Inprecor 1974–2004

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EL SALVADOR

Mirage électoral et réalité de la guerre

· Inprecor n° 118, 8 février 1982 · p. 11-12 · 1 925 mots

El Salvador

Reportage à San Salvador et dans les zones libérées

E journaliste suédois Lars Palmgren se trouvait au Salvador fin 1981. Dans une série de reportages publies par le

/quotidien mexicain Uno mas Uno les 10, 11 et 12 janvier derniers, il décrit la situation dans ce pays.

D'abord dans la capitale, San Salvador, où dans les cercles officiels le débat sur les élections cherche Lars PALMGREN

C'est Noël à San Salvador. Le bureau de presse des Forces armées est fermé pour les fêtes. Il est impossible de trouver un responsable officiel. Toutefois, le Parti démorate-chrétien (PDC) au pouvoir tient une espèce de Congrès extraordinaire. « Venez, ainsi vous pourrez parler directement avec les dirigeants », dit une voix au

A l'entrée de l'immeuble qui sert de local au PDC pend une affiche : « La première révolution pacifique en Amérique latine. » Les gardes armés du PDC déambulent derrière les portes en fer. Après une demi-heure de vérification des papiers, les responsables des rapports avec la presse m'annoncent : « Malheureusement, ce n'est pas possible ... »

Le San Salvador officiel veut fermer les yeux sur la guerre. Aucune déclaration des responsables. Pas même sur la prétendue « offensive victorieuse dans le Morazan ». Les articles de la presse décrivent, plus encore qu'auparavant, les manifestations de la guerre comme du « banditisme ». A propos du Morazan, elles disent que les « subuersifs qui restent encore » ont maintenant commencé à se battre entre eux. Rien sur l'offensive. Seul, l'hebdomadaire de langue anglaise News Gazette publie une photo d'un convoi de camions militaires « de retour à la maison en triomphateurs après l'offensive victorieuse dans le Morazan ». Le San Salvador officiel ne veut pas parler de la guerre. Il veut parler des élections : le 28 mars auront lieu au Salvador des élections pour une Assemblée constituante.

Heure après heure, la radio affirme que « c'est la première élection libre de l'histoire du Salvador » et que « son vote sera respecté car le Salvador a changé », variant de temps Forces armées, garantie de l'authentique volonté populaire ... »

SAN SALVADOR

ET LE MIRAGE ELECTORAL

Bien sûr, il n'est même pas besoin de dire que le Front démocratique révolutionnaire (FDR) et le Front Farabundo à masquer la réalité ce long reportage. Marti de libération nationale (FMLN) ne peuvent pas prendre part aux élections.

« Avec ces élections, les Américains veulent légaliser le gouvernement pour pouvoir lui envoyer encore plus d'aide militaire et économique. » Celui qui commente ainsi la situation n'est pas lié au FDR ni au FMLN. C'est l'avocat René Fortin Margana, dirigeant de l'Action démocratique (AD), l'un des cinq partis bourgeois d'opposition. Ses déclarations seront quasi textuellement répétées par Raul Molina, dirigeant du Parti de conciliation nationale (PCN) et par José Antonion Quiros de l'Association salvadorienne des industriels (ASI).

Ni eux ni les trois autres partis bourgeois ne sont opposés à l'augmentation de l'aide militaire et économique américaine. Au contraire, c'est — selon eux — exactement ce qu'il faut. Cela ne les empêche pas de mener ensemble une intense campagne politique contre le Parti démocrate-chrétien au pouvoir.

