La bourgeoisie et l'impérialisme inquiets devant la perspective d'une victoire de l'opposition de gauche la fin août demier, le Premier ministre mauricien See-
A woosagur Ramgoolam menaçait d'imposer l'état d'agene
L ce s'il devait se développer dans le pays un « climat de violence, de menaces et d'intimidation » à l'occasion de la campagne électorale. Quelques semaines plus tard, le 17 septembre, ce même Premier ministre précisait au contraire que les élections législatives pourraient avoir lieu avant mai 1982.
Ces variations illustrent bien les hésitations du Parti travailliste (PT) au pouvoir, récemment délaissé par une partie du
Parti mauricien social-démocrate (PMSD) de Gaétan Duval et fortement concurrencé pour les élections par la coalition du
Mouvement Militant mauricien (MMM) et du Parti socialiste mauricien (PSM).
François CAZALS
Après les résultats électoraux de décembre 1976 (2), le Premier ministre mauricien avait fait moult promesses de changement. Pourtant, comme l'écrivait le 28 juin dernier l'éditorialiste de l'hebdomadaire Week-End : « A peu près à tous les échelons de la réforme désirée, souhaitée, mais aussi politiquement et socialement impérieuse, le régime travailliste a lamentablement échoué. »
Ainsi, le vernis démocratique du système politique mauricien ne dépasse pas ses caractéristiques formelles d'origine, bien au contraire. Le Parlement est maintenu dans son rôle de façade, les municipalités et conseils de districts demeurent de simples agents d'exécution du pouvoir central sans autonomie budgétaire, les élections municipales sont repoussées et des commissions administratives nommées par le pouvoir gèrent les municipalités, la réforme des circonscriptions électorales n'a jamais été effectuée, la corle débauchage des députés ruption et d'opposition restent plus que jamais des méthodes de gouvernement, enfin les lois scélérates du Public Order Act (POA) et de l'Industrial Relation Act (IRA) constituent toujours un recours que le pouvoir n'hésite pas à utiliser (3).
Comme l'écrit Week-End du 11 octobre dernier : « Le Public Order Act voté par une coalition bâtarde en 1970, est aujourd'hui une arme essentielle de l'arsenal répressif. » Elle a permis récemment au pouvoir de condamner deux militants du
Front national anti-chômage (FNAS). Firoz Ghanty et Riad Mungly à trois ans de prison ferme et 500 roupies d'amende chacun pour avoir obstrué la circulation lors d'une manifestation de chômeurs, le
22 juin dernier. Refusant un recours devant la Commission de pourvoi en grâce, les deux militants ont été incarcérés à la de ce pays. prison centrale de Beau-Bassin le 7 octobre.
CHOMAGE ET INFLATION
Tout cela se combine avec une situation économique et sociale qui s'est considérablement dégradée ces dernières années, accentuant ainsi les traits caractéristiques d'une économie dépendante. De 1979 à 1980, le déficit de la balance commerciale est passé de 1 202 millions de roupies à 1 380 millions de roupies (4). Pour les seuls six premiers mois de 1981, ce déficit est aussi élevé que celui de toute l'année antérieure. Pour l'année financière 1981-1982, « la balance des paiements pourrait être déficitaire de plus de 600 millions (5) ». Lorsque l'on sait que, pour l'année 1980-1981, les importations en provenance d'Afrique du Sud et de Grande-Bretagne ont atteint les sommes respectives de 634,5 et 544,6 millions de roupies, l'on comprend mieux l'importante dépendance économique de l'ile Maurice qui, par ailleurs, produit et exporte principalement du sucre. Pour l'exercice 1981-1982, le déficit du budget atteindra 359 millions de roupies.
La dette extérieure est passée de 1 500 millions de roupies en juin 1978 à 2 850 millions en juin 1981. A tel point que les milieux financiers s'inquiètent. Le rapport annuel de la Mauritius Commercial Bank, pour l'année financière 19801981, notait : « Cette année apparaît comme l'une des pires années que le pays ait connu depuis longtemps. (6) »
Cette situation économique produit des effets dévastateurs. D'après l'indice officiel des prix, le Cost Price Index, la hausse du coût de la vie qui était de 13,4% en 1976, puis qui s'est maintenue au-dessous des 10 % en 1977 et 1978, a pris son envol pour atteindre les 41,2 % en septembre 1980. Le chômage aussi, n'a cessé d'augmenter. Alors que le Plan quin-
ILE MAURICE
Au fur et à mesure que les échéances politiques se concentrent sur la perspective électorale (théoriquement, le Parlement devrait être dissout au plus tard en décembre et les élections annoncées 60 jours après), l'inquiétude se fait jour au sein de la bourgeoisie dont les partis sont divisés et discrédités et chez l'impérialisme qui verrait d'un très mauvais œil la remise en cause de sa présence militaire à Diégo Garcia (1).
