ISRAEL LEona Core et det ait de A a et de de ayad e ES accords de Camp David de fin 1978 et de début 1979
Arabie Saoudite et à Fès au Maroc, les bourgeoisies américaine et arabes tentent de bricoler un cadre nouveau susceptible de désamorcer la crise permanente au Moyen-Orient et de stabiliser l'ordre impérialiste dans cette région d'importance Michel WARSCHAWSKY
C'était précisément parce que les accords de Camp David éludaient cette question qu'Israël s'était relativement empressé de s'y rallier, obtenant un accord de paix avec le plus grand des pays arabes, sans pour autant devoir s'engager à se retirer des territoires palestiniens occupés depuis 1967 ni à reconnaître le mouvement national palestinien. Le veto israélien au Plan Fahd saoudien était donc prévisible, et cela indépendamment de son caractère ouvertement impérialiste. Pour Menahem Begin et son gouvernement, il est capital de faire comme si le cadre politique ouvert par les accords de Camp David existait toujours ; c'est pourquoi, après près de deux années de gel dans les négociations sur l'avenir projet d'« autonomie » de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza, le ministre de la Défense et responsable des territoires occupés, le général Ariel Sharon, vient de mettre en place une « administration civile » visant à remplacer le gouvernement occupés depuis juin 1967.
Avec la mise en place de l'« administration civile », le général Ariel Sharon avait annoncé qu'« une nouvelle page était ouverte dans notre politique dans les territoires occupés », c'est-à-dire, a-til ajouté, une attitude plus humaine vis-àvis de la population. Mais, fidèle à ses habitudes, il s'est empressé de ne laisser planer aucune ambiguité: « Nous serons bons avec ceux qui collaboreront avec nous et féroces avec ceux qui s'opposent à nous. Ou bien le calme regnera pour tous, ou bien il n'y aura de calme pour
Officiellement, l'administration civile gouvernement militaire sur trois plans : tout d'abord les autorités militaires ne sont plus responsables que du « maintien de l'ordre », sous l'autorité du chef de l'administration civile, le professeur Milson, colonel de réserve qui a fait partie du gouvernement militaire pendant de nombreuses années. Ensuite, les diverses tâches d'administration civile passeront progressivement aux mains de fonctionnaires palestiniens et non plus sous à l''administration civile"
l'autorité directe de l'armée. Finalement, est prévue la mise en place - à terme — d'une « direction » locale, composée de collaborateurs prêts à accepter le cadre de I'« autonomie » sous domination israé lienne et se démarquant à 100 % de l'Organisation de libération de la Palestine
Les deux premiers éléments ne changent en rien le caractère de l'occupation, et leur aspect fictif est démontré par mille exemples, comme le fait que l'administrateur « civil » de la Bande de Gaza n'est autre que ... le colonel-gouverneur militaire, qui, pour l'occasion, a dû quitter son
Le troisième contre est plus significatif : il vise à réaliser ce que l'Etat sioniste n'a ni pu ni voulu faire pendant les quatorze premières années de l'occupation, c'est-à-dire trouver un interlocuteur au sein de la population palestinienne occupée qui « représenterait » cette dernière face aux d'occupation et constituerait un contrepoids à l'OLP. Ce qui aurait, peut-être, encore été possible en 1968 ou en 1971, à savoir s'appuyer sur une large couche de modérés, pro-jordaniens par exemple, est aujourd'hui exclu, la politique de répression tous azimuts et l'opposition des forces d'occupation à toute organisation politique et à toute forme de direction locale ayant laissé au cours des ans l'OLP devenir aux yeux de l'immense majorité des masses palestiniennes occupées l'unique représentant du peuple pa-
C'est donc autour de collaborateurs notoires, ne disposant d'aucun crédit auprès des masses et d'aucun soutien de régimes arabes, que le gouvernement israélien essaie, dix ans trop tard, de mettre sur pied une pseudo-représentation de la population occupée. La Ligue des villageois, dirigée par le collaborateur Mustafa Dudin, est aujourd'hui la colonne vertébrale de ce projet. Le principe en est simple : Israël interdit aujourd'hui l'acheminement de la plus grande partie du soutien matériel venant de l'extérieur (Etats arabes, commission mixte OLP-Jordanie) et canalise les maigres budgets que le gouvernement sioniste alloue, la sélection limitée de contributions venant de l'extérieur, les permis de construire et les autostratégique centrale pour les barons de Wall Street. Contrairement au président Anouar el-Sadate, la majorité des bourgeoisies arabes est convaincue que tout plan de paix se doit, afin d'être applicable, de contenir une solution à la question palestinienne acceptable par une partie significative du peuple palesrisations diverses par le biais de la Ligue des villageois. Celle-ci devient, du moins pour la population vivant à la campagne, l'unique moyen de résoudre ses divers problèmes de vie quotidienne. C'est avec ces méthodes que le général Ariel Sharon espère contrebalancer le poids de l'OLP et des directions palestiniennes dans les villes liées aux organisations de la résistance, et créer une « représentation » modérée de la population occupée.
