par exempie, le seul candidat en lice pour les présidentielles de 1976 avait été José Lopez Portillo, candidat du PRI et de trois autres partis politiques officiels, dont le Partido Popular Socialista (PPS - Parti socialiste populaire). A l'époque le Parti communiste, en accord avec plusieurs autres partis politiques, incluant la Liga Socialista (LS Ligue socialiste, ayant fusionné en 1976 avec une autre organisation sympathisante de la IVe Internationale pour constituer le PRT), avait mené une campagne électorale agressive, non reconnue officiellement, mais qui a abouti cependant à ce que plus d'un million et demi de citoyens déposent des bulletins nuls portant le nom du candidat du PC, Campa.

Le projet politique du gouvernement mexicain était très clair. D'un côté, il veut accroître la crédibilité du système politique, ce que ne pouvait favoriser un scrutin avec un seul candidat en lice. De l'autre, il entend canaliser le mécontentement croissant de larges secteurs de la population en développant une politique parlementaire différente, et en utilisant l'échéance d'une campagne électorale. Ce projet du gouvernement a conduit à faire passer la « réforme politique » au titre racoleur.

La loi était elle-même extrêmement contradictoire et antidémocratique dans son texte. Elle restreint sévèrement le droit de toute organisation pour obtenir ne serait-ce que sa légalisation. Par cette loi le PRT s'est vu privé de son enregistre-

Le PRT est légalisé!

ment provisoire. Au lieu de cela, il n'a été que comme « association politique », forme de reconnaissance mais qui met l'accent sur l'impossibilité de participer aux élections. Même concession n'a été obtenue qu'au prix d'une longue et dure lutte. Néanmoins, l'influence grandissante du PRT, doublée d'une campagne large pour sa reconnaissance comme parti politique, ont forcé le gouvernement à reconsidérer son attitude. Le ministre de l'Intérieur, Enrique Olivares Santana, reconnaissait lui-même que le gouvernement utiliserait dorénapolitique pour établir quelles organisations seraient reconnues, et non par les exigences légales que stipu-

En 1978 le Parti communiste mexicain et le Partido Socialista de los Trabajadores (PST • Parti socialiste des travailleurs, organisation réformiste et populiste, liée politiquement au pouvoir et financée par lui) avaient été reconnus comme partis politiques « à titre provisoire », c'est-à-dire que leur légalisation définitive était conditionnée par l'obtention de 1,5 % au minimum de l'ensemble voix, soit environ 300 000 votes. Le PRT se trouve maintenant appartenir à cette

La campagne pour la légalisation du PRT bénéficiait du soutien de nombreuses personnalités et organisations de la gauche ouvrière et syndicale. Ce soutien est venu tout particulièrement de geants de l'Université et des syndicats enseignants, qui ont joué historiquement un rôle important dans l'histoire du Mexique et dans les luttes sociales de ces dernières années. De même, des députés du PC, aussi bien que pratiquement l'ensemble de toutes les organisations d'extrême gauche et centristes ont apporté leur concours. Parallèlement le PRT a lancé une campagne intense pour obtenir sa légalisation, au travers de la distribution de dizaines de milliers de tracts et d'affiches, et en organisant également un nombre incalcularéunions, et plusieurs meetings importants auxquels ont participé milliers de personnes. Les temps forts de cette campagne ont été respectivement le 12 mars et le 5 avril. Le 12 mars, un meeting devant les bureaux du ministère de l'Intérieur a réuni 2000 personnes avec le soutien d'autres partis politiques qui tentaient eux aussi d'être légalisés. Le 5 avril un autre meeting s'est tenu dans la salle du cinéma Variedades de Mexico pour lancer la campagne présidentielle du

PRT et réclamer sa légalisation; 1 500 personnes y ont assisté.

