vaste opération contre la région nord du département du E 8 décembre 1981, l'armée salvadorienne lançait une
/ Morazan tenue par les guérilleros du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN). Plusieurs milliers de militaires, pour une bonne part des éléments de la Garde nationale et de la Police rurale, appuyés par de l'artillerie lourde, de l'aviation et des hélicoptères, ont participé à cette offensive destinée à prendre les guérilleros en tenaille et dont l'objectif principal était de porter un coup fatal à Radio Venceremos, la radio du FMLN.
Dans le même temps, les troupes honduriennes du 12e Bataillon d'infanterie manœuvraient de l'autre côté de la frontiè re dans les régions de Ocotepeque et de Lempira ...
Expression de la nouvelle tactique militaire élaborée par les stratèges nord-américains de la Junte salvadorienne, définie par le ministère salvadorien de la Défense comme consistant à « encercler les éléments subversifs dans les zones rurales », cette action rapide, centralisée et déterminée contre l'un des bastions de la guérilla, s'est toutefois soldée par un échec. Après quelques jours de suspension de ses émissions, Radio Venceremos, dont la destruction avait été annoncée par l'état-major de la Junte militaire et démocrate-chrétienne, reprenait la diffu-
La Junte s'est pourtant livrée à des massacres de la population civile. Entre 700 et 1 000 personnes ont en effet été assassinées par l'armée dans le village de Mozote et ses alentours.
Le FMLN a riposté par une contre-offensive d'envergure qui a fait la démonstration des importants progrès réalisés dans la coordination militaire entre ses différents fronts à l'échelle du pays. Le chef d'état-major du Front Sud-Est du FMLN devait d'ailleurs déclarer à Radio Venceremos que, à l'occasion de l'offensive gouvernementale contre le Morazan, le FMLN a « démontré qu'il pouvait agir avec ensemble » et que son contrôle politique sur les départements de Usulutan, San Miguel et La Union s'était approfondi (Barricada, Managua, 5 janvier 1982).
Arnd LUERS: - Considérez-vous Poffensive de la Junte militaire et démocrate-chrétienne dans la province de Morazan comme une opération d'anéantissement ?
Commandant Joaquin VILLALOBOS : - La province de Morazan est un cas particulier du fait de la présence de la radio du FMLN, Radio Venceremos ... L'armée a commencé, à partir du mois de septembre, toute une série d'offensives de courte durée contre nos fronts de guerre. Leur idée était de nous user, non de nous anéantir. Parce que, pour anéantir nos forces dans ce type de terrain, il faudrait des effectifs beaucoup plus importants que les 4 000 ou 5 000 soldats qu'ils ont de disponibles. Ils partaient de l'hypothèse que s'ils réussissaient à affaiblir notre logistique dans les zones de Tres Calle, de Jucuaran, de San Vicente, etc., en fait de chacun de nos fronts de
" L'armée
Entretien avec Joaquin Vitalobos, membre du Commandement général du FMLN occupé par les guérilleros. regroupe des journalistes, le quotidien Nuevo Diario. taire et démocrate-chrétienne. guerre, ils pourraient alors envisager de porter un coup décisif contre le Morazan.
L'idée était de couper le Morazan de la coordination avec le reste des fronts et de frapper un grand coup, l'objectif principal étant Radio Venceremos.
- Est-ce que cela signifie que l'armée avait fait une évaluation correcte de l'importance stratégique du Morazan ?
- Oui. Ils ont attribué une importandans leur plan à tous les fronts de guerre jouxtant la zone frontalière avec le Honduras : Chalatenango, Cabanas, Morazan. Ils ont donné une importance particulière au Morazan du fait de l'existence de notre radio.
- Cela fait maintenant deux semaines que Radio Venceremos n'émet plus. Ont-ils réussi à l'anéantir ?
EL SALVADOR
La riposte du FMLN s'est traduite par l'attaque d'au moins une douzaine de localités dans le Morazan. Ainsi, le village de Sensemba, près de San Francisco de Gotera, a-t-il été
Parallèlement, des actions se sont déroulées dans l'ensemble du pays. Le 16 décembre, la capitale, San Salvador, était plongée dans l'obscurité après la destruction de plusieurs pylônes à haute tension. La même chose se produisait dans les villes de Aguilares, Suchitoto, Cojutepeque et dans la totalité de la province de Chalatenango le 24 décembre.
