Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GRANDE-BRETAGNE/AFRIQUE DU SUD

Des rapports historiques et des liens économiques étroits

· Inprecor n° 112, 9 novembre 1981 · p. 22-26 · 5 440 mots

Afrique australe Grande-Bretagne Syndicalisme France

TOUS avons init é, depuis plusieurs numéros d'Inprecor, une série d'aricles sur les relations économiques et politiques entre les principaux pays occidentaux et la

Sud-Africaine (RSA). Dans notre numéro 108,

République du 14 septembre dernier, Claude Gabriel analysait la politique du gouvernement Mitterrand face à l'héritage impérialiste français en Afrique du Sud. Dans le numéro 109, du 28

John BLAIR

Historiquement, la Grande-Bretagne a été la puissance impériale prépondérante en Afrique australe. C'est en 1806 qu'elle est réellement devenue la force dominante, grâce à l'annexion de la colonie du Cap — d'importance stratégique indéniable - qu'occupait auparavant la Compagnie hollandaise des Indes orientales. Le

Natal fut arraché aux colons bærs en

1842. Quelques années plus tard, quand les importantes richesses minières de la région furent découvertes, les compagnies britanniques étaient les premières sur place pour en assurer l'exploitation. Selon

Des rapports historiq et des liens économiques

1 200 compagnies britanniques investissent ciste de Pretoria.

les estimations,

75% moins des capitaux investis dans l'ouverture des mines de diamant et d'or étaient d'origine

La seconde guerre bær (1899-1902), remportée par la Grande-Bretagne, avait pour but d'assurer le contrôle britannique sur le Witwatersrand et ses gisements d'or.

Entre-temps, ce qu'on appelle aujourd'hui le Zimbabwe avait été colonisé en 1893 par la Compagnie britannique de l'Afrique du Sud de Cecil Rhodes, et les actuels

Swaziland, Lesotho et Botswana naient des « protectorats » britanniques.

Quant à la Rhodésie du Nord (l'actuelle

Zambie) et au Nyassaland (le Malawi), ils furent annexés sans difficulté au début étroits en Afrique du Sud septembre, André Meylan décrivait en détail les responsabilités des bailleurs de fonds suisses de l'apartheid. Dans le numéro 111, du 26 octobre, Harry Moll mettait en évidence les liens particuliers unissant la bourgeoisie belge et le régime ra-

Dans notre présente livraison, John Blair apprécie le rôle fondamental que joue la Grande-Bretagne en Afrique du Sud du XXe siècle. En 1910, le gouvernement exclusivement composé de Blancs de l'Union Sud-Africaine - comprenant le Cap, Natal, l'Etat libre d'Orange et le

Transvaal - s'est vu offrir le statut de dominion, c'est-à-dire qu'ils s'autogouvernait pour l'essentiel, tout en restant dans le cadre de l'empire britannique. Finalement, le Congrès de Versailles de 1919 confiait le contrôle sous mandat de la possession allemande du Sud-Ouest africain

(Namibie) à l'Afrique du Sud. Dans l'intervalle, les territoires voisins de l'Angola et du Mozambique étaient passés sous le contrôle du Portugal, le plus « vieil allié » de la Grande-Bretagne dont elle contrôlait largement l'économie.

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L'EVOLUTION DE LA POSITION DU CAPITAL BRITANNIQUE

L'exploitation des vastes richesses minières de la région dépendait en tout premier lieu de l'afflux de grandes quantités de capitaux en provenance de la Grande-Bretagne. De plus, la fin du XIXe et le début du XXe siècle ont vu l'émigration de dizaines de milliers de travailleurs britanniques. Les tout premiers arrivants n'étaient que des spéculateurs jouant sur les concessions de diamant et d'or. Mais des lors que celles-ci sont passées sous contrôle d'un certain nombre de puissantes entreprises minières, les émigrants britanniques se sont retrouvés dans la situation d'ouvriers spécialisés. Amenant avec eux une certaine tradition d'organisation syndicale, ces travailleurs se sont fréquemment portés à la tête de luttes militantes en Afrique du Sud. L'exemple le plus frappant est celui de l'ingénieur Bill Andrew, devenu par la suite dirigeant du Parti communiste d'Afrique du Sud, qui a dirigé la grève des mineurs

En finançant et en organisant le développement des mines, des chemins de fer, de l'agriculture et de l'industrie modernes, le capital britannique a joué un rôle central dans la mise en valeur de l'économie sud-africaine. Cette importance est révélée par le fait qu'au moment de la Seconde Guerre mondiale, plus de la moitié des échanges commerciaux du pays se faisaient encore directement avec la GrandeBretagne.

