Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

RFA-AFRIQUE DU SUD

Le dialogue Nord-Sud selon Helmut Schmidt

· Inprecor n° 117, 25 janvier 1982 · p. 27-30 · 3 852 mots

Afrique australe Allemagne

ALLEMAGNE DE L'OUEST - AFRIQUE DU SUD

Le dialogue Nord-Sud selon Helmut Schmidt

La théorie du "changement par le commerce" couvre

Dune sere d'ati de soptembre la incitone a ana-

EPUIS le mois de septembre dernier, Inprecor a publié lyse des relations économiques, politiques et diplomatiques des différents pays occidentaux avec le régime de Pretoria.

Tour à tour, nous avons donc traité de la politique du gouvernement Mitterrand Mauroy face a l'héritage impérialiste français en Afrique du Sud (numéro 108 du 14 septembre), des responsabilités des bailleurs de fonds suisses de l'apartheid

(numéro 109 du 28 septembre), des liens particuliers de la bourgeoisie belge avec Pretoria (numéro 111 du 26 octobre), des fructueux investissements britanniques en Afrique du Sud

(numéro 112 du 9 novembre), de la complicité renforcée du gouvernement américain avec Pretoria depuis l'élection de Ronald Reagan (numéro 115 du 21 décembre) et, enfin, dans notre présente édition, des bonnes affaires des capitalistes ouest- allemands en République Sud-Africaine.

Wolfgang WEITZ

La Commission des droits de l'homme de l'Organisation des Nations Unies

(ONU) a reconnu, dans une résolution votée lors de sa derniere conférence annuelle — par 35 voix et 6 abstentions - que l'Afrique du Sud était responsable de l'échec des récentes négociations sur la

Namibie, et elle a formellement condamné la République Sud-Africaine (RSA)

pour sa politique d'apartheid.

Les abstentions intervenues lors de ce vote ont été celles des représentants des

USA, de la France giscardienne, de la

Grande-Bretagne, du Canada, du Portugal et de la République fédérale d'Allemagne

(RFA). Elles ont été justifiées par le refus des demandes de sanctions économiques inclues dans la résolution. S'il faut en croire les arguments avancés, la motivation de ce refus serait le souci du bien- étre de la population noire d'Afrique du car - toujours selon l'opinion avancée par les représentants des pays qui se sont abstenus - « de telles sanctions nuiraient à la population noire d'Afrique du Sud et des pays voisins. (1) »

En fait, au cours des débats, il s'est avéré que la position des Etats mentionnés plus haut n'était nullement dictée par un prétendu humanisme. Le représentant de la RFA a rejeté pour sa part les critiques adressées à son pays pour son commerce avec l'Afrique du Sud avec l'argument : « Heureusement, la RFA n'est pas un pays totalitaire dans lequel le commerce peut être ordonné ou interdit. (2) »

Cette attitude est dans le droit fil de la politique traditionnelle de la RFA vis-à-vis de l'Afrique du Sud depuis la fin

1973. La continuité de cette politique est décrite dans les termes suivants par Reinles bonnes affaires avec Pretoria dans les pays concernés. ce pays. sation indispensable. hard Rode qui est un éminent spécialiste ouest-allemand des problèmes africains : « La condamnation de l'apartheid est désormais également le fait du gouvernement de Bonn mais, chaque fois qu'il a été question de voter des résolutions en sanctions économiques, délégation ouest-allemande (auprès des Nations Unies) s'est refusée à s'y associer. A chaque fois, elle a voté contre ou elle s'est contentée de s'abstenir. (3) »

PROMOTION DES INVESTISSEMENTS ET DU COMMERCE Si on compare cette attitude à celle des gouvernements précédents, une seule

La changé: les condamnations verbales se sont quelque peu radicalisées.

l'attitude vis-à-vis des relations économiques avec l'Afrique du Sud n'a pas changé; elle est une constante de tous les gouvernements qu'a connus la République fédérale depuis sa création le 23 mai 1949. La RFA ne se contente pas seulement de « laisser faire », comme on pourrait se l'imaginer sur la seule base de l'argumentation développée Commission des droits de l'homme de l'ONU. Son attitude est en réalité celle d'une promotion active du commerce et des investissements avec et en Afrique du

Les garanties Hermes (Hermesbürgschaften) en constituent un exemple. Il ne s'agit rien de moins que des garanties accordées par l'Etat fédéral pour les investissements faits par des entreprises ouest-allemandes à l'étranger. Vers la fin de l'année 1977, les autorités fédérales avaient décidé de limiter le niveau de ces garanties des risques encourus par les investissements en Afrique du Sud au commerce d'exportation à 50 millions de

Pour chacun de ces articles, nous avons fait appel à nos collaborateurs membres des sections de la IVe Internationale

Cette série d'articles représente donc un important travail.

