La levée de l'interdiction du Parti communiste tunisien (PCT) a suscité nombre de questions. Le PCT ne s'attendait pas lui-même à cette mesure, alors qu'il avait fait de l'affaire de son retour à la légalité - depuis vingt ans — son objectif suprême. Il y avait même sacrifié son programme considéré alors comme « révolutionnaire » par le Parti socialiste destourien (PSD) au pouvoir. En vérité, le PCT avait entrepris de longue date de modifier ses revendications pour apparaître comme un parti « responsable » et présenter ce qu'il appelle lui-même une « critique constructive ». site de Mohamed Harmel, le secrétaire général du PCT au président Habib Bourguiba, qui a eu lieu au moment même où les autorités annonçaient leur refus de revenir sur la barre de 5 % de suffrages exigés des forces politiques d'opposition pour leur légalisation, alors que toutes ces organisations considéraient ce seuil comme un obstacle à leur participation aux élections législatives. Tout le monde sait ce que signifie, aux yeux du parti au pouvoir, la participation de listes alternatives : conférer à rieux nécessaire et insister sur la légitimité du pouvoir.
La levée de l'interdiction du PCT a un lien direct avec ces élections et leur préparation. En prenant cette mesure, tout en restant ferme sur les conditions (la barre des 5 %), les autorités tablaient sur la division de l'opposition tout en garantissant la participation des communistes aux élections.
Elles proclamaient ainsi leur « intention démocratique » en autorisant un parti qui se targue de communisme à mener son activité politique sur la scène politique avant même le Mouvement des démocraainsi que de la petite bourgeoisie.
ces élections le tion de Gafsa en 1980.
tes socialistes (MDS) de l'ancien ministre de l'Inté• rieur et dirigeant de l'opposition libérale bourgeoise, Ahmed Mestiri et le Mouvement d'unité populaire
Il y a aussi une deuxième raison qui a eu une grande influence sur la décision des autorités de prendre cette mesure : c'est sans aucun doute les problèmes rencontrés avec le mouvement Ittijah islami : après avoir participé à son apparition au début des années 1970, le PSD est pris de panique devant le danger que ce dernier en est venu à constituer actuellement pour lui, du fait de la mobilisation des masses qu'il gagne au mouvement en exprimant à sa manière les aspirations de certaines couches populaires pauvres
Vu sous cet angle, la question de la levée de l'interdiction du Parti communiste tunisien entre dans le cadre de la violente offensive qui a touché le mouvement Ittijah islami, avec l'emprisonnement de ses cadres et militants actifs ainsi que l'intense campagne qui les désigne comme des extrémistes fanatiques.
Cette remarque ne signifie pas qu'il existe là une coordination des efforts entre le PCT et les autorités, comme ont essayé de l'analyser certains courants. Mais notre conclusion est que nombreuses sont les circonstances (les élections, la répression du mouvement Ittijah islami, etc.) qui ont permis au PCT de recouvrer sa légalité. Ces circonstances sont le fruit de la situation politique générale qui prévaut depuis l'opéra-
Nous voulons dire par là que la politique d'ouverture devenait urgente du fait de l'existence de sensibilités différentes au sein de la bourgeoisie et plus particulièrement à la suite des luttes du prolétariat qui a
montré plus que sa détermination sur la scène sociale et politique. Cette orientation a été adoptée aussi à la suite des pressions de l'impérialisme, dans le cadre de sa nouvelle stratégie politique et sous la pression de l'aile bourgeoise qui entend réformer sa manière d'utiliser les appareils de l'Etat.
La levée de l'interdiction du PCT n'est pas une conséquence directe du « processus démocratique » engagé par le gouvernement du Premier ministre Mzali. Une telle décision a été sans aucun doute l'objet de nombreuses discussions et hésitations au sein du PSD Car la bourgeoisie tunisienne - comme toutes les bourgeoisies faibles — ne prend certaines mesures démocratiques, alors que se prolonge le déferlement des masses sur le terrain politique, que pour autant qu'il reste confiné à certaines limites et ne l'effraie pas.
Le contenu de la mesure autorisant le PCT ne doit pas nous induire en erreur, elle ne signifie pas une révision de la stratégie de la bourgeoisie, ni même le dégagement d'une aile dite nationale et démocratique en son sein.
