Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EL SALVADOR

Une dictature criminelle aux abois

Inprecor n° 113, 23 novembre 1981 · p. 5-6 · 1 963 mots

El Salvador Amérique centrale

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U Salvador, la crise économique s'entremêle très étroite-

-l'homogénéité même de la Junte militaire et démocrate chrétienne et avec l'état des rapports de forces militaires sur le terrain. Cet enchevêtrement donne ses caractéristiques spécifiques à la crise générale qui frappe ce pays.

Or, au moment où l'impérialisme américain et la Junte de

San Salvador proposent comme « solution politique » à cette situation la tenue d'élections à une Assemblée constituante en

1982 et à la présidence de la République pour 1983, alors même que se poursuit le génocide du peuple salvadorien, il est utile de préciser l'ensemble des aspects de du bilan qu'en tirent le FMLN et le FDR.

Plusieurs détails donnés par Marisol

Galindo dans son rapport illustrent tout d'abord la gravité de la situation économique du Salvador. « Le produit intérieur brut (PIB), par exemple, n'a pas cessé de baisser significativement depuis 1979 où il a diminué de 3,2 % pour atteindre en

1980 une baisse de 13% à prix constants. » Cela s'exprime dans différents secteurs. « Le secteur industriel a connu un fléchissement de la production de

3,3 % en 1978, de 4,9 % en 1979 et de

16 % en 1980. Les branches les plus touchées sont l'industrie mécanique et le textile. Depuis 1979, plus de 80 entreprises ont été fermées et 20 autres ont été militarisées, le reste fonctionnant en dessous de ses capacités de production ... L'agriculture et l'élevage ont connu une baisse identique de 1,6 % en 1979 et de 6,6 % en 1980. Les produits d'exportation (café, coton et canne à sucre) ont connu une décroissance significative provoquant certaines altérations de la balance des paiements, des finances de l'Etat et de tout le système financier national. La production de grains de base a aussi décru de 1,2 % ...

Le secteur commercial a vu son activité décroître de 10 %. »

LA SITUATION ECONOMIQUE

« A tout cela on doit ajouter, précise

Marisol Galindo, le processus de fuite des capitaux estimé à 2 000 millions de dollars les dernières années, qui s'est reflété dans la tendance à la diminution de l'investissement privé, commencée en 1979 avec une baisse de 14,7 %, puis de 38,7 %

Dans le domaine commercial, « les exportations ont diminué de 35 % et les importations de 23,3 % durant l'année

1980. » Au déficit financier de 70 millions de dollars s'ajoutent « les 190 millions de dollars nécessaires pour maintenir l'économie au taux d'activité actuel, cela fait 250 millions de dollars que les

10 714 personnes assassinées en 1981 la situation à partir démocrates-chrétiens cherchent désespérément à obtenir des coffres des dictatures du Cône Sud de l'Amérique latine ».

« Le déficit budgétaire a été de 194 millions de dollars en 1980 et on estime qu il atteindra cette année les 300 millions de dollars, c'est-a-dire 41% du total des dépenses actuelles de l'Etat. » Le chômage touchait 23,3 % de la population active au premier semestre 1980, et le sous-emploi 38,9 %. « Les secteurs de l'agriculture, de l'élevage, de l'industrie et la construction contribuent 81,2 % au chômage et pour 47,3 % au sous-emploi. »

C'est dans ce contexte désastreux qui alimente, entre autres, les divergences au sein même de la Junte salvadorienne, que doivent s'apprécier les activités des forces du FMLN. A ce propos, Enrique Guaterappelant « l'extension des zones contrôlées » par les guérilleros, précise : « Ce ne sont pas seulement des zones que nous contrôlons au sens militaire du terme. Ce sont des zones libérées, avons un contrôle politique aussi bien que militaire. Là, une structure de pouvoir populaire a commencé à être mise en place, avec les organisations que nous appelons des conseils démocratiques révolutionnaires, au niveau des localités. Ces structures populaire organisent production, elles rendent la justice. Elles ont commencé à jouer aussi un rôle militaire important. »

