Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BELGIQUE

Trafic d'armes, aide financière et négoce du diamant avec le régime raciste de Pretoria

· Inprecor n° 111, 26 octobre 1981 · p. 24-25, 25-27 · 3 787 mots

Belgique Afrique australe Paix et armements

Les fructueuses relations du capitalisme belge

BELGIQUE / AFRIQUE DU SUD Harry MOLL

Quand l'ancien ministre belge des Finances, André Vlerick - banquier de son état - a annoncé la constitution le 13 octobre 1977, de l'organisation Protéa, parrainée à ses débuts par 142 personnalités flamandes de la politique, de la finance et du monde des arts et des lettres, c'était ouvertement dans le but de « donner une image plus honnête de l'Afrique du Sud (1) ». Cette organisation qui compte un certain nombre de journalistes influents, n'est sans doute pas étrangère au « meilleur traitement dont jouit l'Afrique du Sud dans les médias belges » dont se félicitait récemment l'ambassadeur sud-africain à Bruxelles.

On comprend mieux, dans ces conditions, que la Belgique jouisse d'une trés mauvaise réputation au sein des instances de l'ONU qui s'occupent de la lutte contre l'apartheid. Un rapport du Comité de l'ONU contre l'apartheid souligne la collaboration de la Belgique au développement de la capacité nucléaire de l'Afrique du Sud (2). Mais certains experts n'en restent pas là. Il est beaucoup question du rôle de plaque tournante que joue Bruxelles dans le commerce des armes avec Pretoria. Le journaliste américain William Malone, qui a enquété pendant deux ans sur les exportations d'armes vers l'Afrique du Sud, a affirmé devant le Comité de l'ONU contre l'apartheid que la Belgique jouait un rôle clé dans le contournement de l'embargo sur les ventes d'armes à l'Afrique du Sud. Ce n'est pas par hasard qu'un groupe de partisans belges de la défense de l'apartheid se soit d'abord développé dans la partie flamande du pays. L'extrême droite flamande dispose de toute une tradition au sein de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie flamande auprès de laquelle elle exalte « les liens de sang et de culture » entre les Afrikaanders et les communautés de langue flamande, tant en Belgique qu'aux Pays-Bas. L'afrikaan, la langue de la majorité des Blancs d'Afrique du Sud, n'est en effet rien d'autre qu'une forme ancienne du néerlandais. Chaque année se déroule à Anvers une grande Algemeen Nederlands Zangfeest — Fête de la chanson de langue néerlandaise —, qui est l'occasion pour toute l'assistance de reprendre en chœur l'hymne national de Pretoria..

Pour prendre la mesure de l'influence du lobby pro-apartheid en Belgique, il suffit de s'intéresser de plus près aux peret négoce du diamant et du régime raciste de Pretoria sonnalités composant le Protéa (3). Il faut tout d'abord mentionner l'influence de son président, André Vlerick, ancien ministre des Finances, tres influent au sein du Christelyke Volks Party (CVP), le parti démocrate-chrétien flamand, le plus important parti bourgeois du pays, qui est en même temps le vice-président de la tres dynamique Kredietbank, tout en étant lié au VUM, le plus important groupe de presse belge.

Le trésorier de cette association est un autre personnage du monde de la finance, le banquier Rochtus, de la Banque de Paris et des Pays-Bas, consul honoraire d'Afrique du Sud à Anvers. Dans le sillage de ces deux figures de proue, on ne trouve pas moins de 20 parlementaires du CVP, 18 de la Volksunie (parti nationaliste flamand) et 8 du PVV (parti libéral flamand). On y trouve également des journalistes des trois principaux quotidiens flamands et le colonel Candries, du Service d'information de l'armée, connu pour être très lié à un certain nombre de groupes financiers flamands, parmi lesqueis ie groupe FLAG qui s'efforce de décrocher des contrats dans le cadre de la fabrication sous licence des avions de combat commandés par la Belgique.

