Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

Le mouvement ouvrier international aux côtés de « Solidarnosc »

· Inprecor n° 116, 11 janvier 1982 · p. 8-12 · 3 485 mots

Jacqueline Allio était le pseudonyme de Jacqueline Heinen, membre de la direction internationale dans les années 1980, responsable du travail femmes et du travail sur la Pologne.

Pologne Syndicalisme Italie Allemagne

Le mouver

aux côl

Jacqueline ALLIO

Les réactions à chaud qui ont suivi l'annonce du coup d'Etat du 13 décembre en Pologne ont montré l'immense sensibilité qui existait au sein de la classe ouvrière des pays occidentaux face à la lutte des travailleurs polonais. Tous ceux qui, depuis seize mois, voyaient dans Solidarité un espoir et un exemple pour le prolétariat du monde entier sont descendus dans la rue pour crier leur indignation et manifester leur soutien au mouvement de résistance qui s'est engagé.

Après les premières manifestations spontanées qui ont rassemblé des milliers de travailleurs dès le dimanche 13 décembre dans la plupart des grandes villes européennes comme sur d'autres continents (voir Inprecor numéro 115, du 21 décembre 1981 et encart ci-après sur les réactions en Australie), la mobilisation devait se poursuivre de manière intensive durant toute la semaine suivante.

Plus de 50 000 personnes à la maninent ouvrier int tés de "Solidar festation de Paris du lundi 14 appelée par les grandes confédérations syndicales (à l'exception de la CGT). 20000 à Rome le mardi 15 à l'appel de l'ensemble des disyndicales. 10000 le 17 à Stockholm où la direction régionale de Stockholm de la centrale syndicale LO était co-organisatrice de la manifestation avec le Comité Solidarité-Pologne. 2 500 à Vienne et 2 000 a Copenhague le lundi 14, 1 000 à Lisbonne le lendemain, etc.

L'ampleur des mobilisations a en général été à la mesure de l'appui plus ou moins décidé que les directions des organisations du mouvement ouvrier ont apporté à ces initiatives. A l'exception des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne où le massif des manifestations (15 000 à Londres) a été dû à une forte participation des communautés polonaises, avec une tonalité anti-communiste indéniable, il importe de souligner le caractère de classe et la composition avant tout ouvrière de la plupart de ces mobiliernational nOSC"

LES PARTIS COMMUNISTES

FACE AU PUTSCH La répression brutale exercée par la dictature militaire et la violation insupportable des libertés démocratiques que représente la mise hors-la-loi de Solidarité devaient entraîner des réactions viscérales chez la plupart des travailleurs et provoquer des clivages sans précédent au sein du mouvement ouvrier.

Non seulement en France (voir encadré) où les événements polonais sont à l'origine de fissures profondes au sein de la CGT et du PCF, mais aussi au Portugal où, malgré les violentes déclarations du PCP soutenant à fond le général Jaruzelski, on a vu plusieurs directions nationales de la CGTP, la centrale étroitement liée au PCP, affirmer leur soutien à Solidarité et adopter des résolutions en rupture totale avec les positions de leur direction. Sous la pression du mouve ment, la direction de la CGTP devait d'ailleurs infléchir son attitude, passant

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de déclarations où elle justifiait le coup d'Etat à une position plus nuancée affirmant son attachement aux libertés syn-

En Italie également, après les déclarations très molles de la direction du PCI,

« très alarmée par les mesures du gouvernement polonais » mais dénonçant par la même occasion les positions des extrémistes de tous les camps et prêchant l'unité nationale, le discours de Luciano Lama, dirigeant de la CGIL et membre du Bureau politique du PCI, lors de la manifestation centrale à Rome, a montré que l'attitude à adopter était loin de faire l'unité au sein de la plus haute instance du parti. « Je veux dédier la dernière partie de mon discours à mes camarades communistes, ces camarades qui n'ont pas eu le courage de condamner sans équivoque et sans réserve le coup d'Etat en Pologne, tout à fait équivalent à une invasion de l'extérieur. Il n'est pas possible de metparallèle d'éventuelles erreurs de Solidarité avec ce coup d'Etat. (...) Quel type de socialisme peut bien défendre un régime qui met hors-la-loi 9 millions de travailleurs ? Nous ne voulons pas d'un régime de cette sorte », devait-il déclarer

20 000 travailleurs descendus dans la rue.