Depuis la fin de la guerre, son rôle économique a été progressivement substantiellement réduit. En cela, deux facteurs on eu une importance clé.

1. - Le développement notable d'un capitalisme d'Etat sud-africain. Avec la création de Mron and Steel Corporation (ISCOR) en 1928 et de l'Electricity Supply Corporation (ESCOM) en 1932, l'Etat a été un agent clé d'accumulation du capital. Dans les premiers temps, le pouvoir politique s'est appuyé sur l'alliance entre travailleurs blancs et capital à prédominance britannique. Mais la prédominance numérique des Afrikanders parmi les Blanes ayant le droit de vote, liée à l'ap-

IMPORTATION EN PROVENANCE DU ROYAUME UNI (en % de l'ensemble des importations sud-africaines) 1957 1964 1968 1970 32,6 28,7 23,9 22,2 Grande-Bretagne 1 200 Allemagne de l'Ouest 350 Etats-Unis 340 France 50 Japon 50 Pays-Bas 50 Australie 35 Source : Apartheid and Business, 1980.

blanes de 1922 durant laquelle plus de 60 travailleurs furent assassinés par les forces gouvernementales.

Cependant, la grève de 1922 devait préfigurer l'évolution future de la main-d'œuvre blanche en Afrique du Sud. La grève avait été appelée pour protester contre la réduction des effectifs des mineurs blanes par rapport aux mineurs noirs. Le mot d'ordre de « Travailleurs du monde, unissez-vous pour une Afrique du Sud blanche ! » annonçait clairement l'évolution raciste ultérieure. A partir de 1922, la main-d'œuvre blanche, incluant d'Afrikanders, descendants des anciens colons hollandais, rejoints par de nouvelles vagues d'immigrants d'Europe de l'Est, s'en est tenue à une alliance étroite avec les gouvernements de ses exploiteurs et a fourni l'un des plus durables exemples d'un phénod'aristocratie ouvrière dans le capitalistes locaux en leur sein, a fourni la base de l'émergence des nationalistes en 1948 comme seul parti blanc au pouvoir. Dès lors, le processus d'expansion du capital sud-africain s'est. poursuivi à un rythme régulier, amenant comme celles de l'empire Rupert dans le tabac et de la Federal Mynbou dans les

2. - L'affaiblissement relatif de l'impérialisme britannique sur la scène position prépondérante de la Grande-Bretagne en Afrique du Sud en matière d'échanges commerciaux et d'investissements a été remise en question par son propre affaiblissement par rapport aux autres nations impérialistes dans le monde. L'importance d'un tel changement varie cependant selon les secteurs. Comme nous le détaillons plus loin, ce sont les échanges commerciaux qui ont été les plus affectés. Dans ce domaine, la Grande-Bretagne a sans nul doute perdu la première place qui était la sienne auparavant. La répartition des investissements tend à se modifier en faveur d'autres pays REPARTITION APPROXIMATIVE DES COMPAGNIES ETRANGERES AYANT DES INVESTISSEMENTS EN AFRIQUE DU SUD capitalistes, mais la Grande-Bretagne détient toujours la première place par l'étendue et le volume de son implantation, alors que la remise en cause de sa position prédominante dans le domaine bancaire est encore plus lente à se manifester.

Alors qu'il était le fournisseur incontesté de pratiquement un tiers des importations sud-africaines au début des années 1960, le Royaume Uni est maintenant ré duit à n'en fournir que le huitième. En 1980, sa part le plaçait derrière les USA et l'Allemagne de l'Ouest, et pas très loin devant le Japon, avec la France le talonnant. Au début des années 1960, plus de 4 % des exportations britanniques étaient destinées à l'Afrique du Sud. Ce chiffre est actuellement de 2,02%. De tels chiffres indiquent clairement qu'un domaine qui autrefois avait été dans lorbite privilégiée de l'empire britannique est en train de s'en éloigner.

