Inprecor 1974–2004

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BRESIL

Les dirigeants du Parti des travailleurs (PT) précisent leur conception du socialisme

· Inprecor n° 117, 25 janvier 1982 · p. 31-33 · 3 540 mots

Brésil Pologne Nicaragua Syndicalisme

Quel socialisme pour le Parti

Des dirigeants du PT précisent

E Parti des travailleurs (PT) du Brésil devait tenir le 23

Janvier un important Congres dans lequel il devait detinir

/ sa plate-forme, sa tactique et les modalités de désignation de ses candidats pour les élections prévues normalement en novembre 1982.

Dans ce Congrès devaient donc être abordées, pour la première fois, des questions d'orientation concrètes et très importantes. Les premières Conférences de fondation du PT en 1979 et 1980 avaient été consacrées essentiellement à l'adoption de déclarations de principes jetant les bases d'un parti indépendant de la bourgeoisie et fonctionnant comme un réel parti et non comme un simple front électoral.

Depuis, l'essentiel des efforts a été consacré à réunir les conditions d'enregistrement légal du parti pour les élections.

Grâce à une extraordinaire mobilisation, le PT est parvenu à franchir tous les obstacles dressés par la dictature. En septembre 1981, il a obtenu son enregistrement provisoire. Il comp.

tait alors plus de 200 000 adhérents. Le chiffre se situe aujourd'hui entre 300 000 et 400 000 ...

Luis Inacio DA SILVA « Lula », président du Parti des travailleurs (PT), ouvrier métallurgiste : - Quand nous refusons le projet social-démocrate, c'est parce que nous considérons que la socialdémocratie n'a constitué, à mon avis, rien d'autre que l'étape la plus avancée que le capitalisme a pu trouver pour répondre au socialisme. Cette réponse n'a été possible dans la forme qui lui a été donnée en Allemagne, en Suède ou en Grande-Bretagne, que dans la mesure où il y avait d'autres peuples exploités, comme au Brésil, en Amérique latine, en Asie et en Afrique. Comme je n'ai aucune illusion sur le fait que le monde permette encore ce type d'exploitation, je suis obligé de refuser la social-démocratie comme solution à quoi que ce soit. La social-démocratie ne sert qu'au maintien de l'exploitation de l'homme, et ce dans la mesure où d'autres peuples continuent à être réduits à

J'ai critiqué aussi le socialisme bureaucratique, le socialisme dans lequel l'appareil d'Etat n'accepte aucune critique et détermine les règles du jeu sans participation de la collectivité.

Il est logique que beaucoup de gens puissent considérer ça comme un rêve, que Je suis un romantique, parce que, dans les expériences que nous connaissons, les choses ne se sont pas produites si simplement. Mais c'est d'une façon simple que je pense et imagine la question du so-

« EM TEMPO » : - Depuis ton discours (à la Convention de Brasilia), il y a eu beaucoup de discussions de tous les côtés. Au cours d'une émission de télévision, certains patrons ont voulu connaître des travailleurs ?

ta position (ou te provoquer) sur la question de la dictature du prolétariat. Qu'en

- Je suis très à l'aise pour répondre. Peu importe si j'ai été provoqué ou non. Le fait est que nous discutions de la question du pouvoir et de ce que feraient les travailleurs quand ils prendront le pouvoir. Je disais que nous ferions ceci, que nous ferions cela ... Je parlais des revendications ouvrières que le gouvernement et les patrons se refusent aujourd'hui à satis-

A ce moment-là, l'un d'eux a dit: « Ah ! mais cela serait une dictature du prolétariat ! » Alors je lui ai répondu que ce serait la volonté de la majorité transTormee en réalité, que ce serait un gouvernement de la majorite répondant aux besoins de la majorité. Maintenant, si les travailleurs sont la majorité - car nous démocratiques ment et le pouvoir devront leur revenir. Et les choses devront être faites dans leur intérêt. La démocratie n'est-elle pas la

Si la minorité - les patrons - veulent appeler ça dictature du prolétariat, c'est leur problème, c'est peut-être leur manie. re de voir la démocratie de la majorité.

- En se définissant pour le socialisme, le PT définit aussi ses relations internationales. Quels sont les critères sur lesquels s'établissent ces relations ?