L'éditorial de l'Unità, le quotidien du PCI, du mardi 14 décembre, affirmait pour sa part que ce coup d'Etat représentait un échec sans appel de la direction du POUP, montrant son incapacité à mener à bien la ligne de « renouveau » : « Si les groupes dirigeants des pays de l'Est ne comprennent pas les aspirations à la démocratie des travailleurs, les processus de renouvellement et d'émancipation - surtout dans ces pays hautement développés - finiront inévitablement par entrer en conflit avec la réalité même du socialisme réellement existant, ajoutait-il dans une phrase alambiquée.

Enrico Berlinguer durcissait le ton à l'égard du POUP dans son apparition à la télévision le soir même de la manifestation, affirmant qu'il n'y avait plus d'espoir du côté du socialisme à l'Est et qu'il faudrait chercher ailleurs d'autres formes véritablement démocratiques.

La révolution polonaise a ouvert un nouveau chapitre dans l'histoire de la crise des partis communistes occidentaux. Les craquements et les ruptures qui se font jour dans les sphères les plus élevées ces partis et des syndicats qu'ils contrôlent sont l'expression du refus d'un nombre toujours plus grand de militants de la base de suivre leurs directions sur le chemin de la trahison des intérêts du pro-

LES SOCIAUX-DEMOCRATES

ET LA POLOGNE Quant aux directions social-démocrates, si elles s'en tirent mieux du fait de la démagogie affichée par la plupart d'entre elles, elles n'échappent pas aux critiques de leur base, impatiente de voir les déclarations tonitruantes des premiers jours suivies de si peu d'effets concrets.

En Allemagne fédérale, par exemple, la direction du DGB - la puissante centrale syndicale inféodée au SPD - a déclaré sa sympathie pour le syndicat indépendant Solidarité dès le lundi 14 (en soulignant néanmoins que la résolution de la crise était l'affaire du peuple polonais). Mais il a fallu l'action des Comités Solidarité avec Solidarnose, impulsant les premières manifestations et les interpellations de directions nationales comme celles de l'IG Metall ou de directions régionales du DGB comme celle de Francfort, enjoignant la direction centrale d'appeler à des manifestations dans tout le pays et de soutenir celles qui étaient déjà prévues, pour que Vetter, le président du syndicat, émette des déclarations qui ne coûtent rien en annonçant - avec seule. ment quinze jours de retard — la mise en place d'un Comité de soutien au peuple

La passivité des directions syndicales dans les pays où le mouvement ouvrier est dominé par la social-démocratie explique que cette dernière apparaisse comme minoritaire dans les campagnes engagées, comme c'est le cas en Allemagne, où l'action des Eglises, des organisations de droite et de l'émigration polonaise anti-communiste occupe de plus en plus de place

De même, en Grande-Bretagne, l'abdu Labour Party et des svndicats dans les manifestations organisées au lendu coup (ils s'étaient contentés d'y déléguer un porte-parole) a laissé le champ libre à la droite. En conséquence, à l'exception des cortèges organisés par l'extrême gauche, le courant socialiste est apparu comme extrêmement minoritaire dans la mobilisation.

bureaucrates belges de la centrale syndicale FGTB, ils se sont donnés bonne conscience en appelant le vendredi 18 à une grève d'une heure dans tout le pays. Mais l'heure comme le jour choisis — 16 heures, à la veille du week-end - de même que le cynisme de la direction qui n'a rien fait pour mobiliser, explique que les manifestations régionales qui devaient être le point culminant de cette heure d'arrêt de travail n'aient pas rassemblé plus de 5 000 personnes dans tout le pays. A peine plus, autrement dit, que les premières mobilisations appelées à l'initiative des Comités 1er-Mai dès

DES DOCKERS D'AARHUS

Dès lors, rien d'étonnant à ce que le nombre d'initiatives concrètes prises jusqu'ici au sein de la classe ouvrière pour soutenir le mouvement de résistance des polonais ait été aussi limité. L'exemple des dockers d'Aarhus au Danemark fait pour l'instant figure d'exception. Ces derniers se sont en effet mis en grève durant quatre jours pour protester contre la venue dans leur port d'un bateau polonais dont le chargement avait été effectué en Pologne par des travailleurs ayant chacun un fusil dans le dos. Les dockers d'Aarhus ont notamment exigé de la direction nationale de leur syndicat qu'elle prenne la tête de la mobilisation. Et leur action n'a pas été sans effet dans la mesure où le mouvement ouvrier danois tend à s'affirmer plus clairement dans une campagne qui, au départ, était surtout marquée par les initiatives des organisations humanitaires. Aujourd'hui, les directions syndicales protestent non seulement contre le coup d'Etat mais critiquent ces mêmes associations humanitaires qui organisent des convois alimentaires pour la Pologne sans se préoccusavoir s'ils seront véritablement distribués à la population laborieuse.