A la mi-décembre, dans l'ouest du pays, autour de la ville de Santa Ana, de nombreuses embuscades ont été tendues. Le
30 du même mois, les guérilleros ont réussi à s'infiltrer dans le périmètre très surveillé de la base aérienne de llopango, proche de San Salvador. Et, le 7 janvier, Radio Venceremos annonçait que « le peuple doit se préparer aux grands combats contre l'ennemi fasciste », en donnant des instructions pour fabriquer des bombes artisanales afin « de les stocker et de les utiliser au moment opportun » (Barricada, Managua, 8 janvier 1982).
Au moment de l'offensive militaire de la Junte dans le Morazan, le journaliste ouest-allemand Arnd Luers se trouvait au
Salvador. Le FMLN fit ce qu'il fallait pour rendre possible un entretien de ce journaliste avec le commandant Joaquin Villalobos, dirigeant de l'une des cinq organisations qui forment le
FMLN et, à ce titre, l'un des cinq membres du Commandedont nous publions ci-dessous de larges extraits, a été réalisée en décembre 1981, puis diffusée au
Mexique par l'association IMES (Imagen de El Salvador) qui des cinéastes et des professionnels des médias. Elle a été publiée intégralement au Nicaragua dans
Dans les passages de l'interview que nous reproduisons, le commandant Joaquin Villalobos tire un premier bilan de la dernière offensive gouvernementale et aborde les problèmes des rapports de force militaires entre le FMLN et la Junte mili-
- Non. Toutes les déclarations du ministre de la Défense, le colonel Guillermo Garcia, en rapport à la radio sont révélatrices. Comme nous avons déjà repris le contrôle militaire de toute la ré.
gion, la radio reprendra ses émissions ré.
gulières depuis de Morazan dans quelques jours. Je ne peux pas affirmer que ce sera à partir des mêmes positions, mais à peu près des mêmes où nous étions auparavant. Je ne peux pas vous dire quel jour exactement, mais je peux vous assurer d'elle va reprendre dans les tout prochains iours. Cela signifie qu'en plus de ne pas avoir réussi à atteindre leur objectif principal, l'armée sera dans une situation très embarrassante ...
- Pourquoi avez-vous suspendu les émissions de Radio Venceremos ? Jusqu'à maintenant, le FMLN a toujours insisté sur le fait qu'il était capable de maintenir ses émissions de radio au Morazan... Y
compris, j'ai ici quelques citations de vous-même sur cette question : « Quand on pense qu'existe cette radio, que l'armée sait où elle se trouve et qu'elle ne peut rien faire pour la faire taire ... » Apparemment, ils ont fait quelque chose ...
- Bon, il faut mettre cela en relation avec la tactique qu'ils ont mis au point pour l'opération dans le Morazan et pour mener leur affaire contre la radio, et aussi avec notre tactique qui a tenu l'armée
Toute l'analyse qu'ils ont fait sur le Morazan les a amenés à conclure que le FMLN avait l'intention de défendre jusqu'au bout ses positions. Dès lors, le plan offensif de l'armée s'est basé sur l'assaut de nos positions par des actions de grande rapidité, avec une forte concentration de feu et une amélioration de la capacité de combat de leurs troupes, de manière à parvenir jusqu'au poste de commandement du FMLN et à Radio Venceremos en peu de temps. Non pas anéantir nos forces mais en atteindre le cœur ...
Pourquoi pensez-vous que cela était leur plan ? En quoi cela faisait-il partie d'un plan de guerre de position ?
- Ils savent que nous disposons là-bas dans le Morazan d'une infrastructure complète : commandement, radio, cliniques, production, écoles, et tout ce que nous appelons « pouvoir populaire ». Ils savent que nous avons quelque chose à défendre. En outre, en mars, ils ont fait l'expérience de Guacamaya et en avril celle de Villa del Rosario, où ils n'ont pas pu passer.