LA CAMPAGNE MILITAIRE

D'ETE DU FMLN L'offensive menée à partir du 19 juillet dernier et durant un mois par les guérilleros aura été un moment déterminant de l'activité militaire des forces du FMLN dans la dernière période. Les forces du FMLN ont en effet réussi à occuper des villes stratégiques comme Armbala, « qui

EL SALVADOR

Dix mois après l'échec partiel de l'offensive de janvier

1981, la direction du FMLN et du FDR a, en plusieurs occasions, brosse le tableau des rapports de forces au Salvador dans les différents domaines. Nous en rendons compte ci-après à partir d'extraits du rapport présenté pour la Commission des relations internationales du FMLN-FDR par Marisol Galindo lors de la Ire Rencontre internationale des comités de solidarité qui s'est tenue à Mexico en octobre dernier, et d'une interview d'Enrique Guatemala, membre du Conseil politico- diplomatique conjoint du FMLN et du FDR, parue dans

Intercontinental Press du 2 novembre 1981.

est le centre nerveux de la partie est du pays du point de vue de l'armée. Ces actions ont vu pour la première fois la reddition d'éléments de la Garde nationale, qui sont considérés comme les troupes de choc de la Junte. Cela constitue un signe évident de la démoralisation au sein de l'armée. Par-dessus tout, il y a eu un chapelet de défaites retentissantes de la fameuse brigade "Atlacat!" qui est une unité aéroportée par hélicoptères de troupes entraînées par les bérets verts US ».

Comme l'a déclaré de son côté Marisol Galindo, la campagne de juillet-août dernier a permis « le sabotage permanent des lignes de transmission d'énergie électrique et de l'infrastructure économique et étatique du régime. Durant la campagne, 59 pilônes électriques ont été détruits ». Par cette campagne militaire « le

FMLN voulait faire un pas vers une coordination effective entre toutes ses forces des différentes régions ... dans le cadre des lignes générales et des missions spécifiques que le plan militaire de la campagne commandait à chacune d'elles ». Cette campagne a donc constitué un progrès dans l'organisation et l'activité militaire des forces du FMLN.

Dans le cadre d'une opération audacieuse, la guérilla a réussi à la mi-octobre à détruire le pont d'Or au-dessus de la rivière Lempa sur lequel passait la route panaméricaine et reliait les parties orientale et occidentale du Salvador. Cette action du front oriental Francisco Sanchez du FMLN a nécessité une forte coordination et s'est couplée de l'occupation des villes voisines de San Marcos, San Nicolas et Tierra Blanca (1). Ce sabotage, qui de-

1. La destruction de ce pont qui sert à une voie de communication empruntée par 68 % des transports de produits commerciaux et par les troupes du régime lors de leur déplacement, a été réalisée par 90 guérilleros au cours de 1'« O-

Chalatenango héroïque », a révélé récemment le commandant Mayo Sibrian, chef d'état-major du Front oriental qui dirigeait l'o-

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vrait coûter environ 6 millions de dollars à la Junte, est intervenu la veille même du jour où la dictature avait décidé d'organiser un meeting à San Salvador pour commémorer « le second anniversaire de la première révolution pacifique de l'Amérique latine ». D'autres actions militaires impressionnantes ont aussi eté entreprises ces dernières semaines, notamment dans le Sud-Est, autour de Usulatan où a été récemment installée une nouvelle station de radio de la guérilla, Radio Uni-

Enrique Guatemala son interview, qu'à peu près à la même époque, est intervenu un événement extrême importance : l'établissement d'un commandement unique pour les front Nord-Est et Sud-Est du FMLN.

signifie que nous n'avons pas corridor logistique, de communication entre les fronts, mais que la zone tout entière a été convertie en une seule et même zone sous notre contrôle. Et cela n'aurait jamais été possible si nos forces militaires ne s'étaient pas renforcées. »

C'est cette situation qui fait dire à Enrique Guatemala qu'au « sens militaire du terme, la Junte est sur une position défensive. Nous pensons que les contre-offensives qu'elle tente de lancer sont une ruse politique pour donner au monde lidée qu'elle contrôle actuellement ces différentes régions .. C'est un fait que la Junte ne peut rien faire pour stopper les actes de sabotage continuels contre le système électrique, qu'elle ne peut rien faire pour stopper la crise économique galopante. C'est aussi un signe de notre

Aussi, pour le représentant du FMLN et du FDR, n'y a-t-il pas « de solution possible à la crise économique, politique et sociale au Salvador sans rupture avec une économie fondée sur le pouvoir d'une oligarchie et une rupture avec la dépendance envers les Etats-Unis ».

