Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

MEXIQUE

La campagne électorale du PRT

· Inprecor n° 112, 9 novembre 1981 · p. 27-30 · 5 224 mots

Mexique Syndicalisme

La légalisation et la campagne du PRT dirigeant de la section mexicaine de la IVe Internationale

MEXIQUE

U printemps dernier, le Parti révolutionnaire des travail-

A leurs (PRT), la section mexicaine de la IVe Internationa-

-le, obtenait de haute lutte sa légalisation conditionnelle

(cf. Inprecor, numéro 106, du 20 juin 1981). Bien que la « Réforme politique » lancée en 1976 par le gouvernement de José

Lopez Portillo donnait, après deux années d'activités en tant qu'association politique, le droit au PRT de participer aux prochaines élections sous la forme prévue par la loi de légalisation

(conditionnée à l'obtention de 1,5 % des suffrages), le pouvoir le lui niait toujours. Le gouvernement et le patronat considé raient en fait cette « réforme politique » comme achevée depuis la légalisation du Parti communiste mexicain (PCM).

Le PRT s'est alors engagé dans une campagne pour l'application de ces dispositions légales. Une série de mobilisations ont été impulsées autour d'un front regroupant la majorité des partis ouvriers et des secteurs indépendants des syndicats. Cela a culminé par la signature, par plus de 10 000 personnes, d'une pétition pour la légalisation du PRT, à laquelle des membres de la Commission exécutive du PCM ont même apporté leur

« INPRECOR » : - Avant même d'obtenir sa légalisation conditionnelle, le Parti révolutionnaire des travailleurs

(PRT) avait décidé de s'engager dans une campagne pré-électorale. Cela a-t-il eu un effet sur la décision finale du gouvernement intervenue le 10 juin dernier ?

Sergio RODRIGUEZ: - Nous avions décidé qu'il était nécessaire de faire une campagne électorale différente de celles qui s'étaient faites jusqu'à présent dans le pays. Cette campagne devait se faire en tenant compte du fait qu'au Mexique, l'ensemble des partis ouvriers de gauche n'ont que peu de poids au sein de la classe ouvrière. Si bien qu'une conception unitaire ne peut être basée seulement sur l'unité de ces partis, mais plutôt sur des organisations ouvrières en général et plus particulièrement de celles qui luttent, qui mobilisent aujourd'hui au

Mexique, c'est-à-dire un front ouvrier, un pôle ouvrier et socialiste, un front de masse qui ne rassemble pas seulement les partis de gauche mais qui, fondamentalement, organise et rassemble autour de lui de larges secteurs de la population en lutte dans le pays.

C'est à partir de cela que le PRT a propositions électorales qui consistaient à présenter la candidature de la camarade Rosario Ibarra de Piedra, dirigeante du Front national contre la répression (FNCR). Celui-ci regroupe quelque 55 organisations tant politiques que syndicales, étudiantes, paysannes ou bien des quartiers populaires.

dre de front unique qui a développé les plus importantes mobilisations de ces dernières années - comme cela a été le cas

Un entretien avec Sergio Rodriguez,

cidé à nous enregistrer ». en 1978 à l'occasion de la commémoration des 10 ans du mouvement étudiant de 1968 qui a rassemblé plus de 150 000 personnes à Mexico - et qui rassemble dans ses mobilisations quatre ou cinq fois par an toujours plus de 25 000 personnes dans les rues de Mexico, et plus généralement dans le pays. Ce front est clairement marqué par la lutte pour la libération des prisonniers politiques et la présentation des « disparus » politiques. lutte qui a le plus sensibilisé l'opinion publique, qui a eu le plus de résultats concrets dans le pays, puisque c'est grâce à la lutte de ce front qu'ont été libérés plus de 300 prisonniers politiques et que quelques « disparus » politiques ont été

Si bien que le gouvernement mexicain a vu qu'il y avait un danger à ne pas donner l'enregistrement électoral, qu'il existait une dynamique d'action « illégale ». Le PRT avait d'ailleurs publiquement annoncé qu'il était prêt à participer « illégalement » aux élections avec ce type de candidature et de propositions. Ce sont les mobilisations du PRT avec d'autres organisations dans un front qui s'est formé pour l'enregistrement des partis qui, jointes à cette proposition électorale, ont obligé le gouvernement à changer sa position première.

