E Congrès national de la CGIL — la principale confédération syndicale italienne - a clos, fin novembre 1931,a
• longue phase des congrès syndicaux. Chacune des trois confédérations a connu, depuis le printemps 1981, une double phase de débat : les congrès des syndicats de catégories tenus au niveau de la base, de l'union locale, puis de l'union régionale et, enfin, au niveau national ; les congrès inter-catégoriels tenus également au niveau des sections, des unions locales puis des unions régionales et, enfin, au niveau national.
Franco TURIGLIATO
Les Congrès syndicaux de 1973 et de
1977 s'étaient déroulés au moment où le mouvement syndical italien se trouvait à son apogée. Ces Congrès avaient surtout été des assemblées de propagande au desquelles les confédérations cours avaient fait montre de leur puissance organisationnelle s'étaient prononcées et pour une politique générale de réforme et de changement et pour un développement économique différent, dont le gouvernement et les chefs d'entreprises auraient dû se faire porteurs sous la pression des luttes des travailleurs.
A partir de janvier 1978, avec la politique menée à partir de l'Assemblée de l'EUR (1), les directions confédérales ont lié toute perspective de changement à l'acceptation, par les travailleurs, d'une politique d'austérité. En échange d'une qui demodération des revendications vait permettre de plus grands profits et une plus grande accumulation, les patrons devaient développer les investissements et l'emploi. Ce projet utopique s'est brisé au contact de la réalité des faits : les investissements ont servi avant tout à réduire les emplois et la crise économique s'est approfondie ; le patronat s'est organisé pour prendre sa revanche contre les travailpour reprendre ce que ceux-ci avaient arraché au cours de ces longues années de luttes victorieuses. Dans ce cadre, les organisations syndicales sont apparues de moins en moins capables de défendre les intérêts des travailleurs et elles ont été secouées par une très sérieuse crise. Il ne s'agit pas encore d'une crise verticale, mais elle n'en est pas moins grave et
LE PATRONAT A L'OFFENSIVE
Quels sont les traits essentiels de la situation sociale italienne et de la situation dans les entreprises ? La lutte des travailleurs de la FIAT en octobre 1980 contre les propositions de licenciements massifs de la part du patronat a constitué un tournant. A cette occasion, les ouvriers de la FIAT ont démontré une extraordinaire volonté de lutte ; la solidarité du reste des travailleurs italiens a été également très importante. Mais les directions syndicales et celles des partis réformistes se sont montrées tout aussi déterminées à mettre fin à cette lutte par un compromis catastrophique pour les travailleurs afin d'éviter que la crise sociale et politique ne
Run affrontement ouvert avec les forces bourgeoises.
Après celui de la FIAT, on compte dizaines, par centaines même, les accords de la même teneur signés dans les entreprises sous la pression des directions syndicales centrales ; dans tous les secteurs industriels, le patronat s'est lancé dans de gigantesques plans de restructuration et de reconversion, décrétant qu'il y avait des dizaines de milliers de travailleurs « superflus ». Les directions syndicales ont tout fait pour éviter que ne se reproduisent des luttes comme celle de la FIAT et elles ont signé des accords qui, comme à la FIAT, mettent des milliers de travailleurs en chômage technique complet (2) pour des périodes d'une durée indéterminée et sans aucune garantie de retrouver un jour une place dans leur usine. Ces accords avalisent, de fait, une réduction du niveau de l'emploi à travers le blocage du turn over, la retraite anticipée et, enfin, les « listes de mobilité externe », c'est-à-dire des listes de travailleurs qui sont licenciés d'une usine mais qui devraient être embauchés par une autre (mais on ne voit pas bien laquelle parce que tous les secteurs de l'industrie, à part celui d'armement, sont en train de réduire leur personnel).
Vu la force politique et organisationnelle d'ensemble de la, classe ouvrière, de ses organisations syndicales et politiques, le patronat n'est pas encore parvenu à pratiquer directement: des licenciements et à déstructurer ainsi le front ouvrier. Mais le recours massif et prolongé au chômage technique lui a permis de maintenir moments forts de la discussion. Pour aucune de ces trois confédérations, il ne s'est agi d'un débat de routine. Et cela est encore plus vrai au niveau des catégories de l'industrie qui ont été les principaux acteurs de ces dix dernières années de lutte. Ces
Congrès se sont tenus dans une conjoncture de grave crise économique, de violente attaque patronale contre l'emploi, les salaires et l'échelle mobile. Ainsi, les questions générales de stratégie syndicale ont-elles toujours été étroitement liées aux tâches immédiates des organisations, avec les choix politiques à opérer pour s'opposer à l'offensive patronale.
hors des entreprises une partie importante de l'avant-garde ouvrière. Tous les principaux groupes industriels italiens sont frappés : ceux de la chimie (Montedison et les usines de l'ENI), ceux de l'automobile (FIAT et Alfa Romeo), ceux de l'électronique à quelques rares exceptions près et, enfin, des télécommunications.
Sans parler du secteur textile qui connaît depuis plusieurs années déjà un processus accéléré de restructuration.
