Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AMERIQUE CENTRALE

L'impérialisme met la région à feu et à sang

· Inprecor n° 118, 8 février 1982 · p. 3-6 · 4 126 mots

El Salvador Nicaragua Amérique centrale États-Unis

L'impérialisme US met la région

'IMPERIALISME américain est résolu à mettre à feu et à

Limon le merique maire dans a te le pour etat

/montée révolutionnaire dans cette région. Pour ce faire, il renforce régulièrement son aide aux dictatures les plus sanglantes.

Parallélement, et malgré les démentis répétes du Nicaragua et de Cuba, l'impérialisme US poursuit au travers des médias à sa solde une intense campagne d'isolement politique. En octobre dernier (cf. Inprecor numéros 113 et 114, des 23 novembre et 7 décembre 1981), Washington a lancé une nouvelle of fensive d'intoxication qui s'est focalisée sur un prétendu « afflux d'armement sophistiqué » au Nicaragua en provenance

Mais, alors qu'ils tolèrent l'entraînement militaire d'exilés cubains et nicaraguayens anti-communistes sur leur sol, les

Vincent KERMEL

Un article du Washington Post du 10 décembre 1981 éclaire crûment le marchandage impérialiste destiné à désarmer la révolution sandiniste, et auquel le gouvernement nicaraguayen a dû s'opposer.

Le quotidien américain publie des extraits de lettres adressées en septembre 1981 par l'administration Reagan aux dirigeants du Nicaragua. Dans l'une d'elles, les Etats-Unis proposent de « renforcer vigoureusement » leur contrôle des exilés nicaraguayens qui s'entraînent dans des camps militaires en Floride à condition que les « forces militaires régulières du à feu et à sang

Nicaragua soient limitées à 15 ou 17 000 hommes ». Une autre note diplomatique émet le souhait de voir l'Armée populaire sandiniste (EPS) réduite à « la taille traditionnelle » de la Garde nationale sous Anastasio Somoza, c'est-à-dire environ 8 000 hommes. A cela s'ajoutait l'injonction de l'arrêt de l'importation d'armement lourd en provenance d'URSS ou de Cuba. L'administration Reagan réclamait même du gouvernement nicaraguayen qu'il accepte l'enquête sur place d'une « commission de l'Organisation des Etats américains » (OEA).

Mais, parallèlement, Washington annulait définitivement une aide de 7 mil-

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USA interdisent l'entrée de leur territoire aux réfugiés haïtiens. Le journal bourgeois français le Figaro du 26 janvier

1982 n'hésite pas à affirmer à ce sujet que le débarquement manqué en Haiti d'un commando dirigé par Bernard Sansaricq ne serait qu'un « coup de bluff » monté par les USA pour justifier l'augmentation de leur aide à « Baby Doc ».

Entraînement des militaires salvadoriens à la torture, formation des soldats et officiers guatémaltèques à la tactique contre-insurrectionnelle mise en pratique au Vietnam, manœuvres électorales de désamorçage des contradictions sociales au

Honduras, pressions multiformes contre le Nicaragua, Cuba et

Grenade, et soutien ouvert à la dictature des tontons macoutes de « Baby Doc » en Haiti, sont quelques-uns des éléments de la politique actuelle de l'impérialisme américain.

lions de dollars (déjà suspendue en avril

1981), augmentait son aide militaire au

Honduras et organisait des manœuvres navales avec l'armée hondurienne au large du Nicaragua. Le gouvernement américain continuait aussi à tolérer l'implantation de nouveaux camps d'entraînement d'exilés nicaraguayens sur son territoire.

La vague d'actions terroristes contre- révolutionnaires qui s'est développée fin

1981-début 1982, et derrière laquelle on peut aisément reconnaître la main des stratèges de Washington, illustre parfaitement la véritable orientation de l'impérialisme américain face à la révolution sandiniste.

