Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

La solidarité des travailleurs français

· Inprecor n° 116, 11 janvier 1982 · p. 10 · 684 mots

France Pologne Syndicalisme

Depuis le coup d'Etat militaire, c'est sans aucun France que s'est développée, européenne, la campagne de solidarité la plus massive. Cela tient bien sûr à une situation favorable, compte tenu des positions adoptées par le gouvernement Mitterrand-Mauroy dont les déclarations - pour formelles qu'elles soient et au-delà des bavures de divers

- constituent un mobilisation de la classe ouvrière, contrairement à ce qui se passe en Allemagne fédérale, par exemple, où le chancelier Schmidt a décidé une fois pour toutes qu'il affaire intérieure à la Pologne et qu'il ne fallait surtout pas s'en mêler.

Mais l'ampleur de la mobilisation tient surtout au développement du mouvement de solidarité dès avant le coup d'Etat. Le très grand nombre de délégations syndicales ou d'entreprises qui s'étaient rendues en Pologne depuis août 1980, en général à l'initiative des militants les plus combatifs dans les syndicats, constitué un levier pour impulser la riposte et affirmer - souvent de manière unitaire - le soutien des ouvriers français aux travailleurs polonais.

Les positions de pointe adoptées par la direction de la CFDT et l'unité qui s'est faite entre les principales centrales syndicales (à l'exception de la CGT) à l'occasion de diverses initiatives, sont elles aussi à compte de la pression exercée manifestations spontanées organisées un peu partout en France dès le dimanche 13 décembre.

Depuis lors, on a vu surgir dans la plupart des villes des comités de base ou des collectifs intersyndicaux en soutien au peuple polonais, mettant sur pied meetings et rassemblements, organisant ventes d'affiches et collectes de fonds afin de venir en aide au mouvement de résistance à l'intérieur et à l'extérieur du pays. Les lycéens en particulier ont souvent été les premiers à descendre dans la rue, non seulement à Paris, mais dans des villes moyennes comme Meaux, Melun, etc. Dans beaucoup de milieux, des comités ad hoc se sont créés, tel celui des juristes réunissant des militants de toutes les organisations de gauche (PC compris) ainsi que des représentants du Syndicat des avocats de France (SAF) et du magistrature (SM) et qui se donne magistrature (SM) et qui se donne

La solidarité des travailleurs français ces, du syndicat des marins, nombreux contingents CGT

Syndicat de la pour tâche de des commissions juridiques venir en aide à tous ceux qui sont victimes de procès.

L'un des aspects décisifs dans cette mobilisation a trait aux positions adoptées - en rupture avec la direction confédérale de la CGT — par plusieurs fédérations nationales de ce syndicat et par un nombre impressionnant de syndicats régionaux et de sections syndicales locales. Les directions nationales des finande celui des officiers et capitaines de la marine marchande, du spectacle, des journalistes, de la police et du personnel pénitentiaire d'une part, qui s'étaient déjà démarquées de la politique de Séguy par le passé, notamment sur la question de l'unité PS-PC lors de la campagne présidentielle, mais aussi des instances syndicales comme la Fédération régionale des mineurs de fer et de sel de Lorraine, l'Union syndicale des métaux d'Angers, l'intersyndicale CGT-CFDT-FO d'Elf-France national, les dockers de Saint-Nazaire ou la Compagnie de raffinage de La Mède, sans compter les dirigeants d'une vingtaine d'usines de la métallurgie de Longwy, dont l'attitude jusqu'ici était de suivre sans discussion la ligne du Bureau confédéral. Il faut souligner, outre, que le nombre important d'entreprises de la métallurgie et de la chimie (dont diverses usines des trusts Renault, Shell, Thompson, Pechiney-Uginereprésente un phénomène nouveau qui témoigne de la profondeur de la crise traversant les rangs du PC et de la CGT. La participation de très manifestation massive du lundi 14 décembre à Paris comme dans d'autres villes de province, de même que le meeting prévu le 12 janvier à la Bourse du Travail de Paris à l'appel de la coordination syndicale « CGT pour Solidarité » exprime le refus d'innombrables militants de ce syndicat de suivre leur direction au moment où celle-ci, par ses silences et ses mensonges, tente de nier la véritable dimension de la lutte des travailleurs polonais qui, depuis plus d'un an, montré qu'ils se battaient pour l'établissement d'un système socialiste, autogestionnaire et démocratique.

Samedi 2 janvier 1981.

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