ALGRE toutes les tentatives faites pour leur donner nérales qui devaient avoir lieu le 7 mars, sous les auspi une certaine crédibilité internationale, les élections gé.
ces de l'impérialisme américain et de la dictature guatémaltèque, se sont situées dans la continuité des manipulations et des fraudes électorales antérieures.
Déjà en 1974, la coalition de la Démocratie chrétienne
(DC) et du Front uni de la révolution (FUR) -- qui se réclame de la social-démocratie - avait été dépossédée de sa victoire électorale. Le président de la République, le général
Vincent KERMEL
La tenue des élections le 7 mars, dans la mesure où elles sont censées légitimer la dictature, a été un enjeu d'importance pour le pouvoir. A telle enseigne que le candidat officiel de l'armée et des partis réactionnaires traditionnels, regroupés au sein d'un Front démocratique populaire (FDP), le général Anibal
Guevara, a proclamé tout au long de sa campagne : « Allez voter. Pour n'importe qui, mais votez ! »
Aujourd'hui, pourtant, encore plus qu'en 1978, l'activité des formations d'opposition armée s'est considérablement développée. Le correspondant du journal le Monde en Amérique centrale a pu écrire, le 23 janvier dernier : « On a peine à imaginer le niveau de lutte atteint par les groupes révolutionnaires guatémaltèques (...). Leur capacité militaire est sans doute supérieure à celle de leurs homologues salvadoriens. »
LES PROGRES
DE LA GUERILLA
Active dans plusieurs régions du pays, la guérilla mène aussi des actions militaires jusque dans la capitale, Ciudad-Guatemala. Le début de l'année
1982 a ainsi été salué par de nombreux attentats à la bombe et plusieurs occupations de stations de radio qui ont été pour les guérilleros l'occasion de diffuser des communiqués. Dans les campagnes, les forces de guérilla combinent occupations de villages et attaques de positions militaires, et l'on a d'ailleurs pu noter, ces derniers mois et malgré la répression, une recrudescence significative des activités de la guérilla. Parmi les plus spectaculaires par le niveau d'organisation qu'elles supposent, il y a eu l'abattage en novembre dernier de centaid'arbres pour barrer la route panaméricaine entre la capitale et la ville de Solola. On estime à environ 500
Le ravalement de façade de la dictature n'entravera pas la montée révolutionnaire
Men age de voter ... le nombre de guérilleros qui ont dû participer à cette initiative. Depuis septembre dernier, les forces de guérilla considèrent que leur lutte est entrée dans une phase décisive, celle de la « généralisa-
Mais elles ont aussi fait des progrès dans leur processus d'unification. Après la mise en place d'une coordination dénommée « quadripartite », la récente « proclamation unitaire des forces révolutionnaires guatémaltèques » autour de
Guerre populaire révolutionnaire » et la constitution de l'Union révolutionnaire nationale guatémaltèque (UNRG) regroupant l'EGP (Armée de guérilla des pauvres), les FAR (Forces armées rebelles), l'ORPA (Organisation du peuple en armes) et le PGT-ND (Parti guatémaltèque du travail, noyau de Direction nationale) autour d'une plate-forme programmatique, a représenté un important pas en avant dans le sens de la constitution d'un véritable front uni contre la dictature. Cette proclamation unitaire des organisations d'avant-garde précédant de quelques semaines l'annonce de la constutution prochaine d'un « Front d'unité patriotique national » regroupant l'ensemble de l'opposition et des organisations de masse regroupées dans le Front démocratique contre la répression (FDCR) et le Front populaire du 31-Janvier (FP-31).
Parallèlement, le gouvernement de Romeo Lucas Garcia s'est caractérisé par une véritable reprise et institutionnalisation du terrorisme d'Etat et le renforcement de la militarisation tant de l'Etat que de l'économie. Du massacre par l'armée, le 31 janvier 1980, de plusieurs dizaines de paysans occupant pacifiquement l'ambassade d'Espagne Ciudad-Guatemala pour dénoncer la répression en forme de génocide dans leur région, aux diverses opérations anti-guérilla qui, comme celle de novembre 1981 dans les départements de Chimalenango,
Sacatepaquez, Verapaz et de Solola, ont fait des centai-
GUATEMALA
Carlos Arana Osorio — qui apporte aujourd'hui son appui au candidat de la Centrale authentique nationaliste (CAN) - avait décidé de proclamer la victoire de la coalition ultra-réactionnaire constituée par le Mouvement de libération nationale (MLN) et le Parti institutionnel démocratique (PID).