C'est pour cela que, cette fois, ils ont utilisé une autre tactique. Pratiquement leur opération a été mise en déroute parce que nos forces n'ont pas seulement réussi à les contenir le temps nécessaire pour mettre la radio à l'abri, mais aussi parce qu'elles se sont rapidement adaptées à cette nouvelle tactique: nous dispersant en petites unités et contre-attaquant pour désorganiser une opération conçue pour donner l'assaut à des positions fixes.
C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre la suspension provisoire des émissions de Radio Venceremos.
Naturellement, dans le cadre d'une tactique de mobilité et de contre-attaque, comme celle que nous avons dû mettre en œuvre, la radio ne pouvait pas émettre, nous devions prendre des mesures de protection.
Vous avez dit que l'opération contre le Morazan devait être comprise comme partie prenante d'un plan militaire général de la Junte. Dans ce sens, quel bilan pourrait-il en être tiré ?
- La défaite de l'armée régulière salvadorienne dans le Morazan constitue une défaite d'ensemble de son plan. Les opérations militaires menées à cette occasion par l'armée ont été une série d'offensives qui avaient un objectif stratégique : affaiblir les arrières du FMLN et anéantir sa radio, et ils n'y sont pas parvenus.
Il est très significatif qu'au moment même où se déroulait l'offensive contre le Morazan, le mouvement révolutionnaire reprenait l'initiative militaire, qu'il avait déjà prise lors de notre campagne de juillet-août, et commençait à mener des actions coordonnées au niveau national.
- Vous vous référez aux actions de contre-offensive menées dans les provinces de San Miguel et de Usulutan ?
- Pas seulement. Il y a aussi eu une participation significative du Front occidental, où une douzaine de pylônes à haute tension ont été détruits, en plus d'importantes actions de sabotage économique et de plus de quatre embuscades sur les principales voies de communication de la région occidentale. Cela n'était jamais arrivé auparavant, dans cette zone qui a été toujours considérée comme étant sous le contrôle indiscuté de l'enne-
Il faut aussi noter que le front de guerre de la province de Cabanas, qui a récemment subi une offensive de grande envergure, a participé aux actions de contre-attaque. Dans le reste du pays, les autres fronts ont aussi joué un rôle important dans ce que nous pouvons appeler notre reprise de l'initiative au Morazan, qui constitue une défaite globale du plan militaire de la Junte.
- Commandant, pouvez-vous étayer cela par des faits ? nous disposons à ce jour au commandement du FMLN sont les suivants : pour la campagne de contre-offensive de décem-
L'armée occupant la cathédrale de San Salvador. (DR) bre 1981, 30 armes de guerre ont été ré. cupérées dans les villes et leurs alentours. Cela a une signification militaire bien supérieure à ce que nous avons récupéré en août à Perquin, parce que ce sont des coups portés à l'ennemi dans ses propres arrières. Les communications téléphoniques de la capitale San Salvador ne fonctionnent qu'à 50 %; dans tout le pays, plus de 40 pylônes à haute tension ont sauté ; et l'ennemi a eu 150 pertes en trois semaines, parmi lesquelles deux officiers tués, pour l'essentiel au cours des embuscades que nous avons tendues et qui augmentent logiquement en nombre en fonction de l'accroissement des mouvements de l'armée.
Ainsi, le nombre des pertes ennemies depuis janvier 1981 dépasse-t-il les 3 000. Nous avons, deja, exclusivement de source officielle, le chiffre de 737 morts parmi les soldats, sous-officiers et officiers, entre janvier et novembre ...
- Pour essayer de faire un bilan de la situation politique et militaire, un an après le déclenchement de l'offensive de janvier 1981 du FMLN, pourrait-on dire que les forces insurgées ont conquis l'initiative militaire sur le terrain ?
- Oui, et je peux l'affirmer avec certitude.
- Mais vous êtes passés par une étape défensive ?