Elle constitue de ce fait le support politique et informatif de toute campagne nationale contre l'apartheid sud-africain et pour le droit à l'émancipation des masses noires opprimées de

La nécessité d'une telle campagne anti-impérialiste de longue haleine nous est dictée par l'ampleur et la profondeur même des liens des bourgeoisies occidentales avec le pouvoir raciste d'Afrique du Sud. A son niveau, en dénonçant ces relations, Inprecor entend apporter sa contribution à cette mobili-

DM. De plus, les crédits n'étaient désormais plus assurés que pour une durée de cinq ans. Cette modification de l'attitude du gouvernement fédéral a en fait moins été dictée par des arguments les développements moraux que par intervenus dans la situation politique :

- les soulevements de Soweto partir du 16 juin 1976 et les mobilisations de masse répétées de la population noire contre son oppression politique et économique ont transformé l'Afrique du Sud en pays à « haut risque » pour les inves-

- les multiples initiatives prises en

RFA même contre les relations économiques et politiques entretenues tant par les firmes privées que par le gouvernement fédéral avec l'Afrique du Sud.

décision n'a

Cette cependant eu qu'un caractère symbolique. Les Hermesbürgschaften ont progressé de quelque

3,8 milliards de DM en 1978 à près de 5 milliards de DM en 1981. Immédiatement après le début des soulèvements de

Soweto, les Hermesbürgschaften ont grimpé de 656 millions de DM en 1975 à

2,3 milliards de DM en 1976. La couverture des garanties Hermes pour la part des fournitures allemandes destinées au projet de liquéfaction du charbon SASOL-II a revêtu une importance politique considé.

rable. Ce projet d'importance stratégique doit permettre à l'Afrique du Sud de devenir moins dépendante de ses importations de pétrole et à son armée de demeurer opérationnelle même en cas de boy-

1. Frankfurter Rundschau, 25 février 1981.

2. Ibid.

3. Reinhard Rode, « Bonn und Pretoria » in Bley, Afrika und Bonn, p. 9.

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cott de ces livraisons de produits énergétiques.

Début juillet 1981, le gouvernement fédéral a dépassé les limitations qu'il avait lui-même édictées en accordant à 9 entreprises des garanties entre 200 et 700 millions de DM à chacune pour leur participation au projet de centrale de Matimba. En 1980 déjà, il avait accordé des garanties de longue durée (huit ans et demi)

diverses entreprises allemandes pour leur participation à la construction des deux centrales thermiques de Tutuka et de Lethabo. A cette occasion, plusieurs millions de DM avaient été répartis entre plusieurs sociétés (4).

Une convention de double imposition est venue renforcer les dispositions encourageant les investissements privés ouest-allemands en Afrique du Sud. Cette convention, entrée en vigueur en 1975 - avec effet rétroactif de dix ans - libère capital ouest-allemand investi en Afrique du Sud de toute imposition en RFA, et ce pour le montant des sommes que ces entreprises ont investi en Afrique du Sud même.

INVESTISSEMENTS, CREDITS, PROFITS La politique du gouvernement fédéral assure en fait des profits très élevés aux entreprises ouest-allemandes concernées. Ces entreprises retirent un profit moyen de 18% de leurs investissements directs. Siegfried Brunnenmiller, de la succursale de la Deutsche Bank à Johannesburg, est bien placé pour affirmer que « les profits annuels sont en augmentation (5) ». Il ne faut donc pas s'étonner que la Chambre de commerce s'attende à « une dynamique d'accroissement du boom des

Aujourd'hui, la RFA est devenue le troisième pays investisseur en Afrique du Sud, après la Grande-Bretagne et les EtatsUnis. Pour 1974, le BDI (7) évaluait déjà le total de ces investissements à 3.5 milliards de DM en 1976, tandis qu'en juillet 1977, lambassade de la République d'Afrique du Sud à Bonn estimait à 4 milliards de DM le montant des investissements indirects ouest-allemands. M. Seelig, porte-parole du BDI, estimait à quelque 6 milliards de DM le total de ces inl'ambassadeur d'Afrique du Sud à Bonn, M. Sole, estimait le capital allemand investi en RSA à 12 milliards de DM en 1976 (8).

