Camarade, Parlant à la télévision française, vous avez affirmé que vous êtes prêt à un débat public sur les problèmes dits de l'eurocommunisme, à n'importe quel moment. Nous vous proposons un tel débat, avec l'un de nous, à Madrid, Paris, Barcelone, Milan ou dans une quelconque ville de votre choix. Nous sommes prêts à discuter d'avance avec vous ou avec des représentants de votre parti de toutes les conditions matérielles qui assureront le caractère équitable de l'organisation de ce débat. Dans votre livre "L'Eurocommunisme et l'Etat" vous caractérisez l'assassinat de Andreu Nin par le Guépéou comme un "crime abominable". En même temps vous jugez que Léon Trotsky, avec lequel vous maintenez par ailleurs des divergences fondamentales, fut en tout cas un grand révolutionnaire dont vous diffuserez les écrits dans votre parti. Nous sommes donc en droit de supposer que vous considérez son assassinat par un agent du Guépéou - qui fut membre de votre parti - également comme un "crime abominable". Et vous ne pourriez pas avoir un jugement différent sur l'assassinat par Staline de toute la vieille garde du Parti bolchévique, dont la majorité absolue des membres de son Comité central de l'époque de Lénine. Nous nous apprêtons à célébrer le soixantième anniversaire de la Révolution socialiste d'octobre, l'événement le plus important de l'histoire du XXème siècle. Nous vous appelons, vous personnellement et votre parti, soit seuls, soit en association avec le PCF, le PCI et la LCY, s'ils l'acceptent, à vous prononcer publiquement en faveur de la réhabilitation pleine et entière de ceux qui ont dirigé le Parti bolchévique et l'Internationale Communiste durant et après la révolution d'Octobre aux côtés de Lénine et qui furent calomniés et tués par Staline : L.D. Trotsky, G. Zinoviev, L. Kamenev, N.Boukharine, N.Rykov, C.Rakovsky, L. Piatakov, E. Preobrazenski et tous leurs camarades. Nous vous appelons à réclamer la reproduction et la diffusion de leurs écrits en Union soviétique et dans les démocraties populaires, pour que les jeunes générations puissent se forger une opinion propre sur ce qu'il y avait de juste et de faux dans leurs opinions divergeant de celles de Staline, à la lumière de l'histoire. C'est un devoir élémentaire de dignité communiste et de lutte nécessaire contre la
falsification de l'histoire. Cette question continuera de toute façon à se poser en URSS et à l'échelle mondiale jusqu'à ce qu'elle soit résolue.
Salutations communistes,
Ernest Mandel, membre du Secrétariat unifié de la IVeme
Internationale.
Alain Krivine et Daniel Bensaid, membres du Bureau politique de la Ligue communiste révolutionnaire de France.
Miguel Romero et Jaime Pastor, membres du Bureau politique de la Ligue communiste révolutionnaire d'Espagne.
La lettre ouverte a été publiée dans l'hebdomadaire espagnol de gauche, à grand tirage, après avoir été remise à Santiago Carrillo par une délégation du BP de la LCR.