Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ISRAEL

Israël annexe le plateau du Golan

· Inprecor n° 116, 11 janvier 1982 · p. 24-25 · 1 340 mots

Palestine et Israël Grande-Bretagne

Menahem Begin a soumis le 14 décembre à la Knesset un projet de loi qui confirme l'annexion du plateau syrien du Golan conquis en 1967 par Israël. En huit heures, la loi était votée à une large majorité. Le Parti travailliste, actuellement dans l'opposition, dont la plupart des députés soutient l'annexion du Golan, est sorti déchiré de cette manœuvre parlementaire. La majorité des parlementaires de ce parti n'ont pas participé au vote pour des raisons techniques. Les autres se sont divisés sur le vote de la proposition de

Pour les habitants du Golan oceupé, la nouvelle loi ne changera pas grand chose à leur situation. Pourtant, il serait faux de prendre à la légère cette initiative du gouvernement de Menahem Begin. Celle-ci ne se réduit pas à un acte formel et fanfaron ; il s'agit d'une véritable provocation contre la Syrie avec laquelle Israël rêve d'en découdre. En effet, en avril 1982, Israël devrait, en vertu des accords de Camp David, rendre le Sinai à l'Egypte, et tout laisse croire que ce sera la fin du cadre des accords de Camp David. Ce que Menahem Begin et Ariel Sharon voudraient, c'est qu'une confrontation militaire d'ampleur enterre les accords de Camp David avant d'avoir été obligés de rendre le Sinaï et de démanteler les colonies sionistes de la région de Yamit, au nord de la Bande de Gaza. Ils ont donc, au cours des derniers mois, fait tout ce qui était possible pour mettre fin au cessez-le-feu qui leur a été imposé à la frontière nord, avec le Liban.

Ce qui est à l'ordre du jour aujourd'hui, ce n'est pas le statut formel des territoires syriens occupés, mais une nouvelle aventure militaire sioniste et une accélération de l'offensive sur tous les fronts contre le mouvement national palestinien et ganisations première le monde arabe.

Israël annexe le C'est ce qui explique pourquoi, dès l'annonce de la nouvelle loi, des milliers de manifestants se sont mobilisés pour exiger simultanément le retrait du Golan et de la Cisjordanie. Car il devient de plus en plus clair que la seule alternative au retrait de tous les territoires conquis en juin 1967, c'est la guerre dont le coût sera - cette fois - incalculable, non seulement pour les Arabes, mais aussi pour les masses juives.

Dès 1967, Israël a connu des mouvements de proestation contre l'occupation et la répression en Ci ordanie et dans la Bande de Gaza. Il sagissait esser tiellement d'actions regroupant les militants des oranti-sionistes et du Parti communiste israélien (Rakah). S'ils ont eu, pendant trois ou quatre ans, un certain écho en Israël et surtout à l'étranger, c'était plus parce qu'il s'agissait d'une voix isolée dans le désert du chauvinisme que par leur impact sur la réalité politique israélienne.

La manifestation organisée le 28 novembre 1981 par le Comité de solidarité avec l'Université de Bir Zeit (CSUBZ) marque à ce niveau un tournant qualitatif. 200 jeunes Israéliens, membres d'organisations sionistes de gauche et anti-sionistes, mais surtout inorganisés, sont venus manifester en plein territoires occupés, à Ramallah, leur opposition à la politique répressive du gouvernement de Menahem Begin. Pour la fois dans l'histoire de l'occupation, les forces répressives ont reçu l'ordre d'utiliser contre des manifestants juifs une partie des méthodes réservées jusqu'à présent aux Palestiniens, et ont dispersé la manifestation avec des grenades lacrymogènes et à coups de matraques et de crosses, faisant plusieurs blessés légers et une cinquantaine d'arrestations.

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plateau du Golan

Ce qui est nouveau, c'est la réaction qu'a provoquée la répression contre les manifestants de Ramallah : malgré le caractère radical de la manifestation, malgré le poids prédominant de forces « extrémistes » dans le Comité de solidarité avec Bir Zeit et en dépit de l'insistance des mass media sur le nombre de militants de l'organisation Matzpen parmi les emprisonnés, des centaines de personnes se sont mobilisées dès le lendemain dans de multiples manifestations liant la solidarité avec les emprisonnés à la dénonciation de la répression dans les territoires occupés, y compris des députés travaillistes, la jeunesse du Mapam, des Ribboutzim et tout ce qu'Israël connaît de libéral et d'un tant soit peu critique par rapport à la politique de

Menahem Begin. Non moins significative a été la réaction des travailleurs dans les usines où travaillent certains des manifestants que leurs camarades de travail avaient pu voir « en action » sur les écrans de télévision : sans être toujours d'accord avec les thèmes de la manifestation, la plupart d'entre eux n'ont manifesté aucune hostilité, cherchant sincèrement à comprendre la signification de la manifestation et s'opposant à toute tentative de les licencier — comme cela a été le cas à certains endroits — pour délit d'opinion.