Face à la question d'éventuelles négociations avec la Junte salvadorienne, le EL SALVADOR représentant du conseil politico-diplomatique conjoint du FMLN-FDR précise que « la Junte et les Etats-Unis ont toujours refusé de commencer ce dialogue avec nous, opposant au lieu de cela l'idée des élections ». La dernière en date des initiatives diplomatiques du FMLN-FDR a été la proposition faite en leur nom par le commandant Daniel Ortega du gouvernement nicaraguayen devant l'Assemblée générale des Nations Unies, le 7 octobre. Cette proposition comprenait les cinq « principes généraux » suivants :

* 1.- Les pourparlers doivent se tenir entre des délégués nommés par le FMLN-FDR et des représentants de la Junte de gouvernement d'El Salvador ;

* 2.- Ils doivent avoir lieu en la présence d'autres gouvernements, contribueront à la solution du conflit

« 3.- Les pourparlers doivent intégrer tous les aspects fondamentaux du

* 4.- Le peuple salvadorien être informé de l'entiereté du processus ;

* 5.- Les discussions s'ouvriront sans conditions préalables d'aucune des par-

Pour Enrique Guatemala, la réaction de Washington et de la Junte salvadorienne à ces propositions « légitimise notre droit à poursuivre la guerre et à prendre

Car les élections dictature de San Salvador constituent pour le FMLN-FDR, comme le précise Marisol Galindo, « une manœuvre qui poursuit deux objectifs: canaliser contradictions existantes entre les divers secteurs du bloc au pouvoir, et trouver une solution à l'isolement politique Résoudre ces deux aspects de sa problé matique reviendrait pour la Junte à avancer vers l'application de « son projet stratégique de défaire militairement les forces démocratiques révolutionnaires salva-

Cette fonction des élections est d'ailleurs assez évidente lorque l'on sait que les seuls partis à avoir accepté d'y participer sont des formations d'extrême droite ou des représentants du patronat. Le fait que la date limite de l'enregistrement des partis ait d'ailleurs été repoussée jusqu'au mois de janvier 1982 illustre la dilficulté du pouvoir à donner une quelconque crédibilité à cette triste mascarade. Les formations d'extrême droite semblent vouloir s'engouffrer dans cette perspective électorale pour essayer d'obtenir la mise à l'écart des démocrates-chrétiens et l'installation d'un gouvernement militaire que leurs différentes tentatives de coup d'Etat n'ont pas permis d'instaurer.

A l'exception du Parti d'orientation populaire (POP) de l'ancien général Jose Medrano, tous, selon l'hebdomadaire Proceso de San Salvador, réclament le retrait de la présidence de la Junte à la Démocratie chrétienne. D'après Latin America Weekly Report du 23 octobre, « les partis traditionnels de l'armée, le Parti de conciliation nationale (PCN), et de l'oligarchie, le Parti populaire salvadorien (PPS), ont été rejoints par de nouveaux groupes, comme l'Action démocratique de René Fortin Magana, représentant du secteur de l'entreprise privée et, dernièrement, par l'Alliance républicaine nationaliste (ARENA). L'ARENA sur la scène politique du fanatique antiqui avait dû quitter le pays au debut de l'année à la suite de sa participation a un coup d'Etat manqué ».

En ce sens, et comme le précise Enrique Guatemala, « il est évident que les conditions n'existent pas aujourd hui au Salvador pour que les élections puissent réellement refléter la volonté du peuple ».

affirme-t-il, « nous sommes contre des élections qui ne sont rien de plus qu'une manœuvre pour résoudre les divergences au sein de la Junte, au sein de l'armée et entre la Junte et l'armée ».

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