Au cours de cette campagne pour sa légalisation, le PRT a été une fois de plus en butte à la répression, à cause de son particulièrement gouvernement et ses atteintes aux droits démocratiques, et pour ses appels lancés en faveur de l'amnistie pour tous les prisonniers politiques. Cela est allé jusqu'à des menaces de mort à l'encontre de Edgar Sanchez et Pédro Penaloza, dirigeants publies du PRT et membres de son Bureau politique ; Rafael Torres, dirigeant du PRT, militant du syndicat des enseignants et dirigeant de la tendance lutte de classes dans ce syndicat ; Andréas Ugalde, organisateur pour le PRT à Cuautitlan, dans la banlieue industrielle de Mexico, et Rosario Ibarra de Piedra, candidate du PRT à la présidence de la République et porte-parole nationale du Frente Nacional contra la Represion (FNCR-Front national contre la répres-

Le Frente Nacional Patriotico y Anticomunista (FNPA-Front national triotique et anticommuniste), l'organisation qui a proféré les menaces est soup connée d'avoir des liens avec la police et le BARAPEM (Batalion de Radio Patrulla del Estado de Mexico - Batail!. de patrouilles-radio de l'Etat de Mexico). Le caractère sérieux des menaces lancées par le FNPA est souligné par le fait que cette même organisation a revendiqué le double meurtre du dirigeant syndical enseignant Miguel Nunez Acosta, et du secrétaire général du syndicat de l'usine General Electric de Mexico. Face à ces attaques et aux multiples arrestations et détentions de militants, le PRT a souligné qu'elles ne parviendront pas à le forcer à entrer dans la clandestinité ou à entraver son activité.

La décision du gouvernement le 11 juin n'a abouti qu'à la reconnaissance de deux nouveaux partis, le PRT et le Parti social-démocrate, une petite organisation s'appuyant principalement sur des membres de la classe moyenne, et qui n'a aucun lien avec la social-démocratie internationale. Cela signifie que nombre d'autres partis ouvriers, tels les centristes du Partido Mexicano de los Trabajadores (PMT -Parti mexicain des travailleurs) ; le Partido Obrero Marxista (POM - Parti ouvrier marxiste, lié au Comité paritaire) ; et diverses formations pro-soviétiques et staliniennes comme le Partido Socialista Revolucionario (PSR - Parti socialiste révolutionnaire), l'Unidad de Izquierda Comu-

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nista (UIC - Unité de gauche communiste), le Movimiento de Accion y Unidad Socialista (MAUS - Mouvement d'action et d'unité socialiste) et le Partido del Pueblo Mexicano (PPM - Parti du peule mexicain), n'ont pas encore été légalisés. Le PRT exige que toutes ces organisations soient reconnues elles aussi et il s'est engagé à prendre part à la campagne pour leur annoncé qu'il mettrait sa légalisation au service du mouvement ouvrier. Le Comité central, lors de sa session du 14 mars, a concrétisé son offre par le biais d'une proposition d'unité d'action électorale de la gauche et du mouvement ouvrier pour les présidentielles de 1982, axée autour d'un programme de lutte des classes et de revendications démocratiques, et il a proposé la candidature de Rosario Ibarra de Piedra, dirigeante du Front national contre la répression et mère du militant étudiant « disparu », Jesus Piedra. Pour le PRT, la candidature de Piedra représente sans aucun doute la meilleure expression de l'unité du mouvement ouvrier en même temps qu'elle symbolise d'une façon très claire la lutte pour les droits des prisonniers politiques, des « disparus », pour les libertés démocratiques, contre la répression du régime.

La proposition du PRT a rencontré un écho très favorable à la fois chez les militants inorganisés comme chez certaines autres formations politiques. Ont déjà ap porté leur soutien à la campagne, des organisations telles que l'Union de Colonias Populares (une association d'habitants de bidonvilles qui lutte pour ses propres revendications), le Frente Campesino Independiente de Sonora (une organisation Marxista (une récente scission du Courant ganisation centriste qui publie le magazine du même nom), l'UPOME (un syndicat national étudiant d'origine maoïste), et nombre d'autres groupes locaux. Au sein de la base du PC, une forte pression se fait jour en faveur d'une unité d'action électorale et pour soutenir la candidature Piedra, s'opposant à ce qu'un bureaucrate du PC soit présenté contre elle.

L'ovation qui a accueilli Rosario Ibarra de Piedra quand elle a pris la parole devant un meeting central de 20 000 personnes pour la commémoration du massacre du 10 juin 1971 est une bonne indication de l'écho de sa campagne. Principale oratrice, Piedra reconnue par l'assistance comme sa can-

Les marxistes révolutionnaires au Mexique ont d'énormes possibilités pour faides classes et pour construire le parti révolutionnaire dans la prochaine période. La croissance récente du PRT et son implantation accrue montrent que ces possibilités existent et que la campagne électorale pour les douze mois à venir sera sans doute passionnante.

Fernando ZAMORA 20 juin 1981.

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