Bien sûr, pour que cette légalisation il faut obtenir 1,5 % des suffrages, c'est-à-dire à peu près 350 000 voix. Si l'on n'atteint pas ce pourcentage, le parti perdra immédiatement l'enregistrement. Nous pourrions alors toujours agir sur la situation politique, mais nous ne pourrions plus nous présenter comme parti politique, seulement comme associa-

Dans la foulée des initiatives du PRT, neuf partis ont demandé leur légalisation. Finalement, la Commission électorale fédérale a décidé de ne l'accorder qu'au PRT et au Parti socialdémocrate (PSD), un parti d'origine bourgeoise qui, malgré son appellation, n'a aucun lien avec l'Internationale socialiste.

Ainsi, comme l'explique Sergio Rodriguez, membre du Bureau politique du PRT que nous avons interrogé sur la campagne électorale du PRT, « parce que nous remplissions toutes les conditions requises pour participer aux élections et que ce droit nous revenait, nous avons agi comme si nous l'avions conquis, et nous avons lancé notre proposition de campagne électorale et le type de candidature que nous voulions pour

1982 avant même d'être légalisé comme parti ».

Les autorités mexicaines se sont alors inquiétées de cette détermination manifestée par le PRT. Un document secret de la police mettait même en garde contre la dynamique d'une telle campagne électorale « illégale ». En conséquence, nous a confié Sergio Rodriguez, « prévoyant une participation "illégale" du PRT aux élections de 1982, le gouvernement s'est détion politique. Si nous obtenons 1,5% des voix, cela signifiera la légalisation définitive de notre organisation ...

- Quelle démarche unitaire le PRT a-t-il adopté dans le cadre de sa campagne

- Nous sommes partis du constat de la faiblesse des partis ouvriers, fait extrêmement important, qui font des élections mexicaines quelque chose de très différent de ce qu'elles sont dans d'autres

Ces dernières années, le processus de radicalisation et de mobilisation dans le pays s'est accentué mais ne s'est pas traduit par un renforcement significatif ou qualitatif des partis ouvriers, mais fondamentalement par l'apparition d'une avant- garde ouvrière et paysanne qui ne milite pas aujourd'hui dans les partis ouvriers.

Celle-ci développe même une certaine méfiance vis-à-vis de ces partis. Sa rupture avec le Parti révolutionnaire institutionnel

(PRI) et le nationalisme bourgeois ne l'a immédiatement conscience claire de la nécessité de militer dans un parti ouvrier. En outre, le bilan de la présence du Parti communiste mexicain (PCM) à la Chambre des députés a été plutôt désastreux : il a voté par exemple une série de modifications de la législation du travail qui ont eu pour consé quence une restriction du droit de grève, laissant aux autorités le droit de décider de la légalité d'une grève ... Tout cela a eu pour effet que de larges secteurs de l'avant-garde radicalisée — dans la classe ouvrière comme dans la paysannerie — envisagent la participation électorale de

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façon très négative et pensent que d'avoir voté pour le PC en 1979 n'a servi à rien.

Dans ce contexte, les propositions que nous faisons pour les élections ont pour but de tenter de dépasser cette situation, de redonner confiance à cette avant-garde ouvrière et paysanne dans la possibilité de contrôler l'action de ses élus au Parlement. Dans ces élections, à partir du devoir que nous estimons être celui de tout parti ouvrier légalisé qui est d'ouvri ses listes électorales aux dirigeants syndicalistes ou paysans les plus importants du pays, à ceux qui mènent les luttes et les combats, nous sommes d'avis que ce soit précisément eux et leurs organisations qui doivent épauler ce type de campagne électorale. Nous appelons cela la formation d'un pôle ouvrier et socialiste dans lequel toutes les organisations qui se réclament du mouvement ouvrier et du combat pour le socialisme doivent avoir leur place. Et nous disons que ce sont justement ces dirigeants qui doivent être mis en tête de liste des candidats au Sénat, au Parlement