Parallèlement, la situation sociale se tend d'une manière très perceptible sur un fond de dégradation du niveau de vie des masses populaires et de chômage massif. Tout concourt donc à faire des mois à venir une période décisive de l'histoire quennal de 1976 prévoyait la création de
12 500 emplois par an, le gouvernement avoue aujourd'hui 34 000 chômeurs officiels. Pourtant, leur nombre réel avoisine, d'après les calculs syndicaux, les 60 000, soit 17,5 % de la population active. Des secteurs entiers - comme la construction - ont été touchés. La zone franche de Port-Louis, qui assure de multiples avantages fiscaux aux sociétés étrangères et une main-d'œuvre à très bas prix, totalise dans la dernière année une perte de 1 500 emplois, ce qui cache un turn over beaucoup plus important.
L'adoption en 1979 du budget d'austérité, prévoyant un retrait des subsides au riz et diverses taxes supplémentaires, avait donné lieu à de nombreuses protestations. Une journée de désobéissance civique, largement suivie, avait contraint le pouvoir à quelques concessions, et servi de tremplin politique à l'aile Boodhoo du PT qui devait constituer ensuite le
PSM et passer en mars 1981 une alliance électorale avec le MMM.
Cette année, le gouvernement se trouvait pris en tenaille entre la nécessité d'appliquer, sous l'injonction de ses bailleurs de fonds internationaux, une politique d'austérité plus énergique, et le désir du PT d'être reconduit aux prochaines élections. Cela a donné au budget l'exercice en cours un fort relent d'électoralisme.
1. Voir Francois Cazals, « Le combat des flois de Diégo Garcia », Inprecor, numéro 107, du 5 août 1981.
2. Le MMM obtint 39 % des voix contre
36 % pour le PT et 17 % pour le PMSD. Cf.
Claude Gabriel, * Après la victoire du MMM ».
Inprecor numéro 65, du 13 janvier 1977.
3. L'IRA est une barrière à la légalisation des syndicats et à la grève. Le POA rend toute manifestation illégale.
4. La roupie vaut moins de 0,50 FF.
5. Le Mauricien, 28 septembre 1981.
6. L'Express, le 8 juillet 1981.
Le PT a tout d'abord essayé de réadans les campagnes, en décrétant une augmentation salariale plus avantageuse pour les travailleurs agricoles que pour les ouvriers (15,5 % pour les ouvriers ayant des salaires de moins de 1600 roupies et entre 18 et 20% pour les laboureurs et artisans de l'industrie sucrière gagnant moins de 1 600 roupies (7)).
Le ministre du Travail, Razack Peeroo a annoncé simultanément l'étude d'une loi anti-licenciement : « D'ici octodéclarait-il le 11 juin au journal le Mauricien, j'espère que le projet de loi sera prêt pour être présenté au Parlement, où il sera sans doute voté sans objection. » Véritable avertissement aux patrons, cette déclaration a été suivie d'une vague de licenciements tous azimuts du-
Or, les travailleurs mauriciens ne disposent d'aucune protection sociale contre le chômage. Le ministre de la Sécurité sociale rappelait par exemple qu'il « ne sedans l'intérêt de l'ensemble du pays » d'accepter une allocation-chômage, « dans le contexte économique actuel, sans une étude approfondie de ses répercussions sur l'économie nationale, et ses conséquences sur le développement éco-
Pourtant, cette situation économique qui interdit toute aide aux chômeurs n'a pas empêché le gouvernement de faire adopter au Parlement une loi augmentant de 115 millions à 400 millions de roupies le plafond d'un fonds exceptionnel que le ministre des Finances se voit alloué pour le paiement des frais de fonctionnement imprévus dans le budget. A la veille des législatives, cela ne peut être qu'une espèce de caisse noire
LE FMI ET LA CIA A L'AFFUT
Les résultats des demandes de crédits au gouverment Mitterrand-Mauroy - le PS français et le PT mauricien sont tous deux membres de l'Internationale socialiste - s'étant semble-t-il seulement soldés accord sur l'exploitation de la pêche, Seewoosagur Ramgoolam lorgne de plus en plus vers les Etats-Unis qui particulièrement intéressés à stabilité d'une région où ils maintiennent une armada et une base aéronavale géante à Diego Garcia.
