Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ETAT ESPAGNOL

Une contre-réforme a commencé

· Inprecor n° 107, 5 août 1981 · p. 19-31 · 16 500 mots

État espagnol Euskadi Syndicalisme

Le coup d'Etat du 23 février 1981 a ouvert une nouvelle étape politique dans l'Etat espagnol. Il aurait pu être le début d'un retour en force du mouvement ouvrier après trois ans de reculs, de défaites et de démoralisation. Les manifestations de masse du 27 février, malgré leur énorme confusion, démontraient que cette possibilité existait.

Mais cent jours après, il est clair qu'a commencé, le 23 février, une véritable « contre-réforme » qui a déjà liquidé de multiples conquêtes politiques de l'après-franquisme et qui menace de les liquider

Le danger d'un second coup d'Etat n'a pas disparu. On ne peut même pas dire qu'il se soit renforcé : il s'est simplement installé. Le putschisme est en passe de devenir une des institutions fondamentales du régime. Cette situation a été baptisée du nom de « démocratie surveillée » : les putschistes surveillent la démocratie comme le renard surveille le poulailler.

Pour faire le bilan de ces cent jours et des problèmes extrêmement graves qui se posent aujourd'hui aux travailleurs de l'Etat espagnol, il faut revenir aux heures décisives où s'est forgée la contre-réforme, les 23 et 24 février.

LES DEUX

« PACTES DE LA ZARZUELA »

Le dossier sur le putsch du 23 février dernier, publié par Inprecor dans son numéro 97, du 16 mars 1981, fut écrit immédiatement après les événements. Dans les semaines qui ont suivi, de nouveaux éléments ont été connus, qui permettent de se faire une idée plus précise de ce qui

En octobre 1980, la majeure partie de la hiérarchie militaire parvient à la conclusion qu'une intervention des forces armées (FAS) est nécessaire pour changer le cours de la situation politique. Le mo. dèle retenu est une variante du coup d'Etat qui vient d'avoir lieu en Turquie le 12 septembre : un pronunciamiento de l'ensemble des forces armées s'adressant au roi, exigeant de lui qu'il nomme un gouvernement civico-militaire de salut natio-

Les raisons du pronunciamiento sont des plus classiques : en finir avec le terrorisme, défendre l'unité de la patrie, rétablir dans les plus courts délais possibles une véritable démocratie, etc. Il n'y avait aucun doute chez les chefs militaires quant à l'appui du roi au projet, dont la date fut fixée aux jours suivant le ler mai

Au mois de novembre, les putschistes prennent contact aux Etats-Unis avec des membres de l'équipe Reagan et les informent du plan arrêté ; ils rencontrent un accueil prudent mais encourageant : le nouveau gouvernement des USA s'opposerait pas au coup d'Etat mais ne l'encouragerait pas non plus (2) ».

C'est autour de la même date que se sont probablement déroulés des contacts avec des dirigeants du capitalisme espagnol. On peut se faire une idée de l'accueil rencontré - qui s'apparente à celui de l'administration Reagan - par le biais des déclarations du président de la première banque d'Espagne (Banco Espanol de Credito), Aguirre Gonzalo, déclarations faites immédiatement après le 23 février : « Si un putsch ne triomphe pas, nous restons dans la même situation qu'avant; sil• triomphe, c'est pour amener une dictature militaire dont on suppose qu'elle imposera l'ordre. Vous comprendrez que cette perspective n'effraie pas l'argent (sic). Autre chose est, comme conséquence du putsch, qu'on doive s'attendre à la possibilité d'une révolution. J'ai toujours dit que, dans un changement de régime, vous avez l'échelle sociale suivante: un, le désenchantement; l'indifférence, point où nous sommes actuellement; trois, le mécontentement; quatre, l'irritation; cing, la révolution. Quand on est au point quatre, alors l'argent s'inquiète. (3) » Le projet de putsch apparaît donc, aux yeux des puissants secteurs capitalistes représentés par Aguirre Gonzalo, comme prématuré et non né. perspective une attitude d'observation et

Les putschistes rencontrèrent un appui direct seulement dans les secteurs financiers marginaux et lumpen-capitalistes qui s'étaient enrichis sous le franquisme.

Enfin, toujours au mois de novembre, eurent lieu d'autres contacts, qui - eux - peuvent surprendre. Le général Armada, qui sera le 23 février le candidat des putschistes à la présidence du gouvernement, s'entretint « de la situation du pays et des solutions », avec le responsable des questions militaires (Parti socialiste ouvrier espagnol), Enrique Mugica, et avec le secrétaire général du PS de Catalogne, Joan Raventos (4). Les dirigeants socialistes affirment que ces conversations, dont l'existence

ETAT ESPAGNOL connue seulement après le putsch, avaient un caractère informel, sur de possibles solutions de gouvernement d'union nationale par les mécanismes constitutionnels. La réalité, c'est qu'évidemment les putschistes voulaient sonder l'attitude du PSOE quant à leurs projets. Le général Armada parvint à la pas, pour le moins, une opposition fron-

Dans ces conditions, le projet va de Tavant. Mais, par son ampleur même, parce que c'était un plan de la quasi-totalité du commandement des forces armées, la présence d'options politiques différentes à l'intérieur de ce plan était inévitable.

Il existait effectivement au sein la hiérarchie militaire un large accord quant au rejet de la situation actuelle, au bilan totalement négatif du post-franquisme et à la nécessité du pronunciamiento. Mais quant à la forme et aux objectifs immédiats de ce dernier, il y avait des positions très différentes, depuis le retour pur et simple à la dictature militaire en formant un gouvernement avec les restes du franquisme, jusqu'à raient qu'il était seulement nécessaire pour le moment de discipliner le régime en demandant leur collaboration à un gouvernement civico-militaire, aux partis de la droite parlementaire, y compris en cherchant une certaine forme de compromis avec le PSOE.

Depuis la mort de Franco, l'armée espagnole est à la recherche d'un caudillo, que ce soit une personne ou une institution, qui la centralise politiquement. Les capitaines généraux des diverses régions militaires sont de véritables « vice-rois », maitres de leur territoire, disposant d'une autonomie considérable à ce niveau, mais sans autorité sur les autres régions. Le projet de pronunciamiento n'avait pas, de ce fait, une direction clairement affirmée à l'intérieur de la hiérarchie militaire. Il ne l'a pas non plus trouvée dans l'impérialisme US ni dans aucune fraction significative de la bourgeoisie espagnole.

Dans ces conditions, il est probable qu'il existait, au début de 1981, une certaine compétition entre les différentes ai-

1. Il y a une multitude de références dans la presse espagnole et internationale sur les préparatifs du putsch. Pour la date prévue, cf. déclarations de Alberto Oliart, ministre de la Défense, Diario 16 du 13 avril 1981.

2. Déclaration de Felipe Gonzalez, El Pais, 3. Hojas del lunes de Madrid, 2 mars 1981. 4. El Pais, 4 mars 1981 et Diario 16, 9

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les de la hiérarchie, pour faire prévaloir leur version du pronunciamiento sur celle des autres. Le putsch du 23 février fut fondamentalement l'action de l'aile la plus réactionnaire qui décida de prendre de vitesse les autres plans établis.

Parmi les causes qui provoquérent cette anticipation, il y avait sans aucun doute la situation de crise du gouvernement et de l'UCD (Union du centre démocratique) qui existait depuis la démission de Adolfo Suarez, ainsi que l'augmentation de la pression politique de l'extrême droite à l'œuvre au même moment. Mais la cause fondamentale, et qui en dé finitive provoqua l'échec du putsch, fut la de l'extrême droite militaire d'hégémoniser le putsch aux dépens des autres ailes de la hiérarchie militaire.

Malgré cela, les putschistes du 23 février ne rencontreront pas d'hostilité sérieuse parmi leurs compagnons d'armes, ni avant ni après les faits, et ils disposeront d'une collaboration beaucoup plus large qu'il n'apparaît dans les versions officielles (5). L'estimation donnée par le Monde est raisonnable : « Dans les milieux proches du roi, personne ne se fait d'illusions: toute l'armée aurait approuvé le coup d'Etat s'il avait réussi ; toute l'armée, au moins en intention, a participé à la conspiration et partage l'essentiel des

(...). Seulement 25 % des officiers peuvent être considérés comme "légalistes". (6) »

Mais la participation de l'extrême droite au putsch incluait immédiatement le risque qu'il devienne incontrôlable pour la bourgeoisie, pour le roi et même pour la majorité des chefs des forces armées. Dans tous les cas, une conclusion militaire rapide aurait fait pencher la balance du côté des putschistes.

Cette conclusion ne s'étant pas produite, s'ouvrait alors la possibilité d'un compromis entre le roi et les chefs militaires qui n'étaient pas directement impliqués dans ce putsch. Effectivement, le Pacte se réalisa la nuit même vrier. Ce Pacte, c'est la contre-réforme, et il va déterminer tous les faits qui vont sui-

Il y a différentes versions du contenu du Pacte (7). Ce qui est intéressant, c'est de souligner son aspect fondamental : l'armée se met d'accord avec le roi pour contenir le coup d'Etat et décide de donner une dernière chance au régime parle-

En échange, elle obtient des garanties quant à un changement d'orientation de la politique gouvernementale sur les trois terrains qui la préoccupent particulièrement : l'autonomie, le terrorisme et la crise économique (8). On lui garantit aussi naturellement les moyens de contrôler la mise en œuvre du Pacte et la possibilité d'intervenir à nouveau, si les politiques ne parviennent pas à « résoudre les maux de

Le Pacte inclut également une date limite, le 29 mars, pour que soient prises par le gouvernement une série de mesures immédiates, notamment la direction de la lutte contre l'ETA confiée aux militaires (9). Ce ne fut pas seulement le roi mais bien ce Pacte qui, en l'absence d'une mobilisation des masses, porta un coup d'arrêt au coup d'Etat militaire.

Le jour suivant, le 24 février, eut lieu ce qui est connu officiellement sous le nom de « Pacte de la Zarzuela », c'est-àdire la réunion du roi et des partis parlementaires à l'exception, significative, des organisations nationalistes. Ce Pacte est la formalisation de la politique d'unité nationale, mais il constitue en fait la simple ratification du compromis passé par le roi avec les militaires. Une ratification, il faut le dire, particulièrement exemplaire : le Parlement, toujours attentif à la voix du plus fort, passe de la position « à platventre » qu'il avait adoptée face au colonel Tejero et sa garde civile, au « garde-à-vous » face aux militaires « légalistes ».

Et, pour finir de démontrer la capacité illimitée de capitulation de « l'éventail parlementaire » dans son ensemble, et particulièrement des directions du PSOE et du PCE (Parti communiste espagnol), le roi exigea d'eux la signature d'un document secret (10) contenant les conditions du Pacte qui pourra être, s'il ne l'est déjà, un excellent instrument de chantage.

Santiago Carillo refusera, au de l'unité nationale, de communiquer au Comité central (CC) de son propre parti le contenu du Pacte, et le CC acceptera à la quasi-unanimité cette dissimulation.

Toutes les menaces que présageait cette situation vont se confirmer dans la pratique tout au long de ces cent jours.

LE « COUP DE BARRE » Plusieurs mois avant le 23 février, des politiciens de droite - et spécialement Fraga Iribarne de l'AP (Alliance populaire) -, des dirigeants du patronat, des porte-parole de l'armée et de l'Eglise, réclamaient ce qu'on appelait un « solide coup de barre » dans la politique gouvernementale. Il s'agissait de faire pression sur l'UCD pour qu'elle prenne une orientation encore plus à droite, abandonnant définitivement tout type de recherche du consensus avec la gauche parlementaire. Mais les conflits internes et l'affaiblissement du parti gouvernemental l'empêchèrent de donner une réponse décidée à ces

Finalement, ce fut l'armée qui donna ce coup de barre et fixa la nouvelle orientation de la politique espagnole. B'UCD assuma sans déplaisir le rôle de barreur et,

5. Par exemple, El Pais du 26 mars 1981. reprend une information de Newsweek du 23 mars 1981 selon laquelle la décision de déclencher le putsch le 23 février fut adoptée dans une réunion de 17 généraux au cours de laquelle seulement deux votèrent contre parce qu'ils le considéraient comme « inopportun ».

Le Monde, 6 mars 1981. Il y a beaucoup d'informations du méme genre. Ainsi, par exemple, l'hebdomadaire Sabado Grafico, proson édition du 4 mars 1981 que la grande majorité des militaires qui « suivirent le roi » dans la nuit du 23 février le firent en « faisant violence

7. Par exemple Sabado Grafico du 4 mars 1981 publiait en « une » les « six conditions » qu'exigeaient les officiers pour ne pas faire un pour tout dire, le PSOE et le PCE, pareillement, celui de mousses. La droite comprit sur le champ les possibilités qui s'offraient à elle et se disposa à en profiter.

