Interview d'un marxiste révolutionnaire égyptien
EGYPTE
Darabe d'Egypte (5), a la pré dence de laat dabouar
ES avant son accession à la présidence de la République el Sadate le 6 octobre 1981, Hosni Moubarak a tenu à rassurer l'impérialisme US inquiet d'une éventuelle rupture dans la politique d'un de ses plus sûrs alliés au Moyen-Orient.
Et, à la mi-novembre, comme initialement prévu, 4 000 soldats américains de la Force de déploiement rapide et autant de militaires égyptiens participaient aux manœuvres conjointes Bright
Star Il dans les environs du Caire.
Tout en maintenant pour l'instant le cap de la politique étrangère initiée par Anouar el Sadate, notamment dans ses rapports avec l'impérialisme américain et Israël, Hosni Moubarak a entrepris sur le plan intérieur une certaine opération d'ouverture en direction des personnalités d'opposition qui avaient été arrêtées en septembre dernier sur ordre de Sadate.
A leurs libérations se sont succédés les ralliements et les soutiens plus ou moins explicites au nouveau président, comme ceux des dirigeants du Parti socialiste du travail (PST), du Rassemblement national progressiste et unioniste et de certaines personnalités religieuses. C'est sur ce fragile consensus que le
INPRECOR : - Quel bilan peut-on faire de la période Sadate (octobre 1970 - octobre 1981) en Egypte ?
- L'Egypte a connu sous Sadate des très importants à tous les niveaux, alors que les prémisses de ces changements étaient déjà évidents au sein même du régime bonapartiste de Gamal Abdel Nasser (1953
1970), et notamment après la défaite de
1967 face à Israël.
D'alliée de l'URSS, l'Egypte est passée sous Sadate au rang de l'une des principales zones d'influence de l'impérialisme américain au Moyen-Orient. De la surenchère démagogique contre l'Etat sioniste, on est alors passé à la normalisation des rapports avec Israël. Après avoir exercé son hégémonie sur le nationalisme arabe pendant de longues années, l'Egypte a coupé ses liens avec la très grande majorité des Etats arabes. D'une politique économique axée sur l'industrialisation et le
«autonome » dans développement cadre d'une quasi-rupture avec l'impérialisme, on est passé à la politique de la porte ouverte vis-à-vis de ce même impérialisme, à l'abandon de toute véritable ambition industrielle et au retour, sous le nom de « Révolution verte », à cette vieille rengaine selon laquelle l'Egypte serait un pays à vocation agricole. D'un niveau de pour la majorité laborieuse des Egyptiens, on est passé à la chute accélérée du niveau de vie, à une inflation croissante et aux attaques portées contre la satisfaction de certains des besoins les plus élémentaires de la majorité laborieuse de la population. De la « liquidation du féodalisme et
Une nouvelle formule
me (1). à Paris début janvier. des agents du colonialisme », on est passé à la restitution des biens expropriés et à des rapports amicaux même avec l'héritier du roi Farouk ler. De l'Union socialiste arabe, parti unique, on est passé à un pluripartisme tout-à-fait formel.
Il faut cependant souligner que ce qui a semblé être une « Restauration » par rapport aux acquis du nassérisme n'était fait qu'une négation du nassérisme dans sa continuité car, si Nasser était resté en vie, il aurait grosso modo appliqué la même politique avec, néanmoins, une différence dans le style et la forme. Le nassérisme représentait à sa façon les ambitions de la bourgeoisie égyptienne, sa volonté de créer un Etat national moderne et fort ; le « sadatisme » a été l'échec de ces ambitions et de cette tentative, la égyptienne dorénavant des miettes que lui abandonne l'impérialisme.
- Quel effet peut avoir la mort de Sadate sur la politique égyptienne, notamment dans le domaine des relations extérieures ?
- Bien que la personnalité du président puisse jouer un rôle important dans un pays où le pouvoir est concentré entre ses mains et celles d'une poignée d'hommes de confiance, la politique est déterminée en dernière instance par les intérêts généraux de la classe dominante. C'est pourquoi il est bien difficile de prévoir des changements significatifs dans les grandes lignes de la politique égyptienne.
