Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GUATEMALA

Le Guatemala à la veille d'une situation pré-insurrectionnelle

· Inprecor n° 109, 28 septembre 1981 · p. 33-34 · 1 177 mots

Amérique centrale Mexique

'AMPLEUR des combats qui opposent les guérilleros

L guatémaltéques aux forces répressives de la dictature du

/ général Romeo Lucas Garcia permet d'apprécier jusqu'à quel point ce pays a été touché par la vague de fond révolutionnaire qui déferle sur toute l'Amérique centrale. Ces affrontements ont de plus considérablement augmenté en intensité ces derniers mois. Aujourd'hui le théâtre d'opération des différentes forces de guérilla s'étend à 19 des 22 départements du

Dans les jours qui ont immédiatement précédé le second d'opérations combinées démontrant leur niveau de coordination et d'organisation (1). Chichicastenango, localité située dans le département de Quiche, a été occupée par 500 guérilleros pendant qu'une centaine d'autres réalisait des opérations identiques dans la région.

Pour leur part, les organisations de masse regroupées dans le Front populaire du 31 Janvier (2) (FP-31) multiplient les actions de propagande, préparant ainsi dès aujourd'hui les conditions de l'émergence d'une situation pré-insurrectionnelle dans les centres urbains. Le 4 août dernier, plus de 30 bombes à tract explosaient en plusieurs points de la capitale, diffusant de nombreuses proclamations du FP-31 demandant à la population de ne pas participer aux élections organisées par la dictature en mars 1982.

Cette intense activité politique illustre le bond en avant opéré par la lutte révolutionnaire au Guatemala au cours des derniers mois. Mais elle illustre surtout le patient travail d'accumulation de forces entrepris durant de longues années.

La combinaison de multiples formes de lutte et de mobilisation, la prise en compte des aspirations spécifiques des diffé. rents groupes ethniques, l'implantation en profondeur dans les masses paysannes et indiennes, et l'extension territoriale progressive du champ d'activité des forces révolutionnaires jalonnent cette accumulation patiente de forces encore enrichie de maintenant plus de vingt années d'expériences et de luttes.

La guérilla s'est récemment généralisée au plan national sur la base d'une répartition régionale en fonction des lieux d'implantation des différents groupes révolutionnaires. « Les principales zones d'affrontements restent les départements du Nord-Ouest, frontaliers avec le Mexique (Quiche, Huehuetenango, San Marcos), où l'EGP (Armée de guérilla des pauvres) et l'ORPA (Organisation révolutionnaire du peuple en armes) ont constitué des forces régulières qui comptent avec le large appui d'une population en majorité indienne. Dans les départements de Solola, Chimaltenango et Quetzaltenango, et en partie de Las Verapaces, ces organisations ont aussi porté des coups sévères aux troupes de Lucas, bien que dans des confrontations de moindre envergure. Les Forces armées révolutionnaires (FAR), de leur côté, ont engagé dans la zone du Peten, au nord du pays, de violents combats qui ont mis en évidence la présence de guérillas permanentes et mobiles. Dans les plaines côtières du Sud, les combats proprement dits sont moins fréquents mais, en revanche, le sabotage économique et d'autres formes de harcèlement se multiplient. C'est dans cette région qu'il est possible de mesurer l'ampleur du développement des formes de luttes paramilitaires et d'autodéfense qu'ont mis en œuvre les larges masses du prolétariat agricole lié aux cultures d'exportation. Dans les zones côtières, les activités des trois organisations mentionnées et du Parti guatémalteque du travail sont de fait complémentaires. (3) »

GUATEMALA Le Guatemala à la veille

C'est par une violence institutionnalisée que réagit la dictature à cette élévation des potentialités militaires et de l'initiative politique des forces révolutionnaires. Les meurtres perpétrés impunément par l'extrême droite gouvernementale portent à 10 000 le nombre des disparus depuis l'année 1978. Le 19 juillet dernier, 300 personnes dont des femmes, des enfants et des vieillards étaient massacrés par les forces armées à Coya dans le département de Huehuetenango proche du Mexique.