La tendance dans le domaine des investissements est beaucoup plus difficile à préciser. On peut cependant pronostiquer avec une quasi-certitude que l'évolution y est beaucoup plus lente. C'est dans le secteur manufacturier que la présence holdings étrangers est la plus perceptible, avec pratiquement toutes les multinationales connues présentes sur les lieux. Une étude un peu plus approfondie laisse apparaître que, dans bon nombre de cas, les produits de ces grandes compagnies sont fabriqués sous licence sud-africaine. Il faut également noter, parmi les 100 premières compagnies industrielles sud-africaines, des participations étrangères dans 49 d'entre elles, dont 36 sont britanni-

LES INVESTISSEMENTS Ces statistiques établissent clairement le rôle clé joué historiquement par le capital britannique en Afrique du Sud. Mais elles tendent à sous-estimer l'importance de bon nombre de participations minoritaires et à ignorer les autres moyens dont disposent les multinationales étrangères pour profiter de la main-d'œuvre noire bon marché en Afrique du Sud.

Il est important d'examiner de plus près le rôle de beaucoup des participations minoritaires. La septième plus grande compagnie industrielle d'Afrique du Sud, l'African Explosives and Chemical Industries (AECI) a 49,5 % de ses actions détenues par l'Imperial Chemical Industries (ICI) britannique. Même un rapide coup d'oeil sur ses produits locaux révèle que l'AECI a accès à l'ensemble de la recherche et du développement poursuivis par la maison mère sans laquelle les produits sophistiqués destinés aux mines et à l'armée en Afrique du Sud seraient beaucoup plus chers et peut-être même impos sible à produire. Des conditions du même ordre entourent certainement les participations minoritaires de la British Steel Corporation, nationalisée, dans la Dorman Long et dans la Stewart and Lloyds (15e et 28e rang respective-

De telles participations minoritaires sont maintenant affaire courante à l'é-

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chelle internationale dans les opérations menées par les compagnies multinationales. Dans le cas de l'Afrique du Sud, cela permet tout particulièrement à des firmes comme la British Steel - son caractère d'entreprise publique lui confèrant un élément de respectabilité - de nier toute responsabilité dans les pratiques de ses associés directs dans le pays.

Pour l'Afrique du Sud, le transfert de technologie du type décrit plus haut est maintenant le trait le plus important de ses liens avec les multinationales. Des calculs ont établi qu'entre 1967 et 1971 par exemple, les investissements britanniques nominaux ont augmenté de 398,9 millions de rands, dont 323,9 millions, soit 81 %, correspondaient à des réinvestissements ; 17 % provenaient du réinvestissement de dettes encourues auprès des maisons mères, de sorte que l'accroissement de capital net ne représentait que 2 % de cette augmentation (1). Ainsi, au niveau industriel, c'est maintenant la technologie et non l'argent qui constitue la part la plus importante de l'apport extérieur.

Dans ce sens, c'est surtout dans le domaine de la production de matériel militaire ou liée au secteur militaire que les firmes britanniques continuent d'assurer une aide essentielle. Quelques exemples : des gaz anti-émeutes sont fabriqués par AECI, des équipements de communication par Plessey et GEC Marconi, des ordinateurs par ICL, des Land Rover British Leyland (BL) et des études de navires de guerre sont faites par Yarrow African Maritime Consultancy.

OPERATIONS BANCAIRES Malgré sa perte de vitesse dans les domaines des échanges commerciaux et des investissements, l'autre secteur dans lequel l'impérialisme britannique continue fournir un soutien essentiel au régime d'apartheid est celui des prêts de capitaux financiers. Les banques britanniques Barclays Ltd et Standard Ltd sont, sans nul doute possible, les deux banques les plus importantes d'Afrique du Sud. Dans le cas de la Barclays Ltd, une succursale sur cinq se trouve située en République Sud-Africaine, et 53 millions de livres sterling brut, soit presque un cinquième du profit total du groupe, ont été réalisés dans ce pays pour la seule année 1980. A elles deux, la Barclays Ltd et la Standart Ltd contrôlent plus de la moitiée des dépôts bancaires.