UNE PREMIERE TACHE : La passivité des directions syndicales n'est toutefois pas le seul obstacle à surmonter pour que puisse se développer une mobilisation de masse dans les pays occidentaux. L'une des tâches essentielles de ceux qui sont à la tête du mouvement de solidarité avec les travailleurs polonais doit consister à informer la classe ouvrière de leur pays de la nature véritable du syndicat Solidarité et de la lutte qu'il a menée depuis août 1980. Car la désinformation pratiquée systématiquement par la presse des partis communistes durant toute cette période n'est pas sans avoir laissé quelques traces dans la tête des travailleurs : on a pu le constater en Italie, notamment, où la faible ampleur organisées unitairement à l'appel des syndicats, tenait notamment à la défiance de nombreux ouvriers italiens face à un syndicat qu'ils considéraient comme manipulés par l'Eglise catholique et dont ils avaient les plus grands doutes qu'il poursuive des objectifs de classe.

L'un des éléments d'explication de l'absence quasi totale de réaction de la part, non seulement de la direction des Commissions ouvrières (CCOO) gnoles, mais de la base de ce syndicat, réside également dans un anticléricalisme assez primaire auquel il faut répondre par une contre-information sur la nature et les objectifs réels de Solidarité.

POUR L'UNITE D'ACTION

D'une maniere plus generale, la mobilisation pour le soutien à la résistance des travailleurs polonais impose une bataille pour l'unité d'action des diverses forces du mouvement ouvrier, que ce soit à propos des actions engagées pour l'aide alimentaire et le soutien financier à Solidarité, ou à propos des commissions d'en-

Get des initiatives de parrainage visant à établir des liens directs avec les travailleurs polonais de telle ville, telle branche ou telle entreprise. L'exemple même de Solidarité - syndicat unique rassemblant en son sein 10 millions de travailleurs — est un puissant levier pour lutter contre la division et la dispersion des forces et répondre aux demandes d'aide adressées au mouvement ouvrier occidental par les représentants de Solidarité à l'étranger.

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LE ROLE DES COMITES DE SOLIDARITE Dans ce sens, les comités de solidarité avec Solidarnose quel que soit leur nom - ont un rôle essentiel à jouer. Non pour se substituer aux forces syndicales, seules à même d'impulser des mobilisations ayant un véritable caractère de masse, mais comme structures dont les initiatives sont susceptibles de forcer les réticences des directions du mouvement ouvrier à s'engager dans l'action et de donner l'exemple concret de ce qui peut être fait dans l'immédiat pour soutenir le mouvement de résistance en Pologne.

Ces comités ont d'ailleurs connu un développement fulgurant depuis le coup d'Etat militaire du 13 décembre. En France, où on n'en comptait que moins d'une dizaine avant cette date, il en existe aujourd'hui dans la plupart des villes importantes - une cinquantaine ayant déjà été recensés pour la seule région parisienne, qu'il s'agisse de comités de quartiers, d'entreprises, de facultés ou de lycées.

En Belgique également, de tels comités se sont constitués dans les principales villes et ils envisagent d'organiser un meeting central pour la troisième semaine de janvier. Même chose en Allemagne fédé. rale, où la coordination nationale des comités, qui existait dès avant le coup d'Etat, organisera une semaine d'action avec Solidarité à la mi-janvier et mène des à syndicats pour que ceux-ci engagent une campagne de parrainage visant à recueillir un maximum d'informations sur la situation des travailleurs emprisonnés ou internés et à forcer les militaires au pou-

En Suède, il existe aujourd'hui une quinzaine de comités dans diverses villes et celui de Stockholm a dû se subdiviser en huit comités sur la ville, pour faire face à l'affluence des participants. Ceux du Portugal, pour leur part, ont choisi les dates des 29 et 30 janvier comme premier point culminant de la campagne qu'ils ont engagée. En Espagne, enfin, où la campagne ne fait que démarrer, on a pu constater l'importance des prises par de tels comités à l'occasion du premier meeting d'importance qui s'est tenu à Barcelone le 23 décembre en présence de 400 personnes à l'initiative du Comité Solidarité avec Solidarnose, d'intellectuels et de quelques organisations

Par la propagande et le travail d'information qu'ils effectuent - notamment au travers des bulletins que sortent la plupart d'entre eux —, ces comités peuvent être un levier pour les militants syndicaux qui cherchent à impulser le débat dans leurs organisations et qui ont besoin de pouvoir s'appuyer sur des propositions d'action concrètes pour imposer l'existence de collectifs intersyndicaux pour la Pologne sur leur lieu de travail.