Luis Eduardo GREENLALGH, membre de la Commission exécutive du PT et secrétaire aux Relations extérieures, avo-

BRESIL leur conception du socialisme

Pour célébrer cette victoire, le PT a tenu au cours de ce même mois de septembre sa Convention de légalisation à Brasilia. Dans son discours de clôture, le Président du PT, Luis

Inacio Da Silva « Lula » a abordé, pour la première fois en plublic, la définition programmatique fondamentale du PT (1). II s'est réclamé du socialisme tout en rejetant aussi bien la socialdémocratie que le socialisme bureaucratique. Ces premières définitions ont ouvert un large débat dans les rangs mêmes du PT

Pour y contribuer, le bimensuel Em Tempo a publié en décembre un numéro spécial comprenant une quinzaine d'interviews de dirigeants et responsables connus du PT. Cet ensemble de contributions donne une bonne idée de l'éventail des positions, des acquis et des confusions qui peuvent exister.

Nous en reproduisons ci-dessous des extraits significatifs. Il faut préciser que ces interviews ont été réalisées et publiées avant le coup de force militaire du 13 décembre en Pologne.

cat : — Le PT s'efforce d'établir des relations avec tous les partis socialistes et communistes du monde, en maintenant son indépendance et en privilégiant les mouvements révolutionnaires de libération des pays dits du Tiers Monde. Nous avons des rapports avec le Front sandiniste de libération nationale du Nicaragua

(FSLN), avec le Front de libération du

Mozambique, avec l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) ... En Europe, nous avons naturellement des contacts avec les PC et les PS, mais j'insiste sur la totale indépendance du PT vis-à-vis de tout parti ou courant international.

- Le PT a-t-il des rapports avec le syndicat polonais Solidarité ?

— Cela ne s'est pas encore posé. Solidarité est un syndicat et le PT est un parti, et — en ce sens — le cadre des relations est très limité. Mais les syndicalistes du

PT cherchent à développer des relations fraternelles avec Solidarité, bien que la rencontre entre « Lula » et Lech Walesa ait posé quelques problèmes ...

Lech Walesa a attiré l'attention de

« Lula » sur la difficulté pour une syndicaliste comme lui de s'engager dans la construction d'un parti. Cela n'a pas plu à

« Lula ». Vous savez bien qui - ici au

Brésil — utilise ce genre d'arguments.

« Lula » lui a parlé de la situation dans notre pays en lui montrant qu'ici la lutte est insuffisante pour conduire le processus de transformation sociale au

1. Luis Inacio Da Silva, « Lula », Discours à la Convention de légalisation du Parti des travailleurs (PT), Inprecor numéro 111, du 26 octobre 1981.

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bénéfice des travailleurs. Il lui a expliqué que nous avions épuisé les possibilités du cadre syndical avant de faire le saut vers le PT. En même temps, il a expliqué à Lech Walesa que, même en étant un parti, le PT n'avait encore réussi à renverser aucun ministre, alors que Solidarité, qui n'est qu'un syndicat, avait déjà renversé plusieurs ministres et défiait ouvertement le gouvernement (...).

- Comment la politique internationale du PT s'exprime-t-elle dans son activité?

- Elle s'exprime par le soutien à toutes les forces qui luttent contre les dictatures latino-américaines, en défendant à tout prix la libre détermination des peuples, en condamnant toute intervention politique ou militaire d'une puissance dans un autre pays, comme par exemple les menaces de Ronald Reagan en Amérique centrale. Le PT a exprimé publiquement sa condamnation des tentatives d'invasion contre Cuba, le Nicaragua et le Salvador. Nous en ferions de même, par exemple, si la Russie se disposait à envahir la Pologne.

- Comment voyez-vous le socialisme Apolonio DE CARVALHO, vice-président du PT : - Le PT est un parti nouveau. Il a une tactique et des éléments de stratégie qui sont définis dans ses documents fondamentaux. Mais le PT n'a pas d'élaboration stratégique achevée. Il a une vision d'une société nouvelle, sans exploités ni exploiteurs ; il a commencé à dessiner la silhouette de cette nouvelle sociémais pas encore son contenu ni son agencement précis. Le PT définit avec

Uses objectifs actuels : le premier, c'est d'unir et d'organiser les travailleurs des villes et des campagnes, manuels et intellectuels ; c'est d'imposer la fin du régime et de jeter les bases d'un gouvernement démocratique au service des travailleurs, sous un contrôle et avec une participation croissante des forces populaires.

