Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EL SALVADOR

Le FMLN à l'offensive

· Inprecor n° 120, 8 mars 1982 · p. 4-6 · 3 377 mots

El Salvador États-Unis Amérique centrale Nicaragua

1982 constituera à n'en pas douter une année cruciale de la lutte dirigée par le Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN) du Salvador. Après une longue période de consolidation de son implantation dans les campagnes (1), consécutive à l'offensive du 10 janvier 1981, la guérilla a concrétisé par une sé. rie d'actions sa capacité à reprendre l'initiative militaire aux forces répressives de la dictature.

Depuis plusieurs mois déjà, de nombreux sabotages - des voies de communications et du réseau d'alimentation en électricité — ont été opérés à travers tout le pays par les forces du FMLN. Imposant ainsi son propre rythme d'activité militaire, le FMLN a réussi à disperser les forces répressives de la Junte militaire et démocrate-chrétienne et à mettre à l'épreuve leur capacité de réaction, tout en affectant le fonctionnement de l'économie. Enfin, en privant certaines zones du pays - et notamment certaines zones urbaines — d'électricité ou de téléphone, le FMLN a mis en évidence ses capacités d'initiatives militaires auprès des populations les plus soumises au contrôle de la

La guérilla a ainsi évité avant toute chose de se laisser acculer à la défensive dans les zones rurales qu'elle contrôle, à la veille de la mascarade électorale du dimanche 28 mars prochain, dont la crédi-

Use jouera essentiellement dans les centres urbains.

Après l'infructueuse opération menée par l'armée, en décembre dernier, dans la province du Morazan contre Radio Venceremos (2), les forces du FMLN ont reagi par la multiplication d'attaques contre de petits casernements isolés dans les localités rurales. Parallèlement à l'occupation de tronçons des principales voies de communication du pays, de nouvelles opérations de commando - les premières du genre depuis longtemps - ont eu lieu dans la périphérie des centres urbains (construction de barricades à Santa Ana, attaque contre Usulutan ...) au cours

La destruction, le mercredi 27 janvier, d'environ 70 % du potentiel militaire aérien de la Junte sur la base d'llopango a constitué le plus sérieux revers militaire de la dictature au cours de toute cette période. Le commandant « Sebastian », qui a dirigé cette opération, a pu raconter que ses hommes ont pénétré sans coup férir dans l'enceinte militaire par le

Le FMLN à l'offensive

Devant les revers militaires de la Junte, Ronald Reagan envisage d'envoyer côté sud de la base. « Nous avons utilisé un total de 42 charges de TNT que nous avons pu poser en dix minutes », a-t-il précisé, en ajoutant que, lorsque le commando du FMLN se fut retiré, « et après l'explosion des charges, un hélicoptère de l'état-major a commencé à survoler la zone à notre recherche en mitraillant tout sur son passage (3) ».

A la suite de cette action, le ministre salvadorien de la Défense, le colonel José Guillermo Garcia, devait déclarer qu'il y avait eu une « participation de l'intérieur et de l'extérieur des forces armées aériennes pour ce sabotage extrémiste », et faisait arrêter plusieurs soldats de la base. Cette action spectaculaire et particulièrement efficace du FMLN pourrait signifier que ce dernier a renoué ses contacts avec des éléments oppositionnels au sein même des forces armées.

ACTIONS

PRE-INSURRECTIONNELLES

Au fur et à mesure que l'on se rapproche de l'échéance des élections du 28 mars, les objectifs des actions militaires du FMLN se font plus précis. Début février, deux villes étaient occupées temporairement, celle de Tonacatepeque à 18 km de la capitale et Usulutan, quatrième ville du pays, située à 100 km environ de San Salvador. Le commandant Juan Antonio Medrano, qui dirigeait les opérations dans cette dernière région, a affirmé le samedi 6 février que ses forces avaient, pendant plusieurs jours, mené des actions « pré-insurrectionnelles » de préparation à la guérilla urbaine. Le lundi 8 février, presque la moitié du pays était privée après une attaque centrale de San Rafael de los Cedres, au nord de la capitale.

L'ampleur de l'activité militaire du FMLN va sans doute relancer les débats entre ses différentes composantes sur la perspective d'une nouvelle d'ampleur. Une perspective insurrectionnelle est déjà avancée dans certaines dédirigeants du FMLN. Barricada du vendredi 8 janvier 1982 notait que « la tension face à l'annonce que les insurgés pourraient tenter une nouvelle militaire dans les prochains considérablement après que Radio Venceremos ait affirmé hier que "le peuple doit être prêt pour les grands combats contre l'ennemi fasciste"».