UN LOBBY INFLUENT

L'Association parlementaire Belgique-Afrique du Sud, constituée depuis 1976, a pu compter dans ses rangs, dès le jour de sa fondation, 108 parlementaires sur les 387 que compte le Parlement belge, sans se limiter, bien sûr, à ses seuls membres Flamands. Son premier président a été M. Saint-Rémy, député du Parti social-chrétien (PSC - francophone) qui a formé en 1979 l'Association belgo-sud-africaine comme pendant francophone de Protéa. Tout cela met en évidence l'ampleur des complicités dont dispose le régime de l'apartheid en Belgique. Ce n'est donc pas par hasard que l'Eurosa, l'Union européenne des associations pour l'Afrique australe, dont le même banquier André Vlerick est d'ailleurs le président, a son siège à Bruxelles. Toutes ces organisations ont leur prolongement sur le plan de la collaboration économique et financière. La présence des banquiers à la tête de toutes ces associations est manifeste dans le Zuid-Afrika Magazine publié par Protéa, où l'on peut trouver de luxueux encarts publicitaires de la Kredietbank, de la Banque de Paris et des Pays-Bas (qui se croit obligée d'ajouter la mention « Par sympathie » ...) et de la compagnie aérienne belge Sabena, dont un des principaux dirigeants est membre de Protéa (4). Cette compagnie organise par ailleurs des vols bon marché vers l'Afrique du Sud, pour les « sympathisants », et même des vols de propagande gratuits pour les personnalités politiques et les journalistes. On verra plus loin que la Sabena ne s'en tient pas la et qu'elle est directement impliquée dans les livraisons d'armes à l'Afrique du Sud.

Une partie des grands capitalistes belges ne se préoccupe même plus de couvrir ses agissements du voile de la discrétion. Ainsi, en 1980, une partie des dirigeants de la puissante organisation du patronat flamand Vlaams Ekonomisch Verbond (VEV) a constitué une Chambre de commerce belgo-sud-africaine dans le but déclaré de « promouvoir les intérêts sud-africains en Belgique et les intérêts belges en Afrique du Sud (5) ». Parmi les inspirateurs de cette initiative, on trouve René de Feyter et Paul Franken, respectivement president et vice-président du VEV ; Jacques Rathé du groupe Bekaert (important investisseur en République sud-africaine) ; Verellen, directeur de la firme électronique GTE-ATEA; Verbist, des principaux directeurs de la Compagnie maritime belge, qui représente par ailleurs la Société Générale (belge), le holding symbole du capital belge qui contrôle une partie significative des activités industrielles et financières du pays; il y a également De Meyere, de Lens Diamond Industries, fer de lance du trust sud-africain De Beers en Belgique, où l'industrie du diamant occupe une place non négli-

L'installation en Belgique de la Lens Diamond Industries, en 1975, a été l'occasion pour le Premier ministre belge de

Léo Tindemans, le diamantaire Harry Oppenheimer de

Léopold (6). Sans oublier Paul Franken qui est aussi président de la Kre-

1. Beelden, mensuel édité par l'ambassade d'Afrique du Sud à Bruxelles, novembre 1977.

2. Rapport du Comité de l'ONU contre l'a3. Liste des membres fondateurs publiée dans l'hebdomadaire Humo, 6 décembre 1977.

4. Zuid-Afrika Magazine, avril 1981. Ce magazine paraft tous les deux mois. Zuidafrikaanse Kamer van Koophandel, septem-

6. De Morgen, 28 mars 1979, « België : reklamebord van Vorsterpropaganda ». De Morgen est un quotidien lié au parti socialiste en

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dietbank et du groupe belgo-allemand Afga-Gevaert.

BANQUES AMIES

C'est donc sans surprise que l'on apprendra que la récente Conférence sur l'apartheid organisée sous l'égide de l'ONU, à Zürich en Suisse, a mentionné toutes les grandes banques belges parmi les trente financiers bailleurs de fonds du régime sud-africain. En 1980, quand le régime de Pretoria a manifesté son intention de lancer un important emprunt sur le marché financier européen, on a pu relever la Banque de Paris et des Pays-Bas parmi les cinq banques européennes s'occupant de l'affaire, tandis que les autres banques étaient trois allemandes et une suisse. Cet emprunt fut bientôt suivi d'un deuxième pour lequel la Kredietbank ap-

Au moment de lancer cet emprunt, le ministre des Finances sud-africain, Owen Horwood, a déclaré que la République sud-africaine n'avait pas un réel cet emprunt mais que dernier était d'un grand intérêt politique car « tout pays qui se respecte veut être mentionné sur les grands marchés de capitaux pour démontrer sa crédibilité financiere » ... La démonstration ainsi faite que l'Afrique du Sud n'est pas complètement isolée de la communauté internationale ne peut que l'encourager à perpétuer son régime d'apartheid (7).