La répression quotidienne au Salvador. (DR)

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La capture, par les autorités nicaraguayennes, le 8 janvier dernier, d'un commando contre-révolutionnaire qui s'appré. tait à dynamiter la raffinerie Esso et la cimenterie nationalisée - les deux seules entreprises de ce type que possède le Nicaragua — en dit long sur les connivences et les complicités dont bénéficient ces actions. Le commando en question était lié à l'Union démocratique nicaraguayenne (UDN) - dont le bras armé se fait appeler Forces armées révolutionnaires du Nicaragua (FARN) - dirigée par deux personnalités de l'opposition bourgeoise antisomoziste, Fernando et Edmundo Chamorro Rapaccioli. Deux des membres de ce commando étaient des agents des services secrets du Venezuela, en contact avec le capitaine hondurien Alexander Hernandez qui devait servir d'intermédiaire pour établir une collaboration entre la mission militaire argentine au Honduras et l'UDN et les FARN ...

Le ministre nicaraguayen des Affaires étrangères a dénoncé ce complot en accusant certains responsables de l'ambassade du Venezuela à Managua. Le quotidien du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), Barricada, du 13 janvier, révélant les preuves et les détails de ce plan avorté, met en cause « les attachés de l'ambassade vénézuélienne au Nicaragua et au Costa-Rica, le colonel Pedro Sanchez Rivero, José Anibal Palacios et Edgardo Escobar, l'agent des services secrets vénézuéliens Julio Gonzalez Ferron - camouflé en chef d'entreprise à Managua →, Eduardo Avila, attaché militaire salvadorien à San José de Costa Rica, le capitaine Alexander Hernandez des services secrets de l'armée hondurienne, les Forces spéciales de sécurité du Honduras (FUSEP) et des membres de l'état-major des Forces armées argentines. »

La détermination politique américaine d'en découdre avec la révolution sandiniste s'exprime aussi d'autres manières. Par exemple, par la voix d'un adjoint du secrétaire d'Etat aux Affaires américaines, Thomas Enders, camps d'entraînement militaire de contre-révolutionnaires en Floride, qui proclame qu'il « n'est pas illégal de faire des exercices militaires » (New York Times, 23 décembre 1981). Ou sous la forme de la décision des représentants américains du Conseil de direction de la Bandéveloppement (BID) d'opposer leur veto à un prêt de 500 000 dollars destiné aux petits éleagriculteurs nicaraguayens. Commentant l'opposition américaine à un autre prêt de 22,8 millions de dollars de la Banque Mondiale au Nicaragua, le porte-parole du Département d'Etat, Sue Pittman, a annoncé de nouvelles initiatives américaines pour empêcher l'octroi de crédits au Nicaragua. américain a clairement exprimé la volonté impérialiste d'imposer son diktat au Nicaragua, ajoutant que « la politique nicaraguayenne d'expansion monétaire et fiscale et de déficit de l'exercice en cours, devrait être remplacée par une autre de hausse des investissements, restriction des fonds publics et de haute productivité ». (Barricada, 17 janvier 1982). LE CHAMP D'EXPERIMENTATION

HONDURIEN Mais, pour endiguer la montée révolutionnaire en Amérique centrale, l'impérialisme américain mène une politique à multiples facettes. Dans le même temps où ils entraînent et arment les forces répressives des dictatures du Salvador, du Honduras et du Guatemala, et les poussent à une étroite coopération militaire en réactivant le Conseil de défense centro-américain (CONDECA), les Etats-Unis affirment haut et fort soutenir dans ces pays des « solutions politiques » destinées à leur fournir une légitimité minimum sur

Ainsi, l'administration Reagan multiplie-t-elle les pressions pour la tenue d'élections au Guatemala le 7 mars et au Salvador le 28 mars, après celles qui ont porté, le 29 novembre dernier, le leader du Parti libéral (PL), Roberto Suazo Cordova, à la présidence du Honduras. En ce qui concerne le salvador, cette formule à même reçu l'aval, début décembre, des membres de l'Organisation des Etats américains (OEA) réunis en asSainte-Lucie dans la Caraibe.