Toujours à Radio Venceremos, l'une des deux radios du FMLN (l'autre étant ses Gí's Radio Farabundo Marti récemment entrée en service), Leoncio Pichinte, geant du Front démocratique révolutionmaire VED de decladi que le moment

« prendre des décisions nous préparer l'insurrection, pour en finir avec cinquante années de génocide sous lesquelles a vécu notre peuple (4) ». Alejandro Montenegro, dirigeant du FMLN dans la région du volcan de Guazapa, au nord de

Salvador, a affirmé de son côté : « Nous sommes, dès à présent, dans la phase définitive, tenant est d'accélérer la guerre. (5) »

La capitale n'est pas épargnée par les actions du FMLN. Après avoir incendié quelques jours auparavant une vingtaine d'autobus, les guérilleros ont attaqué au bazooka, le mercredi 10 février, le cipal centre de télécommunications San Salvador. Une dépêche de l'Agence « cette opération spectaculaire a suscité une certaine inquiétude dans les milieux dirigeants, les insurgés semblant disposer d'une bonne infrastructure dans la capitale-même ». Même si le degré de participation des masses urbaines - non encore incorporées à la guérilla —, à de telles opérations reste faible, elles témoignent déjà de la réorganisation des réseaux du FMLN dans les villes. LA MASCARADE ELECTORALE

EN QUESTION Par ailleurs, ces quelques revers militaires de la dictature hypothèquent le déroulement même des élections prévues pour le 28 mars, alors que leur crédibilité est déjà bien entamée. Certes, l'impérialisme américain a réussi à obtenir l'aval de l'assemblée générale de l'Organisation des américains (OEA) en décembre dernier, et même le soutien de l'archevêque de San Salvador, qui a affirmé qu'elles pouvaient être le « début d'une solution politique » de la crise salvadorienne, mais des voix opposées se sont élevées de l'intérieur même du camp des partisans

1. Cf. Michel Rovère, « Le FMLN accentue son emprise sur les campagnes », Inprecor numéro 106, du 20 juillet 1981.

2. Cf. l'interview du commandant Villalobos, « L'armée n'a pas fait taire Radio Vence. remos », Inprecor numéro 118, du 8 février

3. Barricada, quotidien du FSLN, Managua, samedi 30 janvier 1982.

5. International Herald Tribune, lundi 22

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initiaux de cette solution. Ainsi, le secrétaire général de la Démocratie chrétienne (DC) a reconnu qu'il s'agissait seulement d'élire des candidats « d'une gamme de partis politiques qui vont de l'extrême droite à un centre modéré de droite (6) », et encore, avec le maintien de la loi martiale, de l'état de siège et de la guerre.

D'anciens représentants du pouvoir salvadorien ont aussi mis en cause la mascarade électorale. Cela a été le cas de l'ex-membre de la Junte, Hector Dada Hirezi et de deux ex-sénateurs démocrates-chrétiens, Roberto Lara et Marianela Garcia. Cette dernière devait d'ailleurs déclarer à Mexico qu'on « ne peut rien attendre d'un processus électoral dans lequel le principal parti politique a comme candidat le major Roberto d'Aubuisson, impliqué dans l'assassinat de l'archevêque Oscar Arnulfo Romero (7) ».

La mascarade électorale imaginée par de Washington se trouvant ainsi discréditée, des interrogations s'éléchauds partisans. L'International Herald Tribune (8) note à ce propos que des « dirigeants officiels américains et salvadoriens affirment maintenant que ces élections, loin de mettre fin à la violence politique, vont vraisemblablement être le prélude à une recrudescence des combats ». Le quotidien américain rapporte que l'ambassadeur US à San Sal-

La récemment reconnu l'évidence que ces élections ne mettront de toute manière pas fin à la Bustamante, président de nationale électorale, affirme qu'en cas de victoire de l'ARENA (Alliance républicaine nationaliste, du major fascisant Roberto d'Aubuisson), « ce serait un bain de sang, une véritable guerre civile ». Il est un fait que ces élections ne pourront en aucune façon régler les dissensions internes à la Junte et aux forles secteurs les plus fascil'armée désirent en finir avec démagogie « réformatrice » de la Démocratie chrétienne pour entreprendre la pacification sauvage du pays sous la conduite d'un gouvernement militaire.

