Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SUISSE

100 000 signatures pour l'« initiative populaire » du PSO sur la formation professionnelle

Inprecor n° 118, 8 février 1982 · p. 27 · 1 092 mots

Syndicalisme

100 000 signatures pour le PSO En système capitaliste, le temps passé apprentissage généralement un moyen de masquer le chômage des jeunes dans les statistiques officielles tout en mettant à la disposition du patronat une main-d'œuvre taillable et corvéable

En Suisse, alors que les contrats d'apprentissage dans certains secteurs sont en diminution, comme dans la construction, les arts graphiques ou la métallurgie, on constate une augmentation constante des formations professionnelles au rabais au sortir desquelles les jeunes sans qualifications se retrouvent simples manœuvres dans l'industrie. La généralisation de la formation dite « élémentaire » sur deux ans, instituée par la Loi sur la formation professionnelle de 1978, n'a fait qu'accentuer ce processus d'adaptation de la formation professionnelle aux besoins des capitalistes.

Cette pratique affecte évidemment d'abord les jeunes d'origine ouvrière, et parmi eux surtout les enfants d'immigrés et les femmes. En attaquant ainsi le droit à une véritable formation professionnelle, le patronat contribue du même coup, au-delà de ses intérêts immédiats, à introduire une profonde division entre les travailleurs, selon la filière de formation qu'ils ont suivie. Et ce qui se passe avec la formation professionnelle des jeunes vaut pour le recyclage professionnel des adultes qui est pareillement laissé au bon vouloir des entreprises privées.

C'est dans ce contexte que le Parti socialiste ouvrier (PSO), la section suisse de la IVe Internationale (ex-Ligue marxiste révolutionnaire - LMR), a lancé une grande campagne « pour le droit à la formation professionnelle et au recyclage garantis », en étant conscient du fait que les travailleurs ne pourront réellement lutter contre les divisions introduites dans leurs rangs par le patronat dès leur formation professionnelle qu'en défendant le droit pour toutes et tous d'acquérir ou de compléter une formation professionnelle qualifiée.

Cette campagne s'est inscrite dans le cadre d'une pratique institutionnelle propre à la Suisse, celle de l'« initiative populaire fédérale », qui permet — au travers d'un référendum national - de modi-

NOUVELLES DU MOUVEMENT OUVRIER ET DE fier la Constitution fédérale (charte fon-

Confédération vétique). Il est ainsi possible référendaire, d'obtenir la modification de la Constitution fédérale selon les propositions contenues dans le texte de l'initiative, pour autant que cette dernière soit appuyée par les signatures de 100 000 citoyens, et approuvée - au cours d'un vote national - par la double majorité du peuple et des cantons (23 cantons et six

Le 3 février 1981, le PSO lançait donc une telle « initiative populaire fédérale » pour une « formation professionnelle et un recyclage garantis », réclamant - entre autres choses — la prise en charge par l'Etat d'une partie de la formation professionnelle des jeunes par le biais de la création de 10 000 places de formation, au minimum, dans des ateliers publics d'apprentissage, l'objectif étant de soustraire la formation professionnelle des jeunes et le recyclage des adultes au monopole patronal. Par ailleurs, les ateliers publics devraient permettre une meilleure formation, contrôlable par les syndicats, les parents et les apprenti(e)s que les milliers de contrats d'apprentissage dispersés dans des petites entreprises.

Cela faisait plus d'un an que le PSO militait au sein du mouvement ouvrier suisse pour que cette « initiative populaicadre unitaire. Toutefois, l'Union syndi(PSS), le Parti du Travail (communiste) et le POCH (Parti ouvrier de la Confédération helvétique, se réclamant du « mouvement communiste international »), ont refusé de s'engager sur ce terrain. Début février 1981, le PSO décidait done de collecter — seul s'il le fallait — les 100 000 signatures nécessaires à la validation de son « initiative ». L'Union nationale des étudiants suisses, la section de Genève du PS, le groupe Viva-Kollectiv du canton des Grisons, la Confédération romande du travail, des membres du PS à titre individuel et des sections syndicales se sont associés à cette campagne d'ampleur nationale.

Au moment de son lancement, les réactions de la bourgeoisie ont été assez significatives. La Neue Zürcher Zeitung (NZZ) consacrait son éditorial de politique intérieure du 20 février 1981 à la campagne du PSO. Félicitant les syndicats de leur préférence pour la « voie contractuelle », la NZZ dénonçait la campagne du PSO dont le seul objectif aurait été « l'agitation et le recrutement

L'INTERNATIONALE de sympathisants chez les apprentis ». Et cet organe qui fait figure de porte-parole de la bourgeoisie de souhaiter qu'une « application rapide des améliorations prévues dans la nouvelle Loi (sur la formation professionnelle) et un contrôle plus efficace des conditions d'apprentissage par les inspecteurs de l'Etat et des associations permettront de couper l'herbe sous les pieds à cette initiative d'ailleurs dépourvue de chance d'aboutir ». Le Journal des associations patronales du 12 février 1981 préférait quant à lui « la régulation par le marché » aux ateliers publics ... Dénonçant la campagne du PSO, il réclamait de l'USS qu'elle « rejette dès maintenant cette initiative excessive ». La direction de l'USS a effectivement pris ses distances avec l'initiative de nos camarades du PSO. Mal lui en a pris.

Le résultat obtenu par le PSO constitue une gifle cinglante à toutes les critiques adressées à l'initiative. En décembre 1981, soit moins d'un an après son lancement, l'initiative « pour une formation professionnelle et un recyclage garantis » a déjà recueilli les 100 000 signatures nécessaires pour être soumise au peuple. Et ce ne sont pas là des signatures très faciles à obtenir. Signer pour une « initiative populaire » implique, en Suisse, un choix politique. Les formulaires à faire signer comportent une série d'indications qui signifient un engagement réel du signataire. Aujourd'hui, il ne reste plus au PSO qu'à rassembler 6 à 8 000 signatures de sécurité, le garantissant contre quelques invalidations.

Mais, déjà, un quotidien romand n'a pas hésité à parler d'« exploit du PSO ». Le résultat de la campagne de nos camarades est triplement significatif.

D'une part, il souligne l'acuité du problème de la formation et du recyclage face à la montée du chômage qui se profile à l'horizon. Les témoignages recueillis par les militants lors de la collecte des signatures confirment le PSO dans sa volonté de mener campagne pour desserrer l'étau patronal sur la formation professionnelle. D'autre part, ce succès a démontré la réalité organisationnelle et l'efficacité du PSO, bien au-delà des milieux qu'il influence traditionnellement. Enfin, ce résultat éclaire d'une manière cruelle certains échecs en matière d'« initiative populaire » subis par des organisations du mouvement ouvrier. Ainsi, par exemple, l'Union syndicale suisse, qui compte 500 000 adhérents, n'a toujours pas trouvé les 100 000 signatures nécessaires pour proposer au peuple et aux cantons son initiative sur les 40 heures, lancée en janvier 1978. •

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