LE RECOURS MASSIF
AU CHOMAGE TECHNIQUE
Actuellement, il y a officiellement 2 millions de chômeurs en Italie. Les heures de chômage technique, pour les six premême période de 1980, sont passées de
90 millions à plus de 240 millions. A l'automne 1981 cette dynamique s'est encore accentuée. Le Sud n'est pas la seule région a être frappée par cette crise. Les bastions industriels du Nord, les grandes régions industrielles du Piémont et de la
Lombardie (où affluent traditionnellement les chômeurs du Sud), les deux grands centres urbains de Turin et de Milan, sont actuellement les zones les plus durement touchées par la récession et la réduction du niveau de l'emploi.
Dans le Piémont, les heures de chôtechnique pour les neuf premiers mois de 1981 sont passées, par rapport à
1. C'est au cours d'une Assemblée syndicale nationale au palais de PEUR, à Rome en janvier 1978, que les dirigeants syndicaux se prononçaient en faveur de la politique d'austérité proposée alors par le gouvernement d'Unité nationale soutenu par le Parti communiste italien (PCI).
2. Durant les périodes où les entreprises estiment ne pas pouvoir leur donner de travail, les travailleurs sont pris en charge par la « cassa integrazione » qui leur garantit le paiement de
90 % du salaire pour une période indéterminée.
Dans certaines régions, il y a des travailleurs au chômage technique depuis cinq ou sept ans. Le patronat attaque ce système qui, en période de crise, coûte très cher, pour reconquérir le droit de licencier directement.
vailleurs sont concernés sur un total d'en- liser les succès obtenus jusqu'à présent tions : les communistes y détiennent une majorité absolue mais ils partagent la direction avec les socialistes et les représentants de la « troisième composan-
(PDUP) et de Democrazia proletaria (DP). Au Congrès et dans les organes de direction, les places sont réparties d'office comme suit : 60 % pour le PCI, 30 % dérations de l'industrie sont dirigées par des courants de gauche ; c'est le cas en dans cette confédération et dans sa direction ; les autres composantes de la direction sont des représentants de deux petits partis bourgeois, le Parti républid'action. Au début des années 1970, après l'échec de la fusion syndicale organique, elles ont formé une Fédération unitaire des trois confédérations. La direction de cette Fédération unitaire est formée des secrétariats des trois confédérations. Les décisions y sont toujours prises à l'unanimité et non à la majoplus fort avec environ 1,5 million de membres. Cette fédération unitaire est composée de la FIOM (500 000 inscrits), affiliée à la CGIL, de la FIM
(335 000 inscrits) affiliée à la CISL et de la UILM (144 000 inscrits) affiliée à la même période de 1980, de 15,5 millions à plus de 110 millions ; on y compte pas moins de 350 entreprises en crise. Il y a environ 46 000 travailleurs au chômage technique complet; le nombre des inscrits aux agences pour l'emploi atteint 135 000, dont plus de 67 000 jeunes à la recherche d'un premier emploi.
En Lombardie, on recense 800 entreprises en crise et 50 000 ouvriers en chômage technique pour plusieurs mois. On prévoit que, à la fin de l'année, il y aura 60 millions d'heures de chômage technique, soit trois fois plus que l'année der-
Pour la seule ville de Milan, le nombre des inscrits dans les agences pour l'emploi est passé de 55 000 en 1978 à 83 000 en décembre 1981. Il s'agit, là encore, surtout de jeunes. Depuis le dé. but de l'année, dans la seule industrie métallurgique, 10 000 emplois ont été
La situation est naturellement encore plus grave dans les régions du Sud et surtout dans les zones au sud de Naples frappées par le tremblement de terre de 1980. Dans ces régions, depuis un an, rien n'a été fait par le gouvernement pour la reconstruction des zones sinistrées où règnent en maitres la mafia napolitaine, la camorra, et le clientélisme démocrate-
On peut mesurer encore plus l'ampleur du recours au chômage technique si l'on examine la situation de trois categories. Dans l'industrie textile, 150 000 tra-
Les syndicats italiens te »: syndicalistes de pour le PSI, 10 % pour les autres.
mbreux dirigeants sont liés à la Démocratie chrétienne (DC) ; certaines f particulier du syndicat des métallos, la FIM.
cain (PR) et le Parti social-démocrate (PSDI).
décisions.
la UIL.
l'année 1980.)
viron 1,5 million ; environ un quart à un tiers des travailleurs de la métallurgie, sur le 1,5 million que compte la catégorie, au chômage technique ; enfin, un tiers des travailleurs de la chimie (sur un total de 600 000) connaissent le même
Le nombre élevé de travailleurs chômage technique a eu un effet très négatif sur le fonctionnement du syndicat au sein des entreprises: les conseils ont connu de graves difficultés à cause du manque de délégués et de la recomposition des équipes de travail ; cela a contribué à réduire leur autonomie face aux ap-
Il faut tout de même dire que les effets du recours au chômage technique ne peuvent pas être comparés à ceux produits par les vrais licenciements, et cela pas seulement du fait de la compensation salariale (qui atteint 90 % du salaire d'origine). Les ouvriers au chômage technique restent inscrits au syndicat et conservent des liens organiques avec lui au travers des coordinations qui sont des strueconservent également des liens - plus occasionneis — avec l'usine, en participant aux assemblées internes.
leurs que les menaces de la situation actuelle poussent toujours plus les travailleurs à renforcer ces coordinations et à resserrer leur rapport avec le reste mouvement syndical.