VIETNAMISATION EN COURS

Malgré des milliers de morts, une politique de terreur et de terre brûlée, la Junte n'est pas parvenue à remporter la victoire sur le terrain militaire. Le processus de vietnamisation de la situation s'exprime aussi par la tactique militaire développée sur les conseils de Washington. Ainsi, la brigade Atlacalt, encadrée par les officiers nord-américains et armée par les USA, qui est considérée par l'administration Reagan comme le secteur le plus « professionnel » de l'armée salvadorienne, est celui qui porte la responsabilité du plus grand nombre de massacres civils. Cela illustre bien la stratégie militaire suivie par Washington au Salvador, qui a déjà fait sienne l'horrible « solution » de la paix des 100 000 morts. L'entraînement aux Etats-Unis même d'un bataillon de soldats et d'officiers salvadoriens aux militaires en zone urbai« scientifiques » de répression, en donne

Ces dernières semaines, on a vu la mise en œuvre d'une autre tactique utilisée en son temps au Vietnam, celle des « villages protégés ». Ainsi, 92 familles de la banlieue de San Vicente ont-elles été regroupées de force à l'intérieur d'une caserne de la Police rurale, prétendument en « raison de la situation de violence que vit le pays (10) ». Il s'agit en fait de soustraire à l'influence de la guérilla une population des bidonvilles dont la mobilisation antidictatoriale a commencé à prendre des formes organisées.

Tout cela n'empêche pas que les plus récentes opérations militaires de la Junte se situent de plus en plus près des zones urbaines qu'elle contrôle. C'est ainsi le cas de l'Opération Petronilo menée contre les concentrations de la guérilla sur les pentes du volcan de Chichontepec, dans la région de San Vicente. Ces opérations préventives, tendant à empêcher que le déroulement des élections ne soit compromis par des initiatives du FMLN au cœur même des villes, reflètent néanmoins un rapprochement de l'épicentre des combats vers les régions les mieux contrôlées par la dictature. Mais, là encore, la Junte n'obtient pas toujours le résultat escompté. Ainsi, lors de l'Opération Petronilo, les 2 500 soldats immobilisés autour du volcan ont dégarni d'autres fronts. Et, lorsque les forces du FMLN ont pénétré dans la ville d'Usulutan par exemple, il n'y avait plus guère que 200 militaires. Le reste des effectifs habituels, note un dirigeant de la guérilla, « etait peut-etre en combat San Vicente ou l'armée avait lance une

Dans une guerre civile se déroulant sur un territoire aussi réduit (21 393 km2), l'information, le renseignement et la déplacement jouent un rôle fondamental. Dans ce domaine, malgré ses puissants moyens militaires et technologiques, l'armée n'a pas toujours le dessus. C'est dire si la destruction des avions et des hélicoptères de la base d'Ilopango a Manifestation populaire au Salvador devant l'univertisé en 1980. (DR)

été un coup dur pour la Junte. C'est dire aussi si le maintien même de la capacité répressive de la dictature est fondamenta.lement dépendante de l'aide militaire et financière de l'impérialisme américain.

ENGAGEMENT AMERICAIN

Bien que se heurtant à une forte opposition intérieure à son escalade belliciste en Amérique centrale, l'administration Reagan a considérablement accentué, ces dernières semaines, son engagement aux côtés de la dictature salvadorienne. Dès après la destruction de la plus grande partie de l'aviation militaire de la Junte, le secrétaire d'Etat US, le général Alexander Haig, annonçait : « Nous devons être prêts à augmenter notre assistance économique et militaire au Salvador autant que cela sera nécessaire. (12) »

Immédiatement, le président Ronald Reagan décidait d'accorder une aide équivalant à 55 millions de dollars sur les crédits d'urgence ne nécessitant pas l'approbation du Congrès américain. 30 millions de dollars étaient destinés à reconstituer les forces aériennes salvadoriennes, le reste à constituer des stocks d'armement en prévision d'une offensive d'ampleur du FMLN. L'aviation de la Junte était aussitôt dotée de plusieurs nouveaux avions de haute technologie, des avions de transport C-123 pouvant voler à haute altitude, des avions de reconnaissance 0-2 dotés d'équipements électroniques, des bombardiers A-37 Dragonfly, ainsi que des hélicoptères de combat Huey (13). Ces matériels, qui nécessiteront un accroissement du nombre des conseillers américains, font désormais de l'aviation salvadorienne celle qui est la plus moderne de toute la

6. Barricada, lundi ler février 1982. 7. Prensa latina, agence de presse cubaine, 12 janvier 1982.

8. International Herald Tribune, mercredi 9. Time, lundi 15 février 1982. 10. Barricada, mercredi 27 janvier 1982. 11. Barricada, mardi 9 février 1982. 12. Time, lundi 8 février 1982. 13. Le Monde, dimanche-lundi, 7-8 février FAPUI

COMPANEROS CAIDOS ELUCHA HASTA

AVICTORIA SIEMPRE //M.L.P.

