OUIL DU PEURLE A L'AUTOUR
SAL - NON A • L'INTERVENTION AMERICAINE Manifestation à Paris en février 1981. (DR) Révolution nicaraguayenne, non seulement sur le Salvador mais aussi sur le Guatemala et sur d'autres pays, Washington ne peut tolérer le renversement de la Junte militaire au Salvador sans épuiser toutes les possibilités pour l'empêcher. Quand tous les autres moyens auront échoué, l'impérialisme n'hésitera pas à procéder à une escalade dans sa propre intervention militaire.
Ce point a déjà été atteint. Les événements actuels rappellent d'autres périodes de l'histoire, comme la veille de l'invasion de la Baie des Cochons à Cuba en avril 1961 et les événements qui ont mené à la provocation du golfe du Tonkin précédant l'escalade de l'agression des Etats-Unis au Vietnam en 1964.
Aussi la nouvelle campagne de mensonges, de fausses accusations menée depuis Washington et les menaces qui en dé. coulent doivent-elles être prises très au sérieux. La décision des gouvernements nicaraguayen et cubain de mettre leur pays en état d'alerte militaire est justifiée. Le danger est réel.
Les fauteurs de guerre impérialistes ne pourront être définitivement mis hors d'état de nuire que lorsque les travailleurs de leurs propres pays se seront emparés du pouvoir ; mais d'ores et déjà leurs projets peuvent être entravés. C'est pourquoi une mobilisation massive est importante maintenant, avant qu'ils n'agissent.
Le mouvement ouvrier, les organisations de solidarité, le mouvement contre le surarmement, tous ont la responsabilité de dénoncer le contenu réel des nouveaux projets de Washington et d'organiser contre eux la mobilisation la plus large.
C'est le moment d'agir, maintenant ! Secrétariat unifié (SU) de la IVe INTERNATIONALE qui n'intéressent pas
Washington
Vincent KERMEL
Le 26 octobre, les corps de 33 réfugiés haitiens étaient rejetés par la mer sur une plage de Floride. Après deux mois d'un terrible voyage, l'embarcation les transportant avait sombré à quelques encablures des côtes américaines. Cet événement tragique n'est pourtant pas exceptionnel. En juillet dernier, par exemple, sur 250 candidats à l'émigration embarqués sur un rafiot, 160 seulement accostèrent aux Etats-Unis. Les survivants devaient raconter comment, pendant les vingt jours 16 personnes avaient été assassinées par les seconds du capitaine et comment beaucoup d'autres étaient mortes de faim, de soif et d'insolation.
Misère et répression font qu'un million de Haïtiens, sur les 5 millions que compte le pays, se trouvent à l'étranger. 50 000 d'entre eux se sont installés aux USA dans les deux dernières années, dont près de 20 000 sont probablement arrivés clandestinement à bord d'embarcations de fortune.
Aux multiples risques de ces voyages qui mettent les candidats à l'exil à la merci des pirates qui les organisent pour près de 9 000 francs français par personne, vient s'ajouter celui d'être refoulé par les autorités américaines moins empressées à donner l'asile à ces réfugiés qu'elles ne l'ont été pour ceux qui quittaient le Vietnam ou Cuba.
Depuis plusieurs mois déjà, les réfugiés haitiens qui fuient la dictature de Baby Doc se voient refuser l'asile politique et sont parqués aux Etats-Unis dans de véritables camps de concentration, comme celui de Krome où, en août dernier, une révolte à éclaté contre les conditions d'hébergement. A cette occasion, 125 Haïtiens, considérés par les fonctionnaires du Service d'immigration et de naturalisation (INS) comme des meneurs, ont été emprisonnés à la prison fédérale de Otisville à New York.