De son côté, le patronat compte uti-
La CGIL (4 582 000 inscrits) est la plus importante des trois confédéra-
CISE (3 059 845 inscrits) est une centrale d'origine catholique dont
La UIL (1 346 900 inscrits). Le Parti socialiste (PSI) détient la majorité
Les trois confédérations ont pratiqué depuis 1968 une politique d'unité
La FLM (Fédération des travailleurs de la métallurgie) est le syndicat le
(Pour toutes ces données, il s'agit des chiffres officiels fournis par les syndicats pour pour s'octroyer une victoire politique qui rétablisse les anciens rapports de force en sa faveur. Il cherche également à gagner sur tous les terrains économiques, à savoir la réduction des salaires, la désarticulation de l'échelle mobile, le non-paiement des trois premiers jours de congé maladie ; il ne veut plus se voir imposer de limite dans ses projets de restructuration et il veut avoir les mains libres pour utiliser à sa guise la force de travail, c'est-à-dire retrouver de nouveau le droit de licencier.
Dans la phase cherche avant tout à empêcher les travailleurs de descendre dans la rue à l'occasion des renouvellements des contrats. Ces échéances ont jusqu'ici été des périodes de véritables affrontements politiques au cours desquels les travailleurs se sont mobilisés dans l'unité et ont toujours réussi à arracher des conquêtes économiques significatives ou à empêcher l'adversaire de classe de reprendre l'initiative. Le patronat sait très bien qu'il existe chez les travailleurs une très forte volonté d'utiliser encore une fois l'instrument de la lutte pour les contrats pour défendre les salaires et l'emploi. C'est pourquoi il a demandé le report de l'échéance et a annoncé qu'il opposerait une résistance féroce afin de briser les luttes ouvrières. Pour atteindre cet objectif, l'organisation patronale Confindustria a pu profiter du rôle joué par le gouvernement du républicain Spadolini, que les directions du mouvement ouvrier ont présenté aux travailleurs comme une nouveauté « positive » puisqu'il ne s'agissait plus d'un démocrate-
IMPOSER UN « TOIT » AUX REVENDICATIONS SALARIALES
Depuis plusieurs mois, le gouvernement, la Confindustria et les directions syndicales, ont ouvert des négociations en vue d'arriver à la conclusion d'un Pacte
Le gouvernement s'engagerait à contenir en 1982 l'inflation à un « toit » de 16% et, en échange, les syndicats accepteraient que les revendications ouvrières ne dépassent pas ce « toit ». Tout le monde s'attend à ce que l'inflation soit supérieure à ce chiffre et chacun sait que le gouvernement est le principal responsable de l'inflation, ce qui signifie que les directions syndicales envisagent, dans les faits, une politique qui entraînera une nouvelle diminution des salaires ouvriers.
De façon plus générale, avec ce Pacte social, l'objectif est d'imposer une véritable camisole de force aux plates-formes revendicatives pour les contrats, et de supprimer l'autonomie des catégories syndicales les plus combatives.
La gravité de la situation n'a pas entraîné la démoralisation et le reflux de la classe ouvrière. Au cours de l'automne, comme cela avait déjà été le cas au printemps, on a vu se multiplier les prises de positions des travailleurs en faveur de la défense de l'échelle mobile et pour l'ouverture de la lutte contractuelle. Au cours de la même période, on a assisté à des luttes très dures dans les usines ou les secteurs les plus directement menacés de licenciements (comme le textile). Milan et
Gênes ont été à la pointe de la riposte contre le énième tour de vis économique du gouvernement. De grandes mobilisations se sont également déroulées à la fin du mois de novembre dans les zones sinistrées par le tremblement de terre.
Au mois d'octobre, quand les dirigeants confédéraux ont appelé à une grève générale tout à fait symbolique et mal préparée dans l'industrie, la participation a cependant été massive. Et, à Turin, après le traumatisme de l'année passée, on assiste à une reprise de la mobilisation ; début décembre, les travailleurs au chômage technique et ceux des usines en crise de cette ville ont organisé une manifestation d'environ 30 000 participants.
- La première caractéristique de ces congrès a été la reconnaissance de la crise que traverse le syndicat.