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Parallèlement, le gouvernement de Ronald Reagan décidait de demander au Congrès américain une augmentation de l'aide au Salvador de 100 millions de dollars pour l'année fiscale en cours, qui viendraient s'ajouter aux 135 millions (dont 25 millions d'aide militaire) déjà attribués. Pour l'année fiscale 1983 qui commence en octobre prochain, Ronald Reagan veut porter l'assistance américaine au niveau de 300 millions de dollars minimum. Cette proposition fait partie d'un plan d'ensemble pour l'Amérique centrale qu devrait être en progression de 50 à 60 % pour l'année à venir.

D'après la presse américaine, les sommes revenant à la dictature salvadorienne pourraient ainsi atteindre les chiffres de 600 à 800 millions de dollars au moment même où le gouvernement Reagan refuse toute aide au Nicaragua et mène une politique d'austérité draconienne et de réduction des budgets sociaux, réduisant au chômage ou à la misère des centaines de milliers de familles américaines.

La constitution, en janvier dernier, de la Communauté démocratique d'Amérique centrale (CDA) réunissant le Salvador, le Honduras et le Costa Rica a été un petit pas supplémentaire dans la mise en œuvre du plan contre-révolutionnaire l'impérialisme US en Amérique centrale. D'après l'International Herald Tribune (14), il ne fait aucun doute que le « but principal » de cette association est d'« apporter un soutien international aux élections salvadoriennes du 28 mars ». Un autre volet de l'offensive impérialiste est représenté par l'élaboration d'un programme de déstabilisation du Nicaragua, accusé d'être le principal fournisseur de la guérilla salvadorienne.

La presse américaine a rapporté que la CIA aurait proposé un tel plan à Ronald Reagan pour aider notamment à la structuration d'une opposition au régime sandiniste et créer des « unités d'action pour des opérations paramilitaires, politiques ou de renseignement (15) ». Le coût de cette opération d'envergure, qui n'excluerait ni des actions contre « des objectifs cubains spécifiques » ni « l'emploi de personnel américain dans des actions paramilitaires unilatérales », serait de 19 millions de dollars. Et, pour le mettre à exécution, les USA profiteraient de la collaboration des militaires des dictatures du Cône Sud de l'Amérique latine, et notamment des Argentins. Reprenant des informations émanant du Congrès américain, l'International Herald Tribune (16) précise que le gouvernement militaire argentin est déjà investi dans un rôle « paramilitaire de déstabilisation » du Nicaragua, en partie « coordonné » avec Washington. Le quotidien américain note par ailleurs que « les Argentins militaire d'entraînement au Salvador, totalisant environ cinquante hommes ».

ENVOI DE TROUPES US C'est dans ce contexte que se développent, jusque dans les rangs de la classe dominante américaine, des controverses sur la politique de Ronald Reagan en

Amérique centrale. Ces critiques s'alimentent surtout du fort sentiment d'opposition à toute nouvelle aventure militaire existant au sein de la population américaine. L'engagement personnel nald Reagan, affirmant que la Junte salvadorienne « faisait des efforts concertés et réels pour respecter les droits de l'homme » - au moment même où la presse révélait la participation directe de conseillers américains aux combats et dénonçait les massacres de population civile par les forces répressives salvadoriennes —, a attisé ces discussions. Plusieurs parlementaires démocrates se sont inscrits en faux contre le soutien sans limites de l'administration Reagan à la dic-

Dans une interview à l'hebdomadaire ouest-allemand Der Spiegel (17), Robert White, ambassadeur américain au Salvador sous l'administration Carter, résume ces critiques en accusant Ronald Reagan pour seule orientation politique celle de la recherche d'une « victoire militaire du gouvernement salvadorien » qui lui paraît très improbable. Dans ce cas, « l'aide américaine aux dictatures ne fait que retarder le jour inévitable et provoquer un résultat encore plus radical ». A ces leçons qu'il tire de la révolution nicaraguayenne, il oppose une orientation « réformatrice » dont on a vu, avec le soutien apporté en son temps par l'administration Carter à la Junte militaire et démocrate-chrétienne du Salvador, à quelle politique elle conduisait aussi.