Mais, même dans les villages, le succès de la Ligue des villageois est très relatif, l'occupation ayant sensiblement réduit, par la prolétarisation de nombreux paysans et par la répression généralisée, le fossé existant entre les villes, les campagnes et les villages. La liquidation, il y a semaines, de Youssef Hatib, dirigeant de la Ligue des villageois de la région de Ramallah et les divers attentats et manifestations contre ceux qui voudraient choisir trop ouvertement la voie de la collaboration laissent présager de l'avenir de
La carotte est vraiment trop maigre pour que des secteurs substantiels de la population palestinienne se laissent prendre au piege de l'« administration civile ».
Des la passation du pouvoir au professeur Milson, la population palestinienne de Cisjordanie a fait savoir clairement et massivement son opposition au projet d'« administration civile ». Grèves générales dans la plupart des villes de Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, manifesde masse avec la participation l'ensemble des personnalités représentatives de la population palestinienne, déclarations des directions syndicales et religieuses locales : personne ne peut douter des sentiments réels des habitants des territoires occupés.
« Nous n'avons aucune chance trouver des Quisling (1) dans les territoires occupés », explique le général de réserve Shlomo Gazit, ancien responsable
1. Vidkun Quisling, homme politique norvégien, pro-nazi, chef du gouvernement après l'invasion allemande de février 1942, exécuté à
Son personnage est devenu le symbole le plus achevé de la collaboration avec
Militaires israéliens sur le Golan. (DR) de la coordination des activités dans ces territoires et, dans un article de Haaretz du 29 octobre, Yehuda Litani explique : « Récemment, le gouvernement militaire a proposé à certains habitants des territoires occupés de prendre la tête des départements dans lesquels ils travaillent (dans l'administration militaire). Mais, jusqu'à présent, ils ont refusé ... essentiellement parce qu'ils craignent des réactions négatives de la part de la population de Cisjordanie. » Dans le même journal, Amos Eilon, un des meilleurs observateurs politiques israéliens, résume la situation : « Il est encore plus difficile d'espérer la participation de Palestiniens à la mise en place de "l'autonomie totale" en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza. Mais c'est précisément l'objectif que s'est fixé ce gouvernement et sur lequel il a échoué Sans la participation des Palestiniens, il n'y aura pas d'autonomie. Qui voudrait être aujourd'hui à la place du professeur Milson qui a accepté d'être à la tête de cette administration civile ? Ce qui, peut-être, eût été possible il y a quelques années, est quasiment inconcevable dans la situation actuelle. Dans une conférence qu'il a donnée il y a quelques mois, cet érudit a exprimé sa conviction qu'il est possible de "casser" politiquement l'OLP dans les territoires occupés. Est-ce que les populations de Cisjordanie et de la Bande de Gaza vont commencer à tourner le dos à l'OLP précisément au moment où celle-ci est definitivement reconnue par les peuples du monde ? »
Le refus de la population palestinienne a atteint des dimensions sans précédent depuis de nombreuses années. A titre d'exemple, la Bande de Gaza, réputée « calme » depuis la pacification meurtrière du général Ariel Sharon au début des années 1970, a connu plusieurs jours de grève générale et de manifestations de masse qui se sont rapidement développées en confrontations violentes avec les forces d'occupation, provoquant la mort d'un jeune enfant et plusieurs dizaines de blessés. Et tout laisse croire qu'un des effets de la mise en place de l'administration civile sera l'homogénéisation de l'organisation et de la lutte des populations des deux principales composantes des territoires occupés, la Cisjordanie et la Bande de Gaza.
DERRIERE LA CAROTTE, LE BATON « S'ils ne veulent pas de notre administration civile, c'est donc qu'ils veulent la répression », telle semble être la logique qui guide les mesures du général Ariel Sharon et du professeur Milson. Et, cette fois, ils n'ont pas lésiné sur les moyens. En un mois, l'administration civile a réalisé, en termes de répression, ce que le gouvernement militaire faisait généralement en un an : fermeture de l'Université de Bir Zeit, fermeture du quotidien El Fajr, arrestation de dirigeants connus comme le Dr Azmi Shueibi, membre du conseil municipal de El Bire, comme Akram Hanie, rédacteur en chef du quotidien el-Shaab, comme le Dr Samir Katabe, président de l'Union des médecins, assignation à résidence de dizaines de personnes, essentiellement des enseignants et des dirigeants étudiants de Bir Zeit.
Mais ce sont les « punitions collectives », les couvre-feu dans des quartiers, des villages ou des camps d'où auraient été jetés des pierres ou des bouteilles, et les dynamitages de maisons qui marquent le plus les nouvelles dimensions de la répression dans les territoires occupés.