La dénonciation de ces massacres par le FP-31 début août a coincidé avec la constitution d'un front électoral regroupant les deux partis gouvernementaux, le Parti institutionnel démocratique (PID) et le Parti révolutionnaire (PR), avec le parti du Front d'unité nationale (FUN). Cette coalition qui a choisi de s'appeler Front démocratique populaire (FDP) soutiendra lors des élections présidentielles de mars prochain la candidature du ministre de la Défense, le général Anibal Guevara contre les formations d'extrême droite, Mouvement de libération nationale (MLN) et Centrale authentique nationaliste (CAN).

Bien que cautionnée par la démocratie-chrétienne locale, cette mascarade électorale (4), qui prétend substituer un général à un autre général à la tête de la dictature, restera impuissante à endiguer la montée du mouvement populaire.

En ce sens, une orientation du Front uni de la révolution (FUR, social-démocrate), qui aboutirait à valoriser cette manœuvre de l'oligarchie serait loin de contribuer à une avancée

Cependant, malgré la puissance militaire d'une dictature soutenue par les Etats-Unis, et fortement équipée de matériel israélien, la marche vers le développement d'une situation pré-insurrectionnelle dans ce pays apparaît donc inéluctable.

C'est dans ce contexte qu'il faut considérer l'attitude du gouvernement mexicain qui, s'il reconnaît avec le gouvernement français le FMLN et le FDR du Salvador comme « une force politique représentative disposée à assumer les obligations et à exercer les droits qui en découlent », collabore avec la dictature guatémaltèque en tentant de fermer ses frontières

1. Au printemps 1980, les trois organisations révolutionnaires EGP, ORPA et FAR, et l'aile majoritaire du PGT (nucieo de direccion ou direccion consecuente) décidaient d'approfondir leur coordination en mettant en place une coordination nationale au niveau de leurs directions nationales.

2. Le Front populaire du 31 Janvier est un regroupement des organisations de masses. Ses dirigeants affirment : « Nous ne sommes l'expression politique d'aucune organisation, bien que nous reconnaissions que l'avant-garde est constituée par les quatre organisations EGP, FAR, ORPA et PGT ».

3. Dans Bandera socialista, organe du PRT mexicain, des 17 et 24 août, une série d'articles signés par Juan Lopez a été publiée sur « Les racines de la guerre populaire au Guatemala ».

4. Le Front révolutionnaire « luquiste » du Guatemala qui avait soutenu le général Romeo Lucas Garcia « élu » en 1978 avec 8 % des voix, 70 % d'abstentions et une énorme fraude électorale, soutient aujourd'hui le candidat de l'oligarchie et de l'armée, le général Anibal

5. Le FUR semble traversé par diverses positions en perspective des élections. Ainsi, si l'on en croit le quotidien El Grafico du 23 août publié à Ciudad-Guatemala, le secrétaire général du FUR, Carlos Morales aurait « clairement exprimé que son parti participera aux élections générales de 1982 et que son candidat à la présidence sera un civil ». Dans Barricada du 3 septembre, le quotidien publié par le FSLN au Nicaragua, Guillermo Colom Argueta, membre du Conseil politique du que « participer élections au Guatemala c'est avaliser les crimes du régime de Romeo Lucas Garcia et trahir un peuple

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aux paysans victimes de la répression, comme l'analyse l'article i-apres que nous ont fait parvenir nos camarades du PRI mexicain.

A la campagne chauvine du gouvernement mexicain préoc cupé par l'extension au Mexique de la contagion révolutionnaire centro-américaine, le PRT répond que le département du Chiapas est la porte du Mexique sur l'Amérique centrale et « qu'elle ne doit pas rester fermée », et mène campagne pour l'aide aux réfugiés qui fuient les exactions de l'armée de Romeo Lucas Garcia et de l'extrême droite. MEXIQUE

V.K.

17 septembre 1981.

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