Inprecor 1974–2004

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POLOGNE

La seconde session du Ier Congrès national de Solidarité

· Inprecor n° 110, 12 octobre 1981 · p. 10-12 · 3 468 mots

Pologne Syndicalisme Stalinisme URSS et Russie

La seconde session du Ier Congrès de Solidarité

DOSSIER POLOGNE vailleurs polonais se sont clairement exprimées lors de la 'EXASPERATION et la radicalisation de millions de tra-"

/ première partie du ler Congres national de Solidarité. Les motions adoptées (1) devaient permettre de canaliser les énergies de classe vers une série d'objectifs socio-politiques d'ensemble (autogestion, référendum, élections).

Le Congrès à peine clos, les « experts catholiques », effrayés, n'ont pas manqué de souligner le changement intervenu. Bronislaw Geremek, un de ces éminents « experts » et l'un des défenseurs les plus acharnés de la conciliation avec la bureaucratie, affirme : « L'état d'esprit est en train de passer du réalisme de l'année dernière à une fière politique romantique. » Et Jacek Kuron, tout en insistant sur la lassitude qui frapperait un nombre croissant de citoyens, déclare : « Quelques personnes (sic) veulent des élections nationales libres, mais cela c'est un pas vers une guerre ouverte. (2) »

Comprenant à la fois la signification, menaçante pour elle, du Congrès et les positions de quelques secteurs de Solidarité (comme de l'Eglise), la bureaucratie va se lancer dans une vaste opération de menaces et d'admonestation. Comme nous T'indiquions : « Ces manœuvres visent, entre autres, à ce que les éléments les plus modérés de Solidarité fassent pression pour que la deuxième partie du Congrès mette une sourdine aux exigences directement politiques du mouvement. (3) »

MENACES ET CHANTAGES La direction du POUP, immédiatement après le 16 septembre, une fois les délégués rentrés chez eux, va publier une violente déclaration. La nomenklatura est touchée au vif de ses privilèges et le dit : « Le cours et les résolutions de la première partie du Congrès ont élevé au rang de programme officiel de tout le syndicat les tendances et phénomènes aventuristes qui s'exprimaient dans Solidarité ... La ligne gagnante a été celle de la construction d'une organisation politique cherchant ouvertement à prendre le pouvoir et à changer le système politique en Pologne. (4) » Les médias se déchaînent et les dirigeants du POUP menacent les travailleurs polonais d'un « bain de sang » si Solidarité persiste à se comporter en « mouvement d'opposition cherchant à renverser le pouvoir. »

Des mesures de répression sélectives sont prises. Des procédures judiciaires sont engagées contre certains responsables de Solidarité. Tadeuz Arendt, président de la section syndicale de la mine de Knurow à Szczyglowice est arrêté. Le jeudi soir, 24 septembre, 30 000 mineurs se mettent en grève pour demander sa libération. Des centaines de travailleurs des syndicats officiels rejoignent Solidarité pour protester contre l'arbitraire du pouvoir. La grève durera 6 jours. Tadeuz Arendt sera finalement libéré, après que la deuxième session du Congrès de Solidarité ait adopté une motion de soutien (5). A Bielsko Biala, un représentant du Comité de défense des prisonniers politiques est mis sous les verrous. La clique au pouvoir, au nom de la lutte contre l'« anti-soviétisme », tente à nouveau d'initier une répression plus directe.

La calomnie, qui traduit aujourd'hui l'impuissance bureaucratique, devient la règle de fonctionnement des médias. Devant les bâtiments où se réunit le Congrès de Solidarité, à Gdansk, les travailleurs ont peint en lettres géantes le slogan « La télévision ment ! ». Les sbires du régime ont reproduit l'affiche du Congrès du syndicat, représentant un enfant de un an, en ajoutant une ceinture de cartouches de dynamite et une phrase : « Il ne faut pas jouer avec le feu ! ». Gdansk en a été recouverte.

