Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ILE MAURICE

Le combat des îlois de Diego Garcia

· Inprecor n° 107, 5 août 1981 · p. 18 · 831 mots

Grande-Bretagne

En 1965, trois ans avant que l'impérialisme britannique n'accorde l'indépendance à l'ile Maurice, un traité secret y mettait comme condition l'achat de Diego Garcia par la Grande-Bretagne. Détachée de l'ile Maurice et ainsi vendue à l'ancienne puissance coloniale, Diego Garcia sera cédée en 1973 à l'impérialisme américain pour y construire la plus grande base militaire de cette région du monde.

Les 900 familles qui y vivaient et qui ont été ainsi dépossédées de leur flot d'origine, mènent un combat pour obtenir de la Grande-Bretagne une compensation financière sans pour autant abandonner leur droit au retour à Diego Garcia.

Fin juin 1981, une délégation composée des représentants des flois, du gouvernement mauricien, du MMM (Mouvement militant mauricien d'opposition) et de délégués des comités de soutien, se rendait à Londres où le gouvernement britannique leur a refusé toute conces-

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RÉUNIÓN - sion sur le montant de la compensation financière réclamée.

Cette intransigeance du gouvernement britannique va probablement provoquer une radicalisation de la lutte des ilois de Diego Garcia réfugiés à l'ile Maurice. Cela pourrait aussi donner une nouvelle impulsion aux initiatives de solidarité. En effet, le voyage de la délégation des ilois à Londres aura au moins permis de porter ce problème sur la scène internationale.

Ainsi, le 6 juillet dernier, une manifestation de plusieurs milliers de person nes était organisée dans la capitale Port-Louis. Porteurs de pancartes dénonçant l'impérialisme britannique, les manifestants ont, malgré les barrages policiers, réussi à parcourir les rues de la ville. Devant la demeure du Premier ministre mauricien Ramgoolam, ils étaient repoussés par les troupes anti-émeutes de la « Riot Unit », qui ont fait plusieurs blessés.

Dans l'après-midi de la même journée, les ilois organisaient une nouvelle action de protestation en brûlant, devant les locaux de la haute commission britannique un portrait de Margaret Thatcher UNE LUTTE ANTI-IMPERIALISTE

Cette mobilisation aux côtés des ilois qui vivent dans des conditions précaires à Maurice prend un tour de plus en plus consciemment anti-impérialiste. Et voilà qui ennuie le gouvernement mauricien. En effet, si ce dernier réclame la rétrocession de Diego Garcia à Maurice (une motion a été votée en ce sens par l'Organisation de l'unité africaine (OUA) en juillet 1980), le gouvernement du Parti travailliste n'a jamais véritablement mené campagne pour cela. Ainsi, le Premier ministre mauricien, de passage à Londres, a refusé d'y rencontrer la délégation de soutien aux flois, pourtant conduite par son propre ministre de la Sécurité sociale... En rentrant à Port-Louis, il a néanmoins tenu à prendre ses distances d'avec l'attitude du gouvernement britannique en dé clarant que cette dernière avait été « malhonnête et dominatrice ».

A la veille d'élections générales qui devraient avoir lieu au plus tard en juin 1982, le gouvernement mauricien, déjà confronte à l'extension rapide du chomage, ne veut pas, suivant des propos prétés a Ramgoolam, « porter le chapeau » pour le problème de Diego Garcia. Les rapports diplomatiques entre Maurice et la Grande-

Bretagne ont donc eu un peu tendance à se tendre ces derniers jours.

LE PROCES DES ILOISES C'est dans ce contexte que, les 23 et 30 juillet, huit femmes dont six iloises et deux militantes du MLF mauricien devaient passer en procès pour avoir participé, il y a quelques mois, à une manifestation de protestation. Elles risquent trois mois de prison ferme au terme de la législation du Public Order Act (POA), véritable législation d'état de siège limitant le droit de manifestation.

Leur procès va probablement constituer localement une mini-épreuve de force avec le gouvernement. Celui-ci ne peut en effet faire exception à l'application du POA dont l'opposition réclame depuis des années l'abrogation. Mais, d'un autre côté, condamner six floises et deux femmes du MLF au moment même où le bien-fondé de leur lutte est rendu explicite par l'attitude intransigeante du gouvernement britannique, ne sera pas de nature à renforcer le crédit électoral du Parti travailliste, déjà responsable d'une situation économique catastrophique

C'est en utilisant à fond cette contradiction et le poids de la solidarité internatinale à la lutte des ilois et contre la ré. pression qu'il sera possible de faire reculer le gouvernement mauricien.

En France, les dirigeants du Parti socialiste, qui cohabitent dans l'Internationale socialiste avec le Parti travailliste mauricien, et qui ont récemment reçu Ramgoolam à Paris, devraient se prononcer sans tarder pour la rétrocession et la démilitarisation de Diego Garcia et contre la condamnation des huits militantes qui passent prochainement en procès. Une telle initiative serait de nature à faire ré. fléchir le gouvernement mauricien, jourd'hui plus que jamais intéressé à entretenir de bons rapports avec le gouvernement français.

François CAZALS 14 juillet 1981.

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