Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

IRLANDE

Une nouvelle étape s'ouvre pour le mouvement anti-impérialiste

· Inprecor n° 107, 5 août 1981 · p. 10-12 · 3 730 mots

Irlande Grande-Bretagne Syndicalisme IVe Internationale

Belfast, le 4 juillet 1981. — Après le décès de quatre grévistes de la faim et l'élection de trois d'entre eux comme députés, l'un à Westminster et les deux autres à Dublin, le mouvement contre les Blocks H, et d'une manière plus générale la lutte anti-impérialiste, sont entrés dans une nouvelle phase. élections parlementaires irlandaises du 11 juin dernier, car il fallait du temps au mouvement pour évaluer les effets de ses succès électoraux et pour assimiler les expériences des campagnes électorales.

De plus, le mouvement tendait à s'essoufler, pour d'autres raisons. puisement des militants était tel qu'il po sait un problème croissant. Les Comités contre les Blocks H animent l'avant-garde du mouvement anti-impérialiste irlandais et fournissent la base du mouvement national le plus vaste qu'ait connu l'Irlande depuis la guerre d'indépendance de 1918-1921. Son influence reste néanmoins limitée géographiquement. On n'a pas assisté à une arrivée massive de nouvelles forces dans les Comités. Cette couche limitée de militants s'est mobilisée au maximum de ses forces durant près d'un an de lutte intense. Les préparatifs de la campagne pour la première grève de la faim dans les Blocks H ont été entamés dès l'été 1980. La première grève a débuté presqu'aussitôt, et s'est poursuivie jusqu'à la fin de décembre. Les préparatifs de la seconde grève de la faim, celle qui est toujours en cours, ont commencé à la mi-janvier de

La tactique de la grève de la faim exerce une énorme pression morale sur les militants, les conduisant au bord de l'épuisement. Il faut faire l'impossible, et tout de suite, pour éviter aux prisonniers la souffrance et la mort. Ce type d'effort très éprouvant peut difficilement être soutenu pendant une trop longue période.

L'idée intolérable de l'éventualité de la mort d'un gréviste de la faim maintenait intactes les énergies militantes. Le peuple irlandais ne pouvait lui non plus accepter un tel fait. En vérité, durant la première grève de la faim, les tensions sont montées rapidement, atteignant pratiquement l'explosion. Ainsi, Bernadette Devlin se souvient que, dans sa région, la détermination était telle que si une manifestation avait été appelée à se diriger vers le camp de concentration de Long Kesh, environ 20 000 personnes étaient prêtes à

Une nouvelle étape

s'affronter directement à l'armée britan-

Mais plusieurs grévistes de la faim sont déjà morts, sans qu'aucun changement significatif ne soit survenu. La plupart des militants de la campagne ne peuvent même pas se souvenir du nom des nouveaux grévistes de la faim qui rejoignent chaque semaine les protestataires. La lutte dans les prisons va en s'intensifiant sans aucutenir compte des rythmes du mouvement de masse à l'extérieur des

Malgré la montée des mobilisations de soutien aux détenus, alors que leur héroisme et leur sacrifice les avait conduits à deux doigts de la mort, la première gréla faim s'était terminée confusion et la démoralisation ; quant à la seconde, elle a commencé dans des circonstances bien plus difficiles. Des négociations se sont tenues dans la prison sans la participation des dirigeants du mouvement contre les Blocks H. Sans garanties publiques et alors qu'aucun témoin n'était présent, on a fait croire aux prisonniers que le gouvernement britannique allait satisfaire leurs revendications. Les dirigeants de l'IRA provisoire ont présenté l'accord comme une claire victoire. Il s'en est suivi une démobilisation du mouvement. Mais, par la suite, les autorités pénitentiaires ont en pratique refusé de faire la moindre concession, et le gouvernement britannique a réaffirmé sa détermination à faire accepter aux prisonniers le

