Un entretien avec le président de Solidarité de Varsovie
POLOGNE / DOCUMENT
'ACUITE de la crise économique en Pologne et l'incapa-
L cité dont fait preuve latin minion de la bute ratera.
/ garantir ne serait-ce qu'un minimum de bien-être aux travailleurs, ont provoqué de nombreuses grèves de protestation.
La direction nationale de Solidarité a rejeté ce moyen d'action, en invoquant qu'il n'était pas apte à donner des réponses aux problèmes urgents qui se posent aux travailleurs.
D'autres moyens d'action sont envisagés. Ainsi, la tactique de la grève active (c'est-à-dire la remise en marche des usines sous contrôle du comité de grève ou du conseil des travailleurs)
est au centre des débats dans plusieurs régions. La prise de contrôle par les travailleurs et la population de la distribution est également envisagée. Enfin, la proposition faite par certains délégués, durant le ler Congrès national du syndicat, d'instaurer un Conseil social de l'économie, chargé de contrôler le gouvernement et de l'empêcher de prendre des mesures contraires
« NIEZALEZNOSC » :
On entend dire que, cette année, l'hiver sera marque par les épidémies, la faim, les maladies ;
qu'il n'y aura rien à manger, pas de charbon, pas de lumière ; que les difficultés de l'hiver qui vient ne pourront pas être résolues, ni par les autorités ni par Solidarité, mais que la faute en retombera non seulement sur le gouvernement, mais également sur Solidarité. Que propose donc la direction régionale de Varsovie de Solidarité ?
Zbigniew BUJAK : - La situation est réellement très difficile, mais elle n'est pas à ce point tragique. Selon les informations que nous possédons, les centrales électriques et thermiques sont mieux préparées cette année que l'année dernière. Il suffira donc d'assurer un approvisionnement régulier en charbon et je pense que cela
- si nous coopérons correctement avec la Silésie — peut être fait.
Il est possible que, pour garantir l'approvisionnement de la capitale en électricité, il soit nécessaire de débrancher temporairement certaines industries lourdes
(par exemple, à Varsovie, la sidérurgie)
ou du moins limiter sérieusement leur production.
En conséquence, la question de l'approvisionnement en énergie électrique et en chauffage ne devrait pas être un trop grand problème. Mais - il faut le dire tout de suite - la direction régionale pas plus que le syndicat dans son ensemble au niveau de la région ne pourront régler tous les problèmes. Leur solution dépendra de la capacité de mobilisation des travailleurs sur le terrain. La préparation de l'hiver peut être initiée par les commissions locales de coopération du syndicat
Erection nationale de Solidarité. (1), mais elles sont encore mal organisées. Les besoins sont énormes, des « commandements de l'hiver » (2) doivent être créés à tous les niveaux : régional, départemental, de ville, de quartier, d'immeu-
- Que devraient faire ces « commandements de l'hiver » ?
- Tout d'abord, ils devraient s'occuper de la distribution de la nourriture à tous, garantir le fonctionement du chauffage et de la lumière, et donc mettre sur pieds des équipes d'entretien d'urgence, capables de réparer immédiatement toute panne sur chaque réseau.
Ces équipes, qui devraient être mises sur pieds par les entreprises, mobiliseraient à cet effet les spécialistes qui sont à leur disposition.
- A quoi ressemblerait la distribution de la nourriture dont tu as parlé ?