Pourtant, ces manœuvres électorales ne constituent qu'un volet contre-révolutionnaire destiné à écraser les mouvements de masse et les forces ré. volutionnaires qui luttent au Salvador et au Guatemala.

Dans ce cadre, le Honduras, qui est un élément clé du dispositif d'agression contre le Nicaragua, représente pour Wad'une tentative de prévention de l'extension à ce pays du type d'affrontements qui oppose, au Salvador comme au Gual'appareil d'Etat et les forces bourgeoises - de plus en plus réduites aux forces militaires et répressives - à l'ensemble de la société civile.

Le vote majoritaire pour les candidats du Parti libéral le 29 novembre dernier, à l'occasion des secondes élections connaissait le pays depuis 1932, a une double signification. D'une part, il est l'expression de la volonté populaire porter au pouvoir un candidat civil apparemment moins lié aux militaires que son concurrent du Parti national (PN). D'autre part, il reflète aussi l'important retard dans la conquête de l'indépendance classe du mouvement populaire d'un pays qui figure, après Haïti, parmi les plus pau-

Si le Honduras n'est pas « l'oasis de paix et de tranquillité » qu'affirme la presse pro-impérialiste, la polarisation sociale n'y a pas pris la forme d'attrontements militaires, comme dans les autres pays d'Amérique centrale. L'hégémonie bourgeoise s'exprime encore dans ce pays par la combinaison de la domination de partis politiques bourgeois disposant encore d'une certaine base, alliés à la caste

Malgré le régime militaire en vigueur, le mouvement ouvrier et populaire a pu jusqu'à présent s'exprimer sous la forme de grèves légales et de manifestations. En 1980 par exemple, plus de 9 000 travailleurs de la banane sont entrés en lutte contre les trusts américains Tela Railroad Company et Standard Fruit Co, leur faisant perdre plus d'un million de dollars. Cependant, le mouvement ouvrier et populaire hondurien, malgré sa combativité, n'en est qu'au début de son processus d'émancipation politique par rapport aux

Dans le contexte économique actuel, d'une inflation de 33% en 1981, d'un chômage qui touche 25% de la population active, d'une baisse des cours mondiaux des produits agricoles, d'une fuite des capitaux et d'une diminution des rédevises de l'Etat, le nouveau gouvernement, qui a pris ses fonctions le 27 janvier 1982, ne pourra que mener une politique d'austérité brutale et d'attaque contre le niveau de vie des masses, ce qui ne sera guère susceptible d'atténuer les tensions sociales.

Lui-même une des dix plus grosses fortunes du pays, le dirigeant libéral Roberto Suazo Cordova a d'ailleurs consacré ses premières déclarations, une fois élu, à l'affirmation de son allégeance à l'armée et aux Etats-Unis. « Je suis pleinement convaincu, devait-il déclarer, que le peuple hondurien et le Parti libéral allons être main dans la main avec l'armée afin de préserver la paix et la tranquillité. (...) Ce que nous n'allons pas permettre ici, a-t-il poursuivi, c'est la subversion qui a dévasté le Salvador et le Guatemala » et, pour cela, il estime que « la présence militaire des

Men Amérique centrale nécessaire ». (Inforpress, Ciudad Guatemala, 3 décembre 1981). Suazo Cordova vient d'avaliser la nomination du colonel Gustavo Alvarez Martinez comme commandant en chef de l'armée. Les premières paroles du colonel ont été pour dénoncer le « complot communiste » contre le Honduras et accuser les réfugiés salvadoriens de « subversion ».