Parallèlement, nous avons constitué un front avec une série d'organisations de la gauche révolutionnaire qui avaient traditionnellement pris dans le passé une position abstentionniste aux élections, qui avaient dénoncé les partis ouvriers qui s'étaient déclarés pour la participation à la « Réforme politique » comme partis réformistes, mais qui, aujourd'hui — sur la base des propositions électorales faites par le PRT - sont disposées à participer à la formation d'un bloc, d'un pôle de toute la gauche révolutionnaire. Cette coalition a déjà sorti son premier bulletin qui est justement un bilan de la « Réforme politique » et des propositions qui sont faites à l'occasion de ces élections.

Participent à cette gauche révolutionnaire et au bulletin qu'elle publie, PRT; un groupe anciennement maoïste qui est l'Union nationale des étudiants (UNE) ; l'Union des quartiers populaires (UCP), également ex-maoïste ; la tendance marxiste-léniniste (TML) que nous pouvons caractériser comme castriste, et également une série d'organisations syndicales, des dirigeants de plusieurs comités démocratiques, notamment de l'industrie frigorifique, des dirigeants de l'automobile, de l'électricité, etc. D'un autre côté, il y a plusieurs organisations qui discutent de leur affiliation à ce bloc, comme l'Or(OCP) qui a des forces dans certains syndicats mexicains, ou la revue Punto Critico, regroupant fondamentalement des camarades qui étaient des dirigeants du mouvement étudiant de 1968, qui se sont déjà prononcés en faveur de la candidature de la camarade Rosario Ibarra de Piedra et qui doivent prendre maintenant la décision de s'intégrer ou non à ce bloc de la gauche révolutionnaire.

- Quelle a été l'attitude des courants liés au « Comité international » par rapport à vos propositions concernant la campagne électorale ?

- Les camarades de la Ligue ouvrière marxiste (LOM) et du Parti ouvrier socialiste (POS), qui suivent la ligne du « Comité international » au Mexique, sont dans une situation assez contradictoire. Pour de multiples raisons politiques, ils devraient normalement participer à front mais, pour des raisons fractionnelles, il est probable qu'ils finiront par donner leur appui ou vont appeler à voter pour le PC ... Mais cela ne va pas sans proproblèmes dans leurs rangs, comme le prouve la formation d'une tendance au sein du POS en faveur de la participation aux prochaines élections aux côtés du PRT, à la différence de la majorité de leur direction qui est pour, dans les faits, donner son appui au PC.

Même si aujourd'hui ils mènent une campagne de signatures « pour que le PC et le PRT se mettent d'accord pour des élections, c'est une campagne abstraite sur la question de l'unité. Nous avons pu le constater lors d'une réunion où nous leur avons dit que, tout en étant d'accord avec eux pour des candidats communs, nous posions le problème d'une plate-forme programmatique, de la question de la présence de partis bourgeois dans ce front, etc. Cela les a amenés à nous répondre que, dans le cas où le PC ferait alliance avec des partis bourgeois, face à ce problème tactique, ils appelleraient en dernière instance à voter pour le PC là où il n'y aurait pas de candidats bourgeois....

- Comment s'est développée la démarche unitaire du PRT au-delà de la gauche révolutionnaire, par rapport à l'ensemble du mouvement ouvrier ?

• Le plus important c'est que la car dature de Rosario Ibarra de Piedr n'est pas seulement appuyée par la gauche révolutionnaire, mais aussi par des syndicats, des organisations des quartiers populaires et des organisations paysannes. De fait, dans les grandes coordinations qui, aujourd'hui au Mexique, s'efforcent de centraliser les luttes dans le pays, on discute de la question des élections, et il y a de plus en plus de voix en faveur de la candidature de Rosario Ibarra de Piedra. L'idée serait de réunir un Forum électoral vers le mois d'octobre et d'y discuter une plate-forme programmatique pour les élections, de faire les propositions de pré-candidatures et, au mois de décembre, d'approuver un pour ces prochaines élections et les candidatures les plus représentatives tant pour la présidence que pour les sénateurs et les