Sans aucun doute, le point de départ de cette situation était très grave : le 23 février avait révélé une profonde crise du régime et une crise de direction politique dépourvue de solution à moyen Toutes les pièces de la réforme s'étaient disloquées. Le roi était le garant de l'« unité nationale » des forces parlementaires, mais il n'était plus, si ce n'est formellement, le chef des forces armées.

L'armée assumait un rôle politique direct, traçait les limites du fonctionnement du système parlementaire et affirmait clairement sa volonté de faire un nouveau coup d'Etat si ses conditions n'étaient pas remplie : le mécanisme du second putsch s'était done mis en marche dans la nuit même du 23 février.

Face à cette possibilité d'une intervention de l'ensemble des forces armées, qui est la véritable menace de coup d'Etat qui existe aujourd'hui, l'extrême droite militaire et civile va intensifier les provocations de la « stratégie de tension », stimulée par le fait d'avoir frôlé la victoire le 23 février et par la quasi totale impunité dont ont bénéficié les personnes impliquées dans la tentative.

Entin, le gouvernement se sent suftisamment a laise dans les limites fixées par les militaires, mais il est obligé, à court terme, de faire la démonstration pratique de sa capacité à résoudre la crise par des méthodes parlementaires. Le nouveau président du gouvernement, Calvo efforts dans directions. La première, établir un cadre de coexistence avec l'armée : il ne putsch, mais de vivre avec... La seconde, exploiter la peur qui s'est emparée du pays, mettre de l'ordre dans les rangs de son propre parti et obtenir le ralliement des partis nationalistes bourgeois et, enfin, retrouver la confiance du patronat.

où la gauche réfor miste a renoncé à toute activité d'opposition déterminée au sein du Parlement et plus encore dans la rue, la droite espagnole ne pouvait rêver de conditions plus favorables pour donner son « coup de barnouveau putsch. Il y a d'autres versions, mais le contenu du fond est toujours identique : « Intégrité de la Patrie, en finir avec le

8. « Le putsch du 23 février est la cristallisation d'une série de malaises à la base desquels se trouve le terrorisme, la crise économique, l'intégrité nationale ». Déclaration du ministre de la Défense, Diario 16 du 6 mars 1981.

9. El Pais, 24 mars 1981. 10. Hoja del lunes de Madrid du 9 mars 1981. Le refus de Santiago Carillo d'informer le dont il sera question plus loin, vient de sources internes au CC et n'a pas été public.

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LA QUESTION DE L'ARMEE

La question de l'armée est la première priorité du nouveau gouvernement UCD. Toute sa ligne sur ce terrain se base sur la proclamation de la « fidélité de l'armée à la Constitution », et d'agir avec la conviction que cette fidélité n'existe pas dans l'absolu.

On a dit que la bourgeoisie avait découvert son armée le 23 février. Les révolutionnaires avaient fait cette découverte voilà bien des années déjà. L'armée espagnole n'a à son actif qu'une seule victoire au cours des temps modernes : la guerre civile (1936-1939). Sur celle-ci, et par conséquent sur le franquisme, elle a élaboré un système de valeurs que partage la des militaires, sans distinction de grades ou de générations : l'anticommunisme, le centralisme, une morale dans la tradition catholique la plus réactionnaire, la méfiance vis-à-vis des politiciens et plus généralement vis-à-vis des régimes parlementaires, la conscience de son propre rôle comme unique défenseur des valeurs essentielles de la patrie et de la fatalité historique d'une intervention de sa part pour les défendre.

Les chefs militaires qui ne partagent pas, au moins en partie, ces idées, sont en fait marginaux. C'est à l'un d'eux, Gutierrez Mellado, qu'échoua la tâche de mettre en place la « réforme militaire » qui supposait, avant tout, d'obtenir l'acceptation de la réforme politique par la hiérarchie. L'échec a été spectaculaire : les forces armées ont fini par s'homogénéiser politiquement en opposition à cette réforme, même si ce n'était pas sur une alternative de rechange. A partir du 23 février, les conditions se créent pour que cette alternative prenne forme et se consolide.

En réalité, le grand vainqueur du 23 février — en terme de pouvoir politique — ce sont les forces armées : elles sont l'unique institution qui soit sortie renforcée du coup d'Etat. Leur force réside dans la capacité qu'elles ont démontrée de faire un coup d'Etat et, avec fort peu d'ambiguité, elles sont disposées à le refaire si les limites qu'elles se sont elles-mêmes fixées sont dépassées. La majorité bourgeoisie veut continuer à gouverner par des moyens parlementaires, mais elle ne veut pas entrer en conflit avec son armée. Sa position sera donc d'accepter toutes les exigences des forces armées - ce qui équivaut à donner toutes les facilités au putschisme, ce qui revient à l'institutionnaliser - et, dans le même temps, de faire en sorte que la hiérarchie militaire ne considère pas comme nécessaire ce second putsch.

Pour cela et en premier lieu, est abandonné tout projet de subordination de l'armée au pouvoir civil. Sur ce terrain, même les espoirs sont abandonnés. des spécialistes de la question militaire du PSOE a écrit : « Il n'est pas exagéré d'affirmer qu'il faudra quinze ans forces armées pour qu'elles défendent la Constitution. (11) »

Le ministre de la Défense en personne reconnaîtra à sa manière la situation ; interrogé par un journaliste qui lui demandait si les militaires obéissaient à ses ordres, il répondit : « Quand je donne un ordre je suis obéi. Mais, bien évidemment, je ne donne pas d'ordre sans l'avoir mûrement réfléchi et sans consulter d'autres opinions. (12) »

On est également revenu sur la politique de Gutierrez Mellado de nommer des militaires de confiance du gouvernement à des postes clés, spécialement de

• A dater de maintenant. la hiérarchie militaire désignera de fait elle. même ses propres chefs! Deux preuves spectaculaires de cette nouvelle pratique ont déjà été fournies. A été nommé capitaine général de la IXe Région militaire le général Fontenla, destitué voici quelques mois de la Direction générale de la Garde civile en raison d'une attaque pucontre le gouvernement et le PSOE, et qui était accusé formellement dès le 24 mars par le numéro 2 du PSOE, Alfonso Guerra, d'être un des principaux responsables du putsch du 23 février (13).

La seconde preuve est encore plus grave : le capitaine général des Canaries, Gonzalez del Yerro, un des chefs militaires les plus réactionnaires, candidat de l'extrême droite à la direction de l'armée de terre, va être nommé président de la Junte des chefs d'état-major, ce qui équivaut à la direction de toutes les forces armées. Les forces armées cherchent un caudillo et se le donnent.

En troisième lieu, une fantastique campagne de propagande qui exalte l'ar-

Au nom de l'objectif de « rapprocher le peuple des forces armées », considéré comme la priorité du moment par le PSOE et le PCE, ces partis participent activement à cette campagne basée sur une version qui est également une certaine justification du coup d'Etat du 23 février. Deux prises de positions quasiment simultanées, l'une de Fraga Iribarne (AP), l'autre de Santiago Carillo (PCE), permettent de comprendre l'efficacité de l'union nationale sur ce terrain : « Les militaires ne vont pas s'agiter à cause d'une quelconque loi sociale ou de proéconomiques. C'est un terrain dont ils ne se mêlent pas. Mais ce qu'ils ne laissent pas passer, c'est le terrorisme et le séparatisme. Donc, ou on leur donne l'occasion de défendre la patrie sur ces points

11. E. Gomariz, El socialista, numéro 196 du 4 mars 1981. Naturellement, l'auteur n'explique pas pourquoi il dit « 15 ans » et non 25

13. Lire dans Inprecor numéro 97, « L'héritage du franquisme n. Pour les déclarations de A Guerra, cf. Diario 16, du 24 mars 1981.

14. Pour les déclarations de Fraga Iribarne, cf. El Pais du 4 mars 1981. Pour celles de Santiago Carillo, cf. son rapport au CC du PCE pu-

Mundo Obrero numéro 115, 15. De toutes les preuves de complicité et d'impunité dont jouissent les fascistes et les putschistes, il faut signaler l'élévation de Tejero au rang d'un mythe, converti en un héros national par l'extrême droite, dont le lieu de détention s'est converti en centre de pélerinage et dont la photographie, reproduite en médailles, porte-clés, etc., est l'objet d'une activité sensibles, ou bien ils tomberont à nouveau dans la tentation de destituer le Parlement. » (Fraga Iribarne). « Les militaires ne se sont pas soulevés et ne vont pas se soulever parce qu'il y a des grèves (...). La solidarité nationale doit se baser sur la modération dans le développement de l'autonomie et sur la guerre frontale au terrorisme. » (Santiago Carillo) (14).

La politique d'union nationale fournit sa propre version du coup d'Etat : l'armée serait neutre sur les questions sociales (et il faut dire dès maintenant que cela est l'un des plus sinistres mensonges de tous ceux qui sont actuellement diffusés au sein du mouvement ouvrier) ; les dans la politique des autonomies et dans la lutte contre l'ETA (qui est le vrai sens de l'antiterrorisme) seraient les ses du putsch...

Naturellement, avec plus ou moins de force, on continuera de réclamer le châtiment des coupables, éléments malades d'une institution qui serait fondamentalement saine. Mais le mal est déjà fait. Le gouvernement de droite a les mains libres pour rectifier les « erreurs » en renforçant l'appareil de répression et la politique centraliste. Tous les éléments de division entre les travailleurs qui existent dans la croisade anti-ETA sont renforcés et on y ajoute ceux qui produisent cette culpabilisation des nationalités opprimées prétendument responsables du putschisme.

On favorise la présentation des auteurs du coup d'Etat comme des patriotes égarés (« irréfléchis » est le mot utilisé par le roi). Les conséquences pratiques sont immédiates : les gardes civiles qui participèrent au putsch ont été réintégrés dans leurs unités dans la moindre sancputschistes et les nouvelles prises de position réactionnaires de chefs militaires. Le gouvernement agit comme protecteur de la stratégie de tension, même s'il doit à ce prix se couper l'herbe sous les pieds, car le projet gouvernemental se doit de maintenir les fascistes sous un contrôle strict. Sur la hiérarchie militaire, qui n'a pas non plus besoin des éléments incontrôlés dans ses plans, pèsent plus les questions de que celles de discipline interne. L'incroyable farce montée autour du coup d'Etat fantôme du 23 mai, dé montre jusqu'à quelle extrémité peut aller cette situation (15). commerciale prospère. De plus, on a eu connaissance, dans Diario 16, du 20 avril 1981, de rapports internes du commandement de la Division comme « des patriotes et des hommes d'honneur ». A la fin du mois de mai, durant la célébration de la « Semaine des forces armées », a été découvert que flotte espagnole, le porte-avion Dedalo, était décoré par le portrait de Franco. Le colonel Gaston, chef d'études de l'Académie militaire d'infanterie de Tolède, vient de prononcer tout récemment une conférence attaquant la démocratie parlementaire. On pourrait exemples à l'infini. Quant au « putsch fantôme » du 23 mai, il consista en l'attaque de la Banque centrale de Barcelone par un groupe armé qui prit les clients et les travailleurs en otages ; le groupe exigeait la mise en liberté de divers dirigeants du putsch du 23 février, entre autres Tejero... Le gouvernement

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Enfin, la politique d'union nationale légitime - ou considère comme inévitable, ce qui revient au même - la nouvelle fonction politique de l'armée, son droit d'intervention en Euskadi et jusqu'à la possibilité légale de dictature militaire qui lui est offerte par la nouvelle législation sur l'état de siège (16).

Ainsi, le PSOE et le PCE ont laissé la question de l'armée aux mains de la droite parlementaire. Le problème est que le gouvernement de cette droite peut cohabiter, un certain temps du moins, avec le putschisme ; pactiser avec lui ; essayer de l'acheter : les soldes militaires vont être augmentées de 25 % pour les généraux, entre 20 et 15 % pour les officiers, de 8 % pour les sous-officiers, suivant une grille hiérarchique exemplaire (17). Il peut, enfin, l'utiliser comme une arme de chantage : telle sera d'ailleurs l'attitude du gouvernement devant chaque problème poli-

Tandis que la droite peut faire tout cela, la gauche peut seulement capituler ou alors combattre. Le choix du PSOE et du PCE est clair, il l'est particulièrement sur le terrain de la lutte « anti-terroris-

LE PRETEXTE DE L'ETA Un des objectifs fondamentaux du gouvernement après le 23 février est de renforcer l'appareil de répression et sa législation. Il a choisi pour cela une méthode habile : attendre les attentats de l'ETA et présenter les moyens choisis comme des réactions nécessaires à ces attentats. Cette habileté va être à nouveau extraordinairement facilitée par la politique réformiste et - bien sûr - par les erreurs désastreu-

Il faut se rappeler que, depuis le début de l'année, existait une crise profonde de l'appareil répressif. Le mouvement de protestation populaire qui suivit l'assassinat sous la torture du

Joseba Arregui, assassinat confirmait dramatiquement les informations d'Amnesty International (Al) sur la généralisation de la torture policière en Espagne, aggrava la crise.

