Face à la crise du bipartisme, la gauche présente une candidature unitaire aux présidentielles de mai 1982
COLOMBIE Angel MUNOZ
Le 14 mars se tiennent en Colombie les élections générales et locales. Ensuite, dans les premiers jours de mai, auront lieu les élections présidentielles. Ce processus électoral coïncide avec une très grave crise de la société colombienne dans son ensemble. A droite comme à gauche se produisent des scissions, des regroupements, des essais. Mais, tandis que la droite ne peut que jouer de formules usées qui se différencient à peine les unes des autres sur la manière d'aggraver une répression déjà très dure, à gauche, on commence à percevoir une petite - et toujours faible — lueur au bout du tunnel.
La Colombie, quatrième puissance économique d'Amérique latine, traverse une grave crise économique. Le produit intérieur brut (PIB) a connu une « croissance nulle » en 1981 ; 10% de la population active est au chômage tandis que la majorité est sous-employée. Pour avoir une idée des secteurs productifs, il faut noter que le trafic de drogue est désigné sous le nom de « capitalisme émergeant ». L'an passé, la valeur de ses exportations dans les autres pays du continent amé. ricain s'est probablement élevée à 2 milliards de dollars, soit à peine moins que les exportations de café (2,5 milliards de dollars). Par ailleurs, la Colombie est l'un des endroits privilégiés de cette région du monde pour l'activité des multinationales impérialistes, surtout dans le secteur de l'énergie (charbon, secteur hydro-électrique, pétrole). De plus, tant la bourgeoisie colombienne que le gouvernement soutiennent à fond les plans contre-révolutionnaires de Ronald Reagan, spécialement en ce qui concerne l'Amérique centrale et la Caraibe.
CRISE ECONOMIQUE
ET POLITIQUE La crise économique se combine aussi avec la crise du régime politique bipartite. Il est significatif que le candidat ultra-réactionnaire du Parti conservateur, Belisario Betancourt, essaye de se présenter comme un « candidat national » par-dessus son propre parti. Il est aussi significatif que le Parti libéral, majoritaire dans le pays, risque de perdre les élections parce qu'il présente deux candidats - Alfonso Lopez Michelsen (le candidat officiel) et Luis Carlos Galan (le « dissident ») - qui sont plus l'expression d'une guerre de clans que de réelles divergences programmatiques. En tout cas, un aspect de ces différences est intéressant: Luis
Le labyrinthe colombien
Carlos Galan tente d'apparaître comme un « populiste nationaliste », bien qu'il se garde de proposer une seule mesure pratique qui puisse léser quelque intérêt impérialiste dans le pays ; Alfonso Lopez Michelsen, lui, promet l'adhésion de son parti à l'Internationale socialiste qui, une fois de plus, assume son rôle d'hospice pour vieux partis bourgeois latino-américains cherchant désespérément à récupérer une base de masse dans le mouvement ouvrier. Il existe donc un point d'accord entre les deux candidats libéraux : le Parti libéral a besoin d'une opération de chirurgie plastique pour pouvoir susbister. Mais ces manœuvres ne peuvent garantir un succes durable : les aspirations du peuple colombien empruntent d'autres chemins.
communiste colombien (PCC) est toujours largement majoritaire dans la gauche. Il contrôle la Confédération syndicale des travailleurs de Colombie (CSTC), troisième centrale du pays avec plus de 130 000 adhérents. Il est lié aux FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) qui disposent d'une importante base paysanne. Le PCC joue habilement guérilla pour donner une apparence de relation avec la gauche à une politique tout à fait réformiste. Mais le PCC est un parti socialement isolé ; le nombre de ses voix aux élections (environ 90 000) est pratiquement équivalent au nombre de ses mili-
PAROLE!
tants et sympathisants organisés. Il est totalement improbable que ce parti puisse recueillir sur son nom l'aspiration massive des travailleurs colombiens à l'indépendance politique.
Pendant un certain temps, le groupe guérillero M-19 (Mouvement du 19 avril) possédait une profonde sympathie populaire, y compris à l'intérieur du mouve. ment ouvrier, apparaissant à certains moments comme une alternative révolutionnaire possible au réformisme. Le temps passant, le M-19 s'est trouvé enfermé dans une guerre privée avec l'armée et les organisations paramilitaires. Sa logique militariste l'a conduit à s'orienter plus en fonction de ses propres nécessités que selon celles du mouvement ouvrier. Un exemple caractéristique nous est fourni par son orientation actuelle, celle du boycott des élections s'il n'y a pas d'amnistie. Le M-19 a ainsi dilapidé la majeure partie du capital politique qu'il avait obtenu au cours des premiers temps de son existence.