En réponse à des questions formulées par le KOBA (« Les Eglises interrogent les banques sur l'apartheid ») (8), les représentants des quatre plus importantes banques belges mentionnées plus haut ont répondu en substance qu'elles ne s'occupaient pas de politique et qu'elles se contentaient de faire des affaires ...

En fait, la société sidérurgique d'Etat ISOOR (qui produit plus des 70% de l'acier sud-africain) a reçu d'importants prêts de la Société Générale et de la Kredietbank. La société ESCOM (qui produit plus de 80% de l'électricité sud-africaine) a obtenu un prêt de la Société Générale, via un consortium de banques internationales. Cette banque avait d'ailleurs déjà participé en 1963 à la formation du groupe BABC avec les banques AMRO (Pays-Bas), Kreditanstalt (Autriche), Deutsche Bank (RFA) et Midland Bank (GB). La Société Générale a aussi accordé des crédits importants par le biais de sa filiale américaine EABC. Les banques AMRO et Midland Bank ont interrompu leurs opérations en Afrique du Sud à la suite de la publication en 1973 d'un rapport du Conseil œcuménique des Eglises (COE) contre l'apartheid, et le BABC a même fini par suivre ce mouvement de retrait ; mais pas la Société Générale, qui a poursans broncher ses activités, entre autres via ses sociétés d'investissement Rentinvest et Interselex Capital Fund.

La Kredietbank est à la fois très active et très discrète sur les opérations qu'elle mène avec d'autres banques européennes au sein du Inter Alpha Group of European Banks. On a néanmoins pu apprendre qu'elle était engagée pour 41,2

Les liens du diamant

Cela fait déjà plus de soixante ans qu'existent des liens très étroits entre la

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milliards de francs belges — soit 6 milliards de francs français — dans des opérations de prêt pour la seule période 1970-1976. Il a également été possible d'apprendre qu'elle est active par le biais de ses sociétés d'investissements International Obligatiepot et Idea, particulièrement dans les activités portuaires et les chemins de fer.

La Banque Bruxelles-Lambert (BBL), deuxième banque de Belgique, accorde des crédits à l'exportation de biens de production belges vers l'Afrique du Sud, en application d'un accord de financement. La BBL s'occupe par le biais de sa filiale Soges-Fiducem des actions sud-africaines à la Bourse de Bruxelles. La même BBL a, par ailleurs, prété de l'arautorités sud-africaines par le biais de la société d'investissements Renta

La Banque de Paris et des Pays-Bas (Paribas) de son côté, a accordé également des crédits considérables à l'Afrique du Sud. Rien que pour l'année 1977, les clients de Paribas pouvaient inscrire trois emprunts au seul profit de l'Afrique du Pretoria (10).

LES AUTORITES BELGES

COMPLICES DES BANQUIERS

Les autorités belges ne font bien évidemment rien pour décourager cette large gamme d'activités économiques et financières en soutien au régime de Pretoria. Quand la société Synatom a conclu en 1978 un contrat pour un marché d'uranium avec la Harmony Gold Mining Company, le très officiel Service Delcroire garantissait l'emprunt sans intérêt que Synatom accordait à la compagnie sud-africaine contre tous les risques financiers et politiques, ce dont le gouvernement prenait acte, sans plus ... ce qui a permis au Comité anti-apartheid AKZA d'affirmer que le gouvernement belge se portait indirectement garant du système d'apar-