La protestation populaire atteignit même un tel niveau que le PC d'Euskadi alla jusqu'à proposer l'abolition de la loi antiterroriste. Il y avait alors la possibilité réelle de lancer une campagne de masse sur ce thème. Enfin, démissions et destitutions se produisirent à la tête de la po-

Le premier objectif de la contre-réforme sur ce terrain devait être de restaurer le moral et, partant de là, l'impunité de l'appareil de répression. même temps, on va créer une véritable machine de guerre légale contre les libertés, toujours sous le prétexte antiterroriste. Enfin, on va chercher, et on parviendra en grande partie, à compromettre à fond dans cette croisade non seulement le PSOE et le PCE, mais également le PNV (Parti nationaliste basque).

Ainsi, avec le secteur le plus réactionnaire de la police, se crée le Commandement unique de la lutte antiterroriste :

son chef en est le commissaire Ballesteros était également celui des assassins d'Arregui. Dans les postes à responsabilites, réapparaissent également les vieilles figures des services spéciaux franquistes, comme le commandant Casinello. Dans le étaient remis en liberté...

répression va être légitimée par toute une théorie de la nécessité d'une

« guerre sale » contre l'ETA. Un journal

« libéral » comme Diario 16, la définira en termes précis dans un éditorial: « Il n'y a plus de droits de l'homme en jeu quand on va à la chasse au tigre. On cherche le tigre, on l'approche, on le traque et, si c'est nécessaire, on le tue. (18) » Le pire des effets d'une telle campagne est ce qu'il faut bien appeler l'indifférence et l'accoutumance à la torture.

Tout le monde sait qu'en Euskadi il y a des centaines de détenus depuis le 23 fé vrier, dont la majeure partie est membre d'Herri Batasuna (HB). Tous ont été sauvagement torturés durant les dix jours où la législation antiterroriste les laissait à la merci de la police. Il n'y a pas que des membres de l'ETA qui font partie de la majorité des détenus : parmi beaucoup le camarade Karmelo Jaio, militant de la LCR-LKI (Ligue communiste révolutionnaire), conseiller municipal de Markina en Biscaye, a souffert de la commença par donner des informations sur le fort armement dont disposaient les assaillants et, le 24, il communique officieusement la présence dans le groupe de certains des gardes civils qui avaient participé à l'assaut du Parlement le 23 février. A 10 heures du soir, les assaillants se rendirent et le gouvernement changea aussitôt de version. Le groupe aurait alors été composé « d'anarchistes et de loubards ».

Une heure plus tard, la CNT (Confédération nationale du travail) dénonçait les prétendus anarchistes comme étant des provocateurs payés par la police de Barcelone et dénoncés publiquement depuis plus de trois ans. après, Calvo Sotelo donnait une information officielle au Parlement, qui n'a convaincu personne. La seule chose crédible qu'il avança à cette occasion fut que le groupe avait été organisé par l'extrême droite... Enfin, la version officielle de la police dément le gouvernement : tout cela est un simple hold-up organisé de façon « imaginative » pour s'emparer de près de 700 millions de pesetas qu'il y avait dans la banque. Les loubards montent du coup au grade de super gangsters. La seuls conclusion claire que tira le pays de tout cela, c'est qu'ils mentaient tous.

16. Une décision et deux lois sont les principaux renforts qu'a reçu l'appareil de répression depuis le 23 février 1981. La décision, c'est l'envoi de l'armée en Euskadi, avec pour le moment la mission « officielle » de renforcer la vigilance aux frontières avec la France ; elle date du 25 mars. La première loi porte le nom de « défense de la démocratie », elle fut approuvée le 21 avril. Cette loi punit les « délits » non seulement d'action, mais également de « conspiration, proposition et provocation ». Parmi les délits visés, on trouve « l'attentat contre l'intégrité de la nation espagnole ou l'indépendance de tout ou partie du territoire, par la seuls représentation de sa personnalité présentée comme nation ». Enfin, en plus de lourdes peines de prison, la loi autorise le fisc à solliciter la fermeture d'un journal et l'occupation matérielle des 4 Instruments du délit (installations, machines, outils...) » (art. 216 bis). Ainsi, on traite les « délits d'opinion » d'une façon que le Code espagnol réservait jusqu'à présent aux maisons de prostitution. Seuls trois députés bourgeois libéraux, les députés nationalistes révolutionnaires et le fasciste Blas Pinar ont voté contre la loi. Le porte-parole du PSOE, Enrique Mugica, aftorture « réglementaire » sans autre raison que d'être un militant révolutionnaire et d'agir comme tel dans sa localité. Une fois passés les dix jours, le juge l'a mis en liberté sans aucune charge retenue contre

Une situation comme celle-ci aurait provoqué avant le 23 février — sans parler d'époques antérieures — un grand mouvement de solidarité et de protestation, lar-

Aujourd'hui, gauche révolutionnaire lutte pour organiser cette mobilisation. De plus, les uniques dénonciations un peu fermes que l'on entende proviennent des évêques bas-

La gauche réformiste évolue entre le silence et la protestation littéraire et modérée dans le meilleur des cas ; dans le pire et le plus fréquent, elle marche à l'avant-garde de la répression.

Le terrain préféré du PSOE pour critiquer le gouvernement c'est de réclamer une augmentation matérielle et technique des effectifs de la police sur le modèle de d'Allemagne

(RFA). Avec le PSOE au gouvernement, la répression serait plus efficace, voilà ce paraît être le slogan politique du montrer sa bonne volonté dans les faits,

PSOE a organisé conjointement avec l'UCD, entre autres choses, une opérafirma dans son explication de vote que ceux qui n'acceptaient pas cette loi étaient des « liberticides, des putschistes et des fascistes ». Enfin, le

20 mai, fut approuvée la loi sur l'état d'alerte, échelle progressive de destruction des libertés.

Au niveau le plus haut, l'état de siège équivaut pratiquement à une dictature certaines restrictions formelles. La loi dit : « Le gouvernement désignera l'autorité militaire qui, sous sa direction, deura exécuter les mesures auxquelles il procédera ». (art. n'existe aucune limitation légale à ces mesures.

Connaissant le type d'armée et de gouvernement qu'il y a en Espagne, il est facile d'imal'autre dans ces conditions d'état de siège. Le PSOE fut le principal collaborateur du gouvernement pour défendre cette loi. Le PCE s'abstint finalement, mais l'explication de vote de Santiago Carillo ne comporte que des critiques secondaires et une protestation pour ne pas avoir été invité à la « concertation sur la loi ». Le PNV vota contre, mais seulement à cause des compétences quasi nulles que la loi donne aux gouvernements autonomes dans la déclaration et le fonctionnement de ces

18. Diario 16, 23 mars 1981. A un autre niveau, il est significatif également qu'El Pais, dans un éditorial du 7 juin 1981, commentant la possibilité pour le gouvernement français de refuser l'extradition du militant de l'ETA Tomas Lineza, affirme : « (Ce refus) serait le dé. but de la réédition de l'ignominieux "pacte de non-intervention" qui accula durant la guerre civile les démocrates espagnols à la défaite face

19. Depuis le 23 février, le PNV a adopté positions beaucoup plus dures particulierement en appuyant diverses mobilisations de protestation avec l'UCD, le PSOE et le PCE. Mais, malgré cela, son président Xavier Arzallus, a répondu à des critiques lui reprochant le « manque de collaboration » de son parti avec la police, en dénoncant l'exisde « centres de torture systématique » dans les casernes des forces de répression. Cette dénonciation d'un fait connu de tous lui a valu

Diario 16, 28

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tion de chasse aux sorcières contre les députés nationalistes révolutionnaires Navarre, opération qui culmina le 18 mai avec leur expulsion violente du Parlement basque. Grâce à ces pratiques de « députés policiers » assumées par les parlementaires socialistes de Navarre, la droite a obtenu à plusieurs reprises la majorité au Parlement basque (20).

Pour sa part, Santiago Carillo avait fixé une ligne claire au premier CC du PCE qui a suivi le coup d'Etat : « Nous devons nous efforcer que ceux qui tombent sous les balles des terroristes sentent la solidarité populaire (...). Nous pouvons être obligés de voter l'illégalisation de certains groupes politiques, qu'ils soient de droite ou d'ailleurs, qui apparaissent comme la face légale de groupes « ceux qui tombent sous les balles des terroristes » doit être comprise aussi comme l'absence la plus totale de solidarité avec ceux qui tombent sous les balles de la

Ainsi, quand la population d'Hernani fit une grève générale en solidarité avec le militant de l'ETA-militaire José Manuel Aristimuno, assassiné par la Garde civile, l'éditorial de l'hebdomadaire du PCE, Mundo Obrero, numéro 120, protesta scandalisé : « Des événements comme la grève générale d'Hernani lundi dernier, démonstration d'appui à un terroriste mort les armes à la main (sic), nous rappellent qu'il faut un gros travail politique vers la population basque pour parvenir à

(fortifier la démocratie). » Marcelino Camacho, dirigeant des Commissions ouvrières (CCOO), donnera la version syndicale de la ligne dans un discours devant l'Union syndicale de la police (une organisation très minoritaire de policiers qui veulent une réforme démocratique des corps de police) : « Les policiers ne peuvent être contre les travailleurs s'ils sont démocrates, ni les travailleurs contre la police parce que tous, nous luttons contre le terrorisme, la crise et le chômage. (22) » Enfin, une réunion des directions du PSOE et du PCE, le établissait un cadre clair communiqué qui rendait compte de l'accord ne dit pas un mot sur le putschisme mais il réclame une « collaboration du peuple avec les forces de sé-

Le 10 mai, cette ligne qui prétend défendre la démocratie en s'appuyant sur un appareil de répression hérité d'une dictature, va être mise à l'épreuve. Dans la province d'Almeria, la Garde civile arrête trois jeunes gens qu'une dénonciation anonyme (une « collaboration du peuple avec les forces de sécurité » !) accuse sans aucun fondement d'être liés à l'ETA. Les gardes civils, sous le commandement direct du lieutenant-colonel chef du poste, torturent sauvagement les trois jeunes gens, leur cassant tous les os, les achèvent en leur tirant dessus et finalement, brûcorps. Ces nostalgiques fours crématoires, les auteurs barbarie n'ont rien d'exceptionnel: ce sont simplement des gardes civils qui contre le terrorisme », qui

« chassent le tigre », pour reprendre l'expression de Diario 16. Ils doivent donc être protégés par leurs chefs et le gouvernement. Un mois après les faits, ils sont toujours à leurs postes, gênant l'enquête à plaisir, et l'un d'entre eux vient même d'etre promu... Il y a eu bien naturellement une information du ministre de l'Intérieur au Parlement, douze jours après les faits. Tout a été en fait « une lamentable erreur », dit-il.