Cette mesure signifie néanmoins que la politique d'ouverture est réelle, malgré ses limites (et bien que l'éventualité d'un retour en arrière soit envisagé). Il est probable aussi que le régime autorisera la représentation à la Chambre des députés d'autres organisations politiques, dont le danger ne dépasse pas celui du PCT, tout en envisageant, dans le cas où la situation politique et sociale deviendrait trop incontrôlable, le recours à la politique répressive à laquelle le nous avait habitué. Les condamnations infligées aux éléments d'Ittijah islami confirme la justesse de cette
D'autre part, le droit donné au PCT de mener une activité politique n'est pas un fait secondaire, au regard de sa faiblesse numérique et de son influence
La mesure en elle-même a un résultat important. Abstraction faite des possibilités d'expression octroyées à une organisation se targuant de communisme et proclamant son attachement - à sa manière — aux théories de Marx et Lénine, il y a la reconnaissance de l'existence de courants aux aspirations différentes qui battent en brèche les illusions bonapartistes du parti unique qui se proclame l'unique représentant des intérêts de toutes les classes.
Les courants qui se réclament du mouvement ouvrier doivent prendre en compte ce que représente la légalisation du PCT, quelles que soient les positions passées et présentes de ce parti. Mais nous mettons en garde contre l'illusion de vouloir l'alternative à la crise organisationnelle et programmatique que connaît actuellement l'extrême gauche
Croire à la possibilité de redresser ce parti de l'intérieur, d'en faire un parti révolutionnaire, est une illusion politique dangereuse. C'est ainsi que la tactique mise en œuvre par le PCT en direction de certains courants d'extrême gauche peut être expliquée. Elle s'appuie essentiellement sur ces illusions opportunis-
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tes. Cette offensive du PCT ne nous trompe pas : il s'agit d'un parti stalinien qui demeure dans le cadre du stalinisme, ses positions sur la lutte de classe au niveau international sont les positions du Kremlin. Les déclarations des délégations du PCT dans les Congrès des partis communistes d'Union soviétique, de Bulgarie et d'Allemagne de l'Est, ne sont rien d'autre que des thèses de soutien aux régimes dans ces pays.
Quant à la position du PCT sur l'Afghanistan, précisée par Mohamed Harmel en personne lors d'une conférence de presse, elle se situe sans nuance dans le cadre de la défense inconditionnelle de la « patrie du socialisme » et de sa politique extérieure.
Sur le plan tunisien, depuis l'Indépendance en 1956, la politique du PCT n'est qu'une suite de tentatives d'alliance avec la bourgeoisie ou avec certaines de ces fractions (Ben Salah (1), le Mouvement des démocrates socialistes - MDS) aux dépens de la défense de l'unité de la classe ouvrière, de son indépendance de classe et de l'élévation de son niveau de conscience politique.
Le PCT, dans cette même ligne, a appelé à l'« unité patriotique contre l'intervention étrangère » lors de l'opération de Gafsa et, depuis cette date (26-27 janvier 1980), il continue à soutenir sans la moindre critique politique l'« ouverture » du gouvernement du Premier ministre Mzali. Il a apporté son soutien à la Charte proposée par le PSD. Cette Charte qui insiste sur le principe de l'inexistence de la lutte des classes, sur la reconnaissance de la Constitution bourgeoise ainsi que sur la légitimité de Habib Bourguiba, etc.
Il est difficile de ne voir au travers de ces positions que des considérations tactiques. Nous savons tous que le PCT a soutenu les tentatives du PSD visant à mettre fin à la crise syndicale (depuis la création de la Commission syndicale nationale - CSN -jusqu'au Congrès de Gafsa) (2). Dans la même logique, le PCT n'a pas bougé le petit doigt lorsque la nouvelle direction de l'UGTT a suspendu certaines structures syndicales de toutes activités (El Fouladh) et a privé des syndicalistes de leurs responsabilités (Sfax).
La politique du PCT au niveau du pays ne vise nullement la destruction du régime politique et économique de la bourgeoisie. Elle n'est que la version tunisienne de la politique du stalinisme à l'échelle internationale : la préservation de la coexistence pacifique au profit de l'impérialisme.
«MAL AMAL » journal du GMR, numéro 2, Tunis, octobre 1981. Ben Salah, ancien Premier ministre de 1960 à 19€ i a conduit une expérience manquée de « socialisme à tunisienne », marquée par la coopération forcée et la répression.
2. Pour une étude plus détaillée des manipulations du PSD en vue du Congrès de l'UGTT, lire Inprecor, numéro 102, du 25 mai 1981.
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