Francisco WEFFORT, secrétaire de l'Exécutif national du PT, sociologue : - Vous me demandez jusqu'à quel point le PT pourrait accepter le principe réformiste général selon lequel le but ne serait rien et le mouvement tout ... Je crois que le PT n'accepte pas ce principe, ou du moins ne veut pas l'accepter. Il veut transformer la société dans la perspective du

Il n'y a aucune contre-indication à ce qu'un parti de conception révolutionnaire puisse passer des alliances, y compris au niveau du gouvernement. Il faut que l'essence de sa participation se trouve au niveau de la société, des organisations syndicales, des mouvements sociaux et cultu-

J'éviterai l'expression « destruction de l'appareil d'Etat », elle ne correspond pas à la réalité politique du monde moderne. Ce que vous pouvez faire, c'est transformer l'appareil d'Etat, le soumettre au contrôle des organisations sociales et du peuple. Partout où la tentative de destruction a eu lieu, cela a abouti à une bureaucratisation énorme. Ce qui s'est fait en réalité, c'est la reconstitution d'un appareil d'Etat aussi fort que celui qui

A mon avis, il est difficile de dire à quoi ressemble l'expérience du PT, mais il est facile de dire ce dont elle diffère. Le PT est né au Brésil dans un contexte faillite historique du travaillisme et dans un contexte où la classe ouvrière ne s'est pas laissée séduire par les propositions du stalinisme.

L'expérience social-démocrate n'a rien à voir avec l'expérience du PT. Ce que vous trouverez chez un grand nombre de militants du PT, c'est une affinité avec la pensée d'Antonio Gramsci, valorisant la lutte pour l'hégémonie, la lutte culturelle, l'idée que le pouvoir se distribue dans la société bourgeoise et ne se concentre pas seulement dans l'appareil d'Etat. Cette affinité est surtout théorique et vous savez qu'il y a un pas énorme de la théorie à la

Le courant impulsé par Solidarité en Pologne va dans le même sens : la ressemblance résulte de l'existence de deux mouvements qui sont partis des travailleurs et qui revendiquent leur autonomie et leur indépendance au niveau politique. Les différences sont aussi grandes : Solidarité ne se définit pas encore comme parti et lutte contre un type d'Etat très différent du nôtre par les bases sociales et économiques sur lesquelles il repose. PT, dirigeant des employés de banque de Porto Alegre, suspendu par les autorités gouvernementales: - L'expérience de l'URSS, dans sa première phase de construction d'une société nouvelle, en tant que mobilisation et participation populaire, reste inoubliable. Maintenant, pour les historiques les plus l'aboutissement de cette expérience conduit au développement d'un extrême centralisme, de la bureaucratisation et, en conséquence, de l'usurpation des tâches administratives par l'Etat au détriment de

Convenções regionais em 16 estados

PT

Um partido diferente correndo em faixa própria la société. Cette seconde phase constitue une expérience que nous ne devons pas répéter. Le maintien de la liberté et de l'autonomie des mouvements populaires est une condition nécessaire pour que le socialisme soit une étape vers la construcd'une société réellement égalitaire. L'expérience chinoise, dans la mesure ou les caractéristiques historiques et socio-économiques de la Chine ont conduit à brûler les étapes plus rapidement encore qu'en URSS, nous livre énormément d'enseignements. En premier lieu, que l'histoire n'est pas mécanique, ne passe pas par des phases linéaires ou étapistes. Le probleme, c'est que les pays socialistes ne sont pas isolés. Au niveau mondial, le socialisme n'est pas prédominant. En conséquence, la question qui se pose est de savoir comment il est possible de construire le socialisme au niveau national et en même temps d'affronter le capitalisme dominant à l'échelle internationale. En Chine, il me semble que c'est ce qu'ils n'ont pas su faire. Cela a donné une expérience riche, mais où tout un système de contrôle social a dévié le développement et le renforcement des forces populaires, empêchant un bond vers la société égalitaire. Les forces sociales et politiques disposant des privilèges de direction, c'est-àdire la bureaucratie, ont fini par faire de la Chine ce qu'elle est aujourd'hui. Il y a une terrible confusion politique qui se reflète dans la politique extérieure et qui l'amène à soutenir les pires dictatures en Amérique latine, en Afrique et en Asie (...).