Le développement sur une l'exportation de capitaux ouest-allemands vers l'Afrique du Sud n'a en fait commencé qu'en 1965, avec l'entrée en vigueur de la nouvelle convention sur la double imposition. A partir de cette date, l'Afrique du Sud est devenue un des pays privilégiés de l'investissement ouest-allemand à l'étranger. L'Allemagne fédérale est également le pays qui a connu le plus fort taux d'accroissement de investissements en RSA de tous les pays impérialistes (9). Les entreprises allemandes qui participent directement investissements

Dessin symbolisant la répression 400, auxquelles il faut ajouter les 6 000 qui y participent indirectement.

Participent à ces investissements la quasi-totalité grandes entreprises industrielles de la RFA, c'est-à-dire des entreprises telles que Daimler-Benz, Lufthansa, Bayer, Krupp, Siemens, Volkswagen, Hoechst, BASF, MAN, Rheinstahl

Les entreprises ouest-allemandes investissent prioritairement dans le secVolkswagen a-t-il dépassé dès 1973 Ford et General Motors (GM) pour devenir le plus important constructeur de voitures particulières d'Afrique du Sud. Vers la fin 1976, Volkswagen annonçait des investissements supplémentaires pour un montant de 35 millions de dollars.

La République fédérale d'Allemagne est le plus important fournisseur de capitaux de l'Afrique du Sud. Certaines estimations indiquent que la moitié des crédits de l'Afrique du Sud proviendraient de la RFA. Le porte-parole de l'entreprise Siemens, M. Wentges, estimait fin 1976 que l'Afrique du Sud avait reçu, entre 1970 et 1976, quelque 6 milliards de DM sous forme de crédits bancaires, d'émissions, etc. Ce sont en tout 60 banques ouest-allemandes qui ont participé entre 1958 et 1980 à 104 prêts bancaires à l'Afrique du Sud. Parmi ces banques, on trouve la Deutsche Bank, la Westdeutsche Landesbank Girozentrale, la Bayerische Vereinsbank (10), ete.

sanglante des émeutes de Soweto en 1976. (DR)

Par le biais de ces investissements, les milieux financiers ouest-allemands jouent un rôle capital dans le développement et la consolidation du régime d'apartheid en Afrique du Sud. Malgré l'essor considérable du capital sud-africain proprement dit (la part des investissements étrangers directs est tombée de 19 % au début des années 1950 à 11 % au début des années 1970), les investisseurs etrangers jouent un rôle important et parfois même décisif. En effet, 80 % de la production indussud-africaine contrôle direct - ou largement sous l'influence - du capital étranger. Ce chiffre ne concerne pas la production des entreprises d'Etat qui couvre les secteurs clés de l'acier, des chemins de fer et de l'énergie, et qui a une influence déterminante sur le fonctionnement du reste de l'éco-

4. Der Spiegel, 13 juillet 1981 ; Stern, 5 7. BDI : Bund der deutschen Industrie, association du patronat industriel ouest-allemand.

8. Cf. la revue AIB, numéro 6, 1981, p. 41. Reinhard Rode, Die Südafrikapolitik der Bundesrepublik Deutschland - 1968-1972,

10. Ostrowsky, Geissler, Südafrika, p. 77 : Rainer Falk, « Die Bundesrepublik und Südafrika », in AlB, numéro 6, 1981, p. 41.

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nomie (11). Néanmoins, ce sont ces secteurs qui ont bénéficié le plus largement de l'argent qui est parvenu à l'Afrique du Sud sous forme de crédits.