Quel qu'ait été le caractère peu re-

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Soudartuat

Solidarnosis présentatif de la coordination internationale des comités de solidarité avec Solidarnosc qui s'est tenue le dimanche 20 décembre à Paris, les trois axes de mobilisation qui ont fait l'accord de tous les participants à cette réunion, comme perspectives immédiates de mobilisation, peuvent être repris dans tous les pays. Cette coordination s'est en effet prononcée pour :

- « un accroissement de l'aide alimentaire et sanitaire au peuple polonais, distribuée par Solidarnose et, aujourd'hui, par la seule organisation légale indépendante du pouvoir, l'Eglise, ainsi que toute organisation qui serait agréée par la coordination des représentants de Solidarité en Europe » ;

- « une aide financière à la résistance des travailleurs polonais, qui sera gérée par les représentants de Solidarité à l'étranger, en attendant le rétablissement du droit à l'existence et à l'activité de Solidarité en Pologne » ;

- « la libération immédiate de l'ensemble des prisonniers politiques, des informations sur le sort de tous les élus de Solidarité ».

La coordination des comités européens propose done de « maintenir les liens déjà existants avec les travailleurs polonais. Un des moyens les plus efficaces est le jumelage ou le parrainage de structures militantes des différents pays (syndicats, comités, sections d'entreprises) avec les structures correspondantes soumises à la répression en Pologne ».

L'essentiel de la campagne en défense des droits d'activité de Solidarité et contre la répression brutale par les militaires au pouvoir doit viser à créer le maximum de liens avec les travailleurs polonais. La tâche du mouvement de soutien à Solidarité, dans l'immédiat, c'est certes de dénoncer et d'isoler la dictature militaire, mais c'est avant tout de briser le mur du silence que cette dernière tente d'imposer au mouvement de résistance à l'intérieur du pays.

CONTRE TOUT BOYCOTT

ECONOMIQUE Dans ce sens, il faut s'opposer aux propositions de boycott économique reprises en Occident par une partie de la gauche. De telles mesures, loin d'aider à rompre l'encerclement actuel imposé par le Conseil militaire ne pourraient que couper un peu plus les travailleurs polonais de leurs frères de classe occidentaux. Et, surtout, elles ne pourraient que se faire sur le dos des travailleurs polonais eux-mêmes, au moment où la Junte militaire entend leur imposer le travail obligatoire, la semaine de six jours et la journée de douze heures. Elles ne pourraient qu'aider le pouvoir en place à imposer le Plan d'austérité qu'il essaie en vain d'introduire depuis des mois.

En outre, elles apportent de l'eau au moulin des gouvernements impérialistes, tel celui de Ronald Reagan, qui propose un embargo économique et qui entend

« Solidarité avec Solidarnose ». manifestation en prétexter de l'ingérence soviétique pour justifier aujourd'hui son aide aux dictatures centro-américaines, demain une intervention directe en Amérique centrale et, plus généralement, l'accentuation de sa politique de remilitarisation. Ces gouvernements impérialistes se soucient du sort des travailleurs comme d'une guigne, qu'il s'agisse de celui des travailleurs polonais ou de celui de ceux de leur propre pays. Ce qui les intéresse, c'est de salir l'idée du socialisme aux yeux des ouvriers pour tenter d'empêcher la mobilisation de la classe ouvrière de leur propre pays. Quelles que soient les divergences tactiques qu'ils peuvent avoir sur la question des sanctions économiques (le refus de Helmut Schmidt de suivre Ronald Reagan sur la voie du boycott tient bien évidemment aux intérêts énormes que cela mettrait en jeu dans les échanges Est-Ouest, en particulier en ce qui concerne le commerce de l'Allemagne fédérale avec la Pologne), ils sont néanmoins tous d'accord un point : c'est pour affirmer que la responsabilité du coup d'Etat revient à Solidarité, ou du moins à son aile radicale.