En URSS, il faut considérer la question du stalinisme et de l'expérience de la création du premier Etat socialiste assiégé de toutes parts. Nous ne sommes toujours pas en condition de construire le socialisme sans pressions extérieures, mais il faut quand même éviter de tomber dans le bureaucratisme (...).

Une expérience très importante pour le PT aujourd'hui est celle de la Pologne. Là-bas, le socialisme est arrivé par en haut, dans les circonstances spécifiques de la Deuxième Guerre mondiale, où le Parti communiste est arrivé au pouvoir par l'action de l'Armée rouge, de même qu'en Tchécoslovaquie ou en Hongrie. Aujour-

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d'hui, le mouvement ouvrier vivant appabureaucrates retranchés dans leurs forteresses et qui tentent d'empêcher l'émergence d'un véritable socialisme construit à partir de la base.

Regardez : la situation du syndicalisme au Brésil et en URSS est très comparable. Pourtant il y a eu là-bas une révolution socialiste qui en a terminé avec la propriété privée ; cependant, le syndicat est une simple courroie de transmission du gouvernement et un organisateur de cérémonies comme celle du ler Mai.

Ici au Brésil, le syndicat est aussi un simple instrument dans les mains du gouvernement et du régime militaire. D'un coup, nous qui luttons pour une nouvelle société, nous retrouvons des réalités syndicales comparables dans des conditions opposées à l'extrême. C'est pourquoi la Pologne est aussi passionnante pour nous au PT, dans la mesure où elle apparaît comme la reprise par le mouvement ouvrier de son rôle dans la construction du socialisme. C'est maintenant que commence la construction d'un véritable socialisme, jusqu'à présent aux mains de la bureaucratie, à la base, dans la classe

GRECCO, membre de la Commission exécutive nationale du PT et ex-présidente du mouvement féminin pour l'amnistie : — Nous ne pouvons pas juger de la question des droits de l'homme dans les pays dits socialistes exclusivement sur la base de la grande presse qui ne diffuse que ce qui l'intéresse, du point de vue bourgeois de la question. Aleksandr Soljenitsyne par exemple est un grand écrivain, mais il analyse la question d'une manière erronée. En tant que dissident, il s'oppose au stalinisme et il parvient à montrer la situation telle qu'elle est. Il écrit des pages et des pages sur la terreur rouge, mais il ne dit pas un seul mot de la terreur blanche ... C'est pourquoi son discours a pu être autant utilisé par la politique cynique des « droits de l'homme » de l'ex-président Jimmy Carter. En réalité, le mouvement des ouvriers dissidents repose la question d'une manière plus juste : celle de la nécessité de la démocratie dans le socialisme. En tant que militante de la campagne pour l'amnistie, j'ai toujours défendu la dignité et le droit des personnes et les libertés individuelles, et je ne peux admettre un socialisme sans liberté. C'est peut-être une utopie, mais le socialisme de l'URSS n'est pas celui que nous voulons.

Lisaneas MACIEL, membre

Conseil mondial des Eglise et candidat probable du PT à la charge de gouverneur de Rio de Janeiro : — Je vois au Nicaragua une illustration de ma conception. Là-bas, on est en train de construire le socialisme à différents niveaux, fermement et grandes proclamations sonores ni imitation de modèles existants. En fonetion de principes éprouvés et avec beaucoup de réalisme, en tenant compte des possibilités, la direction sandiniste avance graduellement en serrant la réalité au plus près et en développant une expérience révolutionnaire à laquelle nous devrions apporter la plus grande attention. Surtout du fait de la grande similitude avec notre réalité. Certains au sein du PT veulent un directement transplanté d'autres modèles. Je leur réponds que la flexibilité est très importante pour en arriver là. La précipitation ne peut que nous nuire. Les Cubains que j'ai rencontrés au Nicaragua m'ont étaient venus là pour apprendre du processus sandiniste. Ils ont fait preuve de cette modestie. C'est encore plus valable pour nous, non

Plinio SAMPAIO, dirigeant catholique connu et membre de la Commission exécutive du PT de Sao Paulo : de socialisme est déjà très claire et n'a pas besoin d'être réinventée. Sur le plan économique, le socialisme se différencie du sur trois points fondamentaux. Sous le capitalisme, le capital et les moyens de production appartiennent à une classe, la bourgeoisie. Dans le régime socialiste, les moyens de production appartiennent à la collectivité. Le régime caproduit des marchandises rapportent des profits aux détenteurs du capital. Dans le socialisme, l'économie est organisée pour produire des biens d'usage correspondant aux besoins de la population (...). Sous le capitalisme, le détenteur du capital est libre de faire ou de ne pas faire des investissements ; il est juge de la qualité et de la quantité de ce qu'il produit à tout moment du processus. Dans le régime socialiste que nous construirons au Brésil, il n'y aura pas libre-initiative des particuliers, mais une décision collective par le biais de la planification. Comment nous allons planifier, c'est une question pour l'avenir (...).