Cette crise a été au centre des interventions des militants de base qui se battent contre les licenciements et la restructuration, et qui connaissent bien toutes les difficultés qu'entraînent la politique des directions, mais également celle des responsables syndicaux à tous les ni-
Ces derniers se sont empressés de dénoncer la crise, l'absence de démocratie interne, la diminution de la confiance des travailleurs. Il s'agissait-là bien sûr d'une autocritique tout à fait générale qui avait comme seul but de masquer leurs propres responsabilités, de les faire porter par les autres confédérations syndicales ou les appareils concurrents ou, pire encore, de chercher des boues émissaires dans les conseils d'usine. Tout cela pour ne pas mettre en question la raison centrale de la crise : la ligne politique d'acceptation de l'austérité, des sacrifices, de la politique industrielle du patronat et du gouvernement. UNE CRISE QUI TRAVERSE TOUT
LE MOUVEMENT SYNDICAL
La crise se manifeste en premier lieu par la difficulté rencontrée à faire renouveler les affiliations et à gagner de nouveaux adhérents. Il ne s'agit pas d'un effondrement comme cela a pu être le cas en Espagne, mais d'une réduction contenue dans certains secteurs. En effet, les grâce au syndicat jusqu'à une période encore récente ont profondément ancré chez les travailleurs la conscience de la nécessité de conserver un instrument de lutte collective. Certaines opérations de maquillage des chiffres ont permis aux trois confédérations de masquer en partie leurs difficultés. Mais les syndicats ne réussissent à maintenir un nombre d'adhérents égal à celui de l'an passé qu'en comptant les retraités, dont le nombre augmente chaque année mais qui ne représentent plus des forces vives dans
Les chiffres de la CGIL en Lombardie pour 1981 mettent en lumière ce phénomène : 23 000 travailleurs actifs en moins substitués seulement en partie par les 8 000 nouveaux retraités inscrits. Et la FLM a enregistré en 1981 une perte de
20 000 membres dans le Piémont comme
Au Congrès de la CGIL, les délégués des retraités (138) constituaient une délégation plus nombreuse que celle de la puissante organisation des métallos qui, avec ses 560 000 inscrits, représente le plus fort syndicat de catégorie du pays et qui ne disposait que de 75 délégués. L'augmentation des inscriptions à la CISL provient surtout des fonctionnaires chez qui se concentrent les secteurs les plus droitiers de cette confédération qui, de par leurs pratiques clientélaires, rendent plus difficile une appréciation réelle des
Mais les données d'ensemble ne peuvent masquer le fait qu'il y a eu cette année une baisse des affiliations dans certaines catégories industrielles, a commencer par les deux syndicats de la métallurgie, la FIOM et la FIM. Il s'agit d'un phénomène quasi inévitable étant donné la réduction de l'emploi, la non-entrée des jeunes sur le marché du travail et, enfin, l'incapacité chronique des directions syndicales donner des perspectives aux travailleurs et
DO
La baisse du militantisme des cadres ouvriers est un second élément de crise ; les meilleurs cadres sont encore moins disposés que par le passé à devenir permanents syndicaux car, pour un responsable syndical intermédiaire, il est toujours plus difficile de s'engager à appliquer une ligne opposée aux aspirations des travailleurs. Enfin, le troisième élément de la crise réside dans le fait que le syndicat est en train de perdre largement sa crédibilité et sa capacité d'attraction auprès de secteurs jeunes et les femmes, pour qui, par le passé, il était apparu comme un instrument qui pouvait changer la société. congrès syndicaux a été la faible participation de la base. Il est vrai que, par le passé, les congrès de base n'ont jamais été très animés, mais il est aussi vrai que, à travers les assemblées et le bon fonctionnement des conseils d'usine, les travailleurs ont toujours participé assez activement à la vie du syndicat.
Il faut souligner ici une « anomalie » de la situation syndicale italienne. En effet, dans les catégories de l'industrie, les travailleurs adhèrent au syndicat unitaire (la FLM par exemple dans la métallurgie) ; mais, en même temps, l'unité syndicale organique n'existe pas, il n'y a pas de congrès unitaire et, donc, ne peuvent participer au Congrès que les travailleurs qui ont fait, en plus, le choix d'adhérer à une des trois confédérations (pour la métallurgie, toujours, à la FIOM, FLM, UILM); ceux qui n'ont que la carte du syndicat unitaire ne peuvent en aucune mesure participer au débat. Pour saisir toute la dimension du problème, il suffit de savoir que dans deux des principaux centres industriels, Turin et Brescia, 70 % des métallos n'adhèrent qu'au syndicat
La faible participation de la base a pu être constatée dans l'ensemble des secteurs et pour les trois confédérations. Les directions — à tous les niveaux — en portent la pleine responsabilité, elles qui n'ont rien fait pour organiser la participation des travailleurs par crainte d'un large débat démocratique cours duquel auraient dü rendre compte de leurs choix passés et de leurs propositions actuelles.
- Le troisième trait caractéristique des congrès a été le débat serré qui a été mené aux niveaux supérieurs (régional et national). Ce débat a mis en lumière un important processus de réflexion des cadres ouvriers et des cadres syndicaux intermédiaires et leur profonde inquiétude face à la politique des directions centrales. Leur opposition s'est manifestée autour de points particuliers, comme la défense de l'échelle mobile, le refus de la politique des revenus, le refus du « toit » imposé aux revendications salariales, le refus du « fonds de solidarité » (3) l'exigence maintenue de la réduction du temps de travail. Cette opposition de gauche s'est manifestée au sein des trois confédérations.
Le débat le plus vif s'est cependant déroulé dans la principale confédération, la CGIL, qui, vu sa majorité communiste, a toujours été considérée comme la plus monolithique. Ce syndicat, par sa tradition, par son image de syndicat de classe, a réussi à attirer la partie la plus importante de l'avant-garde ouvrière militante et combative issue de ces dix années de lutte.