« Avant dimanche dernier, des radicaux de Solidarité, convaincus qu'ils avaient l'appui de la nation, avaient usé de l'arme économique du syndicat — le droit de faire la grève — pour mener une guérilla incessante contre le parti. Ce faisant, ils ont acculé peu à peu leur dirigeant, M. Lech Walesa, à une position qu'il aurait préféré éviter. Leurs dernières

RFA. (DR) exigences - des élections libres et un référendum national pour savoir si le parti communiste était apte à gouverner - menaçaient le POUP de disparition. C'était aller trop loin : le contexte géographique dans lequel se situe la Pologne exige un minimum de respect pour le parti, tant que les Russes le demandent », affirme un éditorial de The Economist de Londres du samedi 19 décembre qui traduit bien la tonalité de la presse bourgeoise en général.

Autrement dit : il fallait bien rétablir l'ordre ... Au-delà des protestations des gouvernements bourgeois face aux atteintes contre les libertés démocratiques et des larmes de crocodile qu'ils versent sur le sort des travailleurs polonais, ce qui ap paraît donc clairement, c'est leur appréciation commune qu'« il ne faut pas aller trop loin ». Appréciation qui renvoie à une politique qui leur est commune tous, celle de tenter d'imposer des programmes d'austérité à leurs classes ouvrières respectives en faisant tout pour limiter les revenus directs et indirects des travailleurs, en lançant des attaques systématiques contre les droits syndicaux (interdiction des piquets de grève, ete.) et en faisant tout ce qui est en leur pouvoir pour remettre en cause les conquêtes de la classe ouvrière arrachées depuis dix ans.

Face à cela, seul le soutien actif du mouvement ouvrier est à même de venir en aide aux travailleurs polonais en lutte,

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et non de quelconques mesures de boycott de la part des gouvernements impérialistes. La solidarité qui s'est affirmée depuis août 1980 devant le développement de la révolution polonaise a conduit à créer des liens entre les ouvriers polonais et le prolétariat occidental.

La combinaison entre la crise du stalinisme et la crise du capitalisme a entrainé un début de prise de conscience de l'unité du mouvement ouvrier, à l'Est comme à l'Ouest. Les travailleurs des pays occidentaux se sont rendus compte qu'ils avaient tout à apprendre d'un mouvement qui se battait dans l'unité pour son indépendance et pour un système socialiste véritablement démocratique. Les travailleurs polonais qui n'avaient jusqu'ici du capitalisme que l'image de vitrines bien pleines et qui ont eu l'occasion — souvent pour la première fois — de sortir de leur pays, ont bien souvent réagi de manière violente face au phénomène du chômage et de l'inégalité de la distribution des richesses. Ces premiers pas sur la voie d'une reconnaissance de l'identité des objectifs poursuivis par les uns et par les autres, explique l'ampleur de la mobispontanée du dimanche 13 décembre devant l'entreprise tendant à écraser un mouvement qui représente un immense espoir pour les travailleurs du monde entier.

C'est là-dessus, et sur la volonté de maintenir et d'étendre les liens qui ont commencé à se tisser qu'il faut s'appuyer pour étendre le mouvement de solidarité. Le caractère massif des mobilisations de ces dernières semaines a constitué une pression suffisante pour que la direction de l'Internationale socialiste - en dépit de ses divisions profondes quant à l'attitude à adopter face au gouvernement polonais, tant sur le plan diplomatique que sur le plan économique - finisse par se décider à faire une déclaration défendant les droits démocratiques et l'indépendance nationale, que ce soit en Pologne, en

Turquie, en Afghanistan ou au Salvador et affirmant par ailleurs : « Les violations systématiques des droits de l'homme et des droits syndicaux nous concernent

Il faut prendre les dirigeants sociaux-démocrates au mot, il faut exiger qu'ils mettent tout en œuvre pour obliger la dictature militaire polonaise à lever l'état de siège et à libérer les prisonniers politi-

Rompre le silence, exiger des comptes sur ce que sont devenus tous les travailleurs polonais emprisonnés ou internés, envoyer des commissions d'enquête sur place, faire parvenir la voix de notre solidarité en Pologne même, telles sont les tâches de l'heure pour le mouvement ouvrier du monde entier et pour tous ceux qui se battent pour de véritables libertés démocratiques.

Jacqueline ALLIO Samedi 2 janvier 1981.

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