Les représentants de la gauche parlementaire avaient là l'occasion d'exprimer pour le moins une certaine dignité. Ils démontrèrent exactement le contraire.

preuve, l'intervention de Sanchez Montero, le numéro 2 du PCE qui, au nom de son parti, manifesta sa préoccupation parce qu'un événement de ce genre affecte un corps comme la Garde civile « qui paie un énorme tribut de sang en défense de la démocratie », ajoutant que les faits incriminés vont à l'encontre de la lutte contre le terrorisme « car ils peuvent être utilisés comme explication de la lutte des terroristes » (sic) (24). Il faut répéter que les protestations, les motions parlementaires que peuvent faire les députés du PSOE et du PCE dans cas comme celui-ci ne compensent en rien le mal qu'ils font en contribuant à la réalisation de cette campagne d'intoxication gouvernementale, couvrant la Garde civile jusqu'à la tranformer en une ins. titution martyr au service de la démocra-

Le PSOE et le PCE ne se sont réellement opposés à aucune des mesures de renforcement de la répression et de l'attaque des libertés faites par le gouvernement. Si Felipe Gonzalez (PSOE) et Santiago Carillo (PCE) étaient sincères, ils devraient définir leur attitude face à la répression comme Léon Blum définissait la sienne face au vote des crédits de guerre : « Je représente un parti qui a lutté durant des années contre les crédits de guerre, sauf quand son vote était nécessaire pour les approuver. »

Grâce à eux, le gouvernement a passé avec succès et sans grande résistance les deux premiers tests sur ce terrain : l'envoi de l'armée en Euskadi et l'approbation de la nouvelle législation répressive. Deux autres sont en préparation : la mise sur pied de l'état d'exception et l'interdiction légale d'Herri Batasuna et du journal Egin. Santiago Carrillo et Felipe Gonzalez ont préparé depuis longtemps leurs partis

20. Combate numéro 232 et Zutik numé« groupes de droite » est une simple couverture c'est Herri Batasuna et le journal Egin qui sont

23. El Pais, 1er avril 1981. On doit se souvenir que l'expression idéologique traditionnelle du centralisme espagnol est l'anticatalanisme. C'est une démonstration supplémentaire du fait que cette lutte contre le séparatisme est une simple couverture du centralisme. En Catalogne, les traditions et la réalité actuelle de l'indépendantisme sont faibles, on peut rappeler qu'au moment où Macia

République de Catalogne, avril 1931, il ajouta: « comme Etat intégrant la à l'approbation plus ou moins résignée de ces deux mesures. Le gouvernement at tend seulement un nouvel attentat grave de l'ETA-militaire pour les mettre en pratique. La perspective est très claire : si ces mesures entrent en application, elles commenceront le compte à rebours vers le second coup d'Etat.

LE PUTSCH ANTI-AUTONOMIE

Ainsi que nous l'avons vu, « l'intégrité de la patrie » est, avec l'« offensive antiterroriste », l'exigence centrale de l'armée. Sur ce terrain comme sur les autres, l'éventail constitutionnel - à l'excep tion partielle des partis nationalistes bourgeois — fera tout ce qu'il peut pour aider le gouvernement à satisfaire les exigences des militaires. Les faibles conquêtes autonomistes de la période passée vont vaciller sous une offensive centraliste, patriotarde, cyniquement enrobée de défense de « la solidarité entre les peuples d'Espagne ».

Sur ce point, le gouvernement commence son offensive par une démonstration de force : il annonce une loi qui privilégie le drapeau monarchiste aux dépens de ceux des nationalités (« les petites bannières » comme dit Santiago Carillo), qui défend les « droits du castillan » face aux autres langues et qui oblige à l'utilisation des mots « nation », « national », ete., en seule référence à « l'Espagne ». On renforce dans le même temps la campagne contre les mouvements nationalistes, particulièrement ceux de Catalogne •d'Euskadi, qui a toujours été latente, pour le moins dans les positions et organes d'expression de la bourgeoisie centraliste.

Ce qui est nouveau aujourd'hui, c'est la virulence de cette campagne, l'esprit policier qui la caractérise dans la recherche à la loupe des indices de séparatisme et l'apparition d'un anti-catalanisme, au même niveau sinon plus que l'anti-euskadisme (25).

Après cette première offensive vient l'artillerie lourde. Le gouvernement a chargé un technicien, le professeur Garcia de Enterria d'un rapport sur l' « harmonisation » des autonomies. Par l'effet d'un hasard heureux sans doute, le rapport coincide exactement avec les projets de l'UCD (26). Le PSOE appuiera immédiatement Fédération ibérique ». La virulence actuelle de la campagne anticatalane est énorme. Deux exemples : le gouvernement a posé un recours devant le Tribunal de garanties constitutionnelles visant l'inconstitutionnalité d'un modeste décret de la Généralité réformant le régime des députations provinciales. D'autre part, on a assuré une large diffusion à un prétendu Manifeste des 2 300 dont les premiers signataires sont des intellectuels plus ou moins connus, qui dénoncent l'existence d'une prétendue oppression de ceux qui parlent le castillan (espagnol) en Catalogne.

26. Le rapport Enterria n'a pas pour but d'« harmoniser » quoi que ce soit, mais de limidrastiquement les compétences politiques des institutions autonomistes, particulièrement en Catalogne et en Euskadi. Entre autres choil nie toute autonomie sur le terrain judiciaire, accroit la présence des fonctionnaires de

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ce rapport. Sur la base de l'accord UCD-PSOE, s'est créée une commission élargie au PCE et à l'AP (le groupe de Fraga Iribarne) pour que tous partagent la honte de rédiger la loi qui va transformer les autonomies actuelles en quelque chose de proche des protectorats apparus lors de la décadence des empires coloniaux. Cette « harmonisation » se complètera d'une Loi de régime local destinée à augmenter le nombre des maires de droite, peu nombreux pour le moment, et à établir un contrôle serré de l'administration centrale sur les municipalités et les députations provinciales. Enfin, une nouvelle loi électorale va instituer plus de facteurs correcteurs dans l'actuel système relativement proportionnel, afin de diminuer la représentation parlementaire des partis nationalistes bourgeois et d'empêcher celle des partis révolutionnaires.

Ce tournant de la politique gouvernementale quant à la question nationale a une signification profonde et va avoir des effets politiques d'une énorme importance. Elle signifie une nouvelle preuve de l'incapacité de la bourgeoisie espagnole à trouver une solution au problème des nationalités. Le franquisme avait tenté de l'écraser par la violence et, lors de son déelin, il a ressurgi plus fort et plus large que jamais et a été une des composantes fondamentales du mouvement de masse qui a mis à bas la dictature.

La « réforme » essaya, de façon très timorée et très hésitante, de trouver une solution démocratique-bourgeoise au problème. Consciemment ou non, cette solution exigeait une certaine distribution du pouvoir politique, un pacte avec les bourgeoisies nationales pour assurer la direction politique de l'Etat et arriver à ce que les institutions autonomes soient capables d'intégrer les aspirations des peuples op primés à l'autogouvernement. C'est ce projet qu'on a essayé de vendre sous le nom d'« Etat des autonomies ». Et c'est ce projet qui a échoué. Ce que le gouvernement essaie de faire aujourd'hui, quel que soit le nom qu'il lui donne, c'est d'ap pliquer des critères de pure « réforme adà un des plus graves problèmes politiques de l'Etat espagnol. De plus, il tente de le faire avec les méthodes de la « contre-réforme », c'est-à-dire en revenant sur des droits considérés comme acquis, par le biais de menaces, de lois réactionnaires, de campagnes chauvines. Il ne fait aucun doute que cette politique va également échouer, mais il est facile d'imaginer les conséquences dramatiques que peut avoir cet échec quand les directions ouvrières sont directement compromises dans l'offensive centraliste.

Parce que, dans le même temps, l'incapacité des réformistes à donner une réponse ouvrière à la question nationale a été démontrée elle aussi. L'histoire vient de loin dans le cas du PSOE. Ce parti paraît avoir appris tout ce qu'il sait sur la question nationale dans les pires traditions de la Ile Internationale. Pour le PSOE, et aujourd'hui comme dans les années 1930, Euskadi, la Catalogne et la Galice appartiennent à la catégorie des « peuples sans histoire » pour lesquels il serait donc réactionnaire de défendre le droit à l'autodétermination. Après le 23 février, le PSOE a porté cette tradition jusqu'à ses ultimes conséquences. En première ligne dans la surenchère patriotique (« Je n'ai pas rencontré plus patriote que moi », déclarait Felipe Gonzalez peu après le 23 février) (27), co-auteur du projet d'« harmonisation » des autonomies, dirigeant de la lutte de la droite contre l'intégration de la Navarre à Euskadi... Le PSOE est le principal allié de l'UCD dans le « putsch anti-autonomie ». Le PCE voudrait bien trouver un petit espace dans l'état-major centraliste UCD-PSOE. Mais ces derniers ne le lui laissent pas, malgré l'interprétation par Santiago Carillo depuis le 23 février de son rôle favori: l'arriviste qui fait tout pour montrer sa fidélité aux dirigeants du pays. Pour donner un exemple, tous les meetings du PCE se déroulent sous le drapeau monarchiste et se terminent aux cris de « Vive l'Espagne ! ».

Mais, dans l'échelle hiérarchique de ce qu'on appelle aujourd'hui la « concertation » (parce que le mot « consensus » ne trompant plus personne, après deux ans d'usage, a été retiré de la circulation), le PCE n'est écouté qu'après que l'UCD et le PSOE se soient mis d'accord sur les questions fondamentales. Si bien que, malgré lui, le PCE apparait moins directement compromis avec le gouvernement. Si bien qu'il tente d'utiliser cette étroite marge de manœuvre pour maintenir certaines attitudes d'opposition, utiles pour sa crise

En effet, le problème national est au cœur de la crise du PCE. Au sein des 25 % du CC qui constituent le courant critique contre Santiago Carillo, se trouvent les secrétaires généraux du PSUC (Parti socialiste unifié de Catalogne) et des PC d'Euskadi et de Galice, ainsi que de nombreux dirigeants d'Andalousie et de la province l'administration centrale dans les gouvernements autonomes, rejette toute compétence exclusive des nationalités (bien qu'elles soient admises par la Constitution) et renforce les députations provinciales par rapport aux institutions auto-

27. Diario 16, 17 mars 1981. sait qu'à son Ve Congrès du début de l'année, le PSUC approuva un tournant politique dont l'aspect le plus spectaculaire fut le rejet du terme « eurocommunisme ». Ce qui provoqua une crise de direction au sein du PSUC et un affrontement avec la direction centrale du PCE. Depuis, Santiago Carillo a profité de toutes les opportunités offertes pour favoriser le travail délibérément fractionnel de ses partisans en Catalogne et parvenir à la rectification de la ligne du Ve Congrès. La bataille a redoublé d'intensité après le 23 février.

Au CC du 5 mars 1981, Santiago Carillo évoqua ouvertement l'existence d'une responsabilité « involontaire » d'Etat ! : « Il n'est pas jusqu'à des secteurs de notre propre parti qui ont participé involontairement à cette campagne (contre la démocratie) qui a créé des conditions plus favorables au putsch. (...) Combien négatifs ont été les accords du Ve Congrès rejetant l'eurocommunisdans le développement des conditions objectives, des conditions politiques, psychologiques, de l'affaiblissemnt des résistances démocratiques » (Mundo Obrero, numéro 115).

Finalement, le 27 mai dernier, le CC du PSUC décidait de désavouer son propre Congrès et de reprendre le terme d'« eurocommunisme ». Ce fut le point culminant formel, mais réellede Valence... Santiago Carillo a lancé depuis le 23 février une offensive contre tous ces secteurs critiques et tout particulièrement contre la direction du PSUC (28). Il a obtenu des résultats importants mais pas la domestication totale du PSUC ni des organisations du PCE dans les nationalités. Les contradictions entre la direction centrale du PCE et les directions nationales réfractent celles qui existent centralisme et le nationalisme De plus, le PSUC suppose, pour de larges secteurs de militants du PCE dans les nationalités, un modèle de construction du parti qui cherche un espace politique et une base sociale sur une alternative

« développement progressiste » des statuts d'autonomie et une conception fédéraliste du PCE lui-même. Ce ne sont pas des divergences de stratégie, mais des terrain au sein du PCE... Santiago Carillo cherche sa place avec Calvo Sotelo ; Frutos en Catalogne et Lertxundi en Euskadi cherchent la leur avec Pujol et Garaikoetxea (29). Mais il n'y a aucune lutte pour une alternative ouvrière indépendante. On comprend dans ces conditions l'hégémonie du nationalisme bourgeois en Catalogne et en Euskadi. Une hégémonie renforcée, malgré l'appui donné au gouvernement par le PNV en Euskadi et le CiU (Convergencia i Unio) en Catalogne durant questions dites de modèle de société (30), c'est-à-dire à chaque fois qu'étaient en cause les intérêts de la bourgeoisie dans son ensemble. Une hégémonie maintenue les réactions de couardise des organisations nationalistes bourgeoises face au putsch du 23 février, réactions à la hauteur de celles du PCE et du PSOE (31), parce que le PNV et la CiU cherchent à s'intégrer et à collaborer à la contre-réforme, même au prix de nouvelment important, du tournant à droite de la direction du PSUC et de son alignement croissant sur la politique de Santiago Carillo depuis le 23 février.

29. Frutos est le secrétaire général du PSUC, Lertxundi celui du PC d'Euskadi.

30. La seule exception importante, en vérité très importante. fut l'abstention du PNV dans le vote sur la Constitution. Cette position a rendu possible le rejet majoritaire du projet constitutionnel en Euskadi, ce qui a eu une influence considérable non seulement sur la situation de la nationalité, mais aussi sur la crise de direction de la bourgeoisie dans son ensemble.