L'alliance avec l'impérialisme américain et les régimes qui lui sont liés, la reconnaissance d'Israël et même la coopéranouveau président entend fonder la relance de l'économie du pays. Pour l'instant, seules quelques mesures démagogiques, comme l'éviction de certains collaborateurs de Sadate notoirement corrompus ou la destruction des riches villas que les dignitaires du régime s'étaient fait construire aux pieds des pyramides de Gizeh, constituent les signes d'une évolution du régi-
« Si le monde redoute la déstabilisation politique de l'Egypte, la véritable menace est ailleurs : une démographie galopante (la population s'accroît d'un million de personnes par an, plus de 2,8 %, pour atteindre d'ores et déjà 41 millions) et un fort endettement du pays », notait de façon réaliste le quotidien patronal français les Echos du 8 décembre dernier, pour situer les problèmes auxquels se heurtent les nouveaux diri-
Pour en savoir plus sur l'évolution du régime et sur l'éventail des forces politiques existant en Egypte, Inprecor a interrogé un militant marxiste révolutionnaire égyptien de passage tion avec l'Etat sioniste, le rôle d'agent de l'impérialisme dans la région arabe et en
Afrique, la lutte contre les mouvements de libération et la participation aux activités contre-révolutionnaires semble de la région, la poursuite d'une politique de garanties des plus grandes libertés accordées au capital impérialiste et local pour le pillage des ressources du pays et l'exploitation éhontée de ses masses laborieuses : telles sont les orientations fondamentales et inchangées de la bourgeoisie égyptienne.
Bien que le nouveau président Hosni
Moubarak n'ait pas de passé politique particulier, il reste qu'il était un dirigeant de l'appareil militaire du régime d'une part ; que, d'autre part, il doit à son approbation de la politique dominante d'étre aujourd'hui au pouvoir et qu'enfin, au cas même où il chercherait à introduire des changements radicaux dans la politique de la classe dirigeante, contraires aux intérêts de ses maîtres impérialistes, rien ne serait plus aisé que de le remplacer.
D'ailleurs, en ce qui concerne les rapports avec l'impérialisme américain et l'Etat sioniste, le nouveau président, avant même son investiture, a tenu à affirmer qu'il se considérait engagé par l'ensemble de la politique de son prédécesseur. Il a affirmé que l'Egypte respecterait tous ses engagements avec les deux parties concernées, promis d'effectuer une visite en Israël, prévu une autre visite aux Etats-
Unis, repris les négociations sur la préten-
1. Pour un bilan du régime de Sadate, cf.
Vincent Kermel, « Le lourd héritage d'Anouar
Sadate », Inprecor numéro 113, du el novembre 1981.
due autonomie palestinienne prévue par les accords de Camp David et accueilli, enfin, l'armée américaine en manœuvre. On a pu tout au plus noter une plus grande fermeté de ton dans les négociations avec l'Etat sioniste.
Quant aux relations égypto-arabes (largement dépendantes des relations entre l'Egypte d'une part et les Etats-Unis et Israël d'autre part), Moubarak a commencé par faire cesser les campagnes de prodirigées contre les régimes arabes, abandonnant ainsi l'attitude provoquante adoptée par Anouar El Sadate à de ces régimes après 1977 (2). Il cherche en fait à rétablir des relations avec ces derniers, jugeant — à juste titre - n'existe pas de divergences insurmontables avec l'ensemble des gouvernements arabes, tous d'accord pour aboutir à un règlement avec Israël. Il est évident que Hosni Moubarak cherche une nouvel. le formule permettant la continuation de la même politique de capitulation face à Israël sous le patronage des Etats-Unis, tout en mettant fin au boycott arabe de l'Egypte. Cela d'autant plus qu'il est devenu évident que la formule des accords
David a échoué, aucun autre Etat arabe n'ayant pu être convaincu de
Cette orientation du nouveau président trouvera sans nul doute un écho très favorable auprès des dirigeants réactionnaires d'Arabie Saoudite, avec lesquels il est probable qu'il soit déjà en rapport. Les choses deviendront plus claires à ce niveau après la fin du retrait israélien du Sinai prévue pour avril 1982.
- Il a beaucoup été question mouvement islamique égyptien, qu'en est-il au juste ?
- Dès son accession au pouvoir en octobre 1970, Sadate avait fait libérer les détenus appartenant à la confrérie des Frères musulmans et permis aux exilés de rentrer. Il se faisait appeler « le président croyant » et multipliait les références religieuses dans ses déclarations publiques. En 1972-1973, il a utilisé les organisations islamiques pour s'opposer à la montée de la gauche dans les universités. Ainsi, ces organisations islamiques ont-elles commencé à agir sous l'impulsion du régime et avec sa protection bienveillante.