L'idée que nous avons sur cette question, c'est que le PRT, bien qu'il soit légalisé, ne doit pas imposer son programme par des méthodes administratives. Nous voulons fondamentalement qu'il y ait accord sur une plate-forme de lutte, d'action, et que chaque organisation politique, syndicale ou sociale ait toute liberté pour développer son propre programme indépendamment des autres. Mais l'accord que nous sommes en passe de conclure comporte un grand nombre de points et signifie de fait, pour la première fois, la mise sur pied par plusieurs organisations d'une plate-forme de luttes de classe qui rassemble l'essentiel des revendications et des expériences de lutte qui ont eu lieu dernièrement dans le pays, y compris en abordant des questions organisationnelles comme le renforcement de la centralisation des diverses luttes au Mexiqué.

C'est sur cette base que nous pouvons affirmer que cette campagne électorale est différente de celles qui ont été menées par le passé. Preuve en est la grande manifestation qu'il y a eu récemment à Mexico pour commémorer la grève de la faim des mères de « disparus » politiques, où environ 25 000 personnes ont participé, avec des piquets pendant cinq jours à l'intérieur d'une église, manifestation qui a culminé avec la demande faite au gouvernement par la camarade bres du PRT devant l'ensemble de la population de la présentation des « disparus » politique et la libération des prisonniers politiques. Cela nous a permis de faire une campagne d'agitation et de propagande assez importante dans l'ensemble des secteurs sociaux du pays. La campagne électorale va de plus coïncider avec ce qui est devenu maintenant traditionnel depuis trois ans au Mexique, à savoir la grande vague de grèves qui touche en début d'année tous les secteurs du mouvement ouvrier.

Nous pensons faire notre campagne électorale en la combinant à ces luttes, à ces actions de la classe ouvrière mexicaine. La campagne électorale va commencer en tant que telle au mois de février prochain, nous allons la préparer avec d'autres organisations pour faire en sorte que ce ne soit pas un simple appel à dépo ser un bulletin de vote, mais surtout qu'elle serve à faire avancer le processus d'organisation démocratique de la classe ouvrière mexicaine et de ses alliés.

- Peux-tu nous donner quelques exemples d'initiatives prises par le PRT, à l'occasion de cette pré-campagne électorale, pour en faire une campagne de

- Nous avons mené notre pré-campagne électorale fondamentalement autour d'une série de motions, d'initiatives dans les organisations syndicales, paysannes, étudiantes ou de quartiers populaires. Il existe deux grandes coordinations nationales pour les quartiers populaires et les paysans. Dans le cas du mouvement ouvrier, il n'y a pas un processus de centralisation aussi clair que dans ces deux autres secteurs. Dans le milieu étudiant, il unions étudiantes qui posent le problème de l'unité de l'ensemble du mouvement étudiant. Dans le cas du mouvement des quartiers populaires et du mouvement paysan, nous avons participé aux deux réunions qui se sont déroulées, l'une dans l'Etat de Durango l'autre à Oaxaca et nous avons ouvertement présenté notre position par rapport aux élections, directement en tant que parti mais aussi par l'intermédiaire d'organisations tant paysannes que de quartier qui appuient la candi-

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dature de Rosario Ibarra de Piedra et qui sont d'accord avec notre campagne

Dans le cas des paysans, c'est le cas de la Coordination paysanne révolutionnaire indépendante (CCRI). Elle est aujourd'hui une des centrales paysannes indépendantes les plus combatives, celle qui a le plus avancé tant du point de vue des mobilisations que dans son processus d'organisation. Nous avons obtenu que la majorité des organisations qui composent la CCRI se prononcent en faveur de la candidature de Rosario Ibarra de Piedra et que dans la coordination paysanne appelée Union nationale Plan de Ayala, ils présentent une motion afin que les organisations paysannes appuient la candidature de Rosario Ibarra de Piedra. Nous savions qu'il serait très difficile d'obtenir cet appui à cause de la forte tradition abstentionniste et du sentiment critique vis-à-vis de la pratique du PC depuis les préavons obtenu dans ces deux coordinations (celle des paysans et celle des quartiers populaires), tout d'abord, la possibilité pour ceux qui y sont affiliés de pouvoir participer à la campagne électorale ; c'est-à-dire que chaque organisation affiliée est libre de décider avec quel parti elle participe. Et, deuxièmement, nous avons obtenu que soit discutée la question des élec. tions, la perspective politique en liaison avec cette participation.