Les entreprises ouest-allemandes participent également sous d'autres formes à la consolidation du régime d'apartheid en Afrique du Sud. La formule ronflante de « changement par le commerce » prononcé par l'actuel président du Parti socialdémocrate (SPD), Willy Brandt, se révèle une bien piètre tentative de couvrir d'un voile humaniste les activités des requins ouest-allemands de la finance. Les entreprises ouest-allemandes se sont en effet conformées en tous points à la situation qui prévaut en Afrique du Sud. C'est ce qu'a mis en lumière une enquête effectuée en 1979 sur l'application par les entreprises ouest-allemandes du « Code de bonne conduite » du Marché commun publié à l'automne 1977 et qui prévoyait - entre autres choses — que les entreprises européennes se devaient de suivre les orientations suivantes :

- octroi des droits syndicaux sans restrictions ;

- paiement d'un salaire supérieur à au moins 50 % du minimum vital ;

- abolition de la ségrégation raciale sur les lieux de travail et dans les équipements sociaux (12).

Il ne s'agissait là que de recommandations d'ordre moral. Il n'a jamais été question de forcer qui que ce soit à les appliquer. Cela n'a pas empêché le BDI de s'élever contre ces recommandations dès leur publication (13). Les entreprises ouest-allemandes en Afrique du Sud n'ont en fait jamais suivi ces recommandations. C'est ce que révèle Jen Wolf dans son rapport d'enquête : « Parmi les entreprises que nous avons pu contrôler, il n'en est pas une seule qui satisfasse aux exigences du "Code de bonne conduite" sur le salaire minimum de 50 % supérieur minimum vital. Beaucoup d'entreprises pratiquent même des salaires inférieurs à ce minimum vital. (14) »

En juillet 1978, la direction de l'entreprise BMW a déclaré officiellement qu' « aucune activité syndicale ne serait tolérée de la part des ouvriers noirs au sein de l'entreprise ». La ségrégation raciale à tous les niveaux n'a pas été abolie. Un porte-parole de la société Siemens, qui est la plus importante entreprise ouest-allemande, est même allé jusqu'à déclarer :

de compromettre bonnes relations avec l'Afrique du Sud du fait de recommandations dictées de l'exté-

Et c'est donc en pleine connaissance de cause que le gouvernement fédéral justifie cyniquement les garanties qu'il accorde aux crédits destinés à l'Afrique du Sud en prétendant que « le bonne conduite" du Marché commun garantit que les Noirs ne sont pas discriminés lors de ce marché (16) ».

LE COMMERCE

AVEC L'AFRIQUE DU SUD La description de l'étendue des intérêts ouest-allemands en Afrique du Sud ne serait pas complète si l'on ne mentionnait pas les très importantes relations commerciales existant entre les deux pays. La RFA est en effet devenue le premier fournisseur de l'Afrique du Sud avec 22 % des importations de ce pays. Elle a occupé la première place en 1978 et 1979. La RFA a également été en 1978 le Entre autres choses, la RFA achète depuis 1967 un tiers des « Krugerrandmünzen » (monnaies en or émises par la RSA) (17). Les échanges commerciaux entre l'AIlemagne et l'Afrique du Sud sont passés de 4,17 milliards de DM en 1978 à 6,78 milliards de DM en 1979, et leur montant pour le seul premier semestre de 1980 atteignait 3,6 milliards de DM (18).

A l'image des autres importations en provenance du reste des pays impérialistes, les marchandises importées de RFA sont essentiellement des produits finis, tandis que les exportations sud-africaines vers la RFA sont surtout constituées de produits semi-finis, de matières premières et de denrées alimentaires d'origine végétale. Pour la période 1968 à 1972, les produits finis couvraient les 80 % des exouest-allemandes vers l'Afrique du Sud : avant tout machines, véhicules et matériel électrotechnique. L'essentiel des machines était constitué machines-outils, et la plus grande part du matériel électrotechnique était représentée par du matériel de communication et de mesure, y compris électronique.

La RFA fournit à l'Afrique du Sud une partie importante de ses besoins en produits finis à technologie de pointe, principalement des biens d'investisse-

Dans les années qui ont suivi cette période allant de 1968 à 1972, la tendance ne s'est pas inversée, bien au contraire, et Reinhard Rode a pu constater que « la dépendance de la République Sud-Africaine pour ce genre d'importations de produits de technologie de pointe, et surtout pour les biens d'investissement, est de plus en plus évidente (20) ».