L'ENGAGEMENT BRITANNIQUE EN AFRIQUE DU SUD L'un des liens les plus connus entre la Grande-Bretagne et l'Afrique du Sud concerne l'exploitation en Namibie du gisement d'uranium de la mine Rossing par un consortium qui comprend en outre la Rio Tinto Zinc Corporation (RTZ). Lord Carrington, l'actuel ministre des Affaires étrangères du cabinet conservateur de Margaret Thatcher, dispose d'une important participation dans RTZ et était même membre de son conseil d'administration avant sa nomination au gouvernement

Plus cruciale encore pour la survie de l'économie de l'Afrique du qu'elle est structurée et telle qu'elle se développe actuellement, est le prêt de capitaux à des entreprises gouvernementales ou parrainées par le gouvernement. Des sommes importantes sont activement recherchées, sur place comme à l'étranger, dans le but d'aider à remettre l'économie sur pied et de pouvoir ainsi parer à d'éventuelles économiques internationales, en réduisant la dépendance dans le domaine des biens importés et technologie, et également pour maintenir le taux de croissance actuel. Entre 1972 et 1980, l'Afrique du Sud a emprunté un total de pratiquement 7 milliards de dollars US aux banques, sous la forme de 186 emprunts distincts, dont une grande partie ont été négociés par Hill Samuel, Hambros et la Barclays Ltd de Londres. Exemple typique que celui d'un prêt de 250 millions de dollars négocié par Barclays Ltd en 1980 en collaboration avec la Citicorp américaine, la Dresdner Bank allemande et l'Union de Banques Suisses (UBS). La Barclays Ltd et d'autres banques ont également été impliquées dans un projet très particulier, celui de la collecte de fonds à l'étranger pour alimenter le Fonds pétrolier sud-africain tendant à compenser les effets de la dépendance en pétrole importé que beaucoup décrivent comme le talon d'Achille de l'Afrique du Sud.

Malgré de persistantes recherches depuis plusieurs années, aucun champ pétrolifère important n'a été découvert dans un pays qui dispose pourtant de gisements de pratiquement tous les minéraux existant. Le gouvernement poursuit ses efforts, au travers du projet SASOL, pour extraire du pétrole du minerai de charbon et pour stocker dans les mines abandonnées des réserves équivalentes à deux années d'approvisionnement pour prévenir le pire.

S'il n'y a pas de pénurie de pétrole en Afrique du Sud en ce moment, cela est dû en tout premier lieu à deux compagnies britanniques : Shell et BP qui assurent actuellement plus du tiers des approvisionnements. L'expérience de l'ex-Rhodésie (Zimbabwe), où ces deux compagnies ont su éviter durant 14 ans les sanctions économiques votées par les instances internationales, montre que l'Afrique du Sud sera en bonne position pour résiter aux effets de tout éventuel embargo dans le futur, et que les compagnies britanniques seront aux avant-postes pour l'y aider. en 1979. Cela constitue un autre exemple de l'utilisation faite par l'Afrique du Sud de la technologie et des capacités de commercialisation d'une compagnie étrangère, tout en exercant l'ultime contrôle sur le produit fini. RTZ n'a qu'une participation minoritaire dans la

Uranium Company. La South African Industrial Development Corporation et la grande entreprise minière Federale Mynbou détiennent la majorité des voix au conseil d'administration. La mine tombe sous le coup de la législation sud-africaine sur l'énergie atomique, ce qui fait dépendre l'exportation d'uranium de l'approbation officielle. Une part importante des coûts de développement de la Rossing a été assumée par le gouvernemet. Le rôle qui lui est assigné est de fournir au régime les ressources d'uranium nécessaires à l'énergie et à l'armement.

RTZ ne s'en tire pas trop mal. En 1980, la mine Rossing a fourni 21 millions de livres sterling (contre 12,6 en 1979) sur un profit total record de 155 millions de livres. Le gouvernement britannique a participé au développement de la mine Rossing dès son ouverture. 1967, le gouvernement travailliste l'époque a signé un contrat garantissant au département de l'Energie atomique du Royaume Uni la livraison de 7 500 tonnes d'oxyde d'uranium entre 1976 et 1982 (prolongé maintenant jusqu'en 1984). En 1973, Tony Benn a envoyé une lettre au quotidien The Guardian de Londres, où il exprimait le vœu de voir un futur gouvernement travailliste dénoncer ce contrat pour marquer son opposition à l'occupation illégale de la Namibie par l'Afrique du Sud. Devenu ministre de l'Energie en 1974, Tony Benn a cependant confirmé les termes de l'accord ...