- C'est vrai, dans les mois qui ont suivi janvier 1981, le mouvement révolutionnaire est apparu comme totalement sur la défensive, mais cela a correspondu à notre plan et cela a été nécessaire au développement qualitatif de nos forces. nos forces. Mais, dès juillet-août, nous avons com-
mencé à reprendre l'initiative. Il semble qu'ils ont voulu nous la reprendre, avec leurs offensives sur presque tous les fronts. Mais, avec la campagne de décembre dans le Morazan, nous avons fait la démonstration qu'ils n'avaient pas réussi à réduire notre logistique comme ils le pensaient, que nous pouvions établir une coordination entre tous les fronts et que nos forces dans les centres stratégiques avaient fait des progrès tels qu'ils permettent d'envisager de passer à une autre étape de la guerre.
- Mais tout ce que vous me dites ne concerne que la guerre dans les campagnes. Il reste les villes, où la situation est tout autre ...
- Il y a eu des progrès très significatifs du FMLN, qui s'expriment en ce moment même par le début d'une activité de nos forces militaires dans les zones stratégiques ennemies que sont les villes. Les combats dans les villes de Santa Ana, San Salvador, San Miguel et Usulutan ont commencé exactement au moment où, selon le plan de l'armée et des Etats-Unis, nous étions censés être affaiblis au point de laisser la place à leur projet électoral ...
- Et ces actions urbaines ont-elles déjà un caractère insurrectionnel ou sont-elles des actions de commando ?
- Ce sont des actions au contenu plus militaire qu'insurrectionnel, mais elles ont comme objectif fondamental la à l'insurrection, la préparation tactique de nos unités, l'adaptation de nos moyens militaires au combat urbain et l'augmentation de notre capacité d'organiser militairement les masses ur-
- Ainsi, après le développement de la guerre dans les zones rurales à partir de janvier 1981, le FMLN, qui avait perdu le contact avec les masses dans les villes, va à présent se donner les moyens de le re-
- C'est une question d'importance, qui est y compris l'objet de discussions au sein du mouvement révolutionnaire: comment faire pour concrétiser notre conception stratégique au niveau militaire.
Le centre, la clé de toute stratégie, pour le mouvement révolutionnaire, ce sont les masses. Sans les masses, il n'y a pas d'arrière-garde stratégique, sans arrière-garde, il n'y a pas développement possible de forces militaires.
Le 10 janvier, ce qui s'est développé, c'est le potentiel plus politique et insurrectionnel que militaire proprement dit du mouvement révolutionnaire. Le problème, de janvier à juillet, a été de convertir ce facteur politique de masse en un véritable facteur militaire. Avant le 10 janvier, c'était impossible, mais, depuis, nous y sommes parvenus.
A présent, le problème de la construction de notre armée réside en ce que le mouvement révolutionnaire soit à même d'élaborer une stratégie militaire correcte. Mais le facteur le plus important reste précisément ces énormes potentialités des masses. C'est l'élément décisif qui permet qu'à la différence de l'expérience historique des guérillas des années 1960 en Bolivie, Argentine et Venezuela, où il à 4 fronts, au Salvador, sur 21 393 km2 et avec une topographie peu propice à ce type de lutte, il y ait déjà 9 concentrations stratégiques des forces révolutionnaires.
L'explication réside non pas dans la topographie ni dans l'armement du mouvement révolutionnaire, mais dans les réserves dont il dispose, dans la puissance du mouvement des masses et l'appui politique sur lequel il peut compter.
- Est-ce à dire qu'une grande partie du mouvement de masse, à partir de janvier, s'est transformée en structures militaires et d'appui au FMLN ?
- Il y a eu une modification dans la forme qu'ont prises les luttes de masse. Au cours de toute la période allant d'octobre 1979 à la fin de l'année 1980, le mouvement révolutionnaire a pu s'exprimer à travers des formes traditionnelles comme la constitution du « pouvoir populaire » et de cette grande base du mouvement militaire révolutionnaire. Dans la lutte des masses, il n'y a pas eu une interruption ni un reflux, mais seulement une apparente baisse d'activité dans les villes. Avec le déclenchement plus marqué de la confrontation militaire, les zones que défend l'ennemi, surtout dans les villes, sont soumises à un contrôle plus serré et les masses ont moins de possibilités de s'ex-
Le saut qualitatif que nous sommes en train de faire, en ce moment, un an après, c'est que nos forces sont en train de reprendre contact avec les masses urbaines. Cela a une grande signification : cela ouvre la possiblité pour les masses urbaines de disposer de nouveaux canaux d'expression et de mettre en œuvre des formes de lutte de type nouveau.