Le véritable débat se situe d'ores et déjà, en fait, autour de la question de rialistes pour sauver le régime salvadorien. Début février, le secrétaire d'Etat américain avait déjà lâché une inquiétante petite phrase en affirmant que les Etats-Unis « feraient tout ce qui est nécessaire » pour empêcher la victoire du FMLN, n'excluant nullement l'envoi de troupes US, bien que Ronald Reagan ait encore de « fortes réserves » contre cette perspective. L'International Herald Tribune a révélé (18) que le général Wallace Nutting, chef du commandement Sud des troupes américaines, basé à Panama, estimait depuis plusieurs semaines que les conseillers US devraient participer offitions sont liées au fait que, même avec une nouvelle aide militaire américaine, la Junte est incapable de vaincre à elle seule la guérilla. Le ministre de la Défense du Salvador, le colonel José Guillermo Garcia l'a d'ailleurs reconnu en déclarant que « sans l'aide militaire américaine, les forces armées salvadoriennes ne pourront pas gagner contre les insurgés ». D'après la chaîne de télévision américaine CBS, non démentie par le Pentagone, un rap port de la CIA remis au président Ronald Reagan arrive à la conclusion précise que, sans intervention militaire directe des forces américaines, la guerre au Salvador ne pourra pas être gagnée. Pour l'instant, ce qui retient encore l'administration Reagan, ce sont les conséquences possibles d'une telle intervention. Comme l'a expliqué Alexander Haig, « les Américains ne veulent pas et ne sont pas enthousiasmés par un autre engagement militaire américain (19) ».

le matraquage idéologique contre le Nicaragua et Cuba, et l'utilisation anticommuniste du coup de force des généraux de Varsovie contre les travailleurs polonais et le syndicat Solidarité, visent-ils à créer les conditions politiques pour une telle intervention impé-

Dans cette perspective, les dirigeants impérialistes font monter consciemment les enchères. Le secrétaire d'Etat adjoint chargé des affaires inter-américaines, Thomas Enders, ne déclarait-il pas récemment : « Si, après le Nicaragua, le Salvador tombe aux mains d'une minorité violente, qui pourra viure sans peur en Amécentrale ? Pendant combien temps les principaux intérêts stratégiques des Etats-Unis — le canal, les voies maritimes, les approvisionnements en pétrole — seront-ils préservés ? (20) » Et Thomas Enders d'ajouter qu'une « bataille décisive se déroule au Salvador », comme pour mieux argumenter en faveur de l'engagement américain aux côtés de la dicta-

La détermination de l'administration Reagan à pousser plus avant sa politique belliciste en Amérique centrale ne doit nullement être sous-estimée. Alexander Haig en a lui-même donné un exemple récent lorsqu"il a expliqué en quoi la situation centro-américaine différait - selon lui - du précédent vietnamien. Avec le Salvador, « nous sommes au cœur des intérêts américains dans l'hémisphère (21) » a-t-il déclaré. « Une menace notre porte soulève une autre catégorie de problèmes » répète-t-il (22) à qui veut l'entendre. Et, dans ce cas, se refusant de dire jusqu'où les USA sont prêts à aller, il précise hypocritement : « Il vaut mieux ne pas mettre les points sur les "". »

Alors que les impérialistes américains sont en train de peser froidement les avantages et les inconvénients d'une intervention militaire directe en Amérique centrale, le soutien internationaliste à la révolution salvadorienne se doit de constituer une donnée permanente de l'activité des révolutionnaires de par le monde.

Vincent KERMEL 22 février 1982. 14. International Herald Tribune, vendredi 5 février 1982.

15. Washington Post, dimanche 14 février 1982.

16. International Herald Tribune, samedidimanche 6-7 février 1982.

17. Der Spiegel, lundi ler février 1982. 18. International Herald Tribune, jeudi 18 février 1982.

19. International Herald Tribune, mardi 9 février 1982.

20. International Herald Tribune, vendredi 5 février 1982.

21. International Herald Tribune, mardi 9 22. Le Monde, vendredi 19 février 1982.

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