La logique du développement de ces relations économiques entre les deux pays a été stigmatisée comme suit dans la résolution finale adoptée par le Congrès contre la coopération nucléaire RFA-Afrique du Sud de fin 1978 : « Ce n'est que grâce à ce soutien intensif à l'économie sud-africaine que l'infrastructure logistique pour la mise au point et la construction d'armes nucléaires a pu être réalisée. Si Pretoria est désormais en condition de produire une part toujours croissante de son armement, du fait de l'activité déployée par plus de 400 entreprises ouest-allemandes en Afrique du Sud, cela signifié ni plus ni moins que la coopération économique avec le régime raciste revêt une importance directement militaire. (21) »

LIVRAISONS D'ARMES ET COOPERATION NUCLEAIRE

L'Afrique du Sud dispose des forces armées les plus opérationnelles de toute l'Afrique, qu'elle utilise surtout en Namibie et contre l'Angola. La participation de la RFA à l'armement de l'Afrique du Sud se fait de différentes façons :

11. Ernst Harsch, « The foreign economie role in South Africa ». Intercontinental Press. vol. 15, numéro 13, du 11 avril 1977, p. 390

12. Frankfurter Rundschau, 29 mai 1979. 13. Frankfurter Rundschau, 23 septembre 14. Frankfurter Rundschau, 29 mai 1979. 16. Stern, 5 novembre 1981. 19. Reinhard Rode, op. cit., p. 144. ; Ostrowsky, Geissler, op. cit., p. 70.

20. Reinhard Rode, op. cit., p. 149. 21. Résolution finale du Congrès contre la coopération nucléaire RFA-Afrique du Sud, no-

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La librairie "LA COMMUNE" est avant tout une librairie militante,

- Le budget important que le régime de l'apartheid accorde à ses forces armées et à sa police (soit quelque 4 milliards de DM qui correspondent à 20% du budget 1979-1980) (22) ne peut être supporté que par une économie forte, et nous avons pu voir plus haut dans quelle mesure les entreprises ouest-allemandes — tout comme le gouvernement fédéral - y par-

- Les filiales des entreprises ouest-allemandes installées en Afrique du Sud peuvent être légalement obligées de produire des équipements militaires ;

- Bien que l'exportation vers l'Afrique du Sud de matériels militaires soit in-

« les conditions d'exportation (...) sont interprétables (23) » et elles ont effectivement lieu. Daimler-Benz a exporté vers l'Afrique du Sud environ 2 000 camions tout terrain de type Unimog depuis 1978, tandis que Magirus-Deutz a exporté

5 000 véhicules d'un modèle concurrent depuis 1977. Et, en partie par l'entremise de pays tiers non concernés par l'embargo officiel, ce sont des navires de guerre, des avions, ainsi que des moteurs et des pièces de rechange qui sont couramment fournis (24). Des révélations vnt été faites sur le trafic d'armes sur une arge échelle qui a été « organisé secrètement depuis les années 1960 avec l'Afrique du Sud avec le soutien des services spéciaux ouest-allemands (25) ».

Un autre aspect de la coopération militaire allemande avec l'Afrique du Sud est la production sous licence de matériels militaires en Afrique du Sud même. En

1977, la RFA et le Canada - par leur vote négatif — et les USA, la Grande-Bretagne et la France giscardienne - par leur veto (en tant que membres permanents du Conseil de sécurité) - ont empêché que la production d'armement sous licence par l'Afrique du Sud ne soit interdite par les Nations Unies (26). La concession de licences ouest-allemandes n'était même pas soumises à une procédure d'autorisation préalable (27) jusqu'en mars 1978. Des camions Magirus-Deutz sont donc produits comme avant en Afrique du Sud, et ce avec des pièces venant de RFA. L'entreprise Truckmakers, qui a racheté ses installations sud-africaines à Magirus-Deutz au printemps

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"LA COMMUNE,

et, un lleu d'accuell pour tous peu plus sur le marxisme, le léninisme connaissance avec la Quatrième Internationale et la Ligue Révolutionnaire des Travailleurs.

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1980, n'est autre que l'un des principaux fournisseurs de poids lourds de l'armée sud-africaine (28).