Les militaires honduriens, qui maintiennent Roberto Suazo Cordova et son gouvernement sous leur etroit controle, et l'impérialisme américain, acceptent d'autant plus facilement ce président civil qu'il ne pourra que mener leur politique. Pourtant, dans un pays où les 5 % de la population possedent toujours les 61 % des terres et où 22 % de toutes les terres agricoles sont concentrées dans 445 exploitations de plus de 500 ha chacune, après une « réforme agraire » impulsée en par les militaires et fortement contestée par l'oligarchie terrienne, voit mal quelle politique de réformes pourrait mener un gouvernement aussi dépendant de la bourgeoisie et de l'impéria-

L'International Herald Tribune du 21 décembre 1981 relève d'ailleurs cette contradiction en affirmant que le gouvernement devra « développer un programme d'austérité qui tendra ses rapports avec le peuple, prendre des mesures contre la corruption qui rendront furieux

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L'armée salvadorienne dévastant les locaux d'organisations de gauche à l'Université de San Salvador les militaires, et mettre en application les lois sur la réforme agraire existant deja, ce qui lui aliénera les grands propriétaires fonciers ». Le programme du gouvernement de Roberto Suazo Cordova, qui prévoit d'appliquer la réforme agraire des militaires et qui propose un « plan d'action pour relancer l'économie nationale » se confrontera donc très rapidement aux revendications populaires, alors même que le patronat, regroupé dans le Comité hondurien de l'entreprise privée (COHEP), en appelle déjà à un « véritable plan d'austérité du secteur public » et propose de résoudre la question agraire sans pour autant « porter atteinte aux propriétés qui accomplissent leurs fonctions sociales » (Inforpress, 14 janvier 1982).

Le nouveau gouvernement n'échappera pas non plus aux conséquences de la polarisation sociale en cours dans le reste de la région, en même temps qu'il ne s'émancipera nullement du rôle contre-révolutionnaire que l'impérialisme attribue aux forces répressives honduriennes. Celles-ci, qui bénéfic • de l'encadrement de 150 conseillers américains, participent à l'établissement le long de la frontière avec le Salvador d'un véritable no man's land qui consiste à déplacer les populations réfugiées pour aider l'armée salvadorienne à prendre les guérilleros du FMLN en tenaille. Le capitaine hondurien Mejia Flores, qui dirige les troupes de la région de La Virtud, a reconnu à ce sujet que « les forces militaires des deux pays, en accord avec les conseillers américains, ont décidé de militariser la zone frontière » (Inforpress, 3 décembre 1981). Un plan vient d'etre dénoncé par le Mouvement populaire de libération Cinchoneros (MPL), qui a dévoilé l'arrivée au Honduras de « soldats et d'officiers des forces armées d'Argentine, du Chili et du Venezuela, pour collaborer avec les troupes locales dans les actions contre les guérillas salvadoriennes », sous couvert du Traité interaméricain d'assistance réciproque (TIAR) (Barricada, 10 janvier 1982). Par ailleurs, l'armée et le gouvernement du Honduras sont activement partie prenante des actions contre la révolution sandiniste.

VIETNAMISATION

DE LA SITUATION AU GUATEMALA Au Guatemala, c'est dans un véritable contexte de vietnamisation de la situation que va se dérouler la mascarade électorale du 7 mars. Ces élections n'auront guère plus de représentativité que celles qui portèrent, en 1978, le général Romeo Lucas Garcia à la présidence, avec un taux officiel d'abstentions de 63,5 % des inscrits.

Pourtant, les Etats-Unis ont effectué de nombreuses démarches pour essayer de donner une quelconque crédibilité à ces élections. Washington a notamment essayé, mais en vain, d'obtenir de l'armée et du gouvernement qu'ils appuient un candidat civil. En définitive, ce sera l'ancien ministre de la Défense, le général Anibal Guevara, qui obtiendra l'investiture officielle de l'armée et du Front démocratien juin 1980. (DR) que populaire (FDP), dénomination de l'alliance des deux partis réactionnaires officiels.