Le chantage au boycott économique fait par l'URSS s'est ajouté au dispositif de pression et de chantage déjà en place. L'arrivée du vice-Premier ministre soviétique à Varsovie, Nicolas Baibakov, a été l'occation de lancer la rumeur de sanctions économiques contre la Pologne, si « l'ordre n'était pas rétabli ». Stefan Olszowski affirmait, le 22 septembre : « Toutes les actions anti-soviétiques peuvent inciter notre plus proche allié à se demander s'il faut continuer à nous aider ou se contenter de maintenir des relations économiques sur la base de l'équilibre mutuel. (6) » Or, pour les huit premiers mois de l'année, le déficit commercial de la Pologne avec l'URSS s'élève à 1,3 milliard de roubles. L'« équilibre mutuel » ne signifierait rien de plus que la diminution radicale des livraisons de gaz, de pétrole, de matières premières. Les menaces plus ouvertes de représailles économiques deviennent un levier de la « lutte contre l'anti-soviétisme » pour la caste au pouvoir au Kremlin, qui, sur le fond, n'hésite encore à intervenir qu'à cause du potentiel de résistance des travailleurs polonais et du prix, entre autre économique, qu'elle devrait payer nationalement et internationalement.

Gromyko, à la tribune des Nations Unies, a insisté sur le fait que « des efforts considérables étaient entrepris dans certains milieux des pays occidentaux en vue a ebranler les fondements socialistes de l'Etat polonais (7) ». Voilà le genre de déclarations qui pourrait se retrouver, si nécessaire, dans un futur Livre blane sur la « Défense par l'URSS de l'intégrité de la Pologne ».

UN COMPROMIS COMPROMIS ? Soufflant le chaud et le froid et faisant monter les enchères, la direction du POUP a cherché une ouverture. L'objectif numéro un, immédiat, de la bureaucratie a consisté à ce que Solidarité abandonne l'exigence du référendum, un référendum qui aurait fait voir à tout un chacun que le POUP était nu ... bien que disposant du « rôle dirigeant ». La question du référendum concentre en effet les questions clés de l'heure : structure de pouvoir et autogestion.

De son côté Mgr Glemp, primat de Pologne, a lancé des appels « à la pondération, au dialogue, à la raison », car le pays « a besoin d'amour et de sacrifices mais pas de sang ». Il a incité les « partenaires à retrouver le chemin de la table des négociations ». A Rzeszow (dans le sud-est du pays), le 21 septembre, Andrzej Celinski, membre du secrétariat national du syndicat, a déclaré que Solidarité était « prêt à tout instant à des négociations avec le gouvernement sur n'importe quel

1. Cf. « Ter Congrès national de Solidarité : une avancée de la révolution politique en Pologne » et les résolutions de la première session du Congrès « Résolution sur l'autogestion », « Appel aux ouvriers de l'Est » et « Déclaration finale », dans Inprecor, numéro 109, du 28 septembre 1981.

2. Bobinski, Financial Times, 18 septembre 1981. 3. Cf. Inprecor, numéro 109, art. cit. 4. Financial Times, 18 septembre 1981. 5. Le Matin, 26 septembre 1981, et Libération, 30 septembre 1981.

6. Libération, 23 septembre 1981. 7. Le Matin, 23 septembre 1981.

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Le 22 septembre au soir, Solidarité annonce que le présidium - en fait 3 membres sur les quatre présents — a approuvé un « document de travail » qui avait été élaboré la veille entre les commissions de la Diète, chargées de l'examen des projets de Loi sur l'autogestion, et les représentants des syndicats. Le mercredi 25 septembre, le Sejm (Parlement) adopte les projets de Loi sur l'autogestion. Le POUP, en dernière minute, tente de vider encore plus le projet, en voulant s'arroger le droit d'établir seul la liste des entreprises dans lesquelles le directeur pourrait être élu. La manœuvre a échoué, plus d'un dé. puté craignant sa prochaine rencontre avec des membres de Solidarité ... Le compromis, non seulement restrictif pour toute une série d'entreprises importantes, maintient les prérogatives de la nomenklatura, mais le système-piège du veto mutuel aboutit à la mise sur pied d'un mécanisme d'arbitrage devant les tribunaux. Tous les syndicalistes des pays capitalistes connaissent bien les effets négatifs de telles procédures sur la mobilisation et l'organisation des travailleurs. Enfin, la logique du projet adopté consiste à introduire une coresponsabilité dans la gestion d'entreprises « autonomes sur le plan financier ». Depuis un an, la bureaucratie s'efforce de responsabiliser les travailleurs dans des décisions de « réformes économimiques » aboutissant à porter atteinte à l'emploi. Sous cet angle-là, la Loi sur l'autogestion est une pièce de ce plan de la bureaucratie.