Dans le Parti travailliste, la question a été soulevée de nombreuses fois par le Comité exécutif national et à la Confé. rence annuelle. David Ennals, alors ministre d'Etat aux Affaires étrangères, a donné le ton de l'attitude classique de la direction travailliste par sa réponse à une lettre d'Alex Kitson du Transport and General Workers Union (T & GWU - Syndicat des transports et des ouvriers non qualifiés) : « Si la Namibie obtient son Indépendance dans un futur proche, la valeur économique du contrat signé entre la mile département de l'Energie atomique et la Rio Tinto Zinc (RTZ) sera d'une importance considérable pour la nouvelle nation. Etant donné la perspective de voir se produire de rapides changements constitutionnels en Namibie, nous croyons que - dans l'ensemble - ce contrat sert les intérêts conjoints de la Namibie et de la Grande-Bretagne. »

Six ans plus tard, après que les tergiversations constantes de l'Afrique du Sud aient été encouragées par les manœuvres dilatoires du « groupe de contact » occidental, rien n'a changé pour la Namibie. Dans l'intervalle, la Grande-Bretagne (ou du moins la British Nuclear Fuels et la Rio Tinto Zinc) en a certainement tiré des profits considérables ; l'autre principal bénéficiaire des richesses de la Namibie aura été l'Afrique du Sud ... Les choix de David Ennals n'étaient pas partagés par l'Organisation des peuples du Sud-Ouest africain (SWAPO) qui a rendu publique sa position catégorique en 1976, demandant la résiliation immédiate du contrat, tout en soulignant que des compagnies étrangères comme RTZ profitaient de la situa-

1. John Suckling, « Study Paper n. 5 » in Projet sur l'investissement extérieur en Afrique du Sud et en Namibie, Africa Publications Trust, Uppsala, Suède, 1975.

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tion politique pour s'adonner à « une exploitation criminelle des ressources naturelles non renouvelables qui appartiennent de droit au peuple de Namibie ».

Divers groupes en Grande-Bretagne ont régulièrement lancé des initiatives visant à empêcher l'application des termes du contrat signé avec la Rossing Uranium Company. Au centre de ces groupes se trouvent le Trades Council de Preston (l'usine de traitement de la British Nuclear Fuels est située à quelques kilomètres de Preston) et le Comité de coordination anti-apartheid du Congress (TUC) du nord-ouest de l'Angleterre. Un comité spécifique de la Campagne contre le contrat d'uranium namibien centralise l'information et la propagande sur ce thème.

Malheureusement, la Rio Tino Zine et le British Nuclear Fuels ont su jusqu'à présent collaborer avec succès pour faire passer en fraude les produits de la Rossing qui sont acheminés par avion jusqu'en France et traversent la Manche sur des camions. Malgré des efforts répétés, aucun progrès sensible n'a été fait pour que soit mis fin à ces livraisons. Alex Kitson du T & GWU peut en être blâmé dans la mesure où il est responsable de l'organisation des dockers et des transporteurs routiers britanniques. Lutter pour la résiliation du contrat avec la Namibie et obtenir l'assurance d'un engagement clair du Parti tral'objectif prioritaire des militants antiapartheid en Grande-Bretagne.

ROWNTREE ET LA

REPRESSION ANTI-SYNDICALE

Rowntree Mackintosh est la plus importante entreprise de confiserie et de biscuiterie de Grande-Bretagne. Elle possède des filiales dans le monde entier. Son usine sud-africaine à East London, qui porte le nom de Wilson Rowntree, emploie jusqu'à 2 000 salariés et est récemment passée sous le contrôle de la maison mère,

C'est en 1940 que Rowntree-Afrique du Sud a reconnu le Sweet Workers Union (SWU - Syndicat des employés de la confiserie) comme représentant unique des intérêts du personnel. Dirigé par les

Get animé par un esprit ultra-conservateur, il ne représentait que les intérêts de la minorité non africaine des travailleurs. La direction du SWU a pu se vanter, au début de 1981, que dans les 40 années de son histoire comme unique organisation des travailleurs dans l'usine, pas le moindre conflit n'avait eu lieu ...

A la mi-1980, un nouveau syndicat a fait son apparition dans la région: le South African Allied Workers Union (SAAWU - Syndicat sud-africain des travailleurs unis). Il a commencé à s'organidans l'usine et a rapidement gagné l'adhésion d'une majorité d'Africains qui constituent l'écrasante majorité du personnel. En octobre 1980, le syndicat était reconnu à contre-cœur par la direction de l'entreprise. Dans les six mois qui ont suivi, on a enregistré plus de trente arrêts de travail pour des motifs divers. En mars

1981, la direction décidait de prendre des mesures à l'encontre du SAAWU : trois travailleurs furent renvoyés pour avoir refusé de remettre une machine en état de marche. Six mois auparavant, les travailleurs avaient reçu une consigne les enjoignant de ne pas réparer eux-mêmes les machines quand elles tombaient en panne ; ils ont donc insisté pour attendre la visite des ingénieurs. Leur mise à pied a été accompagnée de débrayages de protestation dans de larges sections du personnel ; la direction a répondu par le licenciement immédiat. Au bout du compte, 800 travailleurs étaient renvoyés ...