LA RECHERCHE
D'UNE ALTERNATIVE Alors, d'où peut bien surgir l'alternative ? Le mouvement ouvrier, la gauche révolutionnaire la recherchent en suivant des voies qui doivent pouvoir converger. Cortège du PSR lors d'un meeting électoral à Cali, en féurier 1982. (DRI SECURIE
• PLENAS LBENTADES
D'un côté, il existe un renforcement du syndicalisme « lutte de classe », radical dans les luttes mais encore confus sur le plan politique. Cet élément est sans aucun doute le ferment indispensable pour la création d'un parti ouvrier de masse.
D'un autre côté, un processus de clarification et d'évolution se déroule dans la gauche. Le mouvement FIRMES, qui regroupe un secteur hétérogène, dans sa majorité intellectuel, où coexistent des démocrates, des social-démocrates, des socialistes ..., connaît une crise dont il sortira difficilement indemme après les élections. Le projet de Gerardo Molina de construire un « parti socialiste » est intéressant, mais il apparaît encore comme politiquement confus. En outre, la participation de Gerardo Molina aux élections générales, comme candidat au Sénat sur les listes conduites par le PCC - qui est évidemment le principal adversaire de ce « parti socialiste » -, va probablement sérieusement compromettre ce projet. Du reste, des conflits ont déjà éclaté avec d'autres secteurs du FIRMES. Le résultat électoral du 14 mars et la campagne pour présidentielle qui suivra vont déterminer le résultat de ces dissensions.
MOIR (Mouvement ouvrier indépendant et révolutionnaire)
principale organisation politique à la gauche du PCC ces dernières années qui a débouché sur la création du PTC (Parti du travail de Colombie), est l'un des traits positifs de la recomposition de la gauche. En rompant avec le sectarisme et le dogmatisme maoïste du MOIR, le PTC s'oriente sérieusement vers une politique de convergence de convergence avec d'autres organisations révolutionnaires, en particulier avec le Parti socialiste des travailleurs (PSR). qui se réclament du trotskysme, il faut signaler le processus de décomposition dans lequel est entré le Parti socialiste des travailleurs (PST, lié au courant moréniste), ternational de son caudillo (petit chef).
Appliquant au pied de la lettre la dernière invention moréniste - (« Nous autres, nous appartenons au bloc révolutionnaire, avec les groupes, sectes ou partis ultragauchistes et aventuristes », Lettre outral du POSI, 13 octobre 1981) -, le PST présenter de candidats, à ne pas donner de comme étant de moindre importance et à se déclarer en faveur de l'abstention ». (« Documento electoral » du PST du 2 décembre 1981). Le journal du PST, El Socialista, a disparu. A sa place est publiée une sorte de journal syndical ouvrière qui défend par exemple la construction d'une cinquième centrale syndicale en Colombie. maoistes ne veulent pas d'un bloc avec ce qui reste du PST. La catastrophe prévisible s'est produite. Une partie des militants qui ont abandonné le PST s'est regence socialiste » basée sur une plate-
Enfin, à l'intérieur des organisations provoqué par l'aventurisme national et incombat verte de Nahuel Moreno au Comité cendoivent a tenté de « faire bloc »avec les courants fait jou les plus sectaires du maoïsme, c'est-à-dire de s'y adapter. Sa tactique électorale consistait à « ne pas faire campagne, à ne pas consignes de vote, à déclarer ce point appelé Indépendance un projet de « Converde classe ». C'est un courant auquel on doit prêter attention.
A la vue de ce schéma d'ensemble de la situation colombienne, on peut comprendre la difficulté du travail du Parti socialiste révolutionnaire, section colombienne de la IVe Internationale, et des problèmes graves et urgents qui se posent aux révolutionnaires colombiens. Nos camarades doivent développer au maximum le mouvement de lutte démocratique et tre en son sein pour qu'il soit de classe » et lui donner une d'unification syndicale. intervenir sur les terrains où se r l'aspiration à la création d'un parti socialiste indépendant de la bourgeoisie, et qui représente une alternative au PCC, un parti socialiste qui recherche à la fois la convergence dans l'action et révolutionnaires. Le PSR, qui est un parti encore très jeune, a démontré sa capacité à surmonter des situations difficiles, ainsi que ses possibilités d'initiative politique, surtout dans la lutte démocratique, de que sa volonté de se processus réels en cours et aux expériences concrètes des travailleurs et du peuple colombien. Maintenant, il a devant lui la de se renforcer politiquement et organisationnellement, de manière à pouvoir trouver la sortie du labyrin-
Angel MUNOZ, 9 mars 1982.