Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

FEMMES

La campagne internationale pour le droit des femmes à disposer de leur corps

· Inprecor n° 121, 22 mars 1982 · p. 26-27 · 1 828 mots

Femmes Grande-Bretagne

Dans les pays occidentaux, la campagne pour le droit à l'avortement a constitué l'axe principal de la campagne pour la femmes depuis plusieurs années. Lorsqu'il a été mis en évidence contraceptifs, d'une haute technicité, n'étaient peut-être pas aussi efficaces ni aussi inoffensifs que leurs fabricants auraient voulu le faire croire, l'avortement est apparu comme demeurant un important garde-fou.

Dans ce domaine également, les développements technologiques ont été importants. De nouvelles méthodes, plus simples, d'avortement ont été mises au point, rendant les avortements précoces moins dangereux que certaines grossesses menées à terme. Dans les pays où l'avortement demeure illégal, les femmes ont appris à le pratiquer elles-mêmes, tout en continuant à mener la campagne pour faire changer la législation en la matière. Dans certains pays, comme l'Italie, le mouvement s'est divisé entre ceux et celles qui estimaient que la légalisation de l'avortement était la question clé (le Parti radical - PR —, qui voulait se gagner le vote des femmes, était dans ce cas), et ceux et celles qui ne croyaient pas que les médecins accepteraient de pratiquer des avortements, même légalement.

Nombreux étaient les gens qui pensaient qu'avec le développement de méthodes de contraception plus efficaces, la moins importante, et cela posait probleme. Mais, en Grande-Bretagne par exemple, on a calculé que le nombre d'avortements pratiqués légalement, après la loi de 1967 en faveur de l'avortement, était de 100 000 par an, soit à peu près le même que le nombre estimé d'avortements clandestins avant le vote de la loi, la moitié concernant des femmes mariées.

Il en a résulté qu'un moins grand nombre d'enfants ont été proposés pour être adoptés et qu'il y a eu moins de mariages « obligés » (ceux qui sont suivis d'une naissance dans les sept mois, ou même moins). Mais le nombre d'enfants nés de femmes non mariées n'a guère évolué. En d'autres termes, les femmes ont eu des enfants parce qu'elles le voulaient, et ce indépendamment de leur statut majustement la crainte que les choses en arrivent vraiment là qui pousse les forces hostiles à l'avortement à une activité frénétique. Pour ces forces, les enfants sont ou bien les éléments qui font une famille vraiment heureuse, ou bien le juste châtiment de rapports sexuels illicites. L'idée qu'une femme puisse choisir d'avoir un enfant ou pas, et que ce ne soit là qu'un des choix parmi ceux qu'elle peut faire dans sa vie — au lieu de considérer la maternité comme son seul vrai destin - a conduit les tenants de « Laissez-les-vivre » à organiser une campagne internationale systématique et grassement financée. Il s'agit-là d'un thème qui voit se rassembler les intégristes religieux de diverses religions et la droite laïque. Ils utilisent, entre autres tactiques, la diffusion d'un matériel mensonger et souvent effrayant, destiné surtout aux personnes jeunes et impressionnables. Malgré le fait que, dans les pays où le sujet est ouvertement débattu, la majorité des gens se déclare pour le droit à l'avortement, sous une forme ou une autre (en Grande-Bretagne et en Amérique du Nord, entre 9 et personnes interrogées draient que l'avortement soit illégal dans tous les cas), on assiste à toutes sortes de tentatives de recours à la législation pour imposer la volonté de la minorité à la majorité. L'ironie veut que beaucoup de femmes qui font campagne publiquement contre l'avortement, choisissent cette solution lorsque la question se pose à elles personnellement, avec les conséquences qui en découlent en termes de problèmes psychiques supplémentaires.

Dans des pays comme les Etats-Unis ou la République d'Irlande, qui ont une Constitution écrite, on voit des gens s'efforcer d'obtenir la reconnaissance du fotus en tant que personnalité juridique autonome, avec les mêmes droits que les autres « citoyens », dès l'instant de sa conception ... On peut se poser la question de savoir comment mettre en pratique de telles lois, mais il est probable que leur adoption impliquerait, pour commencer, l'interdiction des contraceptifs intra-uté rins (stérilet). Comment empêcher les avortements qui se produisent spontané. ment, dans une proportion estimée entre 40 et 70 %, constitue une autre question. Une enquête judiciaire approfondie sera-t-elle exigée pour chacun d'eux ?

L'hystérie des partisans de la promulgation de telles lois provient de ce qu'ils estiment que tous les maux du monde sont imputables à la « décadence de la famille » symbolisée par l'effort des femmes pour conquérir leur indépendance, pour sortir travailler, au lieu de rester à la maison pour être là quand les enfants rentrent de l'école. Les femmes vont même jusqu'à oser mettre en question le fait que leur destin soit déterminé biologiquement. Et figurez-vous que des hommes essaient de les remettre à leur juste place ! Soutenus par l'organisation ment dénommée Société pour la protection des enfants non nés (SPUC), certains aspirants à la paternité de Grande-Bretagne et de Nouvelle-Zélande ont essayé, sans succès jusqu'à présent, d'avoir recours aux tribunaux pour empêcher des femmes d'obtenir un avortement.