Alors que les travailleurs avaient commencé à s'engager sur une autre voie, comme l'indiquaient les exemples de Huta Katowice, d'Olsztyn ou de Silésie, le compromis passé par le présidium ne pouvait que susciter de multiples réactions. La direction de Solidarité n'a d'ailleurs pas manqué d'affirmer que le Congrès pouvait toujours voter le boycott de ces lois sur l'autogestion. De son côté, en faisant usage de la carotte et du bâton, la direction du POUP espérait diviser Solidarité, en affaiblir l'unité, facteur de sa radicalisation.

DÉMOCRATIE SYNDICALE

Les protestations contre la signature du « document de travail » ne se sont pas faites attendre. Elles viennent de Lodz, de Plock, de Bydgoszcz ... Il est significatif qu'aussi bien les motions de sections syndicales que les interventions les plus critiques, lors de l'ouverture de la deuxième session du Congrès, proviennent, en général, des sections de Solidarité où le mouvement des conseils pour l'autogestion a le plus avancé durant la dernière période.

Nombreux sont les délégués qui soulignent les dangers d'un tel accord, dont les « experts » - Jacek Kuron y compris — apparaissent comme les grands inspirateurs. Jan Rulewski, de Bydgoszez, proclame : « Ce syndicat n'a pas été créé pour passer des compromis, mais pour écraser le système totalitaire de notre pays (8) », alors que Karol Modzelewski explique qu'« une fois de plus, le syndicat s'est mobilisé en vue d'un combat général, pour ensuite s'arrêter à mi-chemin ». Quelles que soient les motivations des divers intervenants, elles reflètent un malaise dans la base, suite à une initiative de la direction qui, de fait, met en question les débats et les décisions de la première session du Congrès.

Dans un premier temps, les interventions des délégués portent, pour l'essentiel, sur la démocratie syndicale et les normes de fonctionnement du syndicat et de ses instances. Pour ces travailleurs qui ont combattu avec une force et une intelligence inégalée le pouvoir bureaucratique, le contrôle sur les activités de la direction de leur syndicat se révèle une exigence essentiel. le. De quoi faire frémir plus d'un bureaucrate syndical des pays capitalistes ... qui du bout des lèvres saluent le Congrès de Solidarité. Une motion, adoptée par 348 voix contre 189, affirme que la procédure choisie pour passer l'accord sur l'autogestion est une « violation de la démocratie syndicale ». De même est mis en question - ce qui n'est pas la première fois depuis août 1980 — le rôle occulte des « experts » dans la conduite du syndicat.

Néanmoins, ces critiques n'empêchent pas les délégués de comprendre le sens des manœuvres de division de la bureaucratie. Après avoir « blâmé » la direction, les délégués donnent, à 557 voix contre 64, le quitus à la Commission nationale de coordination (KKP) de Solidarité et l'applaudissent longuement. Exigence de démocratie et maturité s'expriment ici. Karol Modzelewski, le second jour du Congrès, pour contrecarrer quelques attaques outrancières à la direction, affirme, exprimant un sentiment largement répandu : « Nous ne devons pas accepter que les conflits extérieurs se transforment en conflits intérieurs. »

Confrontés dans les faits à la question du pouvoir (référendum, autogestion, élections), les travailleurs et les militants de Solidarité ont su, à nouveau, faire un pas en avant sur le terrain de l'organisation de leur syndicat, en mettant à profit ce qui est considéré par beaucoup comme « une erreur politique » de la direction. Ainsi, sur le mode d'élection de la direction, tout indique que l'on se dirige vers la solution suivante : le Congrès doit élire la KKP, mais sur la base de listes proposées par les régions, avec la possibilité pour tout militant de se présenter ou de présenter un candidat, à la seule condition qu'il ait l'appui de 20 % des membres de sa région.

DEFENSE DES INTERETS OUVRIERS ET AUTOGESTION Dans les interventions, se font nombreuses les remarques sur les insuffisances du fonctionnement de Solidarité sur le terrain plus strictement syndical : conditions de travail, salaires,

« Nous ne travaillons pas assez de manière concrète. Nous ne répondons pas aux aspirations des ouvriers dans tout ce qui touche à leurs conditions de travail et à leurs conditions de vie. Qu'avons-nous fait à propos des inégalités de salaires qui subsistent, ou des inégalités de situations entre les gens qui font le même travail ? Pourquoi les uns reçoivent-ils plus de viande que les autres parmi les ouvriers qui ont un travail pénible ? Pourquoi acceptons-nous le principe de retraites forcées qui nous a été imposé jusqu'ici par les administrations centrales ? Pourquoi ne faisons-nous rien de concret en ce concerne les hausses des prix et les effets désastreux qu'elles entraînent pour les plus défavorisés », demande un ouvrier de