Entendant monnayer sa position stratégique face au risque d'une victoire électorale de l'opposition, le gouvernement de Port-Louis, par la voix de son ministre de l'Agriculture, Satcam Boolel, de retour « confiant que Washington accordera une aide massive à l'ile Maurice ». S'affirmant, en outre, prêt à négocier le maintien des troupes US à Diego Garcia, le ministre mauricien ajoutait que les Etats-Unis se devaient d'aider son gouvernement parce que son pays constituait « le dernier rempart de la démocratie dans l'océan In-
La bienveillance américaine s'est illustrée par un contrat de recrutement de main-d'œuvre mauricienne pour les travaux en cours à la base de Diego Garcia.
Cela ne suffira toutefois pas à rétabir la situation économique à l'ile Maurice. Aussi, à travers le Fonds monétaire international (FMI), l'impérialisme se livre à d'autres transactions. Le 27 septembre dernier, l'on apprenait la dévaluation de la roupie « alors que le ministre des Finances, sir Veerasamy Ringadoo se trouvait à Washington, où il négociait avec le Fonds monétaire international un agreement" termes duquel le FMI aide l'ile Maurice à éponger son déficit de la balance des paiements par des prêts importants (9)». Comme le précise le Mauricien : « On peut donc croire que cette nouvelle dévaluation a été imposée à l'ile Maurice par
Or, à la différence même de la dévade 30 % intervenue en octobre 1979 — déjà sur l'injonction du FMI qui attribua en contrepartie une aide de 730 millions de roupies dans le cadre d'un Plan de stabilisation économique - la dernière dévaluation ne s'est pas asd'une hausse contraire, le gouvernement a prétexté un prétendu gel des prix pendant six mois pour proposer le blocage des salaires.
Cette nouvelle dévaluation monnaie mauricienne profitera certes aux exportateurs mais va, malgré les précautions oratoires du gouvernement pour limiter l'inflation, accroître les prix des importations et ce faisant diminuer encore plus le niveau de vie des masses popu-
Mais ce ne sont pas là les seuls moyens mis en œuvre par l'impérialisme pour venir en aide à la droite mauricienne. L'action des services spéciaux anglo-américains s'est intensifiée depuis quelques mois dans l'océan Indien. Les manœuvres de la CIA américaine et du Secret Intelligence Service (MI-6) britannique traduisent l'inquiétude des capitales occidentales face à la perspective d'une défaite de la droite mauricienne. De curieux mouvements d'agents de la CIA ont eu lieu cet été à Port-Louis. « Tranquille effort de la CIA pour faire passer de l'argent au gouvernement mauricien afin de contrebalancer l'aide de la Lybie à l'opposition », comme l'écrit The Guardian du 16 août, ou tentative plus sérieuse d'armer le PMSD qui « a emmagasiné des armes dans des caches pour participer à une stratégie de tension à l'ile Maurice en cas de victoire socialiste » (10) ? L'affaire se rapproche fort des manœuvres américaines qui ont permis la remise en selle d'Edward Seaga à la Jamaïque en 1980.
Le premier facteur d'inquiétude de l'impérialisme et de la bourgeoisie mauricienne, comme d'ailleurs de l'Afrique du Sud toute proche, est sans doute la perte de crédit des partis de droite qui augmente les chances électorales de la coalition MMM-PSM.