Avec l'exacerbation de la crise sociale, économique et politique de la société égyptienne, ces dernières années, et au regard de la faiblesse générale de la gauche surtout après janvier 1977 (3), les organisations islamiques, toujours soutenues par le régime, ont rencontré une large audience au sein de la petite bourgeoisie égyptienne, notamment parmi les employés, les instituteurs, les étudiants, les petits boutiquiers, les lettrés et semi-lettrés des villages.
Les raisons de cette expansion sont multiples : la profondeur de la crise sociale, les aspects révoltants de la décadence sociale, la domination de l'idéologie religieuse, restée idéologie de la classe dominante sur une très longue période. Par ailleurs, des thèmes d'agitation très simples:
réhabilitation des rites religieux, défense des tabous, réforme morale, une certaine mode vestimentaire (djellabas blanches), le port de la barbe, l'hygiène alimentaire traditionnelle, quelques démonstrations de force comme la fête du Eid, pour laquelle des milliers de personnes se rassemblent au Caire, en provenance de agressions contre les « amoureux » sur la voie publique, interdiction des activités culturelles et artistiques dans les universités sous prétexte de leur caractère anti-religieux, ségrégation dans les salles d'enseignement, imposition du hedjab (voile) aux parentes contre les chrétiens (présentés comme des croisés qui veulent éloigner l'Egypte de lIslam avec l'aide de la « croisade mondiale » : Etats-Unis et Europe), contre Israël (présenté comme l'Etat juif exécutant le complot juif mondial contre l'Islam), contre le communisme (autre complot juif dirigé contre l'Islam) et, enfin, contre le régime tenu pour responsable de la dégradation des mœurs et accusé de faiblesse vis-à-vis des ennemis de l'Islam.
Il est possible de distinguer deux tendances principales au sein des organisations islamiques : d'une part, la tendance des Frères musulmans, représentant la continuité de la vieille confrérie fondée dans les années 1930. Cette tendance est liée au pouvoir qui lui a permis de reprendre la publication légale de sa revue, Al Da'oua (l'Appel), depuis 1974. Elle représente la tendance modérée du mouvement islamique et pratique une politique de type « réformiste ». L'autre tendance est apparue au début des années 1970 et comprend plusieurs groupes qui tous condamnent la société et le pouvoir comme impies et en déduisent la nécessité d'une lutte violente pour la prise du pouvoir et l'instauration d'un gouvernement islamique comme tâche immédiate qui ne saurait attendre la conversion de la socié.
tout entière. La première tentative dans ce sens a été dirigée par Saleh Sarieh, membre du Parti de la libération islamique, qui a des ramifications dans plusieurs pays arabes : elle visait à s'emparer des armes de l'Ecole technique militaire, pour investir ensuite les locaux du Comité central de l'Union socialiste arabe - parti unique depuis 1961 - où Sadate se trouvait en réunion avec les hauts dignitaires de l'Etat et du parti. La tentative échoua et Saleh Sarieh et un groupe de ses partisans furent exécutés. Le reste de ses partisans proclama, en prison, son allégeance à Chukri Moustafa, commandant (Amin) du « Groupe des musulmans » comme ils s'appellent eux-mêmes, ou At-Takfir wal Hegra (Blasphème et Reniement) comme les appelle le pouvoir. C'est ce groupe qui a enlevé en 1977 le Dr Al-Zahabi, alors ministre des Affaires religieuses, pour l'échanger contre la libération des « frères » détenus, une rançon et la diffusion d'un communiqué et de brochures. N'ayant rien obtenu, ils exécutèrent le ministre. En représailles, le pouvoir fit exécuter Chukri Moustafa et quatre autres dirigeants du même groupe qui revendiquait alors 3 000 membres.
Par la suite, il fut souvent question d'une organisation du nom de « Al-Jihad » (Guerre sainte), on ne sait pas encore si cette organisation est responsable de l'assassinat d'Anouar el Sadate et de la tentative de putsch à Assiout, dans le sud du pays, ou s'il s'agit d'un autre groupe né depuis près d'un an.
Il est difficile d'en savoir plus sur ces groupes, car il s'agit d'organisations armées ultra-clandestines, qui liquident physiquement leurs dissidents pour les de divulguer leurs Quant à leur influence réelle, elle est sans rapport avec le nombre de leurs militants. D'une part, il existe une tendance qui ne recrute que sur la base d'un retour aux rites et coutumes de la religion ; d'autre part, existent des groupes qui organisent des conspirations qui n'aboutissent qu'à la potence, la prison et la désertion des militants. Il a été possible d'avoir récemment une illustration de la faiblesse du mouvement musulman: les arrestations de septembre 1981 n'ont entraîné que quatre ou cinq petites manifestations de protestation parties de mosquées dont les prédicateurs sont des opposants au régime qui prononcent des discours plus politiques que religieux. Ces manifestations ont été rapidement et facilement réprimées. Après l'assassinat d'Anouar el Sadate et la vague d'arrestations qui s'ensuivit, toutes les djellabas blanches et les barbes ont disparu des rues...