« La loi électorale est frauduleuse », confirment-ils à l'unisson. « Ils une loi sur mesure pour garantir la victoire de la démocratie chrétienne », déclare l'avocat René Fortin Margana. « La loi stipule qu'il n'y aura pas constitution de listes électorales. Il sera seulement nécessaire de montrer sa carte d'identité pour voter. Comme les démocrates chrétiens contrôlent toutes les mairies - qui délivrent les cartes d'identité —, ils peuvent fabriquer autant de "votes extraorqu'il le faut, sans risque d'être découverts. Et, poursuit-il, puisque le tribunal électoral qui contrôlera le processus comprend deux représentants démocrates-chrétiens et seulement un pour tous les autres partis, ils pourront rejeter toutes les contestations sans aucune diffi-

A ces critiques virulents, les démocrates chrétiens et la Junte militaire ont seulement répondu par des attaques, affirmant que les autres partis sont corrompus, avides de pouvoir et qu'ils ont un passé totalitaire. L'étonnant dans ce débat c'est qu'ils ont tous raison : la loi électorale est frauduleuse. Les autres partis sont - comme les démocrates chré tiens - corrompus, avides de pouvoir et,

EL SALVADOR quotidienne de la guerre. Sur le Front Est du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN) ensuite, où le commandant Jonas expose la stratégie des forces révolutionnaires face à la récente offensive de la Junte militaire et démocrate-chrétienne dans le Morazan. Nous publions ci-dessous un extrait de pour ceux qui parmi eux ont un quelconque passé, il s'agit effectivement d'un

Toutefois, le plus évident est que ce débat, malgré tout le tapage qui est fait rebondit comme l'écho devant un précipice : personne ne le comprend ;

personne ne l'écoute ; personne ne s'en préoccupe. Ce débat n'a rien à voir avec la réalité. Y compris à San Salvador, la capitale, où le contrôle de la Junte plus effectif, il est difficile de rencontrer quelqu'un, en dehors des appareils des partis et des couloirs des ministères, qui perçoive les élections et tourne autour comme quelque chose ayant un sens quelconque.

La réalité, c'est la guerre. Mais, si l'existence de la guerre n'est pas completement niée, les porte-parole des partis évitent toute référence directe à elle:

« Ce sont des affaires militaires ... » Et les militaires affichent « Fermé pour les fé-

A San Salvador, il n'est pas non plus possible de savoir si les communiqués de victoire du colonel Guillermo Garcia, ministre de la Défense, sont ou non fondés.

La conviction selon laquelle il ne s'agirait que d'un bluff a considérablement augmenté, mais même des amis liés au

FDR et au FMLN qu'il est possible de rencontrer se gardent bien de donner une réponse ferme, à la suite de la suspension des émissions de Radio Venceremos.

L'interrogation une réponse définitive exige 35 heures de voyage, en trois nuits de marche. C'est de la sorte que nous avons fait pour parvenir au cœur du Front oriental Francisco San-

Peu après notre visite, le père Rogelio Poncell dira la messe du Nouvel An en hommage aux héros et martyrs tombés dans la lutte pour la liberté. La messe est retransmise par Radio Venceremos qui, depuis quelques jours, a repris ses émissions régulières.

La lecture de l'Evangile selon Saint

Luc est précédée de la lecture d'un poème dont le titre est le Parti. « Si tu ne viens pas pour donner ton cœur et ta vie, ce n'est pas la peine de venir. Etre chrétien, cela signifie prendre le risque de la grande

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aventure d'aimer. Et aimer, dans le sens de Dieu et de Jésus, signifie ici, aujourd'hui, prendre part à la lutte pour la libération définitive et totale de notre peuple. C'est un devoir auquel aucun chrétien ne peut se soustraire. »

Le père Rogelio Poncell est belge, mais il a vécu si longtemps au Salvador que son espagnol est presque dépourvu d'accent. Etre prêt à donner sa vie dans la lutte pour la libération des pauvres et des opprimés est le thème de l'homélie Nouvel An du père Rogelio. « Là réside la inépuisable de notre christianisme ... » Après la communion (le père Rogelio a une bouteille de vin et un calice avec des hosties qu'il transporte dans son sac à dos), tout le monde se donne l'accolade. Le traditionnel « La paix soit avec toi ! » est suivi de la promesse « Nous vaincrons! ».

Au milieu du chant des grillons, on entend le bruit du groupe électrogène qui alimente l'émetteur radio. Est-ce que le colonel Guillermo Garcia et le président Napoleon Duarte ont entendu cette messe du Nouvel An ?