C'est très important car, d'une part, nous avons fait tomber beaucoup de barrières et, d'autre part, nous avons obtenu que plusieurs organisations de quartier comme de paysans se prononcent en faveur de notre campagne électorale. C'est le cas de l'Union des quartiers populaires de la région de Mexico, qui rassemble plusieurs quartiers et qui avait déjà voté lors d'un congrès son appui à l'unanimité à la candidature de Rosario Ibarra de dra. C'est aussi le cas des quartiers pauvres de la ville de Ciudad de Nezahualcoyotl dans la banlieue de Mexico qui compte plus de 2 millions d'habitants : une des organisations de quartier parmi les plus importantes y a apporté son appui à la candidature de Rosario Ibarra de Piedra. Il en est de même pour des dirigeants des quartiers pauvres de Tijuana et Mexicali et des quartiers populaires de l'Etat de Guerrero, principalement de la municipalité de Taxco, qui ont apporté leur soutien à Rosario Ibarra de Piedra dans des assemblées où nous avons pu développer cette idée. Au niveau des quartiers pauvres plus généralement, pouvons dire qu'il y a un appui relativement massif et considérable à cette can-

Dans le cas du milieu paysan, nous sommes parvenus à ce que des villages entiers, comme celui de Copalillo dans l'Etat de Guerrero, comme les communautés agricoles de Sinaloa, de Palmarillo à Veracruz et un syndicat des travailleurs du coton de Torreon, etc., apportent leur soutien à la candidature de Rosario Ibar-

Dans le cas des syndicats ouvriers, nous avons eu une démarche similaire, même s'il n'y a pas d'organisme qui centralise les secteurs indépendants. Nous avons vu les dirigeants syndicaux, nous sommes allés dans les réunions syndicales pour présenter nos propositions électorales, et dire que nous étions prêts à ouvrir nos listes à leurs représentants les plus significatifs. Et nous avons obtenu qu'une coalition de syndicats de l'industrie des boissons rafraîchissantes c'est-à-dire Coca-Cola, Pepsi-Cola, Orangina, ete., appuie la candidature de Rosario Ibarra de Piedra. Nous sommes également parvenus à ce qu'une série de dirigeants syndicaux de la région de Ecatapec, une ville industrielle des environs de Mexico, appuie cette candidature. Voilà le travail que nous avons entamé dans le mouvement ouvrier.

L'idée est de lancer au sein des courants syndicaux « classistes » la discussion sur les propositions que nous faisons. Les camarades que nous avons dans ces courants indépendants ont pour tâche de relayer ouvertement nos positions tant dans les syndicats que parmi les étudiants ou ailleurs. Quant au milieu étudiant, les Jeucommunistes révolutionnaires (JCR) appuient la candidature de Rosario Ibarra de Piedra, comme l'Union nationale pour l'organisation du mouvement étudiant (UNPOME), comme une part importante de l'Organisation nationale des étudiants (ONE) et de fait la majorité des secteurs qui se mobilisent dans le milieu étudiant, ce qui représente une force importante dans certains établissements d'enseignement. Tout cela par le biais d'assemblées où nous avons, avec d'autres organisations, défendu la candidature de Rosario Ibarra de Piedra.