31. Par exemple, le CiU vota en faveur de l'investiture de Calvo Sotelo comme président du gouvernement et lui donna initialement un appui inconditionnel. Le 5 mars, Pujol déclarait : « L'autonomie est un instrument qui doit étre manié avec beaucoup de prudence » (Diario 16, 5 mars 1981). Il n'imaginait pas alors que la prudence allait étre utilisée contre lui. La plus importante pression politique s'exerca sur le PNV. Le secrétaire général du PS d'Euskadi, Txiki Benegas, fit la déclaration-dénonciation suivante : « Nous sommes gouvernés (en Euskadi) par un gouvernement qui n'appuie pas la Constitution » (Egin, 8 mars 1981). Quelques jours plus tard, le président du gouvernement basque, Garaikoetxea, affirmait : « Nous serons les premiers à défendre la Constitution » (El Pais, 18 mars 1981). Benegas a dû se sentir la conscience aussi tranquille qu'un curé qui vient de convertir un athée.

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les remises en cause des autonomies. Mais le gouvernement exige pratiquement une reddition sans condition.

Et quand ils commenceront à connaître les effets pratiques de la nouvelle offensive centraliste, le PNV et le CiU, qui cherchent uniquement à défendre les croyaient avoir conquises, vont apparaitre comme la direction de la résistance au « putsch anti-autonomie », en utilisant cette situation pour fortifier leur autorité et leur base sociale sur les peuples basques et catalans (32).

Ainsi, le chauvinisme des directions ouvrières réformistes alimente le nationalisme bourgeois. La division des rangs ouvriers provoquée par le PSOE et le PCE est utilisée et amplifiée par le PNV et le CiU. Le mouvement ouvrier et les mouve. ments de lutte contre l'oppression nationale, qui ne peuvent triompher qu'à la condition d'être ensemble, unis dans un pacte de lutte contre le capitalisme et le centralisme, sont aujourd'hui plus divisés

Le nationalisme révolutionnaire basque a représenté d'une certaine façon, durant la période de la réforme, la possibilité de dépasser dans la pratique cette contradiction, de donner naissance à un courant de masse porteur d'une alternative ouvrière révolutionnaire à la question nationale. Mais cette possibilité est également entrée en crise avec le 23 février. Euskadiko Eskerra (EE) est définitivement sur la voie de la constitution d'un « PSUC d'Euskadi ». Il est possible qu'il y parvienne, car l'espace politique pour une aile gauche du bloc autonomiste est large et inoccupé en Euskadi. Herri Batasuna (HB) peut continuer à capitaliser la solidarité d'un peuple basque qui, heureusement, se montre capable de défendre ses prisonniers contre la répression et de saluer la mémoire de ses morts, qu'il partage ou non leurs idées. Il peut également préserver une importante base électorale, recueillir les votes désespérés de milliers et de milliers de personnes en

Mais d'un point de vue politique, Herri Batasuna et l'ETA-militaire vont à la banqueroute. L'idée absurde qui veut selon eux - que l'Etat espagnol soit encore une dictature, la conclusion cohérente de cette analyse quant au putsch du 23 février considéré comme simple manœuvre politique interne de la dictature, c'est-à-dire un auto-putsch, les conduit à la sous-estimation la plus absolue de ce que les travailleurs et les peuples de l'Etat espagnol, y compris la majorité du peuple basque, considèrent justement comme la tâche centrale du moment, c'est-à-dire la défense des libertés contre le putschisme. Chaque nouvel attentat de l'ETA-militaire est un pas de plus vers une fuite en avant sectaire, désespérée et simplement utile à ceux qui intoxiquent les travailleurs avec l'idée de l'ETA, « principal ennemi de la démocratie » ou pour ceux qui veulent récupérer dans le nationalisme bourgeois le secteur le plus combatif du peuple basque (33).

En définitive, l'échec du projet de « l'Etat des autonomies » n'est pas dû à un puissant mouvement de masse qui, dépassant les illusions de l'autonomie, aurait lutté pour le droit à l'autodétermination. C'est la bourgeoisie centraliste qui a fait chavirer sa propre barque.

Dans des conditions de crise sociale et de crise de direction politique comme celles prévalant actuellement, la bourgeoisie espagnole n'est disposée à aucune décentralisation des pouvoirs politiques et, partant de là, elle est prête à assumer le risque d'un affrontement, non seulement avec les secteurs indépendantistes des mouvements nationalistes, mais aussi avec les secteurs beaucoup plus larges qui avaient confiance dans la viabilité des institutions autonomes.

L'armée, qui est matériellement et idéologiquement la forme la plus concentrée du centralisme, s'est mettre un frein brutal au processus d'autonomie. Mais le problème n'est pas réglé pour autant, il commence à peine. Toute la politique de la bourgeoisie sur la question nationale consiste en une combinaison de mesures de pacte politique et de mesures de force. Avant le 23 février, le pacte était au premier plan. Aujourd'hui, force. Le projet d'« harmonisation des autonomies » a déjà exigé l'envoi de l'armée en Euskadi, une escalade répressive contre le courant indépendantiste basque. Une autre plus vaste se prépare contre tous ceux qui luttent pour le droit à l'autodétermination des nationalités et elle peut se terminer en visant tous ceux qui exigeront simplement le droit d'utiliser les symboles de l'identité nationale (drapeau, langue, utilisation du mot « nation »...). Pour finir, le chantage au coup d'Etat recouvre toute

L'éventail parlementaire et particulieréformiste, essaie présenter cette situation comme nécessaire si l'on veut éviter un nouveau putsch... C'est la position de Santiago Carillo : « Si nous voulons démonter, désarmer la possibilité d'un coup d'Etat, nous partir de l'idée que l'Espagne est notre patrie commune à tous. (34) » Ce type de de position met le mouvement ouvrier au bord de l'abîme. D'abord parce qu'elle légitime la répression d'un droit

32. « Le projet de Loi des régimes locaux est la destruction de la Généralité » (Pujol, Diario 16,9 avril 1981). Voir également la note 19 et la position de Arzallus sous la torture. En général, même si le gouvernement n'a pas encore formellement négocié son projet d'« harmonisation » avec les partis nationalistes bourgeois (cette négociation se fera seulement une fois qu'il y aura accord entre P'AP, P'UCD, le PSOE et le PCE), tous les contacts pris ont révélé des

33. Dans un article publié dans Zutih !, le dirigeant de notre parti (la LKI), José Iriarte, résume ainsi la contradiction centrale de la politique actuelle de l'ETA-militaire : « L'orientation de l'activité de l'ETA-militaire est basée sur l'analyse suivante : la bourgeoisie centraliste est chemin de la réforme, sans possibilité de retour en arrière. Euskadi est à un tel niveau de contradictions qu'il rend invivable l'application de cette réforme de façon stable. L'activité militaire crée dans ce cadre un tel état que la bourgeoisie n'a d'autre soludémocratique élémentaire qui est le droit à l'autodétermination et la répression de ceux qui luttent pour lui. Ensuite, parce qu'elle favorise le fait que ce soit justement l'appareil de répression, incluant dans ce front les forces armées, qui détermine précisément en l'imposant sa propre idée de « patrie commune », se débarrassant de ce qui reste d'autonomie et de ceux qui l'impulsaient.

Fermer les yeux devant cette réalité, penser que le problème se résoudra en vidant l'autonomie jusqu'à goutte de son pouvoir, en faisant assaut de patriotisme et en criant « Viva Espana! », est un suicide pur et simple.

LES AFFAIRES DU 23 FEVRIER

Il fallait s'attendre à ce que le coup de barre à droite de la situation politique espagnole trouve sa traduction sur le terrain économique et social: le patronat devait profiter de l'occasion pour faire de bonnes affaires et s'assurer une période de paix sociale. Les deux choses étaient de plus bien nécessaires à la bourgeoisie en cette année 1981, parce que 1980 a sans doute été la pire année de crise pour le capitalisme espagnol, et bien plus encore pour les travailleurs. Bien que 1980 ait été une très bonne année agricole (ce qui ne sera sûrement pas le cas en 1981), le PIB (produit intérieur brut) s'est accru de seulement 1 % (1,5 % en 1979) et la croissance a été négative dans le secteur indusservices. Les exportations se sont accrues de 1 % (8 % en 1979 et une moyenne de 10% au cours de la période 1976-1978). Le déficit de la balance des paiements était proche de 5 milliards de dollars (face au solde positif d'un milliard de dollars en 1979). L'inflation était de 15,5 % (identique à 1979). 442 000 (270 000 en 1979), plus de 400 000 travailleurs ont été touchés ses en faillite (quasi 50 % de plus qu'en

Malgré tout cela, il y avait des raisons fondées à l'optimisme patronal : les salaires avaient crû en moyenne de 13,5 %, la productivité augmenté de (contre 3,1% en 1979) ; la méthode du social entre patronat et syndicats inauguré par l'AMI (accord-cadre intertion à moyen terme que de négocier la "solution KAS"' (voir Inprecor numéro 97, p. 18-20). En conséquence, la lutte armée est le meilleur moyen de favoriser la rupture du cadre de la réforme politique et la conquête de la souveraineté nationale, le retrait de la police. » Après l'analyse des positions fausses de l'ETA sur le putsch, il ajoute : « Comme reconnaftre que son activité ne correspond ni au niveau d'organisation, ni aux formes de lutte du mouvement, ni à l'ensemble de la situation, équivaudrait à sa propre négation, L'ETA-militaire place ses nécessités propres au-dessus de toute nécessité d'organisation du mouvement (...), cette activité de l'ETA crée des difficultés croissantes pour que ces faits (la répression en Euskadi, particulièrement contre le nationalisme révolutionnaire) rencontrent dans le peuple basque, sans parler des autres peuples, ur alidarité effective. »

34. Mundo Obrerc, Juméro 115, rapport de Santiago Carillo au CC.

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confédéral) qui fut signé par l'organisation patronale CEOE et l'UGT (Union générale du travail) s'était consolidée, des pas en avant avaient été faits sur le plan de la législation du travail, grâce notamment à la très réactionnaire Loi fondamentale sur l'emploi. L'UGT avait fait un grand bond en avant aux dernières élections syndicales et enfin, 1980 avait marqué le plus bas niveau de grève des quinze

La bourgeoisie avait besoin d'un nouveau pas en avant, qu'on peut résumer en quatre objectifs :

Le premier, garantir l'accomplissement du programme nucléaire compromis par une forte résistance populaire symbolisée par les luttes contre la centra-

Lemoniz (Euskadi). La première phase de ce programme suppose le fonctionnement de sept centrales, qui assureront un quart de la production électrique du pays (6 555 mégawatts). La seconde phase suppose l'installation de huit autres centrales. L'ensemble coûtera plus d'un milliard de dollars et sera financé à plus de 80 % par des crédits extérieurs non renouvelables. La réalisation complète de ce plan est décisive pour le capital financier qui contrôle tout le programme nucléaire.

Le second, chercher une solution de compromis pour les secteurs en crise où est impliqué le noyau du capital industriel espagnol. Evidemment, maintenir en ces secteurs est une charge que le grand capital considere comme inévitable a court terme et ce afin de maintenir sa cohésion dans des moments critiques comme ceux qu'il connaît aujourd'hui. Toutefois à long terme, la charge que représentent ces secteurs (construction navale, sidérurgie, automobile, électroménager, textile, etc.) serait insoutenable. Certains devront disparaître, d'autres être reconvertis de façon drastique. La loi gouvernementale dite de réindustrialisation, qui règlemente l'aide financière publique aux secteurs en crise en échange de plans de rationalisation (surtout réduction de personnel), est une mesure tactique qui, comme telle, a été appuyée avec plus ou d'enthousiasme par l'ensemble des patrons, mais dont l'effet est d'ajourner et non de résoudre les problèmes de l'appareil de production espagnol.

Troisièmement, ce sont les mesures traditionnelles de réduction des dépenses publiques et toute la démagogie néo-libérale bien connue, habillée d'un cynisme particulier dans l'Etat espagnol (les odes à l'économie de marché sont accompagnées de la revendication du transfert à l'Etat d'une part considérable de la cotisation patronale à la sécurité sociale, d'exigence de crédits bon marché, du renflouement des entreprises en crise, etc.).

Enfin, quatrièmement et c'est l'élément fondamental, un nouveau pacte social, où les syndicats, pour la première fois, accepteront salaires inférieures à l'inflation prévue.