- Et qu'en est-il de l'opposition de la bourgeoisie?
- Il y a d'abord le Parti socialiste du travail (PST) dirigé par Ibrahim Chukri qui etait membre dirigeant de l'organisation fascisante Jeune-Egypte avant 1952. Ibrahim Chukri était devenu ministre sous Sadate, avant de fonder son propre parti, avec la bénédiction et l'encouragement du président, qui souhaitait la création d'une opposition bourgeoise légale et modérée, après que d'autres opposants bourgeois l'aient gêné plusieurs fois. Le PST fut gratifié de 30 sièges au Parlement. Cependant, il s'est vite transformé en opposition convaincue, bourgeoise bien entendu, après que la faillite du régime soit devenue évidente et que d'autres opposants bourgeois notables aient rejoint le PST, tels Helmi Mourad et Fathi Radwan. Le PST s'est désolidarité des accords de Camp David et a lancé au cours des derniers mois de violentes attaques contre Sadate en personne et contre sa politique. Cela a entraîné le pouvoir à retirer ses députés « prêtés » au PST, ce qui a laissé ce dernier avec seulement 12 députés. Enfin, en septembre 1981, le journal du PST a été suspendu et plusieurs de ses membres les plus éminents ont été arrêtés.
2. 5 décembre 1977, rupture des relations diplomatiques avec l'Algérie, l'Irak, la Libye et le Yémen du Sud.
3. 18 janvier 1977, émeutes contre les augmentations de prix des denrées alimentaires (30 % sur le sucre, le pain, le riz, le sel), l'Etat ayant supprimé des subventions. Officiellement, 79 morts au Caire.
Le Parti Wafd est le parti traditionnel de la bourgeoisie libérale, disposant d'une large influence populaire et d'une longue expérience politique (4). En un an et quelques mois d'activité légale, le Parti Wafd est parvenu à gêner considérablement le régime et approfondir sa crise, ce qui a poussé Anouar el Sadate à organiser le référendum de 1978, aussi truqué que les autres, pour imposer de nouvelles restrictions aux libertés politiques et priver de leurs droits politiques les principales figures du Parti Wafd et notamment Fouad Serageddine qui avait été ministre de l'Intérieur sous la monarchie (5). En réaction, le Parti Wafd décidait de se dissoudre, mais ses membres continuaient en fait à agir et à animer l'opposition et à jouer un rôle éminent dans la Rencontre des forces patriotiques, œuvrant à la constitution d'un front de l'opposition légale groupant le Parti Wafd, le PST et le Rassemblement national progressiste et unioniste, avant que n'interviennent les arrestations de septembre 1981.
Par ailleurs, une Coalition nationale a été mise sur pieds en 1979 par 40 personnalités, pour la plupart membres des goude l'époque (1954-1970), et notamment Aziz Sedgi. Cette coalition s'apprêtait à assurer la relève du régime en cas de coup d'Etat ou de toute autre forme de renversement. Elle n'a aucunement cherché à se gagner un soutien de masse. En même temps, elle a refusé aux étudiants et aux communistes le droit d'y adhérer. C'est à la même période qu'a été annoncée la création du Front national dirigé par l'ex-chef d'état-major de l'armée égyptienne durant la guerre du Kippour en 1973, le général Chazli (réfugié en Libye), et groupant le Parti communiste égyptien, les nassériens et des indépendants. Cependant, ce Front n'a, en tant que tel, aucune activité en Egypte même, indépendamment de l'activité du PC et du Rassemblement national progressiste et unioniste qui en font partie.
Le nouveau président Hosni Moubarak a reçu au palais présidentiel les représentants de l'ensemble de ces courants, détenus depuis septembre 1981, et a ordonné leur libération, non sans avoir obtenu leur appui unanime ...
- Où en est aujourd'hui la gauche égyptienne?
- Il y a avant tout la gauche légale, le Rassemblement national progressiste et unioniste, parti réformiste petit bourgeois, dont les dirigeants ont récemment rencontré Hosni Moubarak et annoncé le gel de leur opposition pour « donner une chance » au nouveau président.