Rosario Ibarra de Piedra, candidate du' Nous pensons concrétiser ce travail par le Forum sur les élections, auquel nous avons invité l'ensemble des syndicats et des organisations existant au Mexique. L'un des axes centraux de notre campagne est l'idée de construire un parti oupartir des organisations « classistes », ce mot d'ordre reposant sur l'analyse que nous faisons de la faiblesse des partis ouvriers. Nous pensons que la campagne électorale que nous faisons peut constituer un pas dans le processus d'organisation démocratique de la classe ouvrière, l'amenant à franchir un pas important vers son indépendance et la rupture avec le PRI et les autres partis de la bour-

Nous avons élaboré un programme que nous sommes en train de discuter avec tous les camarades qui soutiennent la candidature de Rosario Ibarra de Piedra. Cette plate-forme devrait être appprouvée vers le mois de décembre. Nous voulons que se forme alors un front beaucoup plus large que le PRT et les organisations de la gauche révolutionnaire, un front qui rassemble des secteurs et des organisations sociales et démocratiques et qui donnera toute sa force à une campagne électorale différente des autres : celle que nous entendons mener pour les pro-

- L'unification récente du PC mexicain avec quatre autres partis a souvent été présentée dans la presse comme l'expression d'une volonté unitaire et le désir de créer ainsi la « seconde force politique. du pays ». Que faut-il réellement en pen-

- Il faut souligner que cette unité des partis réformistes et nationalistes au Mexique est un projet en discussion depuis 1975, mais que ses protagonistes ne sont pas d'accord sur de nombreux points fondamentaux. Par exemple, l'un de ces partis, le Parti mexicain des travailleurs (PMT), ne se revendique en rien du socialisme ou du marxisme : sa position fondamentale est nationaliste ; il se réclame de l'expérience cardéniste (1934-1940) qui a développé au Mexique certains secteurs de la bourgeoisie. Toujours est-il qu'après que le gouvernement lui ait refusé l'enregistrement pour les élections, il a changé d'analyse politique, dénoncé la loi électorale comme fasciste, et comme il pensait nécessaire de participer aux élections, pour ce faire, il a appelé à la fusion avec le PC ... L'explication est assez grotesque : ils disent que le dirigeant du PMT s'est mis, une nuit, à étudier les programmes des cinq partis et que, n'y voyant pas de différence, il a pu proposer l'unification ; peu de temps après son rêve, il y a eu l'annonce de l'unification, consultation véritable de la base des partis concernés, de façon totalement bu-

Il ne faut néanmoins pas sous-estimer ce que peut signifier pour des secteurs importants de la population ce processus d'unification des partis réformistes. Pour de larges franges de la population qui ont des aspirations unitaires, l'unité de ces partis correspond dans une certaine mesure au sentiment d'unité qu'ils ont exprimé au cours des luttes.

Il est nécessaire de comprendre que, dans ces secteurs qui sont en train de rompre avec le PRI gouvernemental, qui sont dans un processus de rupture politique avec les partis de la bourgeoisie, la formation de ce parti réformiste — qui va s'appeler Parti socialiste du Mexique (PSM) - peut apparaître comme une alternative. Mais la fondation de ce nouveau parti ne va pas être une transformation du réformisme au Mexique. tout dire, nous ne croyons pas assister à la naissance d'un parti de masse du type des partis communistes ou des partis social-démocrates en Europe. Nous ne pouvons dire d'aucune manière que la classe ouvrière, qui n'est malheureusement pas

Ice niveau de conscience, qui dans sa majorité continue à faire confian-

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ce au parti de la bourgeoisie — au PRI -, qui milite dans ce nouveau parti, y voit une alternative.

Ce nouveau parti, comme le bloc de la gauche révolutionnaire qui est en train de se mettre en place, cherche à gagner les mêmes secteurs sociaux, c'est-à-dire fondamentalement ceux qui se mobilisent et qui se radicalisent. Nous ne pouvons pas dire qu'il existe à l'heure actuelle une importante pression de masse en faveur de l'unité, qui s'exprimerait de façon concrète, dans des actions concrètes et des discussions concrètes. Mais nous considérons qu'il est possible, qu'il est même nécessaire d'avancer cette question de l'unité, que la présentation de candidats unitaires des partis ouvriers aux prochaines élections constituerait un grand pas en avant. C'est d'ailleurs la proposition que nous faisons au PC. Mais la direction de celui-ci, comme d'ailleurs la direction du PMT et la direction du Parti du peuple mexicain (PPM), ont répondu qu'ils n'avaient rien à voir avec le PRT, que ce dernier est un parti de division, et qu'il n'est done pas question d'unité avec lui. C'est pour cela que nous disons que la seule façon de parvenir à cette unité, ce n'est pas de discuter avec la direction de ces partis, mais de faire une discussion ouverte à laquelle participent le mouvement ouvrier et le mouvement paysan.