- Le quatrième trait caractéristique des congrès a été l'aggravation des divisions entre les trois confédérations : celles-ci ont augmenté parallèlement à la réduction de la démocratie interne et des initiatives de lutte. Ces divisions se sont accrues bien que, au cours de ces derniers mois, comme cela avait déjà été le cas à la
3. En juin 1980, les directions syndicales avaient proposé d'opérer un prélèvement obligatoire de 0,50 % sur les salaires des travailleurs afin de financer un « fonds de solidarité » pour les entreprises en crise. Devant l'opposition massive dans les entreprises, ils avaient dû alors abandonner cette proposition qu'ils tentent aujourd'hui de réintroduire par la bande.
récupérer une partie importante des reve- confédération a été traversée par une
FIAT, les confédérations soient toujours intervenues de façon unitaire pour faire accepter des compromis avec le patronat défavorables aux travailleurs. Chacune des trois confédérations, au cours de l'année passée et en particulier au cours de leurs Congrès respectifs, a cherché a souligner ses caractéristiques particulières et son image d'organisation en opposition aux autres, afin de stimuler une reprise de sa propre organisation. La CGIL, du fait même de la profondeur du débat en son sein, est celle qui a eu le plus de mal à mener à bien cette opération.
Les différenciations entre les trois confédérations correspondent aux intérêts spécifiques des trois appareils bureaucratiques qui les contrôlent et non pas à des divergences politiques ou stratégiques. Elles ont toutes les trois la même orientation et ne se différencient que sur la façon de l'appliquer ou sur des points spécifiques. Naturellement, les aspects différents que prend la politique de la CGIL, de la CISL et de la UIL dépendent de leur histoire, de leur composition, de la quantité et de la qualité de l'avant-garde ouvrière qu'elles regroupent. L'orientation stratégique commune aux trois confédé. rations dans la phase actuelle est la suivante : selon elles, la voie suivie au cours de ces dix dernières années ne serait plus praticable (luttes radicales, égalitarisme revendicatif, formes de lutte dures) ; toute cette politique est aujourd'hui en crise (la UIL va jusqu'à dire que le syndicat des conseils lui-même est également entré en crise ; la CGIL et la CISL
Ice propos des expressions moins tranchées, tout en estimant également que des « réajustements nécessaires » s'imposent pour les conseils d'usine). La ligne du syndicat devrait savoir évoluer en fonction de la gravité de la crise. Pour surmonter celle-ci, il faudrait gérer avec les forces capitalistes les processus de restructuration en adoptant une attitude « responsable », en sachant que les travailleurs devront payer une partie de cette politique. Toujours selon les directions confédérales, en agissant ainsi, il serait possible de contenir les dégâts et de créer les conditions pour une relance de l'économie capitaliste qui, à son tour, garantirait la prospérité et l'emploi. UN AUTRE LANGAGE POUR LA MEME POLITIQUE D'AUSTERITE
Les formules ont changé depuis 1978, mais il s'agit en substance de la même politique d'austérité. Les trois confédérations se trouvent également d'accord sur la politique à suivre dans la période actuelle : elles se déclarent disponibles pour agir dans le sens de « contenir » le coût du travail, pour favoriser l'accumulation capitaliste. Elles acceptent done que l'ensemble des revendications ouvrières ne
« toit » des 16% et renoncent done à l'avance à une quelconque amélioration, ou même à récupérer les 3 % annuels de baisse de revenu enregistrés depuis 1978.
Puisque l'échelle mobile permet de nus attaqués par l'inflation (de 60 à 70% selon les catégories), il n'y aurait plus rien à demander dans les contrats, à moins de demander une « atténuation » de l'échelle mobile afin de pouvoir demander quelque chose dans les plates-formes contractuelles. Cela peut sembler une discussion de fous, mais il s'agit pourtant du débat qui s'est effectivement déroulé au sein des directions syndicales dans le seul but d'éga-
L'objectif déclaré de ces négociations est de parvenir à un accord avec le patronat et le gouvernement pour contenir le coût du travail, augmenter la productivité et « défendre le pouvoir d'achat des salaires ». L'objectif caché — mais recherché par tous les moyens par les directions confédérales est de renvoyer les contrats sine die.
Les directions syndicales tentent d'amener le mouvement ouvrier sur la voie d'une désastreuse politique de collaboration avec le patronat, en partant de la tendance existant chez les travailleurs à ne pas s'arrêter aux simples objectifs écono miques et à se placer sur le terrain du contrôle ouvrier et du pouvoir. La Fédé. ration unitaire CGIL-CISL-UIL part de ces aspirations pour les dévoyer et les canaliser vers différentes formules de co-
La UIL est l'organisation qui, en liaison avec le projet de la direction du PSI de relance de la social-démocratie italienne, invite le plus ouvertement les travailleurs au « réalisme » de la collaboration avec le patronat. En essayant de s'appuyer sur les succes remportes par les grandes centrales syndicales européennes à direction social-démocrate, elle propose une « institutionnalisation » du syndicat, un rôle actif de celui-ci dans la gestion des entreprises au travers de la cogestion qui devrait permettre à la classe ouvrière de peser sur l'accumulation capitaliste et le développement économique. Pour mener à bien ce projet, la UIL s'est retrouvée en première ligne dans la tentative de normalisation bureaucratique du syndicat. Parce qu'elle est la plus faible des trois confédé. rations, une telle normalisation pourrait lui donner plus de marges de manœuvre.