Il ne faut pas oublier de mentionner la coopération germano-sud-africaine dans le domaine nucléaire qui fait que la RFA a grandement contribué à la mise au point et à la construction de la bombe nucléaire sud-africaine qui - selon toute vraisemblance - a déjà été expérimentée en 1980. Les autorités gouvernementales ouest-allemandes ont bien entendu rejeté de telles accusations - comme celles formulées par le Comité pour la décolonisation de l'ONU fin 1978 et par le Congrès contre la coopération RFA-Afrique du Sud fin 1978 également —, mais les contacts existant entre les spécialistes et les organismes responsables des deux pays sont néanmoins établis, tout comme n'est pas contesté le fait que les entreprises ouest-allemandes ont fourni le know how (savoir-faire) et la technologie de l'enrichissement de l'uranium (29), ce qui a permis la construction de la bombe atomique sud-africaine.

Comparé à tout ce qui précède, l'accord de coopération culturelle entre le gouvernement fédéral et l'Afrique du Sud parait bien anodin. Il comprend néanmoins l'échange d'élèves et d'étuainsi que le financement d'écoles allemandes en Afrique du Sud. Le refus opposé par les autorités fédérales à la résiliation de cet accord constitue une preuve supplémentaire — s'il en était besoin — de leur refus de prendre quelque mesure que ce soit qui pourrait affecter le régime

UN MOUVEMENT DE

SOLIDARITE ENCORE FAIBLE

Le gouvernement ouest-allemand pourra se permettre de persister dans son attitude aussi longtemps que n'existera pas une opposition efficace à cette politique en RFA même, une opposition de masse où le mouvement ouvrier jouera le premier rôle. Cette perspective parait pour l'instant bien éloignée car l'Afrique du Sud ne fait pas partie des préoccupations essentielles. Cette situation peut certainement évoluer, comme l'a démontré le développement qu'a connu le mouvement de solidarité après le soulèvement ceux qui souhaitent en savoir un

Get le trotskysme et faire bruxelles 1000 de Soweto en 1976 et l'assassinat du militant noir Steve Biko en 1977.

Nombreux sont les groupes politiques qui ont déjà dénoncé la coopération dans tous les domaines entre la RFA et l'Afrique du Sud et qui ont exigé le boycott économique du régime raciste : il s'agit avant tout des Jeunesses socialistes, de l'organisation de jeunesse SDJ-Die Falken (les Faucons) et des cercles chrétiens de base. L'organisation protestante Femmes travailleuses, qui fait de la propagande pour le boycott des fruits sud-africains, est toujours particulièrement active, et ce malgré les vives réticences à l'œuvre au sein même de l'Eglise protestante.

Un des axes essentiels du mouvement de solidarité en RFA est actuellement la propagande pour un boycott économique de l'Afrique du Sud, pour soutenir les luttes de la population noire de ce pays. Cette propagande doit particulièrement combattre la position affichée par la direction syndicale de l'IG-Metall qui emboîte le pas à l'argumentation des autorités fédérales et du patronat ouest-allemand selon laquelle un boycott économique aurait pour seule conséquence d'aggraver encore plus la situation de la population noire.

Ce n'est que sur cette base que pourra se développer un mouvement de masse capable de contraindre gouvernement et patronat à un boycott économique effectif de l'Afrique du Sud, ce qui ne sera pas facile vu l'importance des intérêts des « amis de l'Afrique du Sud » dans cette affaire. L'autre élément nécessaire au développement de ce mouvement de solidarité est bien évidemment le développement luttes en Afrique du Sud même.

Wolfgang WEITZ Francfort, 20 novembre 1981. 22. Frankfurter Rundschau, 18 avril 1979. 23. Der Spiegel, 12 octobre 1981. 24. Der Spiegel, ibid. : Ostrowsky, Geissler, op. cit., p. 99.

25. Frankfurter Rundschau, 14 décembre 1978.

26. Ostrowsky, Geissler, op. cit., p. 103. 27. Frankfurter Rundschau, 14 décembre 1978.

28. Der Spiegel, 14 décembre 1980. 29. Ostrowsky, Geissler, op. cit.. p. 89-97. •INTERCONTINENTAL PRESS ABONNEZ-VOUS, RÉABONNEZ-VOUS A «INPRECOR » I

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