Il n'est donc pas surprenant, dans ces conditions, que les relations commerciales entre la Belgique et l'Afrique du Sud soient particulièrement développées. En 1979, la Belgique a importé pour 12,4 milliards de francs belges - soit près de 2 milliards de francs français - de l'Afrique du Sud, et exportait pour 5,1 milliards vers ce même pays. La Belgique importe essentiellement du diamant et du charbon. Ce charbon tend à devenir de plus en plus important, surtout depuis la signature du contrat d'uranium conclu par Synatom en 1978. Le charbon est appelé à jouer un rôle de plus en plus important dans l'approvisionnement énergétique de la Belgique. Ce sont les trois grandes sociétés d'électricité - Ebes, Intercom et Inerg - qui sont responsables de la forte augmentation des importations de charbon, qui ont triplé en 1979. L'installation dans le port de Gand d'un terminal de charbon fera de ce port la plaque tournante de l'importation de charbon sud-africain en Belgique. Ce charbon procure des devises au régime d'apartheid et rend l'Europe en partie dépendante de

Dans leur rapport sur les relations économiques entre l'Europe occidentale et l'Afrique du Sud (11), deux experts britanniques, Barbara Rogers et Brian Bolton, soulignent l'importance pour le

7. Vrij Nederland, 2 mai 1981, kredietwaardigheid », 8. Kultuurleven, février 1979, mensuel politico-culturel flamand, A. Vanistendael, président du KOBA, « Praten met de banken » (Discuter avec les banques) : dossier : « Belgische en Afrika » (Les relations bancaires de la Belgique et des Pays-Bas avec l'Afrique australe).

9. Communication du comité AKZA du 2 10. Communication de l'AKZA et de BOA Morgen, 31 janvier 1981. « Handel De Morgen, 14 novembre 1980. 11. Rapport publié par le Komitee Zuidelijk Afrika aux Pays-Bas, janvier 1981.

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SRC INTERNATIONAL S.A.

Boulevard Brand Whitlock 114, Boite 6, 1200 Brussels, Belgium L'obusier GC-45 de 155 mm, un canon qui se vend bien ! (DR) régime de Pretoria de ces livraisons de produits énergétiques. Ils racontent par le menu le choc qu'ils ont ressenti en discutant avec des responsables du Marché commun à Bruxelles: ils insistent sur l'influence très importante du lobby sud-africain pro-apartheid au sein des institutions de la Communauté économique européenne (CEE). Brian Bolton va affirmer que accords passés entre la CEE et l'Afrique demeurent secrets, y compris pour le Parlement européen. Et de citer comme exemple des accords sur l'importation de fruits sud-africains.

ARMER L'APARTHEID

Le rapport de l'ONU de 1980 désignait déjà la Belgique comme contribuant au développement de la capacité nuclé. aire de l'Afrique du Sud. Pourtant, le ministre belge des Affaires étrangères, Nothomb, a affirmé à plusieurs reprises que la Belgique respectait l'embargo décrété par l'ONU sur les ventes d'armes à l'Afrique du Sud. Mais ces affirmations ne résistent pas à l'examen des faits (12).

Le quotidien britannique The Guardian rapportait dans son édition du ler

1980 que l'armée sud-africaine juillet avait déployé les très efficaces obusiers GC-45 de 155 mm en Namibie pour lutter contre les guérilleros de la SWAPO (Organisation des peuples du sud-ouest africain). Entre-temps, deux journalistes du journal nord-américain Burlington Free Press, Sam Hemingway et William Scott Malone, ont établi que la Belgique était loin d'être étrangère à la possession par l'Afrique du Sud d'une telle arme (13). « Pretoria produit désormais, grâce à un transfert de technologie, le système d'artillerie le plus avancé au monde », affirment les deux journalistes après deux ans d'enquête. William déclaré devant la Commission de l'ONU contre l'apartheid : « La plus grande partie du détournement de cet embargo passe par la Belgique où la législation est très laxiste et qui en fait le meilleur pays du monde pour les marchands de canons, en tout cas à destination de l'Afrique du

Sud. » Cette constatation avait certainement déjà pu être faite depuis longtemps par certains de ces marchands de canons.