Un taux de chômage de plus de 20 % dans la région d'East London ne pouvait que faciliter le recrutement de jaunes par Rowntree pour remplacer les travailleurs licenciés. Ces derniers ont été invités à se présenter individuellement pour être réinmais la direction avait pris soin d'éliminer au préalable les « fauteurs de troubles » en maintenant le licenciement de 498 travailleurs. Au moins pour une courte période, Rowntree devait connaitre une perturbation majeure dans sa production due à la nécessité de former une main-d'œuvre inexpérimentée dans certain nombre d'ateliers. Cela n'est rien en comparaison de la perturbation qui a été causée et qui continue de l'être à ses ventes en Afrique du Sud. Autour du mot d'ordre de « Spit the chewing gum Chum ! » (« Ne consommez pas de ces produits, amis ! ») et par une campagne massive de distribution de tracts d'affichage, le SAAWU et ses partisans, aidés en cela par les organisations communautaires des quartiers noirs, pourvuivent une campagne de boycott par les consommateurs. Le but visé est d'obtenir un succès égal à celui obtenu l'an dernier - par des moyens identiques - par les grévistes de la Fallis & Monis, entreprise de conditionnement de viande du Cap.

La solidarité manifestée à cette occasion par les syndicats britanniques a malheureusement été insuffisante. Le General & Municipal Workers Union (G & MWU - Syndicat des travailleurs municipaux et non qualifiés), qui a à sa tête une direction plutôt droitière, organise la majorité des travailleurs de la principale usine de Rowntree à York en Grande-Bretagne. Des messages ont été envoyés au SAAWU par la direction du syndicat qui n'a absolument rien fait pour convaincre ses affiliés de la signification qu'avait cette lutte pour eux. Dans le meme temps, la direction de Rowntree a répondu à la campagne menée par le groupe anti-apartheid local, qui a reçu le soutien du Trades Council et du Parti travailliste, en propageant des contre-vérités dans l'usine et dans la presse locale, le SAAWU étant accusé d'avoir utilisé l'intimidation et la violence contre les jaunes.

Mener dans Rowntree une campagne de soutien aux travailleurs de sa filiale sud-africaine est bien sûr plus difficile que lorsqu'existent des liens étroits, comme dans le cas de l'uranium namibien qui arrive en Grande-Bretagne en provenance de Rossing. Une action efficace devrait comprendre un embargo de l'usine sud-africaine, en particulier dans les contacts de nature financière et technique. Pour ce faire, la collaboration des syndicats demeure indispensable. Il est bon de noter l'importance, bien que toute relative, de la motion votée sur cette question par une unique section syndicale locale du Technical and Supervisory Staffs (TASS — Syndicat des personnels techniques et de surveillance). Mais on ne peut envisager de mener à bien une telle campagne sans amener la majorité des travailleurs de Rowntree à une compréhension politique de la nécessité d'une telle solidarité. L'inaction persistante de la direction du principal syndicat de l'usine de York n'en rend la tâche que plus difficile.

BRITISH LEYLAND

SOUTIENT L'APARTHEID British Leyland est une entreprise nationalisée dont la principale implantation à l'étranger se trouve être en Afrique du Sud. Bien que l'unité de production sud-africaine comme l'unité de production britannique ait connu uun déclin précipité (seulement 1,66 % du marché des voitures particulières contre plus de 5 % il y a 5 ans), la British Leyland est engagée actuellement dans un processus de consolidation de sa présence en Afrique du Sud. Cela implique la vente de son usine de poids lourds de Blackkeath à un groupe anglo-américain pour la somme de millions de livres et également le transfert de l'ensemble de sa production à une usine agrandie à Elsies River. Avec une main-d'œuvre de 4 000 employés, une production de 45 000 véhicules par