« Sûr qu'ils l'ont écoutée », affirme en riant Maravilla, un de ceux qui font fonctionner la radio. « Nous savons qu'ils nous écoutent et nous savons aussi que beaucoup d'autres, aussi bien dans les

Forces armées qu'au gouvernement, le font aussi. Aujourd'hui, ils ont certainement des crampes d'estomac de contrariété. »

Minuit dix, la nuit du Nouvel An, c'est une heure insolite pour accorder des interview. Mais c'est à cette heure que Jorge Melendez, le commandant Jonas, commandant du Front oriental Francisco Sanchez, dispose d'un peu de temps. Il a environ 30 ans, barbu, yeux marrons,

« L'ennemi avait besoin d'une victoire militaire et politique pour donner une certaine crédibilité à son cirque électoral, explique-t-il. C'est pour cela qu'ils ont attaché plus d'importance que jamais à cette offensive. L'offensive a été planifiée - cela a été officiellement reconnu - par un groupe de conseillers militaires américains envoyés spécialement. Durant un mois, ils l'ont préparée par des vols de reconnaissance et par tout un travail d'es-

LE RECIT DU COMMANDANT JONAS Malgré sa fatigue, le commandant Jonas parle de facon très concentrée: « Nous avons eu connaissance de ce qu'ils préparaient une grande offensive et nous savions que son objectif serait de réduire au silence Radio Venceremos et de désorganiser nos forces. Ils ne peuvent nous battre — ils le savent —, mais ce qu'ils voulaient, c'était nous désorganiser et neutraliser notre capacité offensive. C'est pour cela qu'ils ont envoyé ici leurs meilleures troupes, la brigade Atlcalt (qui a été formée par les conseillers américains), des escadrons motorisés, des parachutistes et certains bataillons de la Garde nationale et de la police rurale. Il s'agissait au total de plus de 4 000 hommes, plus des avions de chasse et des hélicoptères. »

Maravilla raconte que, lorsque l'offensive a commencé, les dix hélicoptères que possède la Junte volaient en groupe, à basse altitude, d'un lieu à un autre, ressemblait à une scène du film Apocalypse Now, tu sais... »

« Bon, continue le commandant Jonas, nous avons préparé notre défense en partant du plan de l'ennemi. En un certain sens, la concentration des troupes ennemies ici signifiait un avantage, pouvions en profiter pour lancer des offensives dans d'autres endroits du pays. »

Et c'est ce qui s'est passé. Pendant l'offensive de la Junte, des unités FMLN ont lancé des attaques victorieuses contre des casernes dans trois des principales villes qui se trouvent dans le Front

Francisco Sanchez : Usulutan, San Miguel et La Union. Au même moment, les activités militaires autour de Santa Ana, qui avaient été quasi interrompues depuis la grande offensive de janvier 1981, ont repris.

« La tactique offensive dans les villes a été complétée par une tactique de résistance pour esquiver les forces ennemies, continue le commandant Jonas. Pour nous, le point central était de protéger la radio et la population civile. Avec ces objectifs, nous avons mené à bien une tactique qui a consisté à faire avancer l'ennemi dans la direction que nous voulions. En tenant des positions, nous leurs faisions croire que notre intention était de les défendre, pour finir par les abandonner, leur donnant l'impression que c'était eux qui avançaient. Pendant que certaines unités attiraient ainsi l'ennemi, d'autres s'employaient à protéger nos arrières pour ensuite appuyer ceux qui se trouvaient à l'intérieur de l'encerclement au moment de le briser. En même temps, nous avons demandé à la population civile de quitter ses habitations, l'organisant conjointement avec notre personnel sans armes, la radio et quelques autres unités, en colonnes qui se sont dispersées en diverses directions opposées au point ou nous voulions attirer l'ennemi ...

« Notre tactique a été un succès total. Une fois rompu l'encerclement, nos unités se sont dispersées dans des directions différentes. Une partie accompagnant les colonnes non militarisées, tandis que d'autres s'organisaient pour attaquer l'ennemi depuis des points différents... »

Lars PALMGREN El Salvador, décembre 1981.

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