C'est en 1975 que l'armée sud-africaine fait la cuisante expérience de l'infériorité de son artillerie pendant la guerre en Angola où sa tentative d'invasion se solde par un échec retentissant. A la suite de cette expérience, le régime de Pretoria a cherché à résoudre ses problèmes d'armement (14) par l'intermé diaire de la CIA, également très active dans l'affaire angolaise. La CIA recommande aux Sud-Africains la firme Space Research Corporation, qui a ses installations dans l'Etat de Vermont aux EtatsUnis et dans la province du Québec au Canada, et dont le principal dirigeant est l'expert en balistique Gerard Bull. Ce dernier poursuit des recherches dans le domaine des armements avec des crédits et le soutien aussi bien de la CIA que du Pentagone. Gerard Bull a mis au point une nouvelle pièce d'artillerie extrêmement sophistiquée, un canon à longue portée aux possibilités multiples (15).

Un certain John Frost, ancien colonel de l'US Air Force, coordonne les relations entre la firme Space Research Corporation, Pretoria et Bruxelles. Bruxelles où, du fait du laxisme de la législation et de la complicité des autorités, est signé en avril 1976 le contrat pour la vente par la Space Research Corporation à Pretoria de tout un système d'armes de tir à longue portée. C'est au cours de ce même mois d'avril 1976 que la Space Research Corp. (SRC) demande l'autorisation d'acheter des obusiers à une usine travaillant

14. Newsweek, 23 septembre 1980, « South Africa's Military Buildup ».

pour l'armée canadienne. L'autorisation est obtenue en quatre jours, ce qui est un délai extrêmement court qui ne peut s'expliquer que par l'intervention de la CIA et du Pentagone. Ce dénouement a été précédé par une rencontre au mois de mars à Rio de Janeiro au Brésil, entre Gerard Bull en personne, président de la SRC-Québec, Louis Palacio, directeur du marketing de la SRC-International, Joseph Sevrin, président des Poudreries réunies de Belgique (PRB) et Paul Rigo, des PRB également. La SRC-International n'étant pas autre chose qu'une société constituée en octobre 1972 sur la base de la collaboration entre SRC et PRB qui est une société en pointe de l'industrie d'armement. SRC-International, dont le siège est à Bruxelles (capital : 55% PRB, 45% SRC) a toujours été présentée par les autorités belges comme une société de recherche ; en fait, il s'agit de l'alliance entre un spécialiste des munitions et un spécialiste des lanceurs. Les statuts de la société ne font pas mystère du fait que la société s'occupe de « la fabrication et de la commercialisation de tous les produits résultant de ses recherches. » Ce qui n'empêchera pas qu'à toutes les interpellations de membres du Parlement, les ministres des Affaires étrangères qui vont se succéder depuis vont répondre que la SRC-International « ne s'occupe que de recherche (16) ».

L'équipe de Gerard Bull a développé une technologie impressionnante. SRC-Québec produit déjà un canon de 90 mm en collaboration avec PRB et le géant de la métallurgie belge Cockerill. Il y a ensuite l'obus ERFB-155 mm qui peut emporter aussi bien des explosifs classiques que des charges chimiques et même nucléaires. SRC-International dispose de tous les droits en ce qui concerne le transfert des patentes, licences et technologie appliquée de ces obus. Et c'est done par le biais de la SRC-International que l'Afrique du Sud se fait livrer des milliers de

Il y a enfin l'obusier GC-45 de 155 mm, l'un des plus performants existant au monde, développé par SRC en collaboration avec PRB. Grâce au contournement de l'embargo sur les ventes d'armes à l'Afrique du Sud, le GC-45 est devenu l'obusier sud-africain G-5. La SRC-International possédant tous les droits de vente de cet obusier, toutes les ventes de ce matériel tombent donc sous la législation belge. Ce sont ces obusiers qui sont déployés en Namibie et dans le sud de l'Angola par les troupes de Pretoria. Selon certains spécialistes, il est même question pour les produits SRCI, aussi bien pour l'obusier de 155 mm que pour les obus.

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que ce soit ce lanceur qui ait été utilisé pour la première expérience nucléaire sud-africaine intervenue le 22 septembre 1979 (17).