Cette intervention reflète la puissante poussée égalitaire qui structure toute la gigantesque mobilisation des travailleurs polonais. Elle laisse augurer, au même titre que les multiples motions et télégrammes qui arrivent au Congrès, que la classe ouvrière polonaise - quelles que soient les confusions dangereuses qui règnent sur la réforme économique et le rôle du marché — n'est pas prête pratiquement à soutenir une orientation qui, pour sortir de la crise, ne ferait qu'accroître les inégalités.

Au travers de la discussion sur le projet de programme et du compromis passé avec les autorités, la question de l'autogestion est au centre des débats. Cette fois, la discussion n'est plus académique, d'une part parce que se sont développés dans des centaines d'entreprises des conseils ouvriers ou des commissions pour leur création et, d'autre part, parce que se pose le problème concret d'accepter ou de proposer des alternatives au projet gouvernemental. Zbigniew Kowalewski, de Lodz, explique : « La résolution adoptée par le présidium de la KKP maintient les éléments du pouvoir bureaucratique, en contradiction totale avec un véritable système d'autogestion. Il est donc décisif que nous menions un tel référendum (proposé lors de la premiere session du Congres) sur les points les plus discutables de cette Loi et que nous poursuivions la lutte engagée dans la pratique avec la mise en place des conseils. »

Divers courants et regroupements se dessinent sur la question de l'autogestion, posant par là même la question de l'organisation de tendances dans le cadre de la démocratie syndicale. Un premier courant semble plus favorable à mettre l'accent sur des élections libres aux parlements régionaux et à la Diète. De fait, ce courant manifeste des doutes sur les possibilités et les besoins de conseils ouvriers pour assurer la mise en place de l'autogestion ouvrière démocratique et centralisée. Un autre

8. International Herald Tribune, 28 septembre 1981.

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courant, indécis, veut concilier le développement de l'autogestion et le cadre légal proposé par la loi adoptée par le Sejm. Position difficile, car intégrant les contradictions explosives provoquées par le développement du mouvement de masses qui le à s'affronter pouvoir bureaucratique. Entin, comme l'indique Kowalewski, un autre courant met l'accent, d'une part sur le renforcement des conseils ouvriers - bastions pour les futures batailles - et, d'autre part, la bataille pour la remise en cause des points les plus inacceptables de la Loi.

Dans les jours à venir, les débats sur le programme vont permettre de clarifier les positions et de préciser les rapports de forces au sein du Congrès.

L'Agence Tass n'a pas manqué de faire savoir son opinion sur le projet de programme : « Ce n'est pas le document d'un syndicat, mais le manifeste d'un parti politique qui réclame la direction de la société et du pays. (10) » Le POUP, quant à lui, a convoqué un nouveau Comité central. Dans la lettre de convocation, il lance une nouvelle attaque contre Solidarité, accusé d'« accroître la tension sociale en campagne de propagande contre le parti et le gouvernement ». A Gdynia, un nouveau « Forum » s'est constitué, des attaques farouches contre les « conciliateurs ». A Torun, un courant d'opposition à la politique de la direction, dans la continuité des « structures horizontales », se remet sur pied. Et, fait le plus significatif, devant les délégués au Congrès de Solidarité, quatre représentants du syndicat - non encore légalisé — de la police, disant représenter 42 000 miliciens, sont venus protester contre la répression dont ses membres font l'objet et, sous les applaudissements frénitiques du Congrès, ont affirmé que plus que jamais les policiers ne se laisseraient utiliser comme en 1956, en 1970 ou en 1976 (11). On aura compris l'allusion : à ces moments-là, la bureaucratie avait fait tirer par la milice sur des ouvriers en grève ...

Le résultat de l'élection de la direction de Solidarité, intervenue le 2 octobre, reflète cette radicalisation et cette politisation progressive de la base ouvrière. Parmi les candidats opposés à Lech Walesa, c'est le plus « droitier », c'est-à-dire le plus favorable à l'économie de marché et aux élections parlementaires à l'occidentale, qui a obtenu le moins de voix (6 %). C'est celui qui incarne le plus l'esprit de classe du prolétariat, Jurczyk, président du MKS de Szczecin, qui en obtient le plus (24 %). Gwiazda, authentique représentant des grévistes de Gdansk, obtient de son côté 9 % des suffrages (12).