LA DROITE DIVISEE
La coalition gouvernementale PTPMSD vient ainsi d'éclater en accroissant sensiblement les forces centrifuges au sein de la droite mauricienne. Alors même qu'il déclarait encore en 1980 : « Nous sommes "condamnés" à une alliance électorale ... inévitable pour ceux qui veulent préserver la démocratie à l'ile Maurice (11) », Gaétan Duval, leader du très réactionnaire PMSD changeait de ton au printemps dernier pour engager la guérilla préélectorale contre le PT. « Acceptez mes demandes ou alors disparaissez de la carte politique », clamait-il au Premier ministre (12). Ce grand ami du dirigeant réactionnaire français Jacques Chirac, et de l'Afrique du Sud, décidait de rompre la coalition gouvernementale en demandant aux députés du PMSD de voter contre des projets de lois visant à interdire aux employés de l'université et de certains établissements scolaires de se présenter aux élections. Gaétan Duval s'était aussi prononcé, comme l'opposition, pour une augmentation des salaires les travailleurs des villes et des campa-
La représentation parlementaire du PMSD éclatera sur ces questions lors des votes au Parlement. Dès lors, Gaétan Duval se lançait dans une opération démagogique de tentative d'embrigadement des chômeurs sur la base d'une campagne contre « la race maudite des députés » et d'une allocation-chômage. Un meeting regroupait 20 000 personnes dans la capitale le 14 juin. Gaétan Duval se spécialisait dans des diatribes populistes : « Le peuple vit dans la misère et la souffrance. On souffre trop à l'ile Maurice, actuellement on ne trouve pas de travail et on ne mange pas à sa faim. Jamais le peuple n'a autant souffert qu'aujourd'hui ! (13) »
Le dirigeant du PMSD ne cache pas qu'il considère que « le PT n'a pas la moindre chance de retourner au pouvoir » lors des élections. Il entend donc préparer une relève, y compris musclée. Pour l'instant, cette propagande démagogique en direction des chômeurs vise à se doter d'un vernis « oppositionnel » pour disputer l'électorat populaire urbain au MMM. Pour cela, Gaétan Duval n'a pas hésité à se séparer de certains « grands Blancs » comme Cyril Guimbeau et à propulser de nouveaux dirigeants non parlementaires à la tête de son PMSD. Les membres du PMSD restant fidèles à l'alliance avec le PT se sont regroupés dans
Toutefois, même si la démagogie de Gaétan Duval est coutumière déjà agi de la sorte en 1975-1976 avant les élections -, la situation économique actuelle pourrait donner un certain écho à ses propositions. Ne propose-t-il pas,
7. 82 % des travailleurs gagnent moins de 1 500 roupies par mois.
8. Week-End, 5 juillet 1981. 9. Le Mauricien, 28 septembre 1981. 10. Bulletin d'information sur l'intervention clandestine (BIIC), publié par l'association pour le droit à l'information, 46, rue de Vaugirard, Paris 75006, numéro 5/6, juillet-octobre 198111. Le Mauricien, 10 novembre 1980.
12. Le Mauricien, 29 juin 1981. 13. Le Mauricien, 7 juillet 1981.
Les deux militants du Front national anti-chômage (FNAS) condamné à trois mois de prison aux jeunes, outre l'attribution à tous les chômeurs d'une allocation de 300 roupies, de s'associer « à la tâche exaltante et passionnante de soulager dans l'immédiat la misère, de diminuer les souffrances de ceux qui ont faim et qui sont victimes d'injustices » (tract d'appel à la manifestation du 7 septembre).
Son objectif est double : « Désamorcer ... la situation explosive qui existe actuellement à l'ile Maurice », tout en accumulant pour l'avenir une base de manœuvre prête à être utilisée - avant, pendant ou après les élections suivant les rapports de force et les résultats - contre le mouvement ouvrier organisé et contre un éventuel gouvernement MMM-PSM.
En effet, face à un gouvernement MMM-PSM qui serait soucieux de réviser en baisse les revendications populaires pour gérer une économie capitaliste dépendante et en crise, une telle base d'appui serait essentielle à toute stratégie de tension ambitieuse.
Toutefois, la distanciation actuelle du PMSD par rapport au PT accroît les forces centrifuges à droite. D'abord au sein même du PT, où l'on parle de plus en plus de scission probable. Ensuite à sa périphérie, puisque une fronde est à l'œuvre dans le Comité d'action musulman (CAM), où un groupe de jeunes loups se déclare prêt à « remettre en question l'alliance avec le PT » s'il ne leur est pas fait une place plus grande. De son côté, l'Union démocratique mauricienne (UDM), issue d'une scission du PMSD en 1970, tente aussi de se réanimer à la faveur de la crise de tous ces grenouillages, c'est à une véritable crise de direction au sein des appareils politiques de la bourgeoisie que l'on assiste.