En mars 1978, les masses populaires ont très largement boycotté la mascarade électorale. 70 % de la population en age de voter se sont abstenus, soit 63,5 % des inscrits, et le général Romeo Lucas Garcia n'a obtenu que 14,8 % des suffrages exprimés, soit seulement 8 % du total de la population nes de victimes parmi la population civile et des milliers de réfugiés, la liste des exactions est longue. Certes, ces pratiques ne datent pas d'hier, puisque l'on évalue à environ 83 500 le nombre de morts depuis le renversement, en 1954,
Arbenz. Mais avec les Romeo Lucas Garcia (président de la République) et Benedicto Garcia (chef d'état-major de l'armée), la répression s'est encore
Un rapport d'Amnesty international confirme que 5 000 personnes au moins ont été arrêtées et assassinées par les forces de sécurité depuis juillet 1978, date de la prise de fonction du général
Romeo Lucas Garcia. On chiffre par ailleurs à 13 500 le nombre des assassinats pour la seule année 1981. La politique de la dictature s'est aussi traduite par un accroissement numérique très important des forces répressives, que le général Benedicto Garcia veut encore faire passer de 20 000 à 50 000 hommes pour la seule armée régulière, en y intégrant les groupes paramilitaires qui agissent auxiliaires des forces gouvernementales.
UNE DICTATURE SANGLANTE
Le document de l'UNRG note qu'« en 1981, le régime est passé de l'assassinat individuel à l'extermination de villages entiers. Au cours des offensives anti-guérilla de 1981, l'armée du général
Romeo Lucas Garcia a commencé à appliquer une politique de terre brûlée, massacrant des villages entiers, rasant les semis, abattant les bêtes et brûlant les habitations. Un exemple de cette politique est fourni par la destruction complète de villages entiers dans la région du
(ex-Honduras britannique) et dans l'Usamacinta, dont la population a été forcée de se réfugier au Mexique ».
Si, en 1980, le rythme des assassinats politiques perpétrés par les corps répressifs était de 70 à 100 personnes
par mois, celui-ci est passé à 250 à 300 par mois en 1981.
3 000 paysans guatémaltèques ont fui au Mexique entre juillet et août 1981. Le gouvernement mexicain de José Lopez Portillo a eu là l'occasion de montrer son authentique visage dès lors que la révolution centro-américaine s'est rapprochée des frontières de son pays. L'armée mexicaine a été mise en état d'alerte à la frontière avec le Guatemala « pour garantir l'intégrité de la souveraineté nationale », fermant ainsi la porte aux réfugiés fuyant la dictature.
La pratique du génocide, qui est celle de la dictature guatémaltèque, a pourtant été dénoncée devant l'opinion internationale par de nombreux témoignages. Ainsi, presque chaque fois que la guérilla, après avoir occupé temporairement un village ou une plantation, se retire, l'armée intervient immédiatement pour opérer un massacre de civils. « L'argument de l'armée est que si les guérilleros sont passés par là, c'est qu'ils devaient bénéficier de quelque soutien, raconte un petit planteur de café, aussi tuent-ils les gens sans aucune preuve » (International Herald Tribune, 5-6 décembre 1981). Le quotidien américain rapporte que, « cette année, les troupes gouvernementales ont anéanti 10 petits villages autour de Jilotepeque, localité indienne située dans une région montagneuse où l'activité de la guérilla est intense. L'armée a d'abord tué les chefs de familles, d'après ce qu'en a rapporté un ancien responsable gouvernemental. Celui-ci a raconté que les soldats, avant de tuer le reste des familles, ont forcé des jeunes gens à achever les blessés. Plus de 100 Indiens ont ainsi été assassinés ... »
Cette politique de répression massive, qui fait de la lutte au Guatemala la plus violente et la plus meurtrière de toute la région, n'a néanmoins pas apporté de solution à la crise économique dans laquelle s'enfonce la dictature. Celle-ci se caractérise par une importante fuite de capitaux (500 millions de dollars depuis 1979, et 119 millions de dollars pour le seul mois de septembre 1981), une inflation galopante et un fort taux de chômage (18 % seulement de la population active dispose d'un travail fixe). Un article, publié dans le journal La Nacion du Costa Rica, précise à ce sujet que « la situation économique du Guatemala est d'ores et déjà en crise, même si l'économie de ce pays est la plus dynamique de toute l'Amérique centrale, secouée qu'elle est par le processus électoral et la lutte armée, qui est sans doute même plus intense que la guerre civile au Salvador, même si on en parle moins. Les perspectives pour 1982 s'annoncent négatives, les experts prévoyant que l'économie guatémaltèque subira cette année une dépression provoquée précisément par la situation politique du pays » (cité dans Informador de Guatemala, numéro 6, 2 février 1982, publié à San José de Costa Rica).
