TALGRE ses conseillers militaires, une aide financière et
Mon matériels et des pressions diyerses sur le Nicaragua et
LCuba pour tenter d'isoler la guérilla salvadorienne, l'im périalisme américain n'est pas parvenu à consolider le pouvoir de la Junte militaire et démocrate-chrétienne de San Salvador.
Non seulement les forces du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN) n'ont pas été muselées, mais leurs récentes initiatives témoignent d'un regain d'activité, à un niveau supérieur à celui atteint avant l'offensive de janvier 1981. Expression de la démoralisation des forces répressives, deux compagnies de la caserne de San Carlos, dans la capitale, ont récemment refusé d'aller au combat. Une des deux radios du FMLN Radio Venceremos a, de son côté, annoncé que des soldats de la caserne de San Miguel avaient été passés par les armes pour avoir refusé de se battre. De ce fait, les élections du 28 mars prochain peuvent difficilement être présentées comme une « solution politique » crédible et durable.
Conscients de la dégradation de la situation militaire de la envisagent maintenant - ouvertement - une intervention militaire directe que nombre d'entre eux considèrent comme Pultime chance d'empêcher la victoire des forces du FMLN. Ronald Reagan ne s'est d'ailleurs pas payé de mots puisqu'il vient d'octroyer une aide militaire supplémentaire au Salvador et d'envoyer patrouiller ses destroyers dans le golfe de Fonseca.
Pour préparer politiquement le terrain à une escalade militaire, le secrétaire d'Etat nord-américain, le général Alexander Haig, a longuement argumenté sur la différence entre la situation centro-américaine et celle du Vientam. L'enjeu est plus important puisqu'il s'agit du cœur des intérêts impérialistes, affirme-t-il en substance.
L'« APPEL DE MANAGUA » C'est dans ce contexte extrêmement tendu que le président mexicain José Lopez Portillo a émis le dimanche 21 fé. vrier à Managua des propositions pour « une alternative réaliste » en Amérique centrale. Dénonçant une éventuelle intervention militaire américaine comme « une erreur historique qui provoquerait une convulsion continentale et la résurgence d'un profond sentiment anti-nord-américain chez les meilleurs hommes de toute l'Amérique latine » (Le Monde, 23 février 1982), José Lopez Portillo a proposé sa médiation pour des négociations sur les trois questions clefs des rapports entre les Etats-Unis, Cuba, le Nicaragua et le Salvador. Dans son « Appel de Managua », José Lopez Portillo estime que ces négociations doivent avoir lieu par « des canaux séparés » autour d'un « système de concessions mutuelles ».
Pour ce qui concerne le Nicaragua, le président mexicain envisage le renoncement de la part des Etats-Unis aux menaces militaires contre le régime sandiniste, le désarmement des contre-révolutionnaires qui s'entraînent au Honduras et à Miami aux USA et un pacte de non-agression régional avec pour contrepartie une réduction des effectifs militaires et des importations d'armes du Nicaragua.
Concernant le Salvador, aucune proposition concrète n'a été avancée, mais José Lopez Portillo envisage un compromis entre des « élections sans négociations » et des « négociations sans élections ».
Si l'opposition du président mexicain à toute intervention impérialiste et sa prise de distance par rapport aux élections salvadoriennes représentent un important succès diplomatique pour le FMLN, sa proposition de médiation correspond aussi, bien entendu, au désir du gouvernement mexicain d'éviter un embrasement révolutionnaire général qui ne manquerait pas d'avoir des conséquences au Mexique même.
EDITORIAL / SALVADOR
Empêcher l'intervention
Quelques jours après l'« Appel de Managua » de José Lopez Portillo, le président Ronald Reagan rendait public un plan de développement pour la Caraibe et l'Amérique centrale. Ce programme prévoit l'ouverture pendant douze ans des frontières nord-américaines aux produits d'Amérique centrale - ce qui est déjà le cas pour 87 % d'entre eux -, des facilites fiscales pour les entreprises investissant dans ces pays, un supplé ment d'aide de 350 millions de dollars pour l'année fiscale 1982 et une somme de 644,4 millions de dollars pour l'année fiscale 1983, ainsi qu'une aide technique au secteur privé.
EMPECHER L'INTERVENTION US
Ce nouveau « mini-plan Marshall » semble faire étrange ment abstraction de la réalité des conflits armés qu'il prétend vouloir réduire. « Si nous n'agissons pas rapidement et avec décision pour défendre la liberté, a déclaré Ronald Reagan en présentant son plan, de nouveaux Cuba vont surgir des ruines des conflits d'aujourd'hui. »
Impuissant à résoudre les problèmes de la guerre civile au Salvador, et même à atténuer les contradictions sociales qui sont à l'origine de la montée de la révolution dans cette région, les aides principalement attribuées au secteur privé ne pourront, au contraire, qu'accroftre ces distorsions sociales et renforcer les oligarchies financières locales. Ce plan dissimule de plus une augmentation de l'aide militaire de fait.
Il prévoit en effet une aide militaire supplémentaire de 60 millions de dollars pour toute la région sous la forme de fourniture d'armes, d'hélicoptères, de vedettes rapides, de matériels de transport et de transmission. L'aide militaire pour l'année en cours sera donc portée à 182 millions de dollars, dont une bonne partie pour le Salvador.
En insistant ainsi sur l'aide économique « généreuse » de Washington et en noyant l'aide militaire aux dictatures dans un programme d'ensemble, l'administration Reagan tente aussi de réduire au silence les protestations contre ses projets interventionnistes en Amérique centrale. La perspective d'une intervention militaire directe, ou par militaires argentins interposés, n'est en effet nullement abandonnée par la Maison Blanche. Seule la mobilisation internationaliste, tout d'abord au cœur même de la citadelle impérialiste, est susceptible, en élevant le prix politique que le gouvernement Reagan devrait payer pour une telle action, de bloquer la dynamique interventionniste de l'impérialisme US.
En s'opposant à l'intervention militaire impérialiste, José Lopez Portillo renforce le courant anti-interventionniste au sein de l'Organisation des Etats américains (OEA). Mais ni le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) du Nicaragua ni le FMLN ne se sont engagés à accepter les concessions à l'impérialisme américain que le président mexicain réclame d'eux. Prenant la parole à la suite de José Lopez Portillo à Managua , le 21 février, le commandant Daniel Ortega n'a pas repris à son compte l'idée d'une diminution des effectifs militaires nicaraguayens. Quant au FMLN, tout en proposant des né gociations, il continue à tout faire pour améliorer en sa faveur le rapport des forces militaires sur le terrain.
Dès lors, la date des élections — le dimanche 28 mars -doit être l'occasion de vastes mobilisations anti-interventionnistes de par le monde. Ce sera le cas notamment aux EtatsUnis. La rencontre internationale de solidarité avec le peuple salvadorien qui se tiendra des 26 au 28 mars prochains à Mexico devra être l'occasion d'une centralisation de l'activité internationale de solidarité et de la définition de nouvelles perspectives pour la mobilisation.