Loin de n'être qu'un feu de paille, le mouvement de solidarité s'est développé d'une façon spectaculaire au cours des dernières semaines, et ce sont près de

2 000 personnes qui ont manifesté le 14 décembre, à l'appel du CSUBZ, contre la répression dans les territoires occupés, et par la même occasion contre l'annexion du Golan dont la Knesset débattait au moment même de la manifestation. Le fait que la majorité des manifestants n'appartiennent pas à des or-

Quatrieme

Internationale

Périodique trimestriel-39* année/3° série, n°7 janvier-février-mars 1982 SOMMAIRE EDITORIAL:

Austérité, rémilitarisation, contre-révolution ne G. Taut et M. Warshawsky - Origines et dynamique du sionisme 15 Livio Maitan - L'curocommunisme dans l'impasse : 41 John Ross - La politique britannique dans les années 1970. 57 Alan Freeman - Benn et le socialisme britannique 77 Klaus Meschkat - La social-démocratie et l'offensive socialiste en Amérique latine .. 91 ARCHIVES DU MARXISME

Léon Trotsky - Le rapport entre révolution prolétarienne et et révolution agraire 101 NOTES DE LECTURES:

Gérard Chaliand : Rapport sur la résistance afghane. 105 ganisations de gauche, que des députés travaillistes se soient crûs obligés de prendre la parole aux côtés de dirigeants du PC et de militants d'extrême gauche, confirme qu'il s'agit-là d'un phénomène nouveau, d'un saut qualitatif vers la formation d'un mouvement de masse unitaire contre l'occupation.

Ce tournant s'explique par une combinaison de facteurs objectifs et subjectifs. Tout d'abord, la nouvelle dimension que prend la question des territoires occupés dans la crise de l'Etat sioniste : il ne s'agit plus d'une question de solidarité avec la population palestinienne opprimée, mais de ce qui apparaît comme déterminant pour l'avenir des habitants d'Israël, après que la preuve a été administrée que les accords de Camp David n'ont rien résolu. Ensuite, l'absence d'une quelconque force d'opposition crédible, la gauche sioniste étant laminée et le Parti travailliste déchiré de toutes parts, ce qui laisse un vide politique tel qu Israël n'en a jamais connu. Finalement, la grossièreté et le fanatisme du nouveau gouvernement est telle qu'une frange non négligeable des couches libérales voit pour la première fois dans le gouvernement israélien un ennemi plus dangereux que les positions des organisations de gauche, d'où la possibilité d'un réel front unique.

Pendant près de quinze ans, les anti-sionistes israéliens ont mis au centre de leurs préoccupations et de leurs activités la lutte contre l'occupation. Pour la première fois, ils ont la possibilité de diriger un mouvement de masse sur cette question. C'est là une lourde responsabilité.

M.W. Tel Aviv, 20 décembre 1981.

Une heureuse initiative de diffusion d' "INPRECOR" Les militants de la section de Genève du

Parti socialiste ouvrier (PSO), la section suisse de la IVe Internationale, viennent de prendre une heureuse initiative pour la promotion d'Inprecor.

Profitant de la fin de l'année, ils ont lancé un appel à des abonnements exceptionnels, auquel une quinzaine de militants et sympathisants du PSO ont déjà répondu. Ces abonnements commenceront à partir du premier numéro de l'année 1982.

Voilà à coup sûr une bonne idée de promotion de la diffusion d'Inprecor qui devrait trouver un écho dans les autres organisations francophones liées à la /Ve Internationale.

Alors, camarades français, belges, luxembourgeois, québécois... il est toujours temps de veiller au réabonnement régulier des militants et sympathisants de la IVe Internationale dans vos pays respectifs et, comme l'ont fait les camarades de Genève, de susciter de nouveaux abonnements.

ler janvier 1982.

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