Le journal guatémaltèque La Nacion du 13 décembre 1981 exprime bien l'attitude des militaires et de l'extrême droite face à ces pressions américaines. L'éditorialiste note en effet que « tous les partis, les candidats à la présidence et le gouvernement, doivent assumer une position claire et sans équivoque d'indépendance et d'exercice de la souveraineté. Ce seront les Guatémaltèques, non les Nord-Américains, qui résoudront au moyen de leur vote l'élection du nouveau gouvernement. » Le résultat est done connu d'avance. Notamment lorsque l'on sait que les trois autres candidats, Gustavo Anzueto Vielman pour la Centrale authentique nationaliste (CAN), Mario Sandoval Alarcon du Mouvement de libération nationale (MLN) et Alejandro Maldonado de l'Union d'opposition (alliance du Parti national-rénovateur et de la Démocratie chrétienne) se caractérisent par leur anti-communisme et leur volonté de lutte contre la guérilla. Le leader du MLN, qui se veut « le fer de lance de la lutte contre le communisme » ne déclarait-il pas « accepter le qualificatif de fasciste, au sens historique du terme, si ce n'était la référence à une forme de socialisme, fût-il nationaliste, qu'il implique » (Le Monde, 24-25 janvier 1982) ?

Le Front uni révolutionnaire (FUR), qui se revendique de la social-démocratie, a fini par renoncer à participer à ces élections. Que peuvent-elles en effet bien signifier dans un pays en pleine guerre civile ? Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Le Comité de la liberté syndicale du Bureau international du travail (BIT) vient de publier un rapport dans lequel il affirme que « plus de 40 personnes disparaissent chaque jour au Guatemala. Nombre d'entre elles sont des dirigeants syndicaux ou des personnes participant aux mouvements de travailleurs » (Le Monde, 5 décembre 1981). D'après l'International Herald Tribune du 20 janvier, « les autorités religieuses estiment que 11 000 civils ont été tués cette année, la plupart par des éléments des forces armées gouvernementales ou paramilitaires ». La violence de la répression n'a d'égal que la radicalisation populaire et l'extrême polarisation économique et sociale d'un pays où « les 2 % de la population reçoivent 25% du revenu national, tandis que les 50% du bas de l'échelle reçoivent seulement 10 à 15 %, selon un rapport de l'ambassade américaine » (International Herald Tribune, 20 janvier 1982).

Les Indiens, qui représentent environ la moitié des 7,2 millions d'habitants, constituent la majorité des couches populaires. En milieu rural, la mortalité infantile est de 160 pour 1 000, 4 enfants de paysans sur 5 sont sous-alimentés. Il n'y a dès lors rien d'étonnant à ce que les communautés indiennes constituent depuis des années des bastions de la guérilla rurale. La dictature militaire s'efforce d'enrayer le passage massif des populations indiennes du côté de la guérilla en jouant sur l'opposition raciale entre les Indiens et les métis (ladinos ). Cela l'entraîne jusqu'à armer certains villages de colons ladinos, comme cela a été le cas dans la région de Rapinal et dans les villages autour de Joyabaj dans la province du Quiche. Mais, loin de faire barrage à l'extension de l'influence des forces de la guérilla, ces manœuvres accentuent encore l'op position anti-dictatoriale des masses rurales indiennes.

Aussi, au-delà de la mascarade électorale, la dictature guatémaltèque continue-t-elle à s'armer. Elle n'a guère de difficultés à s'alimenter aux Etats-Unis malgré les résolutions parlementaires interdisant de telles transactions, ou auprès d'alliés de l'impérialisme L'International Herald Tribune du janvier 1982 note à ce propos qu'en 1980 et 1981, l'armée guatémaltèque a dépensé environ 10,5 millions de dollars pour l'achat d'hélicoptères civils — trois

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Bell 212 et six Bell 412 - équivalents des hélicoptères de guerre Huey. Ces hélicoptères ont été vendus avec l'approbation du département du Commerce américain et sans consultation du département d'Etat. Depuis lors, deux d'entre eux ont déjà été équipés de mitrailleuses de calibre

Quant à Israël, en plus de la vente traditionnelle d'armes (en particulier du fusil d'assaut Galil), il « a aussi récemment ouvert une école de communication militaire au Guatemala pour entraîner les techniciens radio, où les cours d'instruction sont donnés par les conseillers israéliens » (International Herald Tribune, 25 janvier 1982).