Pourtant, ce syndicat, qui est né après la Deuxième Guerre mondiale d'une scission financée par la CIA, a connu une profonde transformation au cours des quinze dernières années, non seulement parce que le courant socialiste en a pris la direction, marginalisant les composantes bourgeoises, mais parce qu'elle a connu un important renouvellement de ses cadres. Bien qu'elle joue un rôle de chantage à la modération permanent, elle risque
Men contradiction avec des secteurs de sa base chaque fois que la poussée des luttes recommence à se faire sen-
LA CISL
C'est au sein de la CISL que l'on a assisté, au cours des dernières années, à l'évolution la plus négative des cadres dirigeants. Durant deux décennies, cette profonde opposition entre la droite, qui a sa base dans les syndicats de fonctionnaires, et la gauche, qui a ses bastions dans l'industrie. La direction était aux mains d'un courant centriste bénéficiant du soutien de la gauche, cette dernière (en particulier la Fédération de la métallurgie) ayant cependant toujours conservé une position autonome par rapport à la confédération.
Au cours de ces dernières années, l'ex-dirigeant de la gauche Pierre Carniti a lancé une grande opération de recomposition de la direction qui s'est soldée par la participation à part entière de la droite
Les courants de gauche - qui s'étaient prêtés à tion - se sont retrouvés très marginalisés et ont vu leur autonomie d'action fortement réduite. La direction de la CISL est celle qui a défendu, ces derniers mois, de la façon la plus tenace, la nécessité de modifier le système d'échelle mobile, en proposant que le rattrapage qu'elle garantit soit déterminé, a priori, en fonction du taux d'inflation prévu par le gouvernement. Elle a en plus continué à défendre l'idée de la formation d'un « fonds de solidarité » pour les entreprises en crise qui serait constitué à partir d'un prélèvement de 0,50 % sur les salaires des travailleurs.
La FIM, pour sa part, a repris et amplifié la proposition d'autogestion avancée par la confédération dans une vision tout à fait gradualiste, avec pour seul résultat de donner une couverture « gau che » à la proposition du « fonds de solidarité ». Quand la FIM précise le contenu de l'autogestion, ses propositions apparaissent pour ce qu'elles sont : tout à fait fonctionnelle par rapport au systeme. Au cours de son Congrès national, la FIM a
Uses distances vis-à-vis de la confédération mais, en même temps, elle a combattu durement les positions des secteurs de gauche dirigés par la FIM de Milan. Dans la direction, la gauche n'a eu droit qu'à une représentation de 4 % alors que dans le Congrès elle a obtenu entre 30 et 40 % des voix.
LES CONTRADICTIONS
La CGIL a repris dans ses thèses les formulations réformistes caractéristiques du début des années 1970. Elle parle de réforme pour le Sud, de réorganisation des finances publiques, de réorganisation et de relance du secteur étatisé. La différence par rapport au passé doit être recherchée dans sa proposition centrale : « la démocratisation de l'économie et le plan d'entreprise ». La CGIL — et le PCI qui fait la même proposition — n'a jamais réussi à expliquer comment pourrait s'opérer la démocratisation des multinationales et la programmation démocratique par le biais du Parlement et des Régions dans un monde capitaliste dominé par la concurrence et la logique du profit. Mais la CGIL, de par son histoire et du fait des caractéristiques de ses cadres, ne peut pas se permettre de parler ouvertement de cogestion. Voyons comment le texte de son Congrès explique ce que devrait être
Manifestation à Milan lors de la grève générale de février 1974. (DR)
« Cette proposition cherche à présenter une nouvelle façon de programmer et de déterminer la participation du syndicat à la programmation, à travers l'acquisition du programme de chaque entreprise, dans le cadre d'un rapport organique entre les programmes des entreprises et les plans sectoriels, intersectoriels et territoriaux. Il s'agit de surmonter, d'un côté, les limites d'une gestion de la premiere partie des contrats (4) au seul niveau de l'usine, en renforçant ultérieurement, grâce à cet instrument, l'information sur les programmes des entreprises et leur vérification, et, d'un autre côté, le caractère indéterminé et précaire du rapport entre le sujet de la programmation, les assemblées élues et le système des entreprises. Dans ce sens, le programme de l'entreprise doit être accompagné d'une réforme générale de la structure de propriété des entreprises et du droit des ac-
Les travailleurs de la FIAT, de la Montedison et de tant d'autres usines, savent bien ce qui se cache derrière ce langage alambiqué et fumeux: la coresponsabilisation du syndicat dans les processus de rationalisation des industries capitalistes et l'expulsion des usines de dizaines de milliers de travailleurs.
UN PROCESSUS
DE REFLEXION CRITIQUE
L'opposition et les critiques aux positions de la direction de la CGIL ne sont pas seulement venues des cadres qui se sont opposés depuis des années à la politique d'austérité, mais également de nombreux cadres qui l'ont pendant longtemps défendue et appliquée avec conviction et qui se retrouvent aujourd'hui les mains nues et assistent à l'affaiblissement d'un syndicat qu'ils ont patiemment construit dans l'usine et dans la société. Ce sont ces mêmes cadres de base et intermédiaires qui, au printemps 1981, ont fait, avec succes, pression sur la direction de la CGIL pour qu'elle défende l'échelle mobile et qui, au cours de ce difficile automne, ont été à la tête des luttes contre les mesures du gouvernement et les provocations Confindustria. Ce sont eux aussi qui se sont opposés à la direction de la CGIL quand celle-ci a opéré, à la veille du Congrès national, une volte-face sur l'émobile, acceptant le « toit » des 16 % proposé par le gouvernement.