Dans ce sens, la réalisation du Forum sur les élections dont j'ai déjà parlé plus haut est très importante. Nous allons y inviter le PC et les partis qui ont formé cette nouvelle organisation, qui sont le Parti mexicain des travailleurs (PMT), le Parti du peuple mexicain (PPM), le Parti socialiste révolutionnaire (PSR), le Mouvement d'action et d'unité (MAUS) et le Mouvement d'action populaire (MAP) (1). Nous allons les inviter à discuter de nos propositions électorales. A plus long terme, il va être très important de suivre le développement de nouveau parti, car d'une certaine façon il confirme cette conception que nous avons expliqué au Mexique sur la correspondance entre le processus de social-démocratisation des PC européens comme le PC italien ou espagnol, avec, en Amérique latine, non pas un processus de social-dé. mocratisation - car la social-démocratie n'a pas de grande tradition au sein du ouvrier latino-américain -, mais un processus de dérive vers des positions nationalistes, petites-bourgeoises, tissant des liens avec L'appareil d'Etat bourgeois ….. Pas uniquement d'un point de vue idéologique, mais allant jusqu'à incorporer en son sein des secteurs de la petite bourgeoisie nationaliste, comme cela s'est fait dans d'autres pays.

De ce point de vue, nous ne pouvons pas dire que le PC abandonne son programme, car son programme a toujours inclus ces conceptions. De fait, en 1939, gouvernement de Lazaro Cardenas, le PC a posé sa candidature à l'entrée dans le Parti de la révolution mexicaine (PRM), qui était la dénomination du parti de la bourgeoisie à l'époque, considérait comme un parti de Front populaire. Et il n'a jamais abandonné cette conception de parti de type nouveau, qui n'est pas forcément le parti communiste, puisqu'ils disent que le parti communiste n'en serait qu'une partie et que les autres composantes seraient fondamentalement des secteurs nationalistes révolutionnaires ou nationalistes petits-bourgeois.

- L'unification, telle que tu la décris, va sans doute poser des problêmes à l'in-

- Nous pensons que le développement de ce nouveau parti donnera lieu à de vives luttes internes. De fait, il y a des secteurs du PMT qui sont opposés à la façon dont a été prise la décision. De fait aussi, et c'est tres important, il y a désaccord entre eux sur quelle doit être la composition de cette coalition. Par exemple, son veto à l'entrée MAP, tandis que les gens du MAP critiquent certains dirigeants du PMT comme ultra-gauches, etc. C'est-à-dire que c'est un parti qui est marqué dès sa naissance par des crises.

La prochaine discussion qu'ils doivent avoir va être très serrée car elle portera sur les élections et sur les candidatures. Le plus probable c'est que le candidat sera Arnoldo Martinez Verdugo, secrétaire général du PCM, ou Heberto Castillo, président du PMT. Dans les deux cas, cette candidature sera faible. Dans le cas d'Arnoldo Martinez Verdugo, comme l'affirment certaines tendances du PC (tendances qui ne sont pas reconnues mais qui agissent ouvertement), « non seulement le peuple ne voterait pas pour Arnoldo Martinez Verdugo, mais le tiers même des membres du PC ne voteraient pas pour lui, comme ils n'ont pas voté pour lui comme secrétaire général du PC ». Et dans le cas de Heberto Castillo, ils se présente maintenant comme le symbole de la lutte pour la défense du pétrole mexicain. Mais il n'a participé à aucune mobilisation de la classe ouvrière, à aucune de ses luttes, à aucune de ses manifestations. Il considère habituellement que toute manifestation de rue est une provocation gauchiste, et cela aussi va avoir des répercussions au niveau des votes. Nous ne pensons pas que ce soient fondamentalement les secteurs les plus radicalisés de la classe ouvrière qui peuvent voter pour Heberto Castillo ou pour Arnoldo Martinez Verdugo. Ce sont des secteurs des classes moyennes, des universitaires, certains secteurs de l'intelligentsia.

