Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

IRLANDE

Un tournant dans le combat des prisonniers des Blocks H

· Inprecor n° 110, 12 octobre 1981 · p. 8-9 · 1 678 mots

Irlande Syndicalisme Grande-Bretagne

IRLANDE DU NORD

A grève de la faim des détenus des Blocks H entre main-

L mote. Par deus loie de cui totalité de lectorat de morts. Par deux fois, la quasi-totalité de l'électorat de

Fermanagh-South Tyrone, un des deux seuls districts de l'Irlande du Nord à majorité catholique, a élu un représentant des prisonniers au Parlement britannique. Deux grévistes de la faim ont été élus au Parlement de Dublin (République d'Irlande)

lors des élections générales de juin dernier, et la campagne des

Gerry FOLEY

Les grévistes de la faim sont devenus le symbole dramatique et incontestable, pour une partie de plus en plus grande de l'opinion publique internationale, du désespoir du peuple catholique irlandais op-

Un tournant dans la lutte des prisonnier

's des Blocks H primé. Et pour les masses en lutte pour la liberté et la dignité humaine de par le monde, ils sont devenus à la fois un

En Pologne, au mois d'août, quand la menace d'intervention soviétique était présente à l'esprit de chacun, des diri:

candidats des Blocks H a malmené la stabilité du système politique dans la partie formellement indépendante de l'Irlande.

Les funérailles des grévistes de la faim décédés ont été l'occasion de larges manifestations de sympathie de la part de la population catholique opprimée du Nord, drainant des foules de dizaines de milliers de personnes dans des petites localités rurales et plus de 100 000 à Belfast, chiffre qui correspond à peu près à la totalité de la population catholique de la ville.

geants ouvriers d'une des plus grandes usines du pays me déclaraient : « Nous sommes comme les Irlandais, en ce sens que nous sommes aussi capables d'actions héroïques. Si les Russes nous envahissent, nous résisterons comme eux jusqu'à la mort. »

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Mais, malgré le sacrifice des prisonniers qui se mettent en grève de la faim les uns après les autres, agonisant parfois jusqu'à la mort, malgré les sentiments que cela provoque chez le peuple irlandais, la sympathie de tous ceux qui luttent pour la liberté et la dignité humaine, et les clameurs d'indignation de l'opinion publique en général, le gouvernement britannique a continué à affirmer que les prisonniers sont des criminels et qu'ils doivent accepter le statut des criminels. Les explosions de colère de la jeunesse des ghettos catholiques se sont irrémédiablement brisées sur l'écrasante puissance militaire de l'occupant britannique et se sont consumées entre les murs de la société-prison que ces occupants maintiennent.

Il existe un réel danger que l'amertume et le désespoir ne s'accroissent encore. C'est dans cette situation que certains parents ont commencé à faire abandonner leur grève de la faim à des prisonniers après que ceux-ci aient perdu conscience et la capacité de décider par eux-mêmes.

UNE LUTTE PROLONGÉE

L'Eglise catholique s'est lancée dans une campagne défaitiste. Le père Faul, un prêtre conservateur qui a la plus grande autorité sur les prisonniers et leurs familles, a déclaré que la grève est en train de s'épuiser. Il en veut pour preuve l'action des parents et le fait qu'à présent 4 des 6 grévistes de la faim sont originaires de Belfast, alors qu'auparavant les organisateurs du mouvement tenaient à ce que le groupe soit représentatif d'autant de localités que possible. Le père Faul affirme que ce n'est plus maintenant que dans les fiefs républicains les mieux organisés que le soutien est suffisamment fort pour maintenir la pression morale nécessaire à la poursuite de la grève de la faim.

Chaque retrait de gréviste est présenté par la presse bourgeoise comme un nouveau signe de l'effondrement de la grève. Par exemple, la décision de l'Armée de libération nationale irlandaise (INLA) de diminuer le nombre de ses prisonniers par rapport à celui des républicains « provisoires » dans la grève de la faim, a été présentée comme un recul du mouvement de protestation. En réalité, le nombre de grévistes de l'INLA était beaucoup trop pour pouvoir être maintenu dans le cadre d'un mouvement prolongé. Il était d'un pour trois, alors que la proportion de prisonniers des deux organisations dans les Blocks H est de un pour dix et même plus. La décision de l'INLA indique bien le tour qu'est en train de prendre la grève de la faim. Des dirigeants du courant politique que cette organisation représente expliquent que, si les prisonniers de MINLA continuaient le mouvement à ce rythme, durant les six prochains mois, leurs 28 prisonniers seraient

Le fait est que la grève de la faim des Blocks H a débuté il y a près d'un an et qu'elle s'est poursuivie depuis avec une interruption de seulement quelques semaines entre la première et la seconde. Pour la plupart des gens, il était difficile de penser que le mouvement continuerait si longtemps et que tant de prisonniers se laisseraient mourir de faim sans que leur mouvement n'arrache aucune concession. Il y a cependant un autre versant à l'argumentation de l'INLA. Elle montre clairement le désespoir et la détermination des prisonniers. Il s'avère qu'ils se laissent mourir de faim plus vite que l'opinion pubique irlandaise et internationale ne se mobilise pour les défendre.