British Leyland a une longue histoire de conflits en Afrique du Sud avec la nouvelle vague de syndicats indépendants noirs. Le Metal and Allied Workers Union (MAWU - Syndicat des travailleurs de la sidérurgie) a commencé à recruter en 1973 dans l'usine de Mobéni. En 1974, une grève qui réclamait la reconnaissance du syndicat a été brisée et tous les participants licenciés. Et, pour se débarrasser des «fauteurs de bles », il a été procédé à une réintégration sélective. Dès cette époque, British Leyland a également utilisé les forces de sécurité du régime de Pretoria contre les dirigeants syndicaux, en les faisant arrêter et en les menaçant, en confisquant le matériel syndical, etc. En 1976, trois responsables du MAWU se sont vu signifier un ordre de bannissement de la région pour cinq ans...

La nationalisation en 1976 de British Leyland par le gouvernement travailliste — mesure prise pour prévenir son effondrement - n'a rien changé dans l'unité de production sud-africaine. L'exemple le plus récent du style de la direction de British Leyland - Afrique du Sud a été mis en évidence en mai 1981 quand la totalité des 1 900 travailleurs de l'usine d'Elsies River s'est mise en grève pour exiger une augmentation des salaires. Tout comme en 1974, l'ensemble du person-

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nel a été renvoyé et l'on a procédé à une réintégration sélective. On a profité de l'occasion pour augmenter les effectifs féminins et le pourcentage de travailleuses est passé de 10 % à 30 %. La direction a affirmé que cela permettrait une « meilleure stabilité de la main-d'œuure dans le

Les syndicats de Britsh Leyland en Grande-Bretagne ont été bien plus actifs que ceux de Rowntree dans le soutien à leurs camarades africains. En 1977, il y a eu au moins une demi-journée d'action de soutien dans l'usine Rover de Coventry. Malheureusement, ces initiatives restées sans lendemain ces dernières années, alors que la compagnie britannique se débarrassait de pratiquement un tiers de ses effectifs. C'est précisément dans une telle période que le besoin d'assurer libre et sans entraves des syndicats dans toutes les branches de ce de multinationale, peut en être plus facilement compris par ceux qui sont menacés de fermetures d'usines et de licenciements qui s'accompagnent vent d'un transfert de la production dans d'autres entreprises dépourvues d'activité syndicale et où la main-d'œuvre est meilleur marché.

LA GRANDE-BRETAGNE

ET LE «CODE DE CONDUITE »

Les salaires de misère versés aux travailleurs noirs en Afrique du Sud ont été le sujet de nombreux articles dans la presse britannique au début des années 1970. Cela n'est pas un hasard : cela coïncide avec la nouvelle vague d'activités de la classe ouvrière noire en Afrique du Sud à partir de 1973. Le résultat en a été la publication par le gouvernement travailliste, en 1974, d'un document intitulé White Paper (livre blanc) qui donnait les détails d'un « Code de pratique » destiné aux firmes britanniques en Afrique du Sud. L'accent y était mis sur l'augmentation des salaires à des niveaux de 50 % supérieur au seuil du minimum vital. Les firmes britanniques étaient invitées à envoyer leurs rapports au gouvernement sur la manière dont leurs filiales avaient suivi ces recommandations. La présence accrue d'autres compagnies européennes en Afrique du Sud s'est traduite, entre autre, par la publication par la Communauté économique européenne (CEE) d'un « Code de conduite » qui n'est en fait qu'une version révisée du « Code de pratique » britannique. Un universitaire allemand a su, lors d'une récente conférence qui débattait du « Code » de la Communauté européenne, clairement exprimer toute l'approche du « Code de conduite » : « Nous aimerions savoir quels éléments extérieurs autres qu'une violence spectatulaire, un boycott des produits pétroliers ou quelque chose de ce genre peut amener cette machine à produire un certain degré de changement (2) ». En d'autres termes, la rentabilité de nos investissements en Afrique du Sud est menacée. Seul le chanpeut la garantir. Le « Code de conduite » garantira le succès de l'opération avec un minimum de perturbation et il offre une meilleure chance de maintenir une exploitation profitable de la main-d'œuvre noire.