Il ne faut cependant pas attribuer une importance excessive à ces notions de « droite » et de « gauche ». L'indignation, les ressentiments, l'hostilité de la base ouvrière contre le pouvoir bureaucratique sont immenses. Les mensonges, les calomnies, les manœuvres de division, les menaces de répression, les pressions économiques, le sabotage de l'approvisionnement qui continuent à se pratiquer couramment, ne peuvent qu'alimenter de tels sentiments (13). Alors que la décantation politique ne fait que commencer, il n'est pas surprenant, dans ces conditions, que les appels les plus intransigeants par rapport au gouvernement et aux bureaucrates en place déclenchent une approbation spontanée, même quand ils sont entourés d'une sauce nationaliste peu ragoûtante, et risquent de conduire à des propositions contraires aux intérêts des travailleurs, contraires à leur unité, à leur solidarité, à leur soif d'égalité et de justice.

Mais cette décantation politique se fera. Le débat sur les divers projets d'autogestion, sur les liens entre l'autogestion et le marché, entre autogestion et planification - débat que la bureaucratie elle-même encourage avec ses tentatives démagogiques d'opposer autogestion et planification socialiste — fera faire à la conscience des travailleurs autant de pas en avant, dans les mois qui viennent, qu'ils en ont fait depuis juillet 1981 dans le domaine des conseils ouvriers. L'expérience pratique y contribuera également.

Les alternatives sont claires. Qu'est-ce que l'autogestion ? Simplement l'autonomie des entreprises, ou bien la possibilité pour les travailleurs de déterminer eux-mêmes la politique et le devenir économiques du pays? Qu'est-ce que c'est que la planification ? Le pouvoir d'une instance étatique, ou bien la nécessaire coordination, à l'échelle nationale, des décisions économiques en matière d'investissements, de production, de besoins à satisfaire de manière prioritaire mais qui peut s'effectuer sous le contrôle des travailleurs, sous l'autorité d'un Congrès des conseils, d'une « Chambre des conseils », mille fois plus efficacement que par des technocrates coupés des besoins des masses populaires et de la réalité des entreprises

Devant cette radicalisation et cette politisation croissantes des masses, les bureaucrates soviétiques et leurs alliés à Varsovie et ailleurs, hésitent plus que jamais sur la voie à suivre. Ils n'ont pas encore exclu la possibilité d'amadouer, d'intégrer — avec l'aide de l'Eglise, voire de tous les courants « modérés » — une partie de l'appareil de Solidarité. Vers la fin du Congrès, le ton, à Moscou, a brusquement changé. Ce n'était de nouveau plus le syndicat dans son ensemble, mais seulement son aile « extrémiste » qui s'est trouvée au centre des attaques (interview de Zamiatine à l'hebdomadaire allemand Stern). Le fait que les syndicats officiels d'Etat hongrois, par la personne du bureaucrate Gaspar, se sont officiellement adressés au Congrès pour établir des liens avec Solidarité, reflète ce côté « carotte » de la tactique de la carotte et du bâton. Mais le bâton, lui, n'est jamais loin. Et il n'est jamais loin parce qu'au même moment où Gaspar écrit à Solidarité, s'est constitué à Prague un Comité d'initiative pour la fondation d'un syndicat indépendant autogéré en République socialiste tchécoslovaque. Le risque de contagion de l'exemple polonais pour l'ensemble de leur zone d'influence, y compris l'URSS elle-même, voilà ce qui doit causer des nuits d'insomnie aux maîtres du Kremlin ...

4 octobre 1981. 10. International Herald Tribune, ler octobre 1981. 11. Le Monde, ler octobre 1981. 12. Le Monde, 4-5 octobre 1981. 13. Le Sunday Times du 4 octobre 1981 rapporte que Rude Pravo, l'organe du PC tchécoslovaque, accuse les mineurs de Silésie de s'être laissés corrompre par le cartel international (?) du charbon, en vue de réduire la production et donc les exportations charbonnières polonaises.

14. Le Monde Diplomatique d'octobre 1981 publie une analyse intéressante des différents courants politico-idéologiques (allant de la droite nationaliste à la gauche marxisante) qui traversent aujourd'hui Solidarité.

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