Le 29 septembre, Ronald Reagan a décidé de mettre un terme à l'immigration clandestine haitienne. Affirmant que les réfugiés haitiens ne « chercheraient qu'à améliorer leurs conditions économi-
HAITI
Des "boat people"
ques », les USA leur refusent le statut de réfugiés politiques. Et, le 10 octobre, le garde-côtes Hamilton, aidé d'avions et d'hélicoptères, prenait place dans le « passage du Vent », entre Haiti et Cuba, pour intercepter ces réfugiés. C'est en pleine mer que des officiers américains font le « tri » entre réfugiés politiques et économiques, escortant ceux qui sont considérés comme faisant partie de la seconde catégorie jusqu'à Port-au-Prince.
Déjà, en novembre 1980, un rapport effectué pour la Commission économique du Congrès américain notait que « la politique américaine est beaucoup plus dure avec les réfugiés des pays non communistes, comme Haiti, qu'avec ceux quittant le Laos ou le Vietnam » (le Monde, 25 juillet 1981). Depuis lors, les choses n'ont fait qu'empirer, parallèlement à l'escalade impérialiste en Amérique centrale et dans la Caraibe et au nouveau tour de vis de la dictature de Jean-Claude Duvalier qui faisait condamner, fin août, 25 personnes dont le dirigeant démocrate-chrétien Sylvio Claude, arrêté en novembre 1980 - à 15 ans de travaux forcés.
Ces événements marquaient en quelque sorte le resserrement des relations entre Haïti et son protecteur et bailleur de fonds américain (depuis 1973, 186 millions de dollars d'aide ont été accordés par les USA).
Pourtant, pas plus tard qu'en décembre 1980, un document du Conseil interaméricain de sécurité, rédigé par Philipp Abbott Luce, conseiller très écouté du secrétaire d'Etat Alexander Haig, faisait le procès de la corruption de la dietature haitienne.
Il est vrai que, dans ce pays dont le budget est financé aux deux tiers par l'é tranger, la corruption est en quelque sorte, comme le pouvoir, une affaire de famille. Un récent rapport du Fonds moné taire international (FMI) précisait à cet égard que, sur les 22 millions de dollars attribués en décembre 1980, « 20 mil lions de dollars étaient prélevés sur le budget gouvernemental et utilisés à des fins inconnues » (le Monde, 12 juin 1981).
Philipp Abbott Luce proposait done ouvertement de chercher la relève de Baby Doc parmi les réfugiés haitiens aux
- 137 millions de dollars pour 5 millions de résidents en 1980 —, Haïti, où depuis 1969 « l'activité communiste sous quelque forme que ce soit » est punie au-dessous du seuil de la pauvreté absolue, 800 000 sous-prolétaires s'entassent dans les immondes bidonvilles de la capitale. Ne disposant que d'un revenu annuel équivalant à 300 francs français par personne, 61 % des Haitiens ne prennent qu'un repas par jour. Alors que l'inflation a plafonné à 13,5 % de
1971 a 1977, les salaires des employés de l'Etat n'ont augmenté durant la même période que de 6 %, ce qui équivaut à une baisse du pouvoir d'achat de
45 %. Quant aux 100 000 personnes qui vivent du colportage ou du petit commalnutrition, tandis que la moitié d'entre eux meurent avant l'âge de 4 ans. A
Port-au-Prince, où la moitié des habitants ne disposent que de 3m2 pour vivre, tes exploitations, parfois de moins de un hectare, alors que le minimum vital est de 7 hectares par famille. Chaque année 15 000 coupeurs de canne sont vendus - comme au temps de l'esclavage - par le gouvernement Duvalier et avec l'assentiment du gouvernement social-démocrate de Saint-Domingue, aux estimait à 3 800 familles le nombre de celles dont les revenus dépassaient les
90 000 dollars par an. Se prélassant dans un luxe insolent, 0,8 % de la population accapare ainsi 43,7 % des revenus du pays. C'est sans doute là qu'il faut chercher les raisons « économiques » de l'exil massif des Haitiens, que Ronald
Reagan considère comme insuffisantes pour leur accorder l'asile aux Etats-
Etats-Unis, « dévoués au capitalisme, capables d'unir la population haïtienne contre le gouvernement Duvalier », et cela au moyen « d'un coup d'Etat indigène, qui ferait entrer Haïti dans le XXe siècle, et pourrait, de surcroît, montrer au reste de l'Amérique latine que l'avenir n'appartient pas aux communistes cubains » (le Monde, 12 février 1981).