L'un après l'autre, ces objectifs sont en train de se réaliser. Il est exemplaire que les « cent jours » du gouvernement Calvo Sotelo aient coincidé avec la signature du pacte social (36). Le ministre de l'économie, Garcia Diez, en plein délire d'optimisme capitaliste après la signature du pacte annonçait : « Nous commençons à sortir de la crise ». Sur le terrain économique, le ministre lui-même ne croit pas un mot de ce qu'il dit. Mais sur le terrain politique, c'est une grande gouvernement et, en particulier, de son président Calvo Sotelo. Celui-ci non seulement a obtenu les résultats optimum que ao actuelle mais il a de en completement désarmé « l'alternative économique » du PSOE.

Effectivement, à la veille de la signature du pacte, le PSOE présentait une nouvelle version de sa « réponse socialiste à la crise ». Pour se faire une idée du socialisme de la réponse en question, il suffit de dire que le PSOE proposait pour les salaires des fonctionnaires une augmentation inférieure d'un point (8 %) à celle qui fut finalement établie dans le pacte social. Il proposait un déficit publie (5 %) également inférieur à celui décidé par le gouvernement actuel et quasiment identique à celui de 1980 (4,2 %). Les nationalisations proposées se limitaient à la distribution de l'énergie électrique, etc. En présentant à la presse semblable rejeton, Felipe Gonzalez déclara : « Je ne crois pas aux nationalisations... Je ne suis pas de ceux qui adorent le veau d'or de l'économie de marché, mais il n'y a pas de système plus efficace que lui. (37) » C'est sans doute pour augmenter l'efficacité de ce système, que le secrétaire général du premier parti ouvrier du pays a renoncé à la position réformiste la plus minimale face

35. Ces renseignements sont tirés de la revue politique de la LCR, Comunismo, numéro 3, « La proposition de correction de l'UCD » de J. Albarracin et P. Montes et des analyses de conjonctures économiques de L. Hita que publie régulièrement Combate.

36. Le 9 juin le gouvernement, l'organisation patronale CEOE, les Commissions ouvrières et l'UGT signèrent le Pacte social, appelé officiellement « Accord national sur l'emploi ». Son aspect fondamental est comme toujours les augmentations salariales qui s'établissent entre 9 et 11 %, c'est-à-dire 4 ou 5 points en dessous du niveau supérieur de l'inflation probable en 1981, et au moins 2 points en dessous de ce que prévoit le gouvernement pour 1982. Les fonctionnaires auraient une augmentation de 9 %. Les retraités de 10 %. C'est la première fois, espagnol, que les syndicats acceptent formellement des augmentations de salaires inférieures à l'inflation prévue.

Le patronat obtient, en supplément, l'engagement du gouvernement de négocier avec lui la politique économique, un important accroissement du crédit pour le secteur privé, le quasid'un point de ses cotisations à la Sécurité sociale et l'engagement à ce que ces baisses continuent. Les syndicats obtiennent ces misérables « contreparties » : la promesse gouvernementale de créer 350 000 postes de travail qui, selon des croissance du chômage en 1982 (il faut prendre en compte qu'en 1980, ce sont 442 000 postes de travail qui ont été perdus et que le rythme actuel est de 1400 chômeurs de plus par jour). Des mesures très limitées de prolongation de

La ligne économique du PCE se place plus ou moins sur le même terrain, sous la bannière de la solidarité nationale face à la crise. « Une grande victoire pour les enthousiaste, Marcelino Camacho après la signature du pacte social. Il aurait dû dire « une autre grande victoire », car Camacho s'est fait une spécialité de chanter des victoires de ce type depuis le pacte de la Moncloa : la victoire des 1 400 chômeurs en plus chaque jour, la perte de 5 points du pouvoir d'achat des salaires...

Pour la seconde fois en trois ans, les directions réformistes pensent acheter la garantie de certaines libertés en prenant l'exploitation comme monnaie d'échange. Mais sur ce terrain également, l'inflation fonctionne : on paie chaque fois d'exploitation pour recevoir de moins en moins de liberté. Et il faut mentir chaque fois plus outrageusement aux travailleurs. Faut-il insister encore sur le duo Santiago Carillo et Fraga Iribarne qui disaient que les « militaires ne se soulèvent pas pour des grèves » ? Eh bien maintenant, la première justification qui est donnée à la signature du pacte, c'est d'assurer la « stabilité politique », de « defendre la démocratie », etc. (38). D'une certaine manière, on reconnaît l'évidence : que le putschisme a été l'invité invisible dans les négociations sur le pacte social, que la sidu pacte a été assurée par une garde prétorienne qu'évoquait le président du patronat basque, Luis Olarra, le 24 avril, quand il disait : « Ou nous sommes capables de conclure un pacte social, ou finalement quelqu'un deura l'impol'assurance-chômage pour certains secteurs de travailleurs, la promesse du gouvernement destiner au « Fonds communautaire de chómage » (sommes que le gouvernement destine aux municipalités qui ont le plus fort taux de chömeurs pour qu'elles les emploient dans des travaux publies pendant quelques jours) ment la même somme qu'en 1980, c'est-à-dire 2 milliards de pesetas ; la participation de représentants des centrales syndicales aux côtés de ceux du patronat dans les organismes officiels d'hygiène et sécurité, temps libre, Sécurité sociale, empioi. Il y a quelques autres petites mesures mais cela est le plus important. Hors pro-

Get en remerciement des services rendus, le gouvernement a décidé de donner 800 millions de pesetas annuellement pendant trois ans aux Commissions ouvrières et à l'UGT comme « subuention à la consolidation syndicale » et, en échange, les centrales syndicales ne revendiqueront pas le patrimoine leur appartient (c'est-à-dire ce qui a été volé par le franquisme à l'UGT et à la CNT à la fin de la guerre civile et ce qu'accumulèrent les syndicats verticaux de la dictature, toutes ses énormes richesses restant aux mains du gouvernement). En plus de sa fonction politique, le Pacte est plus dur que le tristement célèbre 37. Articles de L. Hita dans Combate numéros 234 et 236.

38. Mundo Obrero numéro 129, 12 juin 39. Hojas del Lunes de Barcelona, 20

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« L'unité peuple-armée, base de la démocratie ». C'est la couverture de l'organe central du PCE !

Cette fois-ci, ce « quelqu'un » est resté dans les casernes. Il a ainsi accompli sa véritable « mission constitutionnelle » comme instrument de chantage politique et économique contre les travailleurs. Mais le patronat refera des invocations de ce type chaque fois qu'il rencontrera de graves difficultés dans la réalisation de sa politique d'austérité.

Le pacte social affaiblit et divise le mouvement ouvrier face au patronat et également face aux putschistes. Une fois de plus, en cherchant à rendre le coup d'Etat inutile, on brise la capacité de résistance populaire de s'y opposer, et par là-même, le seul résultat est qu'il soit rendu chaque fois plus facile.

LA VOIE PARLEMENTAIRE

ET LA VOIE PUTSCHISTE Nous avons vu dans ce qui précède, la chronique de ces « cent jours » dans les secteurs les plus importants. Dans tous, à l'exception pour l'instant de la question nationale, le gouvernement est parvenu à remporter des victoires tactiques tres considérables. Ainsi la preuve a été faite de l'utilité pour la bourgeoisie de la voie parlementaire, une fois soumise au traitement de la contre-réforme. De plus, la victoire électorale de la gauche en France a créé les conditions internationales qui rendent plus difficile un nouveau putsch dans l'Etat espagnol. La bourgeoisie l'a bien compris ainsi, et il est significatif qu'un des premiers messages de félicitation qu'ait reçu François Mitterrand soit venu du roi d'Espagne. Est-ce à dire que nous devons en conclure que toute menace de coup d'Etat est écartée, qu'il n'est plus aujourd'hui qu'un instrument de chantage vis-à-vis des travailleurs ?

Il serait raisonnable de répondre par l'affirmative. Mais les jugements raisonnables ne sont pas d'un grand secours dans un pays où la majorité de la hiérarchie militaire a conspiré contre un gouvernement de droite l'année qui a connu le moins de conflits sociaux depuis 1965. Dans un pays enfin, qui a produit une douzaine de Pinochet sans que n'apparaisse aucun Allende. Le putschisme actuel de l'Etat espagnol n'agit pas de façon elassique, quand les intérêts fondamentaux de la bourgeoisie sont menacés, mais suivant des critères relativement autonomes à ces intérêts, fondés sur la nature même du régime et de ses forces armées. L'expérience a montré qu'on ne peut juger la situation politique espagnole à partir de la question gouvernementale en laissant au second plan la question du régime, de la meme facon qu'on ne peut tout centrer sur les avancées tactiques de la bourgeoisie, en oubliant les problèmes de fond stratégiques qui ne sont pas résolus.

Durant ces « cent jours », la bourgeoisie est parvenue à faire quelques pas en avant de façon contradictoire et fragile sur le terrain de la consolidation de sa direction politique. L'avancée est contradietoire car l'accroissement de l'autorité du chef du gouvernement Calvo Sotelo n'a pas compensé les problèmes provomundo, Sobrero.

pueblo y ejéreito,

se de

qués par la perte d'autorité du roi. Et elle est fragile car Calvo Sotelo a disposé d'un certain « état de grâce », pour reprendre la formule de François Mitterrand, qui ne peut se prolonger indéfiniment et qui, sous certains aspects, est déjà terminé.

Passés effectivement les premiers moments d'euphorie monarchique après le 23 février, il est évident aujourd'hui que le roi a perdu de son autorité, parce qu'il a perdu de son pouvoir. Ou plus précisément, le mirage a disparu, qui le présentait comme le chef effectif des forcomme ceux que nous connaissons, bourgeoisie espagnole cherche un « Bonaparte », un « De Gaulle » entend-on dire, et l'analogie est pour une fois bien trouvée : quelqu'un capable de réorganiser profondément les institutions, les partis et l'armée de la bourgeoisie. Le roi est incapable de mener à bien cette tâche. Il ne fonctionne déjà plus comme point d'équilibre entre les forces armées et les institutions parlementaires. Enfin, il n'est que partiellement vrai qu'il soit un obsta. cle contre un autre coup d'Etat: si le putsch était organisé par les fascistes,

40. Dans ce sens, il faut distinguer deux campagnes, l'une à l'initiative du PSOE, l'autre du PCE. La première fut une réunion des maires des 20 plus importantes villes pour faire le bilan du coup d'Etat. Ils arrivèrent à trois leur « attitude modérée et sereine » face au 23 février (dans les manifestations de sérénité, il convient de détacher celles des maires de Séville et la Coruna qui se cachèrent sous les pierres, du maire de Valladollid qui, en plus, ferma l'Hôtel de Ville, celui de Linea de la Concepcion qui partit pour Gibraltar, ete.), la seconde

La democracia

alors oui, ce serait clairement un putsch contre le roi; mais les possibilités de succès d'une action de ce genre sont quasiment nulles aujourd'hui. Mais si le nouveau pronunciamiento est organisé par la majorité de la hiérarchie militaire -c'est la véritable menace qui pèse sur les travailleurs —, alors le roi en serait non l'ennemi, mais l'allié plus ou moins volontaire. La fonction fondamentale que remplit à l'heure actuelle le roi, avec pas mal de succès, c'est d'être l'appât qui maintient paralysé le mouvement ouvrier qui confiance dans sa personne, comme dans le régime qu'il représente, comme d'apparaître le défenseur des libertés fondamentales (40).

A Calvo Sotelo est dévolue la tâche d'être le chef politique de la bourgeoisie, et il a rempli jusqu'à présent ce rôle avec une certaine habileté. Ce politicien ultra-conservateur, dont les modeles avoués sont Reagan et Thatcher, a compris que sa force consistait à être suffisamment réactionnaire pour gagner la confiance du patronat et de l'armée, tout en apparaissant aux yeux du pays comme le politicien le plus démocratique que puissent tose déclara « pleine de confiance en l'armée ». la troisième, last but not least, demander le Prix Nobel pour le rol...

Le PCE pour sa part, décida que sa fantômatique organisation de jeunesse appellerait à l'unité d'action avec les jeunesses du PSOE, de lUCD et de l'AP, pour lancer une campagne d'appui et de diffusion de la Constitution et, naturellement, le Prix Nobel pour le roi.

Is demanderent également e obtinrent ne audience du roi où ils écoutérent les parole émues de remerciement de l'aspirant-Prix Nobel.

