Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BELGIQUE

La social-démocratie « condamne » Jaruzelski

Inprecor n° 119, 22 février 1982 · p. 35 · 1 002 mots

Belgique Pologne Syndicalisme

BELGIQUE La social-démocratie "condamne" Jaruzelski

Malgré une prise de position allant dans le bon sens, la direction de la Fédération générale des travailleurs de Belgique (FGTB), à direction social-démocrate, n'a rien entrepris pour concrètement un large mouvement de solidarité avec les travailleurs polonais au lendemain du coup de force du 13 décembre. Cette attitude n'a été que le prolongement du freinage et de l'étouffement systématiques de la solidarité déjà pratiqués depuis août 1980.

Le mardi 15 décembre 1981, le Bureau national de la FGTB s'est réuni pour adopter la motion suivante : « Le Bureau exprime son émotion face au coup d'Etat gouvernement contre le syndicat Solidarité. Il condamne l'arrestation de dirigeants syndicaux, l'occupation des locaux syndicaux, l'interdiction de fait du syndicat Solidarité et l'attaque contre les libertés conquises des travailleurs et de la population de Pologne. Il s'oppose à toute condamnation à la prison ou à la mort et exige la libération des dirigeants syndicaux et le respect des accords conclus » (Syndicats, hebdomadaire de la FGTB, 19 décembre 1981).

LA FGTB « CONDAMNE » JARUZELSKI ... Cette prise de position contitat tout ce qui pourrait permettre de stimuler et d'organiser une solidarité de classe : contre la répression ; pour les libertés (avant tout comprises comme les libertés syndicales) ; soutien sans équivoque à Solidarité.

Il faut également apprécier cette prise de position pour ce qu'elle ne dit pas. Aucune diversion sur les rapports Est-Ouest ; aucune mention d'un « dialogue à renouer » entre Solidarité et la bureaucratie, ce qui, dans les conditions actuelles, ne pourrait signifier qu'une sounégociée du syndicat indépendant. Au contraire, le communiqué de la exige « le respect des accords donc une plate-forme permettant la constitution d'un front unique (notamment sur le plan syndical) entre toutes les organisations ouvrières. Dès le lundi 14 décembre, des négociations ont d'ailleurs été menées entre la FGTB et la CSC (la Confédération des syndicats chrétiens, majoritaire dans le pays, mais surtout en Flandres) pour une action unitai-

Une triple pression s'exerce FGTB. D'abord et avant tout, la gauche du mouvement ouvrier, à l'appel du « Comité du ler-Mai » (où la Ligue révolutiondes succès ; ensuite, la CSC, très sensibilisée à la question polonaise du fait de ses liens avec Solidarité, pousse à la roue dans l'espoir d'exploiter la situation à son avantage ; finalement, la présence à Bruxelles des sièges des organisations syndicales internationales (CISL, CMT) pèse sur les directions nationales de la CSC et de la

... MAIS MENE UNE ACTION

DERISOIRE Les initiatives unitaires des deux syndicats n'ont malheureusement ni correspondu aux besoins objectifs ni même aux possibilités concrètes. Ils ont en effet décidé deux choses : premièrement, une grève nationale symbolique de ... 5 minutes, le jeudi 17 décembre 1981, de 11 h 55 à midi. Ce genre d'action n'est pas négligeable par principe, à condition qu'il s'agisse de l'amorce d'un plan d'action consistant et soutenu. Or, il n'en a rien été. La seconde mesure prise par la FGTB et la CSC a été l'organisation de manifestations régionales dans les cinq principales villes du pays (Bruxelles, Anvers, Liège, Charleroi et Gand) le vendredi 18 décembre à ... 16 heures. Une initiative destinée à occuper le terrain et à bloquer la propo1er-Mai » dans les négociations avec les manifestation nationale pour le week-end du 19-20 décembre qui aurait pu rassembler plusieurs dizaines de milliers de personnes à Bruxelles.

ABONNEZ-VOUS ET

REABONNEZ-VOUS A INPRECOR ! **

Il n'y a done pas eu de manifestation nationale. Et les manifestations régionales, dans ces conditions, n'ont rassemblé que quelques centaines de personnes, sauf à Bruxelles : à 16 heures, tout le monde est encore au travail, à moins de disposer de crédits d'heures de délégation syndicale ou d'un préavis de grève que la bureaucratie syndicale n'a pas pris la peine de déposer.

POURQUOI LA FGTB

FREINE-T-ELLE LE MOUVEMENT? La raison fondamentale qui explique la « ligne » de la bureaucratie syndicale de la FGTB depuis août 1980, c'est son aversion pour tout mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière dans le monde. La menace de la grève générale, brandie par la classe ouvrière polonaise tout au long de ces seize mois, n'est pas pour rassurer l'appareil syndical socialdémocrate dans un pays, la Belgique, où elle est une arme traditionnelle des travailleurs. Revenant du Congrès national de Solidarité (ce qui lui permettait de se revendiquer à bon compte du syndicat indépendant), Georges Debunne, secrétaire général de la FGTB, s'est empressé d'en limiter la portée politique au cours d'une interview à la Télévision belge où il a déclaré qu'il ne s'agissait « nullement d'une révolution ».

Au soir du dimanche 13 décembre, alors qu'à la FGTB les discussions sur la riposte ouvrière à mettre en œuvre contre le cinquième gouvernement Martens faisait monter la température, Georges Debunne suggérait prudemment que Solidarité était peut-être allé trop loin.

Une seconde raison de cette attitude c'est la crainte (réelle ou feinte) de participer à une croisade anticommuniste. bourgeoisie belge n'a même pas été capable d'exploiter les événements de Pologne (contrairement à ce qui s'était passé en de l'invasion soviétique en Tchécoslovaquie, pour ne pas parler de la Hongrie en 1956). En effet, la polarisation sociale en est arrivée à un tel point en Belgique, du fait de la crise économique et de la politique d'austérité renforcée, qu'aucun secteur bourgeois ou petit-bourgeois (pas même l'extrême droite) n'a osé se lancer dans une campagne démagogique de soutien à Solidarité.

La troisième raison, c'est un mélange de vieil anticléricalisme (poids de la franc-maçonnerie dans la social-démocratie) et de sectarisme anti-CSC, dans un pays où le syndicat chrétien est puissant et l'Eglise omniprésente, surtout dans le Nord du

Cette « crainte » de l'anti-communisme bourgeois et ce sectarisme anti-CSC bénéficient d'une certaine assise parmi les délégués de base, notamment ceux de la gauche syndicale. C'est done à contre-courant que les révolutionnaires luttent en Belgique pour que la FGTB prenne en charge une solidarité syndicale avec Solidarité, la solidarité humanitaire étant déjà couverte par un grand nombre d'organismes. •

Une erreur sur cette page ?