Malheureusement, c'est l'attentisme et la collaboration de classe qu'encourage le MMM en réponse à la crise de discrédit des partis réactionnaires. Et cela d'une manière encore bien plus évidente depuis la signature du programme commun avec le parti bourgeois PSM.
LES FRUITS AMERS
DE L'ALLIANCE MMM-PSM
Ce programme de collaboration de classe a été imposé par la direction du MMM malgré une forte résistance des dé légués de base. Le but du numéro un de ce document illustre tout le reste. Il parle de « la remise en ordre et de la relance de l'économie nationale en même temps que s'engagerait un processus de changement des structures mêmes de l'économie capitaliste mauricienne (11) ». Pour donner des gages à la bourgeoisie, dont le PSM n'est qu'un rejeton communaliste - puisqu'il représente surtout la bourgeoisie hindoue —, le MMM a signé un programme commun qui n'est qu'une vague remise au goût du jour du programme du PT des premières années de l'Indépendance (12 mars 1968). Ainsi, l'industrie sucrière, principale ressource du pays, restera aux mains des capitalistes à part « une ou deux usines » nationalisées avec compenferme, lors de leur transfert à la prison de Beau Bassin. (DR) sation. Les banques privées ne seront pas touchées et seuls 20 000 arpents de terre seront nationalisés pour diversifier la production. Ces mesures devront de plus être approuvées par les trois quarts du futur Parlement. Certes, certains éléments de ce programme comme l'abrogation des lois scélérates POA et IRA, ou l'attribution d'une allocation-chômage sont positives, mais plus la crise économique s'aggrave et plus les déclarations des dirigeants du MMM laissent supposer qu'ils sont disposés à bien d'autres concessions.
Bien avant l'accord avec le PSM, Paul Bérenger, secrétaire général du MMM, affirmait déià qu'il s'attachait surtout à « la qualité des nationalistations » putôt qu'à leur étendue : « Nous traduirons notre volonté étape par étape (15) » ajoutait-il. C'est sans doute pour cela que la direction du MMM évite de s'engager sur le chiffrage de certaines revendications, comme l'allocation-chômage par exemple. La direction du MMM a refusé de signer la plate-forme du Front national anti-chômage (FNAS) qui réclame une allocation de 390 roupies par mois pour les chômeurs, parce que ces « propositions chifféres ne lui semblent pas suffisamment travaillées (16)».
Sur un point aussi crucial que la rétrocession de Diégo Garcia et le démantelement de la base américaine, Paul Bérenger pourrait bien préparer un retournement spectaculaire lorsqu'il déclarait récemment : « Certes, la procédure est extrêmement délicate. De toute évidence, on ne peut régler la question de la base de Diégo Garcia sans tenir compte de la situation en Afghanistan, de la guerre entre l'Iran et l'Irak ou des problèmes de la région du golfe Persique ... (17) » Il convient évidemment de ne pas froisser Harish Boodhoo, le leader du PSM, qui se Aussi, au chapitre des relations avec l'Afrique du Sud, le programme de gouvernement MMM-PSM comporte-t-il la pirouette suivante : « Face à l'Afrique du Sud de l'apartheid, un gouvernement MMM-PSM prendrait toutes les mesures nécessaires et possibles visant à rendre l'ile Maurice aussi indépendante que possible aussi vite que possible de l'Afrique du Sud ». C'est véritablement l'art du possible !
POUR LA DEFAITE
DE LA DROITE Face à la multiplication des licenciements et à l'offensive démagogique du PMSD, la direction du MMM se contente de prôner l'attente des élections et le respect d'institutions pseudo-démocratiques. Elle ne mène même pas campagne pour la tenue d'élections immédiates.
Cette attitude de la direction du MMM est la conséquence des concessions politiques faites au PSM bourgeois, mais aussi de son incapacité à donner des ré. ponses à la situation économique et sociale actuelle. Elle accentue bien évidemment la paralysie de cette organisation dans la conjoncture présente. En retour, cela peut avoir d'importantes conséquences sur le mouvement ouvrier mauricien dans son ensemble.
14. Manifeste du MMM-PSM, rendu public 15. Week-End, 13 avril 1980 16. Week-End, 5 juillet 1981. 17. Afrique, numéro 51, septembre 1981.