DES BLOCKS H

Le mouvement de soutien aux Blocks H demeure aussi déterminé que les prisonniers. Cela était manifeste lors de la lle la campagne pour les Blocks H qui s'est déroulée à Dundalk le 6 septembre. Le jour même de l'ouverture de la Conférence sont intervenus deux coups psychologiques : la déclaration de l'INLA et les commentaires de la presse d'une part, et l'arrêt de la grève décidée par les parents d'un prisonnier d'autre part. Cependant, ces deux événements n'ont pas entamé le moral des participants. La Conférence de Dundalk a aussi constaté le développement de la campagne pour les Blocks H en un réel mouvement de masse. Plus de 400 comités locaux étaient représentés contre 20 lors de la Ire Conférence, il y a un an, et 250 à la fin de la première grève de la faim en décembre. Des personnalités politiques importantes, qui avaient hésité auparavant à venir aux réunions de la campagne contre les Blocks H, étaient présentes. La Conférence a confirmé le fait que le développement du mouvement pour les Blocks H constitue un tournant historique dans la vie politique irlandaise.

DIVERGENCES

CHEZ LES « PROVISOIRES »

Dans la situation présente, le mouvement fait face à des problèmes d'orientation de plus en plus difficiles, et cela est vrai en particulier de sa composante la plus importante, les républicains « provisoires », qui regroupent des personnes d'opinions sociales et politiques différentes autour d'une opposition militaire à l'occupation britannique. La participation à un mouvement de masse démocratique a stimulé un débat au sein des « provisoires ». Lors de la Conférence, droite et gauche sont apparues pour la premières fois polarisées.

L'aile droite, dirigée par le leader républicain de Cork, Daithi O'Connaill, se distingue principalement par sa volonté de limiter la liberté politique dans le mouvement et d'établir un contrôle organisationnel ferme des « provisoires » suivistes. L'aile droite a proposé des résolutions qui auraient limité le droit d'expression politique dans le mouvement et qui n'ont été battues que de justesse. Son influence s'est traduite par un vote bloqué donnant une majorité « provisoire » au Comité national du mouvement. Des partisans locaux des « provisoires », sans autorité dans le mouvement, ont été élus, alors que certains des principaux fondateurs du mouvement n'étaient même pas réélus. Les votes les plus élevés pour le Comité national ont été pour les dirigeants « provisoires ». Bernadette Devlin ne vient qu'en 9e position sur 20.

De l'autre côté, la gauche présentait le seul programme répondant aux besoins du mouvement et cela s'est traduit par l'adoption par la Conférence de la propod'une campagne de construction systématique du mouvement dans les syndicats et sur les lieux de travail. En même temps, les appels des ultra-gauches à passer par dessus les tâches de construction d'un soutien solide au sein du mouvement ouvrier - par un appel à la grève générale immédiate - n'ont pas trouvé cette fois d'oreille réceptive. Ces appels avaient auparavant trouvé grâce aux yeux de l'aile droite républicaine qui cherchait essentiellement un moyen de faire l'économie du travail politique. Mais cette expérience les a discrédités.

Si l'agressivité de la droite « provisoire », qui pour la première fois a procédé à mobilisation pour une Conférence des Blocks H, a créé des problèmes, elle a aussi impliqué une plus grande participation de l'ensemble du mouvement républicain dans la campagne et dans le processus politique qui s'y déroule. Cela a de plus forcé la gauche « provisoire » à définir plus clairement sa ligne d'action de masse pour la construction du mouvement, ainsi que le montre l'article publié dans le journal An Poblacht sur la Conférence. La droite elle-même a été prise dans la logique de la campagne. Après la Conférence, elle s'est sentie obligée de demander le renforcement du Comité national au moyen de cooptations.

Le processus en cours dans le mouvement pour les Blocks H peut conduire à un pas en avant important du mouvement anti-impérialiste en Irlande. Le problème actuel est que la grève de la faim est par nature une tactique limitée dans le temps et que cette limite approche. Le mouvement de solidarité a commencé à se développer au niveau international. Par exemple, durant le mois d'août — la période politiquement la moins propice —, a eu ieu à Paris une manifestation de 10 000 personnes et une de 5 000 personnes à Washington. SOLIDARITE INTERNATIONALE

Une accentuation de la campagne internationale est possible dans les deux mois qui viennent, elle sera essentielle pour donner un nouvel élan au mouvement en Irlande. Le mouvement pour les Blocks H ne doit pas échouer. Il est devenu un encouragement pour tous ceux qui luttent pour la liberté et la dignité humaine, de la Pologne à la France et des USA à l'Amérique latine. C'est pourquoi le gouvernement conservateur britannique et ses alliés impérialistes se sont préparés à payer un prix politique si élevé pour briser la volonté et la dignité du peuple irlandais opprimé.

Gerry FOLEY 20 septembre 1981

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