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Juan Carlos passant des troupes en revue. La monarchie et surtout l'armée sont les deux pillers de la contre-réforme (DR)

lérer les forces armées. Il a également compris qu'à court terme, au moins dans ses cent premiers jours, il devait agir en marge non seulement du Parlement, mais aussi de son propre parti désorganisé par des querelles intestines. Sa méthode travail a été une négociation échelonnée, où le premier niveau est d'assurer l'entrée immédiate dans l'OTAN pour accroître la capacité d'intervention du commande. ment politico-militaire impérialiste sur la situation espagnole et, en particulier, sur les forces armées. Le second niveau est d'établir des relations directes de collaboration et de consultation avec l'armée, la banque, et plus généralement le patronat. Les décisions établies à ce point passent à un troisième niveau, la concertation avec le PSOE sur les thèmes qui intéressent le gouvernement pour pratiquer sa ligne d'unité nationale, particulièrement la nouvelle politique des autonomies. Le quatrième niveau est déjà au ras du sol et implique l'entrée en scène du reste de l'éventail parlementaire et le Parlement lui-même. Cette méthode a fait ses preuves dans l'établissement du cadre général des lois, pactes, etc., de la contre-réforme.

Mais cette efficacité a fonctionné seulement sur la base de l'inexistence d'une opposition politique et sociale uniquement sur le terrain des mesures générales. Il est exemplaire de constater qu'à chaque fois qu'une opposition significative existe et qu'on entre sur le terrain des mesures concrètes (c'est-à-dire la nouvelle politique des autonomies), gouvernement redévoile alors sa véritable image de faiblesse. Cela sera la règle demain : l'avenir de Calvo Sotelo est incertain même sur les sujets où il a remporté jusqu'à présent des succès tactiques. C'est le cas par exemple de la législation centraliste et répressive. Le gouvernement est parvenu facilement à faire voter ces lois. Mais le problème réel va être de les faire appliquer: mettre hors-la-loi une organisation révolutionnaire ; interdire une publication et fermer son imprimerie avec l'aide de la loi dite de « défense de la démocratie » ; mettre en place l'état d'exception ; obliger la Géné-

Catalogne et le gouvernement qu'en référence à l'Espagne ; décider de l'extension de l'implantation de l'armée en Euskadi, etc. L'armée ne va pas se contenter de lois, elle va exiger leur application à la première occasion qui se même celle de la gauche réformiste face aux épreuves pratiques les plus dures de la contre-réforme, sera différente de ce que nous avons connu ces cent jours.

Le même raisonnement peut s'appliquer au pacte social. Sa signature seule a suscité des réactions mouvement ouvrier (41). Mais nous sommes encore dans la période des discours. A partir de maintenant va s'ouvrir celle des faits : l'augmentation continue du chômage, les promesses non tenues, les attaques en profondeur contre les secteurs en crise, la misère sans espoir des journaliers andalous, à qui l'on a eu le culot de dire que le pacte social allait améliorer leur situation dramatique. De même, l'audace accrue de la stratégie de tension des fascistes qui trouvent une impulsion nouvelle avec l'approche des procès des responsables du 23 février oblige déjà le gouvernement à sortir de sa com-

41. A la direction de l'UGT, le Pacte fut approuvé par 87 voix pour, 6 contre et 9 abstentions. direction confédérale des Commissions ouvrières, le vote fut de 112 pour, 14 contre et 5 abstentions. Mais dans les Commissions ouvrières le rejet du Pacte fut l'objet d'autres manifestations importantes : la Conférence nationale des Commissions ouvrières de Catalogne (CONC) rejeta le pacte par 228 voix contre, 55 pour et 28 abstentions. Postérieurement, selon une tactique des CONC qui est en passe de devenir une habitude, le refus s'est transformé en une sorte d' « appui critique ». Le Conseil d'Euskadi appuya le Pacte par 26 plète passivité et de sa tolérance actuelle, même si c'est encore très timide.

Mais les fascistes ne sont pas un groumesure d'ou qu'elle vienne contre eux provoquera des réactions de complicité, particulièrement dans l'armée, ce qui compromettra la connivence du gouvernement et de la hiérarchie militaire. Et enfin, Calvo Sotelo ne pourra continuer d'agir sans tenir compte de la crise très grave de son propre parti. Fraga Iribarne a l'habitude de * L'UCD contient à lui tout seul le Parlement de la République fédérale allemande. » Cette plaisanterie donne une idée du type de parti attrape-tout qu'a dû inventer la bourgeoisie espagnole pour maintenir le pouvoir dans un régime par lementaire. Au début, l'exercice même du pouvoir maintenait la cohésion du parti, puis ce même exercice fortifia les camarillas en présence qui commencèrent leur lutte pour l'hégémonie interne. Avec l'entrée dans une phase aiguë de la crise de direction bourgeoise, ces camarillas passérent à la guerre ouverte : c'est la situation

Apparemment, le débat est centré sur quel type d'alliance doit établir le parti : « la grande droite » (coalition avec Fraga Iribarne, en éliminant le secteur dit socialdémocrate) ou la coalition avec le PSOE (qui compte très peu de défenseurs dans l'UCD et a été qualifié de « grave attenConseil de Guipuzkoa se prononça contre, etc. Quant aux positions des autres syndicats, tant ELA-STV (centrale majoritaire en Euskadi) que la LAB (syndicat proche d'Herri Batasuna) ou la CNT, elles rejetèrent le Pacte.

On doit prendre en compte qu'en conséquence, la majorité du mouvement ouvrier organisé en Euskadi s'est manifestée contre le Pacte social.

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tat contre le pays » par le président du patronat, rien de moins ! )

Mais nous ne pensons pas que ce soit là le débat de fond, ni l'alternative centrale qui divise la bourgeoisie pour faire face à sa crise de direction. La dernière enquête Gallup sur les intentions de vote donne 23,6 % à l'UCD, 8,9 % à Fraga Iribarne, 7,9% au PCE et 42% au PSOE (42). Si importante que soit la différence entre des intentions de vote et les chiffres d'une élection réelle (et il est probable qu'elle serait très grande), il est clair que la bourgeoisie court, aujourd'hui plus que jamais, le risque d'une défaite électorale. Dans n'importe quel pays d'Europe capipossibilité d'une majorité électorale pour la gauche provoquerait un sérieux sursaut chez la bourgeoisie, même s'il restait encore deux ans avant les élections et même si la gauche avait à sa tête une organisation à la politique aussi droitière que le PSOE. Mais dans l'Etat espagnol, c'est un drame que provoque cette

Toutes les avancées réalisées par la bourgeoisie au niveau de son organisation politique dans un régime parlementaire sont menacées : l'UCD ne résisterait pas à l'épreuve d'une défaite électorale, n'existe pas pour l'instant de solution de rechange. Le grand capital n'a pas encore confiance dans le PSOE pour diriger un gouvernement, surtout quand la restruequ'on ne pourra plus repousser en 1983 suppose un taux de chômage de 23% (43) et implique d'affronter les graves contradictions internes engendrées par la disparition de secteurs entiers de production. Enfin, par dessus tout, l'appareil d'Etat, et plus particulièrement les forces armées, continuent de PSOE comme un corps étranger qui me. nace, malgré toutes ses déclarations de bonne volonté, la continuité qu'avait établie la réforme, en ce qui les concerne

Dans ces conditions, le vrai débat de fond à l'intérieur de la bourgeoisie est de déterminer l'opération chirurgicale que devra subir l'UCD pour garantir une majorité à la bourgeoisie centraliste : les problèmes de coalition, d'alliances, etc., se poseront dans tous les cas, après. Mais avec ce débat s'en développe un autre encore plus important : que faire s'il n'existe pas de garantie sur le succès de l'opération ? Face à cette possibilité, il y a sans aucun doute des secteurs de la bourgeoisie qui acceptent de prendre le risque d'une victoire électorale du PSOE, dans l'intention de l'utiliser ou, et c'est sans doute la position dominante, pour l'asphyxier le plus rapidement possible. Mais il y a également probablement beaucoup plus puissants que les précédents, pour qui l'alternative dans ce cas est celle que vient de formuler Fraga Iribarne : un gouvernement d'urgence avec les pleins pouvoirs durant un an, c'est-àdire la couverture civile d'un coup d'Etat

Nous ne pouvons pas faire de pronosties aujourd'hui sur la solution qui finira par s'imposer, parce que tout va dépendre de l'attitude du mouvement ouvrier. Si ce dernier est faible, les deux variantes du projet bourgeois - l'opération chirurgicale, en hôpital civil, comme le veut Calvo Sotelo, ou en hôpital militaire, comme le veut Fraga Iribarne — se renforceront. Un mouvement ouvrier fort peut donner la victoire au PSOE aux élections et, avant cela même, obtenir que soient organisées des élections que la bourgeoisie

En conclusion, l'appui actuel de la majorité de la bourgeoisie à la voie parlementaire a un caractère tactique être mis à l'épreuve dans les mois qui viennent. En aucun cas, la bourgeoisie n'écarte la voie putschiste. Les deux existent aujourd'hui, non en lutte ouverte pour le pouvoir, mais cohabitent, s'in-

La situation du mouvement ouvrier après ces cent jours montre que la réali sation de cet objectif sera une tâche très difficile, surtout parce qu'il dispose de peu de temps. Il ne s'agit pas de nous lancer à nous-même un ultimatum, mais de comprendre la gravité des problèmes présents. C'est la première condition pour les résoudre. Car ils peuvent être résolus. Il est vrai que le 23 février fut une charge des profondeurs contre le désenchante. ment (45). C'est à peine si cette fatigue existe encore, cette indifférence ou ce dégoût de la politique qui caractérisaient la majorité du mouvement ouvrier à l'époque antérieure. Ce qui existe aujourd'hui, c'est une nouvelle politisation certes, mais qui n'est encore qu'un changement « d'état d'âme », sans reflet important dans l'activité des masses.

La chronique des luttes depuis le 23 février, malgré quelques vaillantes exceptions, occuperait fort peu de place et ne serait pas encourageante. En particulier, les journées comme le ler Mai, l'Aberri Eguna d'Euskadi, la Sant Jordi de Catalogne, le 8 Mars, etc., ont vu les niveaux de mobilisation les plus bas du quisme. Il est sûr que le premier semestre 1981 battra, à la baisse, le record du plus petit nombre de jours de grève établi en

Pas de relance non plus dans les adhésions syndicales ou politiques, même si en général la saignée militante qui frappait la gauche depuis 1979 s'est arrétée. Mais ce serait une erreur de conclure de tout cela que le recul du mouvement ouvrier continue ou même s'aggrave. Nous pensons que la véritable interprétation de cette situation, c'est que le 23 février a totalement modifié l'axe de la situation politique et que nous sommes encore dans une phase d'adaptation aux nouvelles conditions. Une phase qui sera complexe et prolongée pour de multiples raisons : parce que nous partons d'un recul très profond, parce que ce qui est en jeu est extrêmement important et par-dessus tout, parce que la politique du PSOE et du PCE, ces agents de la peur parmi les travailleurs, s'oppose au plus haut point a celle dont aurait besoin le mouvement ouvrier.

fluençant mutuellement et s'utilisant l'une l'autre pour essayer de se renforcer. Cette situation ne peut se prolonger indéfiniment : à moyen terme, ces deux voies sont incompatibles.

En mai 1980 nous écrivions dans ces colonnes : « Ce régime ne peut etre gouverné que par la droite. (44) ». Nous ajoutons aujourd'hui : ce régime est malade du putschisme et c'est une maladie incurable. Il traversera des hauts et des bas, nous ne pouvons pas savoir combien de temps vivra encore le malade, mais son

Dans les luttes défensives actuelles, l'objectif doit être que le mouvement ouvrier comprenne ce problème et trouve la force de le résoudre. LE MOUVEMENT OUVRIER, ENTRE LA PEUR ET L'ESPOIR

Nous sommes à la veille de congrès syndicaux et politiques très importants. Dans les prochaines semaines auront lieu ceux des Commissions ouvrières (CCOO), du PCE, du PSOE, d'Euskadiko Eskerra, etc. Il est juste done d'attendre quelque temps pour faire une analyse de l'ensemble des organisations de gauche. Nous allons nous limiter maintenant à poser les principaux changements qui se sont produits dans le mouvement ouvrier.