- Les négociations que mène actuellement le camarade Grzegorz Palka (3) permettent de développer le contrôle au sommet. Parallèlement, il faut créer des groupes de contrôle à tous les niveaux inférieurs ; en conséquence pour Varsovie, au niveau départemental, local et des quartiers. Dans le développement d'un tel contrôle, on peut s'appuyer sur le réseau coopératif, en particulier sur Spolem (4). Le plus important sera de garantir, avec des capacités limitées, l'approvisionnement sans queues. Ca, c'est une difficulté organisationnelle. Si nous arrivons à mettre sur pieds le contrôle à tous les niveaux et donc à assurer que chaque magasin reçoive la quantité de biens qui correspond au nombre de tickets de rationnement de son quartier, alors il ne reste plus qu'à aux intérêts des travailleurs, a fait son chemin au sein de la di-
Nous publions ci-dessous une première sélection de textes qui abordent ces thèmes. Il est évident que la logique des propositions faites tant par la direction de Solidarité de Lodz que par celle de Varsovie, ainsi que la volonté d'instaurer un organisme qui contrôlerait le gouvernement, vont à l'encontre de divers projets de « Front d'unité nationale ». Ainsi, il est clair qu'au sein de Solidarité les débats sont loin d'être clos sur ces questions, entre une aile sensible aux appels du pied de la bureaucratie et aux pressions de l'épiscopat et les partisans d'une prise en charge par les travailleurs eux-mêmes de leurs propres organiser la distribution à ce niveau. Et cela ne peut être fait que par le comité populaire de quartier. Je pense qu'il lui faudra enregistrer les tickets, les numé roter et afficher les listes de numéros qui peuvent être échangés contre des marchandises le jour même.
La question de la distribution de la nourriture est la plus importante. Après vient l'aide médicale et sociale aux personnes âgées, aux invalides et aux enfants
Et cela, c'est aux comités de quartier et aux comités d'immeuble de le prendre en
Peut-être pourront-ils coopérer avec les coopératives de logement, qui possèdent une documentation et une certaine expérience sur ce sujet.
Il faudra coopérer également avec les paroisses, avec les organisations de jeunes et les scouts, et également avec les structures locales du Parti paysan et du Parti
1. Les commissions locales de coopération sont des organismes correspondant aux unions locales en France. Elles n'ont pas de pouvoir de décision mais doivent coordonner les activités du syndicat qui n'exigent pas l'intervention de la direction régionale, mais ne peuvent être résolues par une seule usine.
Jusqu'ici, essentiellement du fonctionnement des universités ouvrières qu'il s'agissait.
2. On ne peut pas ne pas faire le rapprochement avec les commandos communaux chiliens ...
3. Il s'agit de négociations sur l'augmentation des prix, que le syndicat avait réussi à geler. Grzegorz Palka avait proposé tout un système de contrôle par les travailleurs des agissedes autorités.
ments culminant en un conseil social de l'économie (cf. page suivante).
4. Spolem est la plus grande coopérative de distribution en Pologne. Longtemps étroitement soumise à l'Etat, et contrôlée par lui.
Les coopératives ont été également touchées par le
* renouveau », s'émancipant partiellement de cette tutelle ces derniers mois.
- Où en est actuellement l'organisation de tels « commandements » ? Nous savons qu'il y en a un de créé, présidé par Seweryn Jaworski, au niveau de la région.
- En ce moment, ce « commandement » enquête sur la situation, fait l'inventaire des problèmes qu'il devra résoudre. Des « commandements » se constituent également dans les entreprises ; les commissions locales de coopération du syndicat ont également commencé le travail à leur niveau.
Par contre, en dehors de Varsovie, très peu de choses ont encore été faites et là, le « commandement régional » devra organiser un réseau approprié de correspondants, qui pourront ensuite mettre sur pieds de tels commandements au niveau local. Ce n'est donc qu'après avoir étudié la situation qu'on pourra inventorier les problèmes et essayer de les résou-
Au niveau de la région, le commandement devra avant tout assurer du travail aux usines qui produisent l'approvisionnement et l'habillement, qui produisent des biens destinés aux enfants, aux personnes âgées et aux invalides. Il devra garantir le des centrales énergétiques et la distribution d'eau et assurer le fonctionnement des transports en commun. Il s'agit-là de problèmes qui exigent une coordination et une aide de Solidarité au niveau régional.
La région doit décider des principales voies de communication à maintenir en état, el assurer leur entretien ; elle doit organiser les horaires de travail de telle sorte qu'il n'y ait pas d'heures pleines et d'heures creuses dans les trai sports en commun ; elle doit répertorier ies quartiers qui n'ont pas encore été touchés pat la création de comités populaires et aider à leur mise sur pieds. C'est également à ce niveau que devrait être organisée la distribution de l'aide étrangère, de l'aide sociale, et en particulier de la nourriture et des médicaments.
Propos recueillis par Ewa KULIK, Craduit du bulletin quotidien de Solidarité de Varsovie, Niezaleznos (Indépendance), numéro 158 du 16 octobre 1981.