L'absence de mobilisation de masse, ajoutée au mode de fonctionnement bureaucratique du MMM (18), encouragent l'apathie chez les travailleurs. Or, tout recul de la mobilisation dans les rangs du MMM constitue un affaiblissement objectif des capacités de lutte du prolétariat. Et ce d'autant que la direction du MMM contrôle la principale centrale syndicale, la General Workers Federation (GWF).
Cette ambiance générale laisse le mouvement ouvrier à ses illusions électoralistes traditionnelles et à ses profondes divisions objectives aggravées par la montée du chômage. Faiblement structuré, malgré son haut niveau de combativité et sa conscience de classe spontanée, le mouvement ouvrier mauricien a lancé ces dernières années de nombreuses actions d'envergure, aux résultats pourtant inégaux. Aujourd'hui, le mouvement ouvrier est dans l'expectative. Aucune riposte d'ampleur n'est venue s'opposer aux récents licenciements. Or, le chômage qui atteint militants syndicaux les plus actifs retarde encore plus l'implantation du mouvement syndical dans les entreprises et sa structuration en profon-
Les germes d'un retournement de la situation ouverte par les élections de 1976 sur la base d'une éventuelle défaite électorale du MMM et du découragement qui s'en suivrait existent bel et bien.
Il revient donc aux militants révolutionnaires qui ont toujours expliqué quels seraient les résultats d'un accord avec une organisation bourgeoise et qui s'opposent sur une ligne de classe à l'alliance avec le PSM, d'œuvrer à la mobilisation des masses ouvrières et des chômeurs contre les licenciements, pour une allocation-chômage et la satisfaction des revendications populaires, tout en préparant activement la défaite électorale des partis de la droite.
Sans perdre de vue la nature de collaboration de classe qui serait celle de tout gouvernement du MMM et du PSM, il faut comprendre que la condition pour ouvrir la voie au changement à l'ile Maurice réside, avant tout, dans la défaite de la droite soutenue par la bourgeoisie et l'impérialisme. L'avenir de la lutte oupour le socialisme réside quant à lui dans la mobilisation indépendante des travailleurs pour la satisfaction de leurs
Sur ce plan, la voie est tracée par la lutte des chômeurs, seul secteur actuellement mobilisé au sein du mouvement prolétarien mauricien. Et ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le pouvoir vient de réprimer
18. Dans une interview au Mauricien datant du 31 janvier 1981, en plein débat interne sur l'alliance avec le PSM, Paul Bérenger déclarait : « On parle de prolétariat "à l'avant-garde": Est-ce que cela a déjà été le cas ! Est-ce que depuis que le MMM existe, la classe laborieuse a déjà été à l'avant-garde ou encore en majorité dans les hautes instances du parti ? Je constate que tel n'a jamais été le cas et, malheureusement, cela risque de n'étre pas le cas pour longtemps encore. Voyons les choses en face. Les deux de ses militants. Car la mobilisation des chômeurs tend de plus en plus à prendre une dimension politique. Face à l'attentisme des directions du MMM et de la GWF et au mépris du pouvoir, le FNAS vient d'appeler à la « création d'un front unique temporaire des chômeurs, salariés, travailleurs manuels et cadres, fonctionnaires, partis d'opposition, syndicats, groupes sociaux de jeunesse, étudiants et journalistes, pour forcer le gouvernement à organiser des élections générales dans le plus bref délai (19) ». Autour de cette proposition, le FNAS a convoqué tous les syndicats, partis politiques et associations populaires à des réunions unitaires pour organiser la mobilisation. D'ores et déjà, le FNAS a annoncé son intention d'organiser le 20 décembre une « manifestation monstre » pour réclamer la convocation d'élections générales dont l'issue inquiète de plus en plus le pouvoir et l'impérialisme.
François CAZALS 25 octobre 1981. membres de la petite et moyenne bourgeoisie et les intellectuels ont toujours été à la direction ou dans les plus hautes instances du parti avec leurs convictions socialistes. Tel est toujours le cas, et je prévois qu'il en sera ainsi longtemps enocre, à moins d'un changement fondamental dans les mois à venir. changement que je respecterais ! Pour ma part, j'estime qu'il est inévitable que nous passions par de telles étapes ... »
19. Week-End, 11 octobre 1981.