Cela a amené les militants du mouvede masse à comprendre qu'ils avaient été trompés et abusés. Les prisonniers, eux, en ont éprouvé de l'amertume. Ils avaient vécu comme des enterrés vivants dans des cachots des années durant, devant supporter la brutalité liation systématiques des gardiens orangistes qui montraient leur haine face à ces catholiques qu'ils considéraient comme des anormaux, comme des animaux qu'on peut torturer, et ce sans d'autre but que de se rassurer sur leur statut de caste et d'exorciser la peur que la colonie protestante a toujours ressentie face à la majorité nationaliste irlan-

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IRLANDE daise. Les détenus étaient à bout de force. Ils étaient décidés à mourir plutot que de rester enterrés vivants et d'etre soumis à d'insupportables brimades. Dans ces circonstances, il était impossible de leur demander de retarder de plusieurs semaines une nouvelle grève de la faim. Les dirigeants du Sinn Fein provisoire ont essayé par tous les moyens de les convaincre d'attendre, car ils craignaient - à juste titre - qu'une seconde vague de grèves de la faim ne rencontre un écho plus faible.

En fait, dès le début de la seconde grève de la faim, il a été impossible de mobiliser autant que lors de la première, à Dublin, sauf au moment des obsèques des grévistes décédés.

Le succès incontestable de la deuxième grève de la faim a été obtenu par le biais des campagnes électorales faites sur une base de front unique au nom des prisonniers, ce qui a permis de toucher beaucoup plus de gens.

de trois grévistes de la faim aux deux Parlements auxquels les Irlandais peuvent envoyer des députés fit voler en éclats les prétentions du gouvernement britannique pour qui les prisonniers ne représentent qu'une poignée de

Il était devenu absolument clair que leur protestation entrait en résonnance avec les aspirations de larges secteurs du peuple irlandais opprimé.

Presque tous les électeurs catholiques inscrits du district de Fermanagh-Tyrone en Ulster ont donné leur voix à Bobby Sands, lors de l'élection partielle d'avril dernier au Parlement de Westminster. Lors des élections législatives, les grévistes de la faim candidats ont remporté un nombre suffisant de voix pour empêcher du gouvernement d'obtenir la majorité à la Chambre. Le Parlement de Dublin se trouve dans une impasse, et il élections vont devoir se tenir dans les six

Le 21 mai, se sont tenues les élections locales d'Irlande du Nord et John McAnulty et Fergus O'Hare, deux dirigeants de l'organisation trotskyste « People's Democracy » (PD), se sont présentés sur une plate-forme qui mettait l'accent sur le soutien aux emprisonnés Blocks H. Le noyau trotskyste, bien que réduit, à largement battu deux politiciens nationalistes bourgeois pourtant bien implantés et bénéficiant chacun d'une machine électorale bien huilée.

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Le cortège gigantesque - environ 100 000 personnes, soit un cinquième de la population catholique d'Irlande du Nord - qui a suivi la dépouille mortelle de Bobby Sands a eu un impact considérable sur les Irlandais vivant de par le

Fin mai — début juin, il semblait évident que le gouvernement britannique commençait à s'inquiéter sérieusement des réactions internationales à la suite des mobilisations contre les Blocks H et du décès des grévistes de la faim, et notamment des réactions en provenance des Etats-Unis. La visite aux USA de l'héritier de la couronne britannique, Charles, a manifestations massives et militantes d'Irlandais d'Amérique du Nord et de partisans des droits civiques et nationaux du peuple irlandais. Un politicien réactionnaire, et non irlandais de surcroît, comme le maire de New York, Ed Koch, a même jugé bon de prendre avantage d'un déjeuner avec le prince pour s'attirer les bonnes grâces des électeurs irlandais aux dépens de ce dernier. Il devait déclarer aux journalistes que le futur roi était embarrassé par les développements de la situation en Irlande

Les médias britanniques ont montré une attention toute particulière, doublée d'une bonne dose d'auto-satisfaction offensée devant les protestations nord-américaines. Un commentateur de la télévision a fait remarquer, la mine visiblement