Dans cette affaire, sont impliquées de vieilles connaissances, comme la Société Générale qui a fourni en avril 1976 un crédit d'une valeur de 3,7 millions de dollars à une société écran sud-africaine Colet Trading Establishment qui s'est chargée d'arranger les transactions financières liées à la signature de ce contrat de fourniture d'armements. La Société Générale détenant 22 % des actions de la PRB est done présente dans la SRC-International ... Dans ce trafic d'armes sur grande échelle, on retrouve également la compagnie aérienne Sabena qui a organisé le pont aérien entre Montréal au Québec et l'Afrique du Sud pour transporter les pieces construites par Space Research Corporation. Les vols intervenus les 21 et 28 octobre 1976 sont connus, on peut légitimement penser qu'il y en a eu bien d'autres (18).

Les ministres belges des affaires étrangères Simonet puis Nothomb ont toujours nié les faits ; mais ils se sont bien gardés, dans le même temps, de chercher à aligner la législation belge sur les recommandations pressantes de PONU. Il n'existe donc en Belgique aucun contrôle sur les ventes d'armes à l'Afrique du Sud, et, vu l'influence du lobby pro-apartheid, on voit mal comment ce contrôle finirait par être institué sans une forte pression de l'opinion dans ce sens.

Pourtant, aux Etats-Unis, la SRC et ses dirigeants ont été condamnés, tandis qu'au Canada une enquête officielle est en cours. Dans le même temps, ARMSCOR, la société d'armement sud-africaine, continue de prospecter le marché des armements en Belgique, sans même avoir besoin d'un visa d'entrée pour ses démarcheurs, alors que les citoyens belges en ont besoin d'un pour se rendre en Afrique du Sud. Il ne doit y avoir que les mercenaires recrutés à Bruxelles pour aller se battre en Namibie et en Angola pour en être dispensés.

Le quotidien britannique The Guardian a fait état, au début de l'année 1981, de la désertion d'un mercenaire du tristement célèbre 32e Bataillon de l'armée sud-africaine. Ce mercenaire, Trevor John Edwards, a raconté, entre autres choses, que ce Bataillon était en fait responsable d'opérations en Angola qui sont régulièrement attribuées à l'organisation fantoche UNITA dirigée par Jonas Sawimbi (19). Une semaine après la publication de cet article, un rapport de la Commission internationale sur les crimes de l'apartheid, présidée par le Prix Nobel Sean MeBride, affirmait les ressortissants belges étaient nombreux parmi ces mercenaires (20).

Le régime de Pretoria trouve done beaucoup de ce dont il a besoin en Belgique : des amis bien placés, de l'argent, des investisseurs, des armes et même des hommes pour aller se battre pour ses intérêts.

Le mouvement ouvrier belge n'a jusqu'à présent que symboliquement réagi à cette situation, et ce sont avant tout des comités, souvent liés à la gauche chrétienne, qui ont pris les initiatives pour mobiliser l'opinion publique contre l'apartheid et ses complices. Parmi ces initiatives, il faut mentionner la dénonciation de l'Algemeen Nederlands Zangfeest — où l'on chante l'hymne sud-africain - qui a donné naissance à une grande manifestation culturelle alternative qui commence à attirer quelques secteurs du mouvement ouvrier.

Mais il faudra beaucoup plus que quelques chansons pour transformer la situation prévalant au sein du mouvement ouvrier belge, où la question de l'attitude à avoir vis-à-vis du régime de l'apartheid est bien loin d'être claire. Il ne faut pas oublier que l'ex-ministre socialiste des Affaires étrangères Simonet rêve de revenir au pouvoir et qu'il ne faut pas compter sur lui pour changer le moins du monde la situation...

Harry MOLL Bruxelles, 28 septembre 1981. 17. Documents de SRC-Québec en possession de l'AKZA et vérifiables auprès de cette association.

18. La Belgique arme l'apartheid, op. cit. p. 30-31.

19. The Guardian, 29 janvier 1981. 20. De Standard, 6 février 1981. GRANDE-BRETAGNE

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