- Est-ce à dire que le mouvement des masses urbaines ne doit pas nécessairement passer par une nouvelle phase de manifestations de rue et par la reconstruction de ses organisations traditionnelles ?
- Non. L'ennemi a déjà imposé des conditions qui ne permettent plus que se manifestent toutes ces formes d'activité. Pour aborder la phase insurrectionnelle de la lutte, nous n'avons pas à revenir à la pé riode des grandes manifestations. C'est justement l'activité militaire quI doit créer les conditions pour une participation plus active des masses urbaines qui a déjà commencé ...
- Mais vous venez de me dire que les actions urbaines ont un caractère militaire mais pas encore insurrectionnel ...
- C'est certain, mais l'ennemi lui-même reconnait, par exemple dans le cas de Usulutan, que la population de la ville avait apporté de la nourriture aux guérilleros affamés qui ont occupé certaines positions dans la ville pendant plus de 15 heures d'affilée. Dans le cas des opérations menées dans la capitale, San Salvador, on a meme dit que des habitants avaient aide à la construction de barrica des. Ce sont là les nouvelles formes d'activité des masses urbaines et celles-ci vont être à même de sentir la présence directe du pouvoir révolutionnaire dans leur zone. Cela va leur donner confiance dans la victoire et leur faire sentir qu'il est possible en ce moment d'avancer vers d'autres victoires pour le peuple.
— La propagande officielle, mais aussi certains observateurs, ont analysé votre politique de sabotage comme étant l'expression d'une faiblesse du FMLN, comme un substitut à une véritable force militaire et politique...
- On a voulu, du coté de l'ennemi, et meme dans certains milieux confus, présenter beaucoup de nos activités dans les villes comme des activités « terroristes », en se référant à la destruction à l'explosif de lignes téléphoniques, au sabotage constant de l'alimentation en électricité, à l'action contre certains centres commerciaux, etc. Il est important de comprendre, surtout pour les secteurs qui sont affectés par ces actions, que notre objectif n'est pas de leur faire du tort. Si l'on isolait cet élément du progrès d'ensemble de nos forces militaires, peut-être pourrait-on dire que ces actions ont un contenu « terroriste » à l'échelle à laquelle elles sont pratiquées. Mais, en tenant compte du fait que cela n'est pas isolé de nos progrès sur le terrain militaire général, qui font que s'accroissent les pertes de l'ennemi, et dans lequel le sabotage est accompagné d'initiatives politiques d'envergure dans nos arrières et y compris dans les villes, tout cela redevient des objectifs militaires : dispersion des forces ennemies, obstruction des voies de communications, destruction des moyens d'approvisionnement en énergie ...
Dans la mesure où ces secteurs et ces couches, qui n'ont souvent pas une idée très exacte du développement du FMLN, sentent que nous allons gagner la guerre, ils en viennent à saisir la signification de ces actions.
Dans l'est du pays par exemple, cela se voit assez clairement : maintenir toute cette partie du pays pendant 15 jours sans lumière ne peut être compris que si l'on est conscient qu'il y a une guerre effective sur 40 % du territoire de cette région ...
- La question politique la plus discutée en ce moment, ce sont les prochaines élections. Le FMLN, à travers sa Commispolitico-diplomatique, a déclaré: « La farce électorale sera défaite à la fois politiquement et militairement par les forces révolutionnaires ». Plusieurs questions se posent. Peut-être commenceronsnous par la plus fondamentale : pourquoi le projet électoral est-il analysé comme
- Dans les conditions actuelles, n'est pas possible de considérer que la « solution électorale », comme on l'a appelée, soit réellement une solution politique. Elle n'est pas autre chose que la couverture d'une solution militaire et elle ne va pas ramener la paix. confrontation militaire — le FMLN-FDR -ne participe pas à ces « élections », parce qu'il n'accepte pas les conditions de leur tenue, cela signifie qu'il ne va pas y avoir de paix. Nous l'avons déjà précisé communiqué du Commandement général du FMLN: « Il va y avoir des combats avant, pendant et après les
- Qu'est-ce qui étaye la thèse selon laquelle les élections ne seraient qu'un prétexte pour prolonger la guerre ?