Fin décembre, les autorités de Ciudad-Guatemala annonçaient aussi qu'elles tripler les effectifs de l'armée pour 1982. Les forces armées atteindront ainsi le chiffre de 60 000 hommes rien que pour les forces régulières.

Tout cela n'a pas empêché le début de l'année 1982 d'être marqué par une augmentation des activités de la guérilla qui a lancé une douzaine d'opérations dans le seul premier week-end de janvier. Fin décembre, 5 policiers étaient tués dans la capitale et deux villes de l'intérieur occupées par l'Armée de guérilla des pauvres (EGP) le 24 décembre. Du fait de guerre, dans les régions du Quiche, Huehuetenango et San Marcos, le comprivé est quasiment interrompu. Seuls peuvent opérer les transporteurs qui acceptent de payer un impôt de guerre à la guérilla. Début décembre, l'Organisation (ORPA) a occupé temporairement la localité de Ostuncalco, qui se trouve, par la à seulement 10 minutes de Quetzaltenango, seconde ville du pays et principale base militaire. On a aussi noté une augmentation de la coordination entre les différentes organisations de guérilla qui ont toutes joué un rôle dans les actions spectaculaires du mois de décembre à Solola, Escuintla et Mazatenango.

Mais, si la stratégie de la dictature - bombardement des zones contrôlées guérilla et armement de certains villages ladinos — s'inspire de plus en plus des pratiques américaines au Vietnam, la guérilla a aussi appris du Vietnam. Les troupes gouvernementales qui ont pénétré à Joyabaj après un raid aérien ont eu la surprise de le découvrir à leurs dépens, s'apercevant que presque toutes les maisons du village possédaient un piège à homme dissimulé. DES ELECTIONS POUR COUVRIR UN GENOCIDE AU SALVADOR

Au Salvador, après l'échec de l'offensive du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN) en janvier 1981, la dictature comptait beaucoup sur du moins sur l'affaiblissement considérable de la guérilla pour promouvoir sa solution politique élecorale. Les tentatives infructueuses de réduire les zones tenues par les guérilleros au printemps 1981, et ensuite la reprise d'actions d'ampleur du FMLN dès l'été dernier, ont montré la vanité d'un tel projet. Aussi, d'après le FMLN, le Pentagone a-t-il demandé à ses stratèges d'établir un plan militaire qui devait conduire à l'opérécemment dans le département du Morazan. Il ne s'agissait plus là d'anéantir la guérilla mais de porter un coup au cœur des régions habituellement hors de portée du gouvernement. L'échec de la destruction de Radio Venceremos a sanctionné la précarité de cette nouvelle tactique. Néanmoins, par les massacres de population dont elles sont l'occasion, ces accroitre sciemment le nombre de réfugiés civils. Avec la collaboration des troupes honduriennes, la dictature et l'impérialisme espèrent ainsi prendre les zones libérées de la guérilla entre deux feux. La

« subtilité » de la contre-insurrectionnelle des conseillers américains au Salvador consiste à faire enlever des parents proches des dirigeants du FMLN - c'est ce qui est arrivé au père du commandant Villalobos - et de mettre ces disparitions au compte d'affrontements entre « groupes extrémistes ri-

Dans cette politique de génocide, les Etats-Unis se côtés de la Junte militaire et démocrate-chrétienne du Salvador et partagent done son sanglant bilan. Le Monde du 20 janvier dernier rapporte que l'on chiffre à quelque 30 000 le nombre des morts en deux ans et à 500 000 le nombre des ré fugiés. 42 % de la population salvadorienne est analphabète et 93 % des enfants en âge de scolarité souffrent de malnutrition. Le produit national brut (PNB) a baissé de 13% en données constantes depuis décembre 1981, les exportations de 35 % et les importations de 23,3 %.