Le premier de ces changements, et qui est fondamental, c'est l'ouverture d'une brèche dans le blocage politique des années. L'objectif « halte au putschisme », malgré son caractère purement défensif, peut centraliser au niveau de l'Etat les mobilisations et remet au premier plan de la scène politique le mouvement ouvrier qui apparaît nettement comme le protagoniste nécessaire dans cette lutte décisive. Cette situation est comprise par des secteurs très larges de travailleurs, qui se réveillent du désen-

Ainsi, la dynamique centrifuge, dans la période antérieure, des luttes qui se développaient fondamentalement dans les nationalités et les régions sans relations entre elles et sans même se poser des tâches communes, cette dynamique tend à

Mais un second changement entre en contradiction à court terme, avec les effets positifs du précédent. Inévitablement, le renforcement du rôle politique du mouvement ouvrier renforce le poids de ses directions majoritaires, particulièrement les socialistes, sur le terrain politique et syndical. En effet, le PSOE apparaît comme « l'alternative viable » face au gouvernement de la droite, vu surtout la grave crise du PCE et ce, encore plus

42. Enquête réalisée entre les mois de mars et avril 1981, Diario 16, 27 mai 1981.

43. Le Monde diplomatique, avril 1981: « L'Espagne sous surveillance ». p. 18.

44. « La réforme est terminée » in Inprecor, numéro 77, du 15 mai 1980.

45. " Une unité nationale lourde de menaces », Inprecor, numéro 97, du 16 mars 1981.

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L'aventurisme de l'ETA ne peut justifier la capitulation du PCE et du PSOE (DR) depuis la victoire de François Mitterrand en France. Le PCE s'alignera à 100% sur le PSOE dans les questions essentielles. La grande majorité du mouvement ouvrier, encore peu active et sans possibilité de faire pression sur ses directions, va être facilement entraînée derrière la ligne réformiste contre le putsch. Mais dans des conditions de contre-réforme, le PSOE et le PCE se font « contre-réformistes ». Leur fonction politique est de parvenir à ce que la majorité des travailleurs appuie la politique du gouvernement, ou bien s'y résigne, en évitant à tout prix et surtout par le biais de la division, que le mouvement ouvrier pose sa propre alternative face au putschisme, qui serait nécessairement une alternative contre le gouvernement de droite.

C'est la principale contradiction de la situation actuelle ; il est indispensable de la comprendre et de la dominer pratiquement pour effectuer un travail révolutionnaire efficace: le mouvement ouvrier est sous l'hégémonie d'une ligne réactionnaire face au putschisme, mais il a commencé à se réveiller.

Le troisième changement s'est produit sur la question nationale comme conséquence extrêmement grave de la contradiction antérieure. La nouvelle politique du gouvernement vis-à-vis des autonomies, inconditionnellement par le PSOE, a mis en question la vole du « développement des statuts », des conquêtes partielles au travers des institutions autonomes qui dominait dans la situation antérieure.

En même temps, l'aventurisme et l'irresponsabilité de l'ETA-militaire devant la menace de putsch a conduit Herri Batasuna dans une impasse. Si grande que soit la solidarité du peuple basque avec l'ETA-militaire quand il s'agit de la répression, si profondes que soient les racines de l'indépendantisme en Euskadi, les actions de l'ETA apparaissent, pour le mouvement ouvrier en particulier, en marge voire opposées à la tâche décisive de défense des libertés.

La résistance à la nouvelle attaque centraliste est en train de se l'hégémonie du nationalisme bourgeois, au nom de la défense des statuts et des institutions autonomes. Et le PSOE, qui apparaît à l'échelle de l'Etat comme l'alternative face à la droite, est dans le même temps, et dans les nationalités, un collaborateur décidé du centralisme, un adversaire de la résistance. Alors que tout exige le maximum de convergences entre la lutte contre le putschisme en général et la lutte contre les effets de la contre-réforme dans les nationalités, c'est au contraire le conflit ouvert entre les deux qui se produit.

Cette situation pousse Herri Batasuna vers le sectarisme le plus complet, augmente encore en son sein l'influence du nationalisme, y compris du nationalisme bourgeois, et diminue sérieusement les possibilités d'influence des positions ouvrières révolutionnaires.

En résumé, les tendances les plus négatives de la situation antérieure dans les nationalités se sont renforcées. La lutte contre cette situation est sans aucun doute la plus difficile des tâches des révolutionnaires.

Enfin, le quatrième changement, qui résume les précédents, c'est le nouveau processus de recomposition à dans le mouvement ouvrier. Nous allons caractériser synthétiquement congrès extraordinaire de 1979, l'équipe de notables qui constitue l'appareil du PSOE s'était assurée le contrôle du parti. Ce qu'on appelait la « gauche socialiste » s'était montrée sous son vrai jour : inoftensive, sans grande intluence, toujours prête à capituler devant la direction ou d'ailleurs ses principaux « bonzes » se sont commodément intégrés. congrès, amener l'UGT à la hauteur des Commissions ouvrières dans le mouvement ouvrier, a été réalisé avec succès aux élections syndicales (46). Mais au contraire, l'autre grand objectif, qui était d'obte- « la destruction du PC d'Euskadi ».

nir le feu vert du grand capital et de l'armée comme parti de gouvernement en est resté au point mort, malgré le renoncement pratique à toute politique réformatrice et à l'image d'alternative de pouvoir qui avaient constitué l'axe de sa politique depuis 1977. Depuis le 23 février, le PSOE est allé à la limite de son appui inconditionnel à la politique de la droite. Mais il est apparu à nouveau comme l'alternative : c'est l'explication des 42 % de vote, qui ne signifient pas une adhésion à la ligne actuelle des socialistes, mais des illusions, certainement modérées, dans ce que « les choses changent ».

Ce potentiel électoral ne va pas changer d'un millimètre la politique du PSOE. Bien au contraire, le message de Felipe Gonzalez à la bourgeoisie peut se résumer ainsi : « Vous voudriez continuer d'exercer le pouvoir dans le cadre du régime parlementaire. Indépendamment de notre volonté, il est probable que le PSOE gagnera les prochaines élections. Résignezvous par pitié, convainquez l'armée de notre bonne volonté, nous sommes prêts à tout faire pour la démontrer. » Et, effectivement, ils font tout, comme nous l'avons constaté.

Mais cette ligne, chaque fois plus droitière, doit nécessairement entrer en contradiction avec les aspirations massives au changement qui se sont centrées de nouveau sur le PSOE. C'est pour cela que les conditions sont de nouveau réunies pour le développement d'une nouvelle aile gauche qui, si elle fait des racines dans l'UGT, peut modifier la situation dans le courant politique majoritaire du mouvement ouvrier, dans un sens favora-

Ce qui dans le cas du PSOE n'est seulement qu'une possibilité est déjà une réalité au sein du PCE. L'offensive interne lancée par Santiago Carillo après le 23 février aboutira sans doute à un compromis entre les différents courants de l'appareil central, compromis qui lui assurera une majorité au prochain congrès (47). Mais dans tous les cas la crise continuera et la division dans l'appareil également. L'aspect le plus spectaculaire de la crise, sont avant tout les tentatives de remplacer Santiago Carillo et sa toute-puissante équipe de bureaucrates. Ce n'est pas rien pour le PCE, mais le vrai problème de fond est une crise stratégique : dans les conditions de l'Etat espagnol, pace politique et syndical occupé par la social-démocratie. S'il en manquait une preuve, les faits depuis le 23 février sont

46. Les résuitats des élections syndicales 30,75% (- 3,75 % UGT : 29,29 % (- 7,30 % par rapport à 1978) Les deux syndicats obtinrent leurs plus mauvais résultats en Euskadi:

16,70 % 18,70 % 23,85 % 4,70 % 47. Roberto Lertxundi est allé jusqu'à dire que les thèses organisationnelles supposaient

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concluants. Les véritables oppositions au sein du PCE tournent autour de ce problème, à droite comme à gauche, et sont portées par les cadres intermédiaires moins liés par la complicité de l'appareil. C'est le cas du courant appelé « eurocommunisme rénové » qui a déjà un pied hors du parti, aux portes du PSOE. Et à l'autre extrémité, c'est également le cas du courant « afghan », qui n'a pas de pied dehors, parce que n'existe pas un fort parti révolutionnaire à la gauche du PCE.

Ce qui est le moins important à court terme dans ce courant de gauche (laissons le nom d'« afghan » à ses inventeurs, les fidèles de Santiago Carillo), ce sont ses positions « campistes » en politique internationale. Ce qui est important, c'est qu'il reflète ces réactions classistes face à la politique officielle qu'un délégué au Congrès du PSUC résuma ainsi : « L'eurocommunisme, ce n'est pas un mot, ce sont des grèves brisées. » Ce courant représente pour les révolutionnaires, surtout sur le terrain syndical mais pas seulement, une possibilité de réaliser l'unité d'action avec un secteur de la base des organisations réformistes, secteur formé de plus dans sa majorité de militants ouvriers.

Des situations comme celle-ci commencent à mettre en question, au sein méme des organisations réformistes, ce qui servait de pierre angulaire à la direction pour essayer de se justifier : « On ne peut pas faire autre chose, nous avançons sur une route à sens unique » comme dit Santiago Carillo.

Nous autres révolutionnaires savons que ce sont des mensonges. Mais il s'agit de le démontrer. Déjà avant le 23 février, des tentatives pour faire une plate-forme d'action de la gauche révolutionnaire ont vu le jour de manière dispersée. Dans toutes ces situations, le rôle moteur était l'unité d'action du MCE (Mouvement communiste d'Espagne) et de la LCR, les deux seules organisations ouvrières révolutionnaires à l'échelle nationale. Cette tentative de regrouper ceux qui ne se résignent pas au désenchantement, ceux qui veulent lutter, résister à toutes les agressions de la droite, ceux qui veulent réveiller le mouvement ouvrier, l'amener à l'action, a été positive. C'est encore plus nécessaire maintenant, tout en s'adaptant au changement d'axe de la situation politi-

Le mouvement ouvrier s'est réveillé, même s'il marche dans une fausse direction. L'espace à gauche des partis réformistes est certainement très grand, mais il est peu peuplé. Il ne se remplira pas en espérant qu'affluent les travailleurs revenus de l'expérience de la « voie de la peur ». Il faut aller les chercher là où ils sont. Pour cela, l'effort fondamental doit être de trouver les objectifs, le type d'organisation, le moment adéquat pour lancer des initiatives qui puissent mobiliser l'ensemble des travailleurs, qui soient capables de s'appuyer sur les syndicats, si modeste que soit le point de départ.

Chaque fois que le mouvement ouvrier dit NON face aux attaques de la droite, il récupère des forces, surmonte sa peur, retrouve sa propre confiance et celle des peuples opprimés, des mouvements priorité absolue dans la lutte contre le putschisme, les fascistes, le centralisme, le pacte social, c'est de parvenir à des ripostes de masse. Cette orientation n'a pas seulement de valeur en elle-même. Elle est indispensable afin de combattre également la politique de marginalisation, quand ce n'est pas de répression, que pratiquent les réformistes contre les militants révolutionnaires. Elle est nécessaire entin pour gagner audience et respect parmi les travailleurs atin d'accomplir d'autres tâches également nécessaires, même si elles ne peuvent être aussi

Par exemple, pour continuer à s'opposer aux mobilisations anti-ETA solidaires de l'appareil de répression ; pour aller dans la direction inverse, même si nous restons seuls à dire aux travailleurs qu'ils ne peuvent défendre la démocratie sans défendre également la légalité d'Herri sans se solidariser avec tous ceux que frappe la répression.

Et pour continuer à lutter pour le droit à l'autodétermination des nationalités, en respectant le patriotisme des peuples opprimés et en combattant le « patriotisme » des oppresseurs, même quand ses porte-parole sont les secrétaires généraux des deux plus grands partis ouvriers

Et enfin, pour montrer aux travailleurs la véritable voie qui permette d'en finir avec le putschisme face aux duperies que sont ces paroles de Felipe Gonzalez : « Je n'arrête pas de me demander quelle peut être la malédiction qui pèse sur notre pays pour qu'un systeme démocratique de libertés tombe toujours au bout de peu de temps. (48) » à nous, comme nous ne croyons pas à la magie noire et que nous essayons d'apprendre de l'histoire, nous savons d'où vient la malédiction. Un historien peu suspect de gauchisme l'expliquait ainsi, en se référant à la chute de la Ile République : la coalition républicano-socialiste qui forma le gouvernement en avril 1931 « s'est contentée d'élaguer quelques branches d'un arbre qu'il aurait fallu déraciner » (49).

Là se trouvait le problème et il s'y trouve toujours. Aujourd'hui, le mouvement ouvrier est en train de répéter une fois encore l'expérience de l'élagage. Nous serons avec lui pour couper le plus de branches possibles. Mais il s'agit de se préparer, de rassembler les forces et la volonté pour arracher l'arbre. Jusqu'aux ra-

Tunon de Lara, Tiempo de historia. PEROU

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