Le processus de maturation politique de cette couche de cadres - de même que des cadres critiques des autres confédérations - n'en est encore qu'à ses débuts. La critique qu'ils opposent à la direction est encore très générale ou bien ne touche que des points particuliers ; il s'agit surtout d'un état d'esprit face au développement négatif de la situation actuelle du syndicat qui ne se traduit pas encore en ligne alternative.
C'est pourquoi, jusqu'ici, ce courant n'a pas encore trouvé de canal organisationnel qui lui garantisse une force adéquate dans le syndicat et n'a eu de poids que lors de certains votes d'amendement (en défense de l'échelle mobile, contre le
« fonds de solidarité », pour la détaxation de l'échelle mobile).
La direction de la FIOM, en opposition ouverte avec le sommet de la confédération (Luciano Lama a été accueilli par un silence glacial quand il s'est adressé au Congrès de cette fédération), a revendiqué les luttes du passé, la bataille de la FIAT, a défendu le syndicat des conseils contre toute tentative de normalisation ; elle a dénoncé la politique du gouvernement et le projet restaurationniste du patronat et a souligné que les contrats étaient l'instrument par lequel la classe ouvrière pourrait regrouper ses forces et reconquérir des positions plus favorables. Mais, au niveau des propositions politiques concrètes, elle est restée totalement subordonnée aux choix de la confédération. Les congrès d'autres syndicats de catégorie de la CGIL, comme celui des travailleurs du bâtiment et celui des ouvriers agricoles, ont connu un déroulement similaire. Au cours de ces congrès, par ailleurs, les représentants du courant socialiste, qui avaient prêché le plus ouvertement la modération, ont été lourdement pénalisés au moment de l'élection des organes de direction à bulletin secret.
Le courant socialiste a dès lors accentué son chantage politique en vue du Congrès de la CGIL, en se déclarant d'accord avec le « toit » des 16 % et en menaçant d'opérer une rupture au sein du syndicat. Mais ce chantage a servi avant nistes de la confédération, Luciano Lama, Bruno Trentin et Garavini, pour exercer à leur tour un chantage contre les militants imposer la proposition de médiation que Luciano Lama a faite dans son rapport au
La direction de la CGIL a présenté la proposition suivante, adoptée à une large majorité par le Congrès : la CGIL accepte le « toit » des 16% qui correspond à 45 points de rattrapage de l'échelle mobile (5). Ces 45 points seront exonérés d'impôt pour les travailleurs tandis que les hausses correspondantes des dépenses sociales des entreprises seront prises charge par l'Etat. Toute augmentation salariale supérieure à 16 % sera soumise à une imposition plus sévère (ce qui décourage toute tendance à demander des aug mentations salariales) ; à leur tour, les patrons devront payer plus de charges sociales si le « toit » des 16 % n'était pas res-
Il s'agit d'une proposition de politique des revenus contre laquelle de nombreux conseils d'usine et des milliers de
4. Dans les contrats de 1976 a été introduite une première partie, sorte de préambule, qui stipule que les chefs d'entreprises doivent informer les organisations syndicales sur leur situation et leurs choix. Cette illusion « contrôle » n'a en rien empéché les patrons de mener l'offensive décrite dans cet article.
5. Le rattrapage des salaires est calculé sur la base de points qui correspondent au taux en pourcentage de l'inflation : chaque point représente une certaine somme en lires qui peut faire l'objet de négociations contractuelles.
militants de la CGIL se sont immédiatement prononcés. Au Congrès lui-même, le climat était à la contestation de cette proposition. Mais aucune alternative n'a été présentée par ceux des dirigeants commusont traditionnellement connus comme référence par les cadres syndicaux de gauche. Certains de ceux-ci, parmi lesquels Galli, le secrétaire de la FIOM, ont pris leur distance tout en finissant par appeler à voter la proposition.
Le fait que les délégués au Congrès étaient en majorité des permanents de l'appareil, de même que les fortes pressions de la direction, ont permis à la motion proposant de « contenir le coût du travail » de passer. La troisième composante de la CGIL (PDUP, DP et syndicalistes de gauche) ne pouvait pas — à elle seule - renverser ce vote, d'autant plus qu'elle avait accepté l'orientation de fond des textes de la direction, ne se différenciant que sur ce point. Sa motion - très vague politiquement - a quand même obtenu 10 % des voix, et un tiers d'absten-
UNE GAUCHE INORGANISEE
On peut tirer une première conclusion générale de ces congrès. Alors que la base militante et les cadres intermédiaires s'orientent à gauche sous la pression des événements, les directions confédérales vont, elles, toujours plus a droite. D'autre part, les conclusions organisationnelles des congrès, du fait des procédures anti-démocratiques d'élections et des diverses manipulations effectuées par la direction centrale à l'encontre des directions des fédérations les plus à gauche, ont été négatives. Comment peut-on expliquer une telle distorsion ? contrôle des appareils et appliquent une ligne, erronée certes, mais qui a le mérite de la clarté politique. De l'autre côté, les cadres syndicaux critiques sont très nombreux mais ils demeurent totalement inorganisés et il n'existe pas de tendance de gauche structurée au niveau national, capable de les faire peser politiquement sur les décisions. De ce point de vue, de graves responsabilités pésent sur les directions des catégories les plus combatives qui, cette fois encore, n'ont pas voulu se battre sur des motions clairement alternatives et qui ont fini par se plier au chantage des directions confédérales. La direction de la FLM espère pouvoir répéter l'opération qu'elle a faite lors de l'adoption de la première plate-forme d'austérité ; elle s'était déclarée d'accord puis elle avait tenté d'en donner une interprétation qui en changeait le contenu. Ce petit jeu n'avait permis de limiter les dégâts que pour une période limitée.