Pourtant Washington, qui bué 10 millions de dollars d'aide militaire en 1981, en prévoit le double pour économique américaine totalisait 144 millions de dollars en 1981, elle devrait atteindre 250 millions de dollars en 1982. Et l'impérialisme américain ne recule devant rien pour essayer d'arriver à ses fins. Considérant sans doute que cres de l'armée salvadorienne n'étaient pas assez « utilisés » pour permettre d'arracher des renseignements, les « bérets verts » américains entraînent les officiers et soldats salvadoriens à la torture « scientifique ».

Carlos Antonio Gomez Montano, déserteur de l'unité parachutiste de la base aérienne de Ilopango, près de San Salvador, a récemment confirmé la présence d'instructeurs américains lors de séances d'entraînement à la torture. « Selon M. Gomez, note l'International Herald Tribune du 12 janvier 1982, huit conseillers militaires américains, certains en uniforme vert foncé et d'autres dans des vieux treillis de camouflage, se tenaient dans l'ombre avec le commandant des forces aériennes salvadoriennes et plusieurs autres officiers supérieurs salvadoriens durant les séances de torture. »

Dans le cadre de leur stratégie de mise sur pied d'un bataillon d'élite, les

Etats-Unis annonçaient à la mi-décembre l'entraînement, fait sans précédent, de 1000 soldats et de 500 officiers salvaà Fort Bragg en Caroline-du-Nord et à Fort Benning en Géorgie, dans des unités américaines «bérets verts ». Fred Ikle, sous-secré taire américain à la Défense, devait reconnaître que cette opération, qui coûtera 18 millions de dollars, fait partie de «l'action militaire américaine en Amérique centrale » (New York Times, 16 décembre 1981). Ce programme, qui a débuté en janvier 1982, doit permettre, toujours selon Fred Ikle, « d'aider les Salvadoriens à développer une stratégie militaire nationale » (International Herald Tribune, 17 décembre 1981).

Pourtant, malgré tous leurs efforts bellicistes, les autorités américaines reconnaissent les difficultés militaires de la Junte salvadorienne. L'ambassadeur US à San Salvador confiait au correspondant du quotidien italien La Repubblica que la guérilla faisait des progrès, et son conseil-

Ken Bleakeley, plus loquace, affirmait qu'« aucun des deux camps n'est capable de battre l'autre » (La Repubblica, 20 janvier 1982). Les actions du FMLN se font de plus en plus audacieuses. Ainsi, le 27 janvier, un commando attaquait l'aéroport militaire d'Ilopango près de la ca-

Le FMLN affirme avoir détruit à cette occasion « près de la moitié de l'aviation salvadorienne », soit 6 avions Fouga-Magister, 8 Ouragan, 6 avions de transport C-47 et 8 hélicoptères Iroquois. Tous ces appareils avaient participé à la récente opération contre la province du Morazan. Le commando du FMLN qui a déposé des charges explosives dans les avions a ainsi « rendu hommage aux milliers de personnes massacrées par l'armée ».

peut nullement espérer atteindre par des élections ce qu'il n'a pas obtenu par les armes. Le curé salvadorien Jesus Delgado déclarait récemment à ce sujet que, « dans les conditions actuelles, les élections ne pourraient être que l'occasion d'un accroissement de la répression et de la violence » (La Repubblica, 20 janvier). En accord avec la Junte, Washington serait même en train d'envisager le report des élections prévues pour le 28 mars. Que cette nouvelle « tactique » des Etats-Unis se confirme non, il n'en reste pas moins que la nouvelle politique impérialiste au Salvador et en Amérique centrale est un soutien déterminé aux forces qui organisent la répression sanglante du mouvement populaire et des forces révolutionnaires en lutte contre la partie importante de l'avenir de la révolution mondiale se joue actuellement dans le sous-continent centro-américain. Il en va de notre activité de solidarité internationaliste, combat des masses populaires centro-amé d'imposer que l'impérialisme américain cesse de mettre à feu et à sang les peuples de cette région.

28 janvier 1982.

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