En fait, les recommandations des divers « Codes de conduite » ne sont appliquées que dans la mesure où elles conviennent aux employeurs. Ceux qui ne s'y soumettent pas bénéficient sans nul doute de la protection du gouvernement britannique. Un rapport récent publié dans un hebdomadaire dominical Observer donnait les détails d'un rapport confidentiel préparé par un ancien attaché d'ambassade travailliste en poste à Pretoria. Ce rapport donnait les noms de 21 compagnies qui paient leurs ouvriers africains en-dessous du minimum vital (soit 50% en-dessous du niveau recommandé par le « Code de conduite »), soit 3 compagnies de plus depuis le dernier rapport publié en 1979. Or, cette fois, cette information n'était pas destinée à être rendue publique. Selon John Biffen, ministre du Commerce dans le gouvernement conservateur de Margaret Thatcher, sa publication aurait été « sans intérêt ».

Les révolutionnaires se doivent d'être clairs sur le caractère illusoire de tout « Code de conduite ». Son existence peut cependant constituer une source d'information précieuse, mais on ne peut nullement s'y fier. Nous devons demander au mouvement syndical, travaillant lorsque c'est possible en collaboration avec les syndicalistes en Afrique du Sud, d'adresser ses propres revendications à la direction des entreprises pour la défense et l'adécisive du niveau et des conditions de vie des travailleurs noirs. Le mouvement syndical doit tout particulièrement se battre pour la défense du droit démocratique fondamental de s'organiser à l'intérieur des usines sud-africaines.

De telles revendications ne doivent nullement être conçues comme contradietoires avec les tentatives systématiques d'isoler le régime d'apartheid par une politique générale d'opposition à tout investissement en Afrique du Sud, ou à tout échange économique. La propagande pour le soutien aux luttes des travailleurs - tout particulièrement si le lien est fait avec les employés des mêmes firmes en Grande-Bretagne — peut être l'un des moyens les plus percutants et efficaces par lequel on peut assurer un soutien prolongé à un boycott total.

Alors que l'importance économique de la Grande-Bretagne s'est sensiblement modifiée au profit de ses concurrents capitalistes dans les domaines des échanges commerciaux et des investissements, sa péenne maîtresse des destinées dans la région se trouve maintenant soumise à une pression croissante. A une époque, seule la Grande-Bretagne s'opposait aux rituelles résolutions des Nations Unies contre l'apartheid et aux appels au boycott. Lors de la dernière occasion, début 1981, les Etats-Unis ont été les seuls à s'opposer à une résolution concernant la Namibie alors que la Grande-Bretagne et la France se sont abstenues.

La coordination croissante de la politique des pays occidentaux en Afrique du Sud se reflète dans la constitution du pré tendu « groupe de contact » comprenant la Grande-Bretagne, le Canada, les EtatsUnis, la France et l'Allemagne, dont la mission est de chercher une « solution » à la question de la Namibie. Cela reflète l'inquiétude grandissante manifestée par occidentaux dans leur ensemble face aux perspectives de soulèvement révolutionnaire en Afrique du Sud. Ils savent que chaque jour supplémentaire de règne des racistes blanes en Afrique du Sud diminue la possibilité de prévenir leur renversement par un soulèvement révolutionnaire des masses noires opprimées. Ils savent également que cette lutte sera dirigée par une classe ouvrière noire qui croft constamment en force et en nombre, et que le renversement du régime d'apartheid posera la question d'une transition au socialisme dans une région riche en minerais comme une question immédiate et vitale.

Ce qui reste cependant certain c'est que, quelle que soit la forme que prend la coopération accrue des puissances occidentales, au bout du compte, le gouvernement britannique est le plus à même d'être utilisé pour mener à bien tout pourparler. Malgré les tentatives, en premier lieu de Henry Kissinger et ensuite de Andrew Youg, ce furent les ministres des Affaires étrangères britanniques Owen puis Carrington qui réglèrent la question du Zimbabwe. Il semble hors de doute qu'un ministre britannique aura la responsabilité de mener à bien une nouvelle tentative d'assurer « une transition pacifique à la loi de la majorité (majority rule) » en Namibie et que ce seront des diplomates britanniques, des universitaires, etc. qui se verront chargés de la tâche dix fois plus difficile de persuader le régime de Pretoria de s'engager clairement dans ses pro-

Un tel « rôle historique » attribué à l'impérialisme britannique fait reposer un fardeau tout aussi gigantesque sur le mouvement ouvrier britannique qui se doit de devenir le meilleur défenseur de la révolution sud-africaine à venir.

John BLAIR Londres, octobre 1981 2. Franz Ansprenger, Remarques introductives in European Business and South Africa, Une approche du Code de conduite de la CEE, Munich, 1981.

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