L'avortement n'est qu'une des solutions qui se présentent aux femmes qui luttent pour le contrôle de leur fécondité. Les militantes de la Campagne internationale contraception, avortement, stérilisation - Les femmes décident (ICASC) (1) sont bien conscientes que le fait de se concentrer seulement sur l'avortement revient à négliger les problèmes qui se posent aux femmes du Tiers Monde et qui vont de l'inexistence des soins de mater nité à la stérilisation forcée. Cependant, en Amérique latine par exemple, l'avortement clandestin est toujours la deuxième ou troisième cause de mortalité des femmes en age d'avoir des enfants, et ce dans la plupart des pays. Mais ces femmes ne peuvent pas non plus avoir accès à une contraception sûre. Au lieu de cela, elles sont souvent utilisées comme cobayes pour tester de nouvelles méthodes de contrôle des naissances, qui sont destinées à être utilisées par les femmes des pays industrialisés si les tests s'avèrent positifs, et surtout si le profit paraît prometteur.

Dans d'autres pays, comme l'Afrique du Sud, la stérilisation et la contraception à long terme, par des piqûres de Depo-Provera, sont délibérément utilisées dans un but de génodice de certaines populatins noires. Dans le même temps où il exhorte la population blanche à se multiplier (et, incidemment, lui dénie tout droit à l'avortement), le gouvernement raciste de Pretoria déclare que le pays est « surpeuplé ».

Le déni de tout droit de contrôle sur la reproduction est considéré comme un droite. Mais nous devons analyser plus attentivement les diverses motivations de cette droite. Ainsi, l'Eglise

1. International Contraception, Abortion, Sterilization Campaign — Women Decide (Cam-

- Les femmes ICASC, 374, Grays Inn Road, London WC1,

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GACEHP

G F AVORT" catholique se cramponne-t-elle à son dogme, même après que les électeurs - lors du référendum sur l'avortement (2) -aient porté au pape Jean-Paul II un coup plus mortel que celui qui se voulait son assassin quelques jours auparavant, et en dépit de la campagne qui a été montée pour prétendre que cet attentat aurait été inspiré par les partisans de l'avorte. ment. Mais, dans le même temps, les gouvernements réactionnaires d'Amérique latine — grands défenseurs de l'Occident chrétien - autorisent des organismes de « contrôle démographique » comme la Fédération internationale pour la planification de la famille (IPPF), à développer des programmes de recherches de ce type sur leur territoire. L'IPPF a cependant une politique déciarée de neutralité au regard de tout changement dans la législation dans ce domaine dans les pays où elle est invitée à travailler, c'est-à-dire qu'elle ne cherche pas à obtenir la légalisation de l'avortement.

Les motivations de tous ces gouvernements, comme celui de la Turquie sous la botte militaire, qui se posent le problème de la légalisation de l'avortement, n'ont rien à voir avec le mouvement des femmes. Ils sont avant tout préoccupés par les coûts supportés par leur système de santé du fait des avortements clandestins, par leur propagande sur la « surpopulation » dans une période de chômage croissant, et par la pression internationale des instituts démographiques. Les droits de la femme viennent tout en bas de la liste de leurs préoccupations sauf, peut-être, dans leurs déclarations publiques ...

Plusieurs pays européens, comme la Belgique et l'Etat espagnol, ont dû suspendre ou reporter des procès de femmes et d'avorteurs du fait de la pression de l'opinion publique et internationale. Mais de telles victoires sont, dans le meilleur des cas, très fragiles. En témoignent les expériences des pays où des législations plus libérales sont en vigueur. En Grande-Bretagne comme en Amérique du Nord, les adversaires de l'avortement continuent inlassablement leur campagne, et même dans des pays comme la Suède, qui a une très longue histoire de législation relativement libérale, les adversaires

AVORTEMENT HORS AU CODE PENAL

« 0745 UIT HET STRAFRECHT

OE LA COUR CAPPE SERAIE AH DES *% I 1OOR ZITTER VAM HC de l'avortement relèvent la tête, ce qui a obligé le mouvement du libre choix pour les femmes à se lancer dans une vigoureuse contre-campagne pour préserver ses acquis.

La campagne pour le contrôle de la fécondité est l'une des rares, sinon la seule campagne à être effectivement menée à l'échelle internationale. Il ne s'agit pas seulement d'une campagne organisée par des gens de bonne volonté en Occident pour envoyer des messages de réconfort à nos pauvres sœurs du Tiers Monde. Elle est également menée dans plusieurs pays parmi les plus déshérités, ou elle est comme ailleurs - organisée par des femmes pour des femmes, combattant pour les besoins tels qu'elles les ressentent elles-mêmes, mais prêtes aussi à apporter leur soutien aux autres femmes, à celles qui mènent les mêmes luttes ailleurs. Dans la mesure où elle a été lancée, en en tant que véritable campagne internationale, dans les pays occidentaux, il faut s'efforcer de « désoccidentaliser » cette campagne.

SENERY BATONNIE

Manifestation de femmes en Belgique. (DR)

En pratique, cela veut dire que même si, dans l'avenir immédiat, l'accent doit encore être mis sur l'avortement, les autres possibilités de contrôle des naissances doivent être popularisées en permanence. Cela signifie s'attaquer aux trusts pharmaceutiques, aux instituts internationaux de contrôle démographique, se tourner vers des pays comme la Chine où il existe une pression pour empêcher les femmes d'avoir des enfants ou vers les pays de l'Europe de l'Ouest qui se préoccupent de la chute de leur taux de natalité. C'est un combat dont l'issue concerne toutes les femmes, partout dans le monde, et qui est fondamental pour la vie quotidienne des gens. Les révolutionnaires ne peuvent ni ne doivent le négliger. •

Leonora LLOYD membre du Comité de coordination de P'ICASC, Londres, 5 mars 1982. 2. Anna Libera, « Italie : Deux référendums contre l'avortement », Inprecor, numéro 101, du 13 mai 1981. librairie diffusion

LA BRECHE

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