Mais, quelques mois plus tard, très préoccupée par l'évolution de la situation en Amérique centrale et dans la Caraibe, l'administration Reagan se tournait vers d'autres conseils. Un rapport soumis en mai 1981 à la Commission des Affaires étrangères venait infirmer les conclusions du Conseil interaméricain de sécurité en affirmant : « Il n'y a pas de solution de rechange viable à Jean-Claude Duvalier » (le Monde, 12 juin 1981). Entre-temps, Baby Doc s'était en effet empressé de faire le vide autour de lui en réprimant tous ceux qui auraient pu constituer une relève à sa dictature.
Dès lors, rien ne pouvait s'opposer à l'accord de refoulement des réfugiés hai-. tiens que Washington considère pour sa part comme un « grave probleme national créant un danger pour la sécurité et le bien-être » des citoyens américains.
Cette politique honteuse, qui bafoue les droits les plus élémentaires à l'asile politique dont se revendiquent pourtant démagogiquement les autorités américaines, a déjà suscité de nombreuses réactions. Tout d'abord aux USA, où le NAACP (Association nationale pour la promotion des gens de couleur) réclame la reconnaissance du statut de réfugiés politiques pour les Haitiens qui fuient la dictature des « tontons macoutes », et condamne la politique de Ronald Reagan comme « un assaut barbare à la liberté humaine ».
Mais la vision quasi quotidienne d'un navire de guerre américain ramenant les candidats haitiens à l'exil jusque sur les quais de Port-au-Prince est aussi de nature à outrager le peuple haitien, dont le pays fut en 1804 la première république noire indépendante. Ainsi, un éditorial d'une violence inhabituelle de l'hebdomadaire de Port-au-Prince le Petit Samedi soir titrant « Haïti n'est pas un protectorat américain » s'est fait récemment l'écho de ce ressentiment (Latin America Regional Reports Caribbean, 30 octobre 1981). Rappelant pour l'occasion la similitude avec la période d'occupation américaine
1915-1934, l'éditorialiste que l'on soupçonne même d'être le porte-parole officieux du point de vue de deux ministres « dissidents » du gouvernement de Jean-Claude Duvalier, notait que l'accord avec Ronald Reagan suivant lequel « les canons de la marine américaine sont pointés sur Port-au-Prince », au nom de la lutte contre le « péril noir », signifiait en fait « la fin du dernier souffle d'indépendance ».
Vincent KERMEL
Misêre et famine sévissent dans les bidonvilles de Port-au-Prince. (DR)
de mort, est aussi un des pays les plus pauvres du monde.
merce, elles ne gagnent que 0,6 dollar par jour.
90% de la population est analphabète,
30 000 personnes dorment chaque nuit à la belle étoile.
compagnies sucrières opérant en République dominicaine voisine.
FLORIDE-
B'a harma
Grandes
CUBA
JAMAIQUES
Kingston
HONDURAS:
Mer des Caraïbes
LES RAISONS D'UN EXODE MASSIF
Pays qui reçoit l'aide internationale la plus importante par tête d'habitant
D'après une étude de la Banque Mondiale, 75 % de la population y vit
87 % des enfants souffrent de
Dans les campagnes, 3 millions de Haïtiens occupent 1,2 millions de peti-
Pendant ce temps, 200 familles sont millionnaires en dollars et en 1976 on
EOCEANE-ATLANTIQUE
& RÉPUBLIQUE D'HAÏTI
EREPUBLIQUE
DOMINICAINE
San-Juan
PORTO-°
ERICO