Il existe, d'autre part, une série d'organisations communistes clandestines :
- Le Parti communiste égyptien (PCE), fondé en 1975 (le PCE s'était dissous en 1964 pour se fondre dans le parti unique nassérien), est l'héritier officiel du stalinisme ; reconnu par le « camp socialiste », ce parti regroupe essentiellement les survivants du mouvement communiste des années 1940 (« second mouvement communiste égyptien ») et 1950, et appelle encore à la formation d'un « Front national démocratique » incluant la bourgeoisie, pour une « Révolution nationale démocratique », et considère que la construction d'un tel front est sa tâche fondamentale dans la période actuelle.
- Le Parti communiste égyptien -Congrès est le produit radicalisé d'une scission du PCE intervenue en 1977 ; il regroupe principalement l'ex-Jeunesse communiste et appelle à l'unification du mouvement égyptien » contre l'opportunisme et le suivisme de l'ancien mouvement, et ce par un Congrès d'unification pour la fondation d'un Parti communiste révolutionnai-
- Le Courant révolutionnaire (CR) n'est pas une organisation, mais bien un « courant » se situant à la droite du PCE, malgré sa dénomination.
- Le Parti communiste égyptien des ouvriers (PCEO), né au début des années 1970 sous le nom d'Organisation communiste égyptienne, n'est devenu « parti » qu'en 1975. Ce groupe fait l'analyse suivante : le régime hérité du nassérisme est le pouvoir d'une classe « bureaucratique bourgeoise », contre laquelle doit être créé populaire » comprenant ouvriers, paysans et petits-bourgeois pour achever la révolution démocratique et instaurer une république parlementaire. Le PCEO se distingue par une critique acerbe mouvement communiste égyptien » (génération des années 1940), dénonçant sa trahison et condamnant toute la tradition de ce mouvement et ceux qui y ont participé.
- Le Parti communiste égyptien - 8 Janvier, composé entre autres d'une scission du PCEO et d'anciens membres du mouvement « Chourouk » (l'Aube) qui avait précédé la fondation du PCE en 1975. La ligne politique de ce groupe est une combinaison de celles de ses composantes d'origine, et repose sur la condamnation insistante de l'« opportunisme de droite » et de l'« infantilisme de gau-
A l'exception du PCE et du CR, les autres organisations mentionnées peuvent être caractérisées comme centristes et éclectiques dans leur attitude vis-à-vis du stalinisme et du trotskysme. Leur critique du stalinisme est plus ou moins partielle.
L'ensemble des organisations communistes clandestines, à l'exception du PCE stalinien, sont aujourd'hui en crise. En effet, en dépit de l'influence de masse qu'elles ont pu conquérir à une certaine période — non pas tant en raison de leurs qualités propres qu'en raison de la profondeur de la crise et des explosions sociales spontanées —, toutes ces organisations souffrent depuis leur fondation d'une faiblesse structurelle, de l'absence de clarté et de maturité politiques, d'inexpérience, qui sont tous des facteurs qui les ont empêchées de jouer un rôle dirigeant dans l'insurrection populaire du 18 janvier 1977 ou même d'en profiter réellement. Le résultat a même été contraire : l'Etat bourgeois, ayant assimilé la leçon après sa grande peur, a eu recours depuis janvier 1977 à des vagues de répression répétées contre la gauche révolutionnaire dont les membres, ou présumés tels, sont systématiquement arrêtés. Toute tentative de lutte populaire, depuis cette date, a été réprimée au stade embryonnaire. Cette situation a, bien entendu, de graves répercussions au sein des organisations d'extréme gauche.
Cependant, les crises aiguës du capitalisme dépendant égyptien ne peuvent qu'exploser tôt ou tard et provoquer de vastes mouvements de protestation populaires à caractère anticapitaliste. Les tâches actuelles des révolutionnaires égyptiens sont, en plus de leur participation à ces luttes et à leur préparation, d'assimiler les leçons du passé et d'élaborer un programme et les méthodes d'action qui leur permettront de se hisser, au fil des luttes, à la tête du mouvement populaire.
Propos recueillis par INPRECOR, Paris, janvier 1982 4. Le Parti Wafd a été le principal parti du pouvoir en Egypte de 1919 a 1952, il est réapparu en 1977 sur la scène politique.
5. Avant la proclamation de la République par le colonel Néguib le 18 juin 1953. Anouar el Sadate et la hiérarchie militaire égyptienne lors d'un défilé en 1977. (DR)