Inprecor 1974–2004

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EDITORIAL

De la Pologne au Salvador, combattre l'hypocrisie réactionnaire !

Inprecor n° 119, 22 février 1982 · p. 3 · 932 mots

Pologne El Salvador États-Unis

DiDARTÉ SOLiDARITÉ

FMLN

FDR SOLiDARNOSE

le socialisme le pouvoir le socialisme le pouvoir des travailleurs des travailleurs

De la Pologne

combattre l'hypoc

"HYPOCRISIE aura été le dénominateur commun des réactions des dirigeants du monde capitaliste face au /coup de force du général Jaruzelski et de ses pairs contre les travailleurs polonais.

Alors que les politiciens bourgeois s'épanchent dans des condamnations sans fin de la situation en Pologne, qui leur servent d'alibi pour réclamer des sanctions contre l'URSS et démultiplier leur propagande anticommuniste, les banquiers impérialistes, plus réalistes eux, ne cachent pas leur espoir de voir dans la contre-révolution politique en Pologne un moyen de récupérer l'argent prêté au gouvernement de ce pays. Dans le Wall Street Journal du 21 décembre, Thomas Theobald, vice-président de la seconde banque américaine, la Citizenbank, reconnaît d'ailleurs que « la plupart des banquiers trouvent que les gouvernements autoritaires sont une bonne chose parce qu'ils imposent une discipline à la société ».

Un peu plus bavard que ses acolytes sur ce chapitre, le Premier ministre canadien Pierre Trudeau n'a pas hésité à déclarer, lors d'une conférence de presse tenue à la veille de Noël : « Si l'instauration d'un régime militaire a pour effet d'empêcher une guerre civile, alors je ne peux pas dire que ce soit une mauvaise chose en soi. » Exprimant tout haut ce que les dirigeants bourgeois pensent tout bas, il a aussi affirmé à propos de Solidarité : « Nous voyons bien que les syndicats canadiens ne font que multiplier et exagérer leurs revendications. J'imagine bien que le mouvement syndical polonais n'est pas tellement différent; ils voulaient en avoir plus, mais il était évident qu'à un moment donné le gouvernement ne céderait plus. »

Il est bien évident qu'autant que les bureaucrates polonais et soviétiques, les dirigeants impérialistes avaient peur de l'exemple et l'encouragement à la lutte que constituait, par-dela les frontières, le combat des travailleurs polonais et de Solidarité. Et, lorsqu'ils feignent de condamner les généraux polonais, ils ne le font certainement pas pour soutenir les revendications et objectifs de Solidarité, alors même qu'ils sont lancés - comme Ronald Reagan qui licencie d'un coup 12 000 aiguilleurs du ciel, ou Margaret Thatcher qui introduit des lois anti-syndicales —, dans un vaste programme d'austérité et de tentative d'étouffement du mouvement de protestation social dans leur propre pays.

Comment qualifier d'ailleurs la duplicité des dirigeants impérialistes lorsque ceux-ci, derrière Ronald Reagan, organisent un show télévisé d'un coût de 500 000 dollars sur la Pologne, avec une grande mise en scène mélodramatique auquel participe le Premier ministre de la junte sanglante de Turquie, Usulu, et que des dirigeants sociaux-démocrates comme Helmut Schmidt ou François Mitterrand ont cautionné par leur parti-

Il est vrai que Ronald Reagan se situe dans la même optique que le secrétaire général de l'OTAN, Joseph Luns, qui proclamait le 29 janvier à Bruxelles : « La différence entre les

SOLiDARITÉ

FMLN

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le socialisme c'est des travailleurs le pouvoir

, au Salvador

risie réactionnaire

généraux polonais et les généraux tures est la même que celle qui distingue les traîtres des patriotes. (...) Les généraux de Varsovie sont résolus à extirper l'esprit de la démocratie et ceux d'Ankara à créer des conditions qui permettront à cet esprit de s'épanouir. Les généraux de Varsovie terrorisent leur propre peuple. Leurs homologues d'Ankara restaurent un sens national de la sécurité individuelle. » Ronald Reagan pense la même chose au sujet de la Junte militaire et démocrate-chrétienne présidée par Napoleon Duarte au Salvador.

Quelques jours avant cet « événement », la presse américaine, peu encline à se montrer favorable aux révolutionnaires du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN), reconnaissait pourtant les multiples massacres de population dont la brigade Atlacalt, formée par des instructeurs américains, s'était récemment rendue coupable au Salvador. Le reporter du Washington Post notait, le 27 janvier, depuis le village de Mozote, que « selon le témoignage de trois survivants. plusieurs centaines de civils, y compris des femmes et des enfants, ont été sortis de leurs maisons et tués aux alentours de ce village par les troupes de l'armée salvadorienne lors de l'offensive de décembre contre les guérillas de gauche ».

Cela n'a pourtant pas empêché Ronald Reagan de proclamer, dès le 31 janvier, que la Junte salvadorienne « faisait des progrès » dans le respect des droits de l'homme, réclamant du Congrès américain une aide supplémentaire de 100 millions de dollars pour l'année en cours et une autre de 300 millions de dollars pour l'année fiscale qui débutera en octobre prochain.

Il est dès lors facile de comprendre que les Reagan, Thatcher et cie .., aux mains tâchées du sang des peuples d'Amérique centrale ou d'Irlande, n'ont aucun droit à se déclarer solidaires des travailleurs polonais. Ce droit est réservé aux militants du mouvement ouvrier international, qui savent que le combat contre la dictature bureaucratique des généraux polonais est indissociable de la lutte contre l'interventionnisme des Etats-Unis en Amérique centrale.

Dans le dernier numéro d'Inprecor, nous avons consacré une large place à la situation au Salvador et en Amérique centrale à la veille des farces électorales impulsées par l'impérialisme américain. Nous y reviendrons dans nos prochaines éditions. Ce numéro, entièrement consacré à la Pologne, doit être une arme de clarification et d'information dans le mouvement de solidarité avec le combat des travailleurs polonais.

L'importance du matériel dont nous disposons ne nous a pas permis de suivre à la lettre le sommaire que nous avions annoncé dans notre dernier numéro. Les articles qui, pour des raisons de place, n'ont pu passer dans ce numéro Spécial Pologne, seront publiés ultérieurement.

22 février 1982.

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