Cette fois-ci, elle accepte le « toit » imposé par le gouvernement et les sommets confédéraux aux revendications ouvrières, mais elle en donne une interprétation extensive, en espérant ainsi gagner certaines marges de manœuvre pour les contrats. Les dirigeants de la FLM feignent d'oublier que Lama, Carniti et Ben• venuto ont proposé le « toit » et une dé.
finition rigide de la politique revendicative en déclarant expressément qu'il ne fallait pas répéter ce qui s'était passé depuis la tenue de l'Assemblée de l'EUR et que la FLM ne pourrait plus mener les mêmes batailles contractuelles que par le passé.
Les dirigeants syndicaux de la troisième composante de la CGIL, et en particulier les organisations qui se situent à gauche du PCI, le PDUP et DP, portent également une lourde responsabilité l'inexistence d'une forte tendance de gauche. Ces forces, qui sont presque toujours présentes dans les organes centraux de direction et qui ont eu dans plusieurs congrès un nombre important de délé. gués, ont voté les textes généraux de la direction et n'ont rien fait pour proposer une ligne alternative de classe aux travailleurs. Dans de nombreux cas, ils se sont essentiellement préoccupés de conserver leurs postes dans les organes de direction.
Cette période de congrès à permis de vérifier les progrès réalisés par la Lega comunista rivoluzionaria (LCR), la section italienne de la IVe Internationale, dans son travail pour construire une tendance « lutte de classe » à l'intérieur des organisations syndicales. Les militants de la LCR ont participé aux batailles politiques qui se sont déroulées à tous les niveaux et ont souvent été des éléments moteurs du vaste mouvement d'opposition qui a été
Les résultats les plus significatifs ont été obtenus dans la CGIL-Scuola, où nos camarades, en alliance avec un courant de gauche en Toscane (formé de militants qui ont été parmi les fondateurs de ce syndicat), ont présenté un texte alternatif au niveau national. Cette proposition, que les directions centrales ont cherché par tous les moyens de ne pas faire connaître aux militants, a recueilli 5 % des voix lors du Congrès national. On a pu mesurer, là encore, les responsabilités des délégués du PDUP et de DP qui, en face d'une proposition alternative de classe, ont préféré voter le texte de la direction nationale.
Dans l'industrie également, et, en particulier dans la métallurgie, le travail entrepris depuis plusieurs années a permis aux militants marxistes révolutionnaires de jouer un rôle significatif: dans de nombreux congrès locaux et régionaux, c'est à l'initiative de ces militants qu'ont été votés d'importants amendements ou motions contre les divers aspects de la politique d'austérité. Cela a permis à la LCR d'avoir pour la première fois des délégués dans les congrès nationaux des deux principaux syndicats de la métallur-
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gie, la FIOM et la FIM et de compter de nombreux élus dans les directions locales.
Dans les débats syndicaux, les militants de la LCR se sont efforcés de com-
Il faut certes partir de la crise actuelle, ont-ils expliqué, mais, précisément parce que la crise capitaliste accentue toutes les contradictions de ce système et risque d'entrainer la liquidation de toutes les conquêtes ouvrières, elle ne pourra être surmontée qu'en fonction des intérêts d'une classe ou de l'autre. C'est précisément pour cela que le syndicat doit proposer une orientation de classe qui ne parte pas des « compatibilités » du système, des « toits » proposés par le patronat et son gouvernement, mais de la des revendications des travailIl faut donc défendre l'échelle mobile, défendre la liberté de négociation des catégories, rejeter le « toit » salarial et toute politique des revenus et de Pacte so-
Il faut préparer immédiatement les contrats et ne plus laisser de période de trève au patronat et ne pas laisser isolées les luttes des entreprises qui menacent de fermer et de licencier leur personnel. Enfin, la LCR s'est battue dans tous les congrès pour la réduction immédiate de la travail à 35 heures, moyen pour résorber le chômage et offrir du travail aux jeunes et, en conséquence, d'empêcher la destructuration de la classe ouvrière et de ses organisations.
Face à la fermeture de nombreuses entreprises ou à la réduction de leur activité, les directions syndicales demandent que l'Etat subventionne les capitalistes, et invitent ceux-ci à orienter leur activité en fonction des intérêts de la collectivité, mais, au bout du compte, elles acceptent toujours les restrictions imposées au ni veau de l'emploi. Les militants de la LCR, au contraire, se battent pour la nationalisation de ces entreprises et le contrôle ouvrier sur leurs choix et sur la reconversion, premier pas pour que le mouvement ouvrier élabore et se batte pour un Plan économique alternatif.
Dans l'immédiat, la bataille centrale de tous les militants ouvriers de la LCR vise à exiger que les directions syndicales organisent tout de suite la consultation de la base, repoussée depuis plusieurs mois, pour rejeter le Pacte social, pour élaborer les plates-formes contractuelles et pour lancer la lutte pour les contrats.
Franco TURIGLIATO Turin, 10 décembre 1981. Réabonnez-vous à « INPRECOR » !