- C'est évident. Les plans existants de constitution d'une Force à déploiement rapide sont connus. Ce seront 1 000 Guérilleros du FMLN. (DR)
soldats et 500 officiers que les Nord-Américains vont entraîner aux Etats-Unis et dans la zone du Canal de Panama. En outre, ils ont promis à l'armée salvadorienne de lui vendre plus de moyens aériens, parmi lesquels des hélicoptères et des avions. En ce moment, ils cherchent un moyen de leur livrer des avions anti-guérilla de type A-37, comme ceux qu'ils ont déjà utilisé dans le Morazan. La Junte mi-
Get démocrate-chrétienne est en pourparlers avec différents pays du continent américain qui disposent de ces avions, le Guatemala, le Venezuela, le Honduras, la Colombie et les Etats-Unis
- Pensez-vous que l'armée va profiter des élections pour gagner du temps, pour renforcer son dispositif militaire, ou bien va-t-elle poursuivre ses opérations de ratissage ?
- Effectivement, ils vont continuer. Ils doivent être extrêmement préoccupés par nos actions dans les villes les plus importantes, parce que c'est là qu'ils pensaient déployer leur mascarade électorale.
On peut prévoir que les hauteurs de Guazapa vont se convertir pour eux en un objectif important du fait de leur proximité de la capitale, San Salvador, qui sera le principal centre de l'activité électorale. Pour la Junte militaire et démocrate-chrétienne, les hauteurs de Guazapa tenues par la guérilla à seulement 25 km de la capitale, sont la preuve de son incapacité et, à l'opposé, de la grande capacité développée par le mouvement révolutionnaire. Empêcher que cette concentration de guérilla et les autres fronts ne conservent l'initiative et ne passent à l'offensive sera probablement au centre de la stratégie militaire pré-électorale de l'ennemi. Ils ont voulu réduire au silence Radio Venceremos et ils n'y sont pas vont certainement essayer à nouveau. Le caractère même de leur projet électoral ne leur permet pas d'interrompre leurs offensives, mais, quant à nous, nous ne pensons nullement revenir à la défensive ...
- Pour préparer le terrain à ces élections, le gouvernement va se contraint de lever le couvre-feu. Dès à présent, il serait favorable à la levée de l'état de siège. Ce sont là des questions sans doute bien formelles, puisqu'il règne toujours la même situation concrète mais, pour réaliser les élections, ils devront certainement laisser un certain espace politique. Comment le mouvement révolutionnaire va-t-il remplir cet espace ?
- Tout leur projet a une faiblesse : il ne peut permettre l'expression des masses, il ne peut se payer ce luxe. De ce fait, vont surgir de nombreuses contradictions provenant de l'absurdité que constitue la tenue d'élections sans permettre la participation des masses. Telle est la situation ouverte par ces élections, que nous allons utiliser comme nous l'avons déjà dit : en combattant avant, pendant et après ...
- Le FMLN ne va donc pas combattre militairement contre les élections, mais continuer à se battre parce que la situation réelle n'a pas changé ?
- C'est un point à souligner : nous n'allons pas combattre les élections. En premier lieu, nous ne sommes pas contre les élections en général. Nous sommes contre ces élections et les objectifs que l'on poursuit à travers elles : nommer une pseudo-Assemblée constituante, prétendre qu'elle légitime ce gouvernement et lui donner une autorité internationale.
Nous voulons démontrer que cela n'est en aucune manière une solution. Nous ne prétendons pas non plus démontrer que la guerre soit l'unique alternative mais, tant qu'ils soutiendront que cette mascarade électorale qui recouvre une solution militaire est l'unique solution, il ne pourra y avoir de paix.
Propos recueillis par Arnd LUERS Quelque part au Salvador, Décembre 1981.