« EM TEMPO » : - En tant que catholique, comment envisagez-vous la question de la violence ?

- Historiquement, il n'y a jamais eu aucune transformation sociale et politique profonde sans une commotion sociale incluant certaines formes de violence. Dans ce sens, nous devons être attentifs pour comprendre que, au cours de la transition d'un régime à un autre, une commotion avec une certaine violence est à prévoir. Mais cela ne veut pas dire que ce soit obligatoire. Qu'il en ait toujours été ainsi dans l'histoire n'implique aucune fatalité de cette répétition à l'avenir. D'autre part, il serait faux de croire que la pensée chrétienne n'admet pas la violence ou serait absolument pacifiste. Saint Thomas d'Aquin, par exemple, admet le droit de révolution, de rebellion. Il postule que les citoyens ont le droit de se rebeller et d'utiliser les moyens adéquats pour renverser la tyrannie quand elle ne laisse aucun autre moyen d'en finir avec la soumission. Cependant, le plus important à souligner, c'est que le socialisme n'est pas violent. C'est le capitalisme qui est violent et c'est la bourgeoisie qui réagit nécessairement par la force contre ceux qui veulent en finir avec ses privilèges. En dernière instance, la violence dépend done d'elle et non de ceux qui aspirent au socialisme.

Raul PONT, vice-président du PT du Rio Grande do Sul, membre du Directoire national et collaborateur du journal Em Tempo : - Bien que le PT ne s'inscrive pas formellement à l'intérieur du mouvequ'il présente une série d'ambiguites et de lacunes, bien qu'il ne soit pas un parti révolutionnaire au plein sens du terme, je dirai que la perspective ouverte par cette définition du socialisme que nous assumons est une grande espérance et une contribution à la crise que vit le mouvement communiste depuis la faillite de la Ille Internationale et l'instauration l'hégémonie stalinienne sur le mouvement ouvrier. Depuis lors, la perspective socialiste (ni social-démocrate ni stalinienne) n'a pas réussi à dépasser de petits cercles et des organisations révolutionnaires sans grands liens avec les masses (...).

La supériorité socio-économique du socialisme est sans cesse plus irréfutable et le seul point que l'idéologie bourgeoise puisse utiliser pour son offensive est celui de la démocratie ... En réalité, l'actualisation de la démocratie socialiste, de la dictature du prolétariat telle que l'ont définie Marx, Lénine et Trotsky - et telle qu'elle a existé aux tout premiers temps de la Révolution russe - s'impose comme une question centrale. La dictature du prolétariat, correctement comprise, constitue l'essence même du socialisme révolutionnaire : elle présuppose la socialisation des moyens de production, une rupture révolutionnaire et la destruction de la dictature de classe de la bourgeoisie, et implique le contrôle économique et politique de la société par les travailleurs sous la forme de la démocratie directe des conseils de travailleurs exerçant le pouvoir réel.

Bruno MARANHAO, membre de la Direction nationale du PT et de la Commission exécutive régionale de l'Etat de Pernambouc : - Il est fondamental d'affirmer clairement que le PT n'a rien à voir avec la social-démocratie qui, comme l'a prit de gestion du capi»

Le PT se détache de plus en plus de la crise de la Ille Internationale et de la tradition stalinienne. Une crise qui a surgi avec l'introduction dans le marxisme de deux éléments complètement étrangers à sa doctrine : la politique d'alliances et l'autoritarisme. Il est important d'étudier aujourd'hui ce qu'a été par exemple la politique du stalinisme pendant la Deuxieme Guerre mondiale, qui a sacrifié plusieurs révolutions possibles au nom des alliances avec la bourgeoisie.

En se situant dès le départ en rupture avec ces errements, le PT peut apporter une contribution importante à la recherche d'une alternative vers le socialisme qui rende à la démocratie prolétarienne son sens véritable.

Propos recueillis par « EM TEMPO » Sao Paulo, décembre 1981.

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