C'est dans les rangs mêmes du Parti travailliste que l'on a pu entendre de violentes critiques contre le dynamitage de trois maisons à Bet-Sahur près de Bethléem, sous prétexte que des enfants appartenant à certaines des familles habitant ces maisons avaient lancé des pierres
Run command-car de l'armée israé. Abba Eban et Victor Shem Tov, secrétaire général du Mapam (Parti ouvrier unifié), ont dénoncé ces dynamitages qui, comme l'a fait remarquer Menahem Begin, ne sont pas une invention du Likoud actuellement au pouvoir (le Parti travailliste, jusqu'à son éviction du gouvernement en mai 1977 a été responsable du dynamitage de 1 224 maisons). Dans l'éditorial du Davar, le quotidien de la centrale syndicale Histadrout, du 20 novembre dernier, sous le titre « Pas en mon nom ! », Hanna Zemer affirme : « A nouveau, nous dynamitons des maisons, murons des appartements, soudons des rideaux de fer de magasins (en grève). J'entends les cris des mères et les pleurs des enfants ; je vois des gens dont on vient de prendre le logis. Même sans essayer de comparer ce qui ne peut pas l'être, on ne peut pas s'empêcher de penser à des souvenirs douloureux, d'une autre époque, en un autre endroit... » Et, dans un style moins pathétique, Yehuda Litani, dans Haaretz du 18 novembre, affirme :
« Quand on détruit des maisons à la chaíne (7 maisons ont été détruites au cours des deux dernières semaines) afin qu' "on ne jette plus une seule pierre en Cisjorda-
, on provoque une escalade. Il est difficile d'imaginer qu'une population dont on dynamite les maisons devienne pacifique. Elle peut avoir peur et viure dans la mais il se trouvera toujours des gens qui auront le courage de lancer des pierres, même dans la situation la plus effrayante, voire même de tirer des coups de feu, de jeter des bouteilles incendiaires et de placer des bombes. »
Quant aux conséquences de la politique du bâton, elles ne laissent aucun doute. La répression indiscriminée aussi bien contre ceux que l'on qualifie d'« extrémistes » que contre les modérés, contre des commandos armés et contre des jeunes qui lancent des pierres, ne peut que provoquer un realignement généralise sur les positions les plus radicales. Comme l'écrit Dani Rubinstein dans le journal Davar du 20 novembre 1981 : « La politique du ministre Ariel Sharon en Cisjordanie est la plus grossière et la plus violente depuis qu'Israël a le pouvoir dans les territoires occupés ... Bethléem et Bet-Sahur sont parmi les villes les plus calmes en Cisjordanie, et dont les maires, Elias Frej et Hanna el-Atrach, n'appartiennent pas au Comité d'orientation nationale (qui regroupe les partisans de l'OLP) et ne sont pas considérés comme des extrémistes.
Or, pour la première fois de leur carrière, ils ont tous les deux pris la tête d'une ma- non!"
OPPOSITION GRANDISSANTE Tous les jours, au cours du journal télévisé, les Israéliens peuvent voir les horreurs de l'occupation et des méthodes expéditives du général Ariel Sharon; ils voient aussi la détermination des lycéennes de Bet-Sahur, des commerçants de Gaza, des étudiants de Bir Zeit, et donc l'inefficacité des mesures répressives prises par la prétendue administration civile. Pour la masse des travailleurs juifs, c'est de plus en plus un sentiment de lassitude qui s'exprime et un refus de croire que, cette fois, les Palestiniens prendront une leçon et qu'ils n'ont pas d'autre choix que d'accepter les solutions imposées par Me-
Mais de plus en plus nombreux sont ceux qui comprennent qu'il est suicidaire de laisser les mains libres à Ariel Sharon et que c'est précisément le caractère extrême de la répression qui rend non seuleaussi possible l'émergence d'un vaste mouvement d'opposition à ce qui se passe aujourd'hui dans les territoires occupés.
Au cours des dernières semaines, ce ne sont plus seulement les étudiants arabes et les groupes radicaux qui se sont mobilisés contre la fermeture de l'Univernifestation où l'on criait "OLP oui ! Israël
» AU SEIN DE LA POPULATION ISRAELIENNE sité de Bir Zeit, contre les dynamitages de maisons et contre les « punitions collectimais des centaines de personnes qui, hier encore, n'étaient pas prêtes à s'engager délibérément aux côtés des masses palestiniennes. L'écho grandissant du Comité de solidarité avec l'Université de Bir Zeit (voir encadré) et la large sympathie qu'ont rencontré ses actions, confirment que pour la premiere fois depuis 1967, existe la base d'un large mouvement unitaire contre l'occupation. Or, s'il est vrai que c'est la détermination de la population palestinienne qui décidera, en dernière instance, de la viabilité des divers d'occupation qu'élaboreront gouvernements sionistes, l'existence d'un mouvement massif contre au sein même de la population juive d'Israël peut non seulement accélérer le processus de retrait des forces israéliennes des territoires occupés, mais aussi créer la base de la collaboration entre Juifs et Arabes qui reste la condition sine qua non pour une solution juste et durable de la question palestinienne.
Michel WARSCHAWSKY Tel Aviv, 20 décembre 1981.