Comme l'ont montré les deux dernières élections, les deux bastions communistes dans la ville de Mexico étaient deux

1. Le 15 août 1981, le Parti communiste accord d'unification avec quatre autres organisations : le Parti mexides travailleurs (PMT), regroupement populiste issu en partie de la génération militante de 1968 : le Parti du peuple mexicain (PPM), groupe ultra-stalinien dont l'influence se limite à la province de Nayarit dans le Nord-Ouest (le PPM a scissionné en 1976 du Parti populaire socialiste (PPS) de Lombardo Toledano quand la direction de ce parti a refusé de contester les résultats d'élections frauduleuses où la victoire du PPS à Nayarit avait été usurpée par le PRI gouvernemental) : le Parti socialiste révolutionnaire (PSR) et le Mouvement d'action et d'unité quartiers connus pour être ceux de la petite bourgeoisie « élevée », c'est-à-dire Coyoacan et San Angel. C'est là que le PC a fait le gros de ses voix. C'est très significatif, ses meilleurs scores n'ont pas été faits dans les quartiers ouvriers, mais dans les quartiers petits-bourgeois. Cette unification, cette alliance avec des secteurs nationalistes petits-bourgeois, va avoir un grand impact sur les couches petites-bourgeoises, et peut-être à plus long terme sur la classe ouvrière. Mais il ne faut pas croire à un bond qualitatif, et qu'il deviendra la seconde force du pays, ou qu'il va doubler ou tripler son influence électorale par rapport aux élections de 1979.

L'unification n'entraînera pas une modification fondamentale du champ politique. Le seul changement qui pourrait intervenir, et dans ce cas il serait fondamental, ce serait d'avancer dans la centralisation des luttes, dans le processus d'organisation démocratique de la classe ouvrière. C'est précisément ce que nous autres essayons de faire. Nous ne pensons pas que cela va se produire dans cette période sur la base de la simple propagande, mais on peut en jeter les bases pour le

D'un autre côté, nous avons proposé aux autres organisations révolutionnaires de discuter de la possibilité de former un parti des révolutionnaires au Mexique. Non pas un parti trotskyste mais un parti des révolutionnaires, dont nous trotskystes nous serions partie intégrante, mais avec une série de définitions claires sur l'indépendance de classe, l'autonomie de la classe ouvrière, l'auto-organisation, le rôle du Parlement, enfin toute une série de principes stratégiques et fondamentaux qui sont, pour nous, comme le centralisme démocratique, autant d'éléments pour la formation d'un parti révolutionnaire au Mexique. Le plus intéressant, c'est qu'elles soient disposées à discuter de ces points, et la déclaration préliminaire que nous leur avons adressée a été acceptée. Nous disons aux travailleurs mexicains qu'il s'agit-là d'une discussion entre travailleurs et que nous voulons discuter publiquement devant les ouvriers et les de la possibilité d'arriver à un accord sur des points stratégiques et programmatiques pour former un parti révolutionnaire, ce qui ne se ferait bien évidemment pas à court terme mais qui doit se discuter et se concrétiser à moyen et à

Propos recueillis par Vincent KERMEL

10 octobre 1981. socialiste (MAUS), deux organisations de filiation stalinienne sans fortes racines au niveau national.

Lors de son Ve Congrés tenu le 18 octobre, le PCM décidait de se saborder en vue de cette fusion qui devait se concrétiser les 6 et 7 novembre.

Entre-temps, une cinquième organisation, le Mouvement d'action populaire (MAP), organisation de patrons et de technocrates - la plus à droite de toutes celles qui fusionnent avec le PCM, celle qui a le plus de liens avec l'Etat, le gouvernement et où militent d'anciens ministres — s'est ajoutée à la liste ...

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