Cette situation et l'importance de plus en plus grande qu'ont pris les militaires aussi bien dans l'appareil d'Etat que dans l'économie ont évidemment alimenté des divergences entre différentes fractions des classes dominantes dont les divers candidats aux élections du 7 mars sont en partie l'expression.
ELECTIONS
ET GUERRE CIVILE Bien évidemment, aucun des quatre candidats en lice ne remet en cause la politique répressive du gouvernement du général Romeo Lucas Garcia. Tout au plus certains d'entre eux suggèrent-ils qu'elle soit accompagnée de quelques réformes ... Gustavo Anzueti Vielman, de authentique nationaliste (CAN), préconise la « réduction au minimum du secteur public » ; le candidat officiel, ex-ministre de la Défense de Romeo Lucas Garcia, le général Anibal Guevara, réclame une « professionnalisation » des forces répressives; Mario Sandoval Alarcon, figure centrale de l'extrême droite au Guatemala et très lié aux grandes compagnies nord-américaines affirme : « Il faut mener en tout premier lieu une politique pétrolière de puisse se livrer a des forages a travers tout le Guatemala en ne remplissant quelques conditions. » Enfin, l'Union d'opposition
- composée du Parti nationaliste rénovateur (PNR) et de la Démocratie chrétienne (DC) -, Ajejandro Maldonado Aguirre, prétend que « la guérilla doit être combattue les armes à la main, mais une solution militaire doit être substantiellement appuyée par une solution politique » (le Monde, 24-25 janvier 1982).
Les forces de guérilla ont appelé au boycott de ces élections où seuls les représentants de fractions bourgeoises ont la parole. Le Front uni de la révolution (FUR) a aussi lancé un appel dans ce sens, estimant que la campagne déroule « dans un climat de répression et sans participation de l'opposition au-
Particulièrement intéressés à la stabilisation de la situation au Guatemala - les investissements américains y sont deux fois plus importants qu'au Salvador -, les Etats-Unis ont apporté leur soutien à ce processus électoral sans faire toutefois de ses résultats une condition pour la reprise de leur aide militaire un temps limitée par la politique du président Carter sur les « droits de
Déjà, en mai 1981, le général américain Vernon Walters déclarait à Guatemala Ciudad que les Etats-Unis étaient disposés à « aider n'importe lequel de nos alliés » pour ne pas « laisser une nation latino-américaine de plus tomber entre les mains de Moscou ». Un membre de l'administration Reagan, John Bushnell, précisait à la même époque que Washington était « disposé à aider le Guatemala, étant donné le développeguérilla soutien dont elle bénéficie de la part du communisme mondial » (Latin America Weekly Report, Londres, 22 mai 1981).
Joignant le geste à la parole, tout en maintenant certaines pressions allant dans le sens de la recherche d'une « solution politique » et d'un ravalement de la façade de la dictature, l'administration Reagan a déjà repris son aide à la dictature guatémaltèque, qui avait été principalement armée ces dernières années par l'Etat d'Israël.
Ainsi, 250 000 dollars ont-ils été attribués dans le budget américain pour l'année fiscale 1983 au financement de l'entraînement des forces répressives guatémaltèques. Du matériel de transport (jeep, camions) ainsi que des hélicoptères civils facilement convertibles en leur équivalent militaire ont déjà été vendus au gouvernement du général Romeo Lucas Garcia. Et le porte-parole du département d'Etat, Dean Fischer, affirmait récemment, au comble du cynisme et de l'hypocrisie : « Nous voulons assister le Guatemala face à l'insurrection étant attentifs à l'importance que joue dans la formulation de notre politique étrangère l'élément des droits de l'homme » (Intérna-
Herald Tribune, 13-14 Vincent KERMEL