« nos diplomates passent presque la moitié de leur temps à expliquer notre politique à ces Américains qui

UNE CRISE DE PERSPECTIVES

Parallèlement, le mouvement contre les Blocks H entrait dans une phase de crise politique. Au problème de l'épuisement des militants venait s'ajouter celui des perspectives à donner au mouvement. La mort des quatre premiers grévistes de la faim avait débouché sur une explosion de colère dans les Six Comtés, mais, sans politique, le mouvement ne pouvait s'élargir ni progresser. Cette explosion de colère s'est traduite par une vague d'émeutes, mais sur une faible échelle, qui à la fin du mois de juin était résorbée, laissant dans la bouche des habitants des ghettos un goût d'amertume.

A Derry, où s'était développé un climat insurrectionnel dans les milieux de la jeunesse, après le décès de Bobby Sands, les divisions et la démoralisation se sont

A une plus grande échelle, les campagnes électorales menées par le mouvement contre les Blocks H ont révélé autant ses faiblesses politiques que sa force potentielle ; ainsi, les élections législatives dans le Sud ont-elles fait ressortir les problèmes et les divisions.

Dans le Nord au contraire, l'élection partielle du comté de Fermanagh-Tyrone-Sud a permis de mettre sur pied une véritable campagne de protestation. Un antiimpérialiste a d'ailleurs pu y être élu. Posséder ou non un représentant dans un Parlement britannique de plus de 600 membres semble laisser relativement indifférente la population catholique. Ayant été le premier participant de la deuxième grève de la faim à affronter la mort, Bobby Sands a vu les regards de l'opinion publique se tourner vers lui. L'impérialisme et la répression impérialiste restaient les questions cruciales qui éclipsaient toutes les autres préoccupations de la population catholique. On a réussi à persuader, parfois en utilisant la menace, les autres candidats nationalistes potentiels d'abandonner la course, de sorte que le face-à-face devenait clairement une lutte entre Bobby Sands - le représentant du peuple nationaliste - et un propriétaire, candidat de la colonie protestante, symbole de l'oppression impérialiste.

Il est tout de même apparu, au cours de la campagne, que Bernadette Devlin aurait probablement remporté le siege si elle avait été candidate, ce qui aurait peut-être encore mieux servi la cause des prisonniers que ne pouvait le faire la vic-

Sands. Car Bernadette Devlin aurait pu utiliser le Parlement britannique comme tribune pour y populariser la cause des emprisonnés. Les dirigeants du Sinn Fein provisoire ont imposé la candidature de Bobby Sands, en partie comme moyen de résoudre les divergences politiques en leur sein. Une fraction importante du mouvement provisoire se compose d'abstentionnistes endurcis, violemment opposés à toute activité électorale. Or, un prisonnier était assuré, de par sa condition, de ne pouvoir prendre son siège au Parlement.

De plus, l'organisation des Provisoires de Fermanagh appuie l'aile droite conservatrice et traditionnaliste du mouvement. Elle voulait poursuivre la vieille pratique qui consiste à appeler formellement à l'abstention et à soutenir de façon implicite un candidat nationaliste bourgeois. Les républicains de Fermanagh, d'accord en cela avec la direction républicaine de Belfast, considéraient la candidature de Bernadette Devlin comme par trop radicale.

Owen Carron, un républicain jusqu' alors inconnu de Fermanagh, fut nommé organisateur de la campagne de Bobby Sands. On apprit par la suite qu'il était le protégé de Dave O'Connell, chef de file de l'aile droite du mouvement.

La campagne de Fermanagh-Tyrone-Sud devait redonner vie au mouvement républicain, qui y a pris ses premières leçons en matière de travail politique de masse et de construction d'une machine politique efficace. Bernadette Devlin fut au centre de la campagne de par ses compétences et son expérience indiscutables.

Les élections législatives dans le Sud ont soulevé bien plus de problèmes. Il faut dire que la prétendue République d'Irlande n'est pas directement sous la tutelle britannique et que donc la domination impérialiste y est plus insidieuse. Elle ne monopolise pas la pensée des électeurs.

En réponse à ces problèmes, Bernadette Devlin a conseillé aux Comités de présenter des militants reconnus qui avaient montré en pratique qu'ils plaçaient le mouvement avant toute chose. Dans les quatre coins du pays, de tels militants, pour la plupart jeunes, ont surgi. Présenter de tels candidats dans un grand nombre de circonscriptions pouvait faire de la campagne contre les Blocks H une échéance nationale et mettre au défi les partis traditionnels sur cette question.

Il y avait un avantage supplémentaire à présenter une liste de militants antiBlocks H. Le mouvement contre les Blocks H a un double caractère. C'est un mouvement construit sur la base d'un thème unique, l'opposition à la tentative du gouvernement britannique de forcer les prisonniers à accepter le statut de prisonnier de droit commun. Mais il constitue également l'embryon d'un large mouvement anti-impérialiste du type de celui qui dirigea la lutte d'indépendance irlandaise dans la période 1918-1921.

Si les Comités contre les Blocks H avaient présenté une liste complète de milicomme candidats, raient avancé de façon significative dans la construction d'un large front anti-impérialiste militant. Instinctivement, la majorité des militants du mouvement avaient vu cela comme l'étape suivante à prendre. Quand Bernadette Devlin l'a proposé devant un meeting central à la Mansion House de Dublin, immédiatement après le décès du quatrième gréviste de la faim, et juste avant l'ouverture de la campagne pour les élections législatives, elle a soulevé une tempête d'approbation et d'enthousiasme. A la tribune, le visage des dirigeants républicains, et de ceux qui leur sont liés, était sévère et plutôt livide.

Bernadette Devlin avoua qu'elle avait peine à croire que le Premier ministre de Dublin était assez stupide pour appeler à des élections dans une telle situation, offrant ainsi une occasion rêvée de s'exprimer au mouvement contre les Blocks H. Mais la bourgeoisie irlandaise connaît depuis bien longtemps l'état de paralysie et d'aveuglement politiques dans lequel se trouve le mouvement républicain, la principale force politique de la campagne, du fait de ses propres contradictions. Aussi longtemps qu'une telle organisation dominera la gauche, la bourgeoisie sera peu stimulée à faire preuve d'intelligence.

L'aile droite républicaine était fin prête à contrecarrer la proposition Bernadette Devlin, et elle s'est saisie de l'occasion offerte par les élections dans le Sud pour prendre l'offensive au sein même de la campagne contre les Blocks H ainsi que dans le mouvement républicain. L'aile droite a rejeté du tout au tout l'expérience positive qu'avait été l'élection Dans les Six Comtés, les militants de l'IRA provisoire, au travers de la campagne, avaient été amenés plus près d'une pratique politique de masse. élections du Sud, la présentation d'une liste de candidats détenus équivalait à empêcher les Provisoires les plus politisés d'être partie prenante de ce travail politique de masse et paralysait ainsi le développement d'un réel front anti-impérialiste.

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La forme de la campagne était en fait imposée par l'aile droite de l'IRA provisoire, dirigée par Dave O Connell. Neuf prisonniers reçurent l'investiture du Comité national contre les Blocks H, six provisoires et trois membres de l'Irish Republican Socialist Party (IRSP — Parti socialiste républicain irlandais) et de l'organisation militaire qui lui est liée, l'Irish National Liberation Army (INLA -Un dixième candidat, Sean Kelleher, lié à la famille O'Connell, a également obtenu le soutien du Comité, mais il ne fut pas mis sur un pied d'égalité avec les neuf

L'IRSP est loin d'être une organisation cohérente au niveau national. Certains groupes locaux sont dominés par des gauchistes endurcis, d'autres par des populistes qui peuvent virer a tout moment vers des positions droitières. A Limerick, par exemple, l'IRSP a apporté son soutien à un politicien local qui n'avait même pas pris de position claire sur la question des prisonniers. L'IRSP ayant été, dans la campagne, l'organisation la plus après les Provos (Provisoires), a pu rassembler autour d'elle les écœurés par les tergiverarbitraires de ces derniers. Mais elle n'a pas su offrir l'alternative politique que nécessite la construction de la

Les relations de PD avec l'IRSP varient considérablement, selon l'endroit et le moment. A Dublin, où l'influence maoïste est marquée, les relations sont tendues, tout comme à Limerick, où la section locale est plutôt droitière. Mais par ailleurs, pour les élections locales dans le Nord, PD a formé un bloc avec l'IRSP à Belfast ; les deux conseillers élus de cette organisation poursuivent aujourd'hui le travail avec deux élus de PD et essaient de former un bloc des élus anti-impérialistes.

En conclusion, le mouvement contre les Blocks H est sorti des élections dans le Sud en tirant un bilan nuancé. Les divisions plus profondes qui y sont nées augurent mal de la poursuite du mouvement de masse, même si le bilan de la campagne électorale laisse paraître plusieurs acquis significatifs. En règle générale, les comités électoraux ont organisé une couche bien plus large de militants que les Comités d'action contre les Blocks H ne l'avaient fait auparavant. A Louth comme à Monaghan, où deux prisonniers ont été élus, les comités locaux ont été larges et actifs. Un prisonnier fut presque élu à Sligo-Leithrim, et il l'aurait probablement été si le Parti communiste n'avait pas présenté son contre les Blocks H.

L'aile droite du mouvement républicain a poursuivi son offensive, apparemment sans se préoccuper des effets destructeurs possibles sur le caractère de masse du mouvement. La poursuite des attaques contre le Comité de Cork ainsi que la proposition de présenter Owen Carron à la prochaine élection partielle de Fermanagh-Tyrone-Sud peuvent amener le mouvement à se diviser, ou se retrouver dominé et manipulé par les Provisoires. En fait, les trotskystes irlandais soupçonnent l'aile droite des républicains d'essayer délibérément de se débarraser des éléments qu'elle ne peut pas contrôler, afin d'obtenir le monopole total de toute négociation.

L'aile droite provisoire n'a jamais été en faveur d'un mouvement large que lui ont imposé les prisonniers, leurs familles, les marxistes révolutionnaires et la gauche provisoire. Il est perçu par eux comme une épée à double tranchant qui bouleverse l'histoire même du mouvement républicain qu'ils refusent de voir changer. Evidemment, une cassure du mouvement de masse serait un recul majeur, même si les Britanniques accordaient des concessions partielles sur la question des prisonniers. Or, si le mouvement se démobilise, comme l'a montré l'expérience qui a suivi la première grève de la faim, les Britanniques pourraient aisément revenir sur toutes les concessions faites.

Mais si la lutte se développe au sein du mouvement contre les Blocks H, les marxistes révolutionnaires irlandais ont en main de sérieux atouts, en dépit des multiples oppositions qui vont des gauchistes aux Provos de droite.

montré qu'ils avaient une compréhension de la façon de construire un mouvement de masse et ils ont pu jouer un rôle de direction politique, pour la première fois dans la lutte irlandaise. Leurs campagnes électorales ont touché des dizaines de milliers de personnes et ont eu un impact au niveau na-

La population de Belfast-Ouest s'est refusée à voter pour les politiciens qui trahissaient la cause des prisonniers, tandis que les Provisoires ne lui ont offert aucune alternative. Les trotskystes ont alors voulu combler le vide politique, et le PD s'est retrouvé avec deux de ses militants élus conseillers municipaux. A la suite de cela, ils ont pris l'initiative de convoquer une conférence des conseillers anti-impérialistes, qui groupé un large éventail de représentants de la communauté nationaliste qui étaient venus leur apporter leur soutien à ce projet, tout en sachant qu'il émanait d'une organisation trotskyste.

Avec l'aide des camarades de l'International Marxist Group (section britannique de la IVe Internationale), PD a pu convainere un groupe d'élus, incluant des représentants de l'aile gauche du Parti travailliste, de meeting pour réaffirmer le tholiques à manifester dans le centre de Belfast. En pratique, toute manifestation de catholiques y est interdite. Les camarades ont mis sur pied une vaste campagne de soutien à ce droit démocratique élémentaire des catholiques. Des affrontements ont eu lieu avec la police qui était bien décidée à les arrêter. Cette initiative a eu un impact considérable. PD a donné l'exemple du type d'action militante qui peut redonner élan et confiance au mouvement anti-impérialiste, ce qui a eu pour effet de désamorcer les attaques contre l'organisation.

Bernadette Devlin est sortie des campagnes contre les Blocks H avec un prestige personnel et politique aceru. Elle a été cœur et l'âme de la campagne

Sands à Fermanagh-Tyrone-Sud. Dans le Sud, sa tournée de meetings a été Elle a soulevé l'enthousiasme des publies auxquels elle s'est adressée. Elle est clairement apparue au cours de cette campagne comme la dirigeante révolutionnaire irlandaise la plus appréciée et la plus respectée depuis la guerre d'Indépendance.

A Dundalk, où elle s'est adressée à un public en majeure partie composé de jeunes, elle leur a dit: « On peut lire dans la presse irlandaise que les jeunes ont une attitude cynique face aux politiciens. Ce n'est pas du cynisme, cela démontre leur intelligence. Les jeunes dans le Nord forment la génération la plus héroïque et la plus empreinte d'abnégation que notre pays ait connu en 800 années de lutte. Les meetings contre les Blocks H ne manquent jamais de jeunes. C'est là qu'on peut retrouver la jeunesse idéaliste de no-

Dans un autre endroit, elle a déclaré : * Quand la moitié de la population a moins de 20 ans, et qu'un gouvernement ou un parti ose dire que les jeunes qui se laissent mourir de faim pour une cause ne valent pas la peine qu'on y prête attention, alors ce gouvernement ou ce parti perdent leur droit moral de diriger. »

Elle a également lancé cet appel aux travailleurs organisés en tant que tels: « Reprenez les syndicats ceux qui vous trahissent et remettez-les à la place qui leur incombe à l'avant-garde de notre lutte. La cause des travailleurs est la cause de l'Irlande. »

A l'immense verrerie de Waterford, elle a reçu un accueil chaleureux. Dans chaque atelier un vacarme assourdissant saluait son passage. Des groupes de jeunes travailleurs réclamaient à tue-tête : « Un discours ! Un discours ! »

Même dans les bastions de traditionnalisme républicain, comme à Cork-Ouest et à Kerry, les organisations républicaines ont dû admettre que Bernadette Devlin avait su s'attribuer la part du lion auprès des foules de la région. Elle est la véritable dirigeante politique du mouvement et sa figure la plus marquante.

Tout au long de l'année écoulée, on a assisté en Irlande à une importante expérience militante de masse parallèlement à une augmentation rapide du niveau de conscience d'une avant-garde anti-impérialiste large. On a vu aussi la mise à l'épreuve d'un programme et d'une direction révolutionnaires — dont les trotskystes et Bernadette Devlin sont partie prenante — qui ont fait d'importantes percées. Le mouvement de masse va devoir faire du surplace pour un temps avant de reprendre son avancée, mais il a d'ores et déjà atteint un niveau très élevé. Dans les mois à venir, un processus va s'ouvrir lequel les possibilités et les enjeux seront énormes. Et les trotskystes peuvent jouer, dans ce cadre-là, un rôle de tout premier